DE L’ÉPERVIER
L'épervier se rapporte à l’autour par l'ensemble de son organisation ainsi que par sa physionomie; ses ailes sont proportionnellement aussi courtes et la queue aussi longue que dans l’autour; les rémiges offrent à peu près les mémes proportions relatives de longueur et le méme nombre d’échanerures; mais sa taille est du double moins forte que celle de l’autour, Ses tarses sont moins gros et plus élevés, et ses doigts sont plus longs, plus gréles et pourvus de tubercules plus saillants.
L'épervier porte en longueur totale onze pouces et demi è quatorze pouces. Dans le male, les ailes sont de Sept pouces
et trois quarts, le tarse est haut de deux pouces el une ligne, la queue est longue de cinq pouces et demi, et le doigt du milieu d’un pouce et quatre lignes. Les ailes de la femelle offrent environ neuf pouces; la queue est longue de six pouces et trois quarts; le doigt du milieu d’un pouce et demi; le tarse, enfin, est haut de deux pouces et un quart. Les ongles de l’épervier sont très arqués, déliés et de couleur noire. Le bec est fortement courbé, pointe acérée et d’un bleu noiràtre. L’iris de l'oeil et les pieds sont d’un Jaune pur, très vif dans les adultes. La queue, légèrement arrondie et lisérée de blanc à l’extrémité, est pourvue de cinq à six bandes foncées; les plumes des ailes, enfin, sont souvent ornées chacune d’une large tache claire, qui cependant n'est apparente que lorsque le plumage a été dérangé. Les teintes du
plumage de l’épervier présentent, suivant l’age et dans les
icapillus de Wilson, American Ornithology, vol. VI, p. 80 pl. 52, fig. 3. (adult nek, pl. col. 495 (ad.); et l’Accipiter dl
\stur) palumbarius de Richardson. Fauna
26, (ad ] it que 5: i * parait que l’on a représenté le Jeune de cette race sous les
s de Falco Cooperi et Stanleyi: voir Ch. Bonaparte, (
Minuation of Wilson, pl. 10, fig. 1, et Audu 36. — 17) Nilsson, 1. c., p. 32. — 18) D’Ar
ssia, Fauconnerie, 5me partie, chap. 1, p. 199
vieux aussi suivant le sexe, des différences assez sensibles. Au
ge, la teinte dominante des joues et du dessus de cet
oiseau est un brun plus ou moins foncé; toutes les plumes de
Jeune a
ces parties offrent des bordures d’un brun-roux pàle et sale; les pennes des ailes sont d’un brun foncé entre-coupé par de larges bandes transversales noiràtres, et les bords de leurs barbes internes sont blancs. Les parties inférieures de l’oiseau et la raie qui se trouve au dessus de l'oeil sont d'un blanchatre varié de taches d’un brun foncé, qui sont longitudinales sur la gorge, les còtés du cou et la raie surciliaire, en forme de coeur ou de fléche sur le jabot, et disposées en maniére de raies ondulges transversales sur la poitrine, le ventre, les plumes des jambes et les couvertures inférieures de la queue. Le jeune male ne se distingue de la femelle de l’année que parce que les teintes foncées tirent un peu sur le roux, et que les taches du jaboi sont plus larges et en forme de coeur, tandis qu'elles sont ordinairement en forme de flèche dans la femelle. Après la première mue, la femelle est en dessus d’un gris brunàtre foncé tirant un peu sur le bleuatre. La teinte du fond des parties inférieures est plus pure que dans les jeunes; les raies dont ces parties se trouvent ornées, sont plus étroites, et celles du jabot offrent une forme plus ou moins décidément transversale. Après la deuxiéme mue, ces raies deviennent encore plus étroites, et la teinte du fond des parties supérieures tire plus fortement sur le bleuàtre. Le male, après la première mue, se distingue de la vieille femelle par le gris-bleu plus pur des parties supérieures, et parce que les taches des parties inférieures sont d’un roux ardent et que cette couleur occupe également les parties postérieures des joues, les còtés du cou, les flanes et les plumes posigrieures des jambes.
Presque tous les auteurs de fauconnerie ont fait mention de l’épervier comme oiseau de chasse; mais il n'y en a que fort peu qui soient entrés dans des détails relativement à cette espèce commune dans toute l'Europe et connue de tout le monde. La différence du plumage de cet oiseau suivant le sexe et l’àge leur étant connue, ils n’admettaient qu'une seule espéce d’épervier. Il paraît qu'Albert le grand était du méme avis; mais ce savant ne fait que nommer l’épervier, tantòt sous le nom de Sparverius, tantò* sous celui d’Accipiter minor, et il applique également à cet o:seaule nom de Nisus, dont quelques auteurs romains 1) se sont servis pour désigner l’aigle de mer. Les autres naturalistes n’étaient pas toujours d’accord relativement à l’existence d’une seule espèce européenne d’épervier. Gessner 2), par exemple, parle de cet oiseau sous deux noms différents, et les synonymes qu'il rapporte à chacune de ces deux espéces sont tellement embrouillés que l’on ne peut guère citer cet auteur sans commettre de doubles emplois de noms. Belon 3) rapporte à l’épervier le nom grec de Spizias et le nom latin de Fringillarius. Aldrovande 4) n’adopte, comme Belon, qu’une seule espèce d’épervier et il en donne deux figures 5). Frisch
1) Virgile, Géorgiques, livre I, vers 404 et suiv.; consultez aussi les Métamorphoses d’Ovide, livre VIII, fab. 1, vers 146. — 2) De accipitre fringillario, p. 50; de sparverio vel niso recentiorum, p. 51. — 3) Livre II, chap. 21, p. 122. — 4) Liber V, cap. 2, p. 344 et suiv.; lib. V, cap. IX, p. 376. — 5) Pag. 346 et 347. — 6) PI. 90. — 7) PI. 91. — 8) PL 92. — 9) L. c., p. 53, n°. 28. — 10) Ibid, p: 53, n°. 25. — 11) L c., p. 316 — 12) Ibid., p. 310, n°. 1. — 18) Ibid., p. 315,n°. 2, pl. 80, fig. 1. — 14) Syst. nat., édit. XII, p. 130, n°. 31. — 15) Ibid., p. 131, n°. 32. — 16) Syst. nat., ddit. XII, p. 281: cette variété a été originairement établie par Latham, Synopsis, I, p. 100, n°. 85 B, sous
le nom de «White Sparrow-hawk», d’après un individua tué dans le comté de Dorset, et qui se trou-
vait en compagnie de plusieurs autres individus absolument semblables. @’étaient probablement des albi-
nos, provenant tous de la méme nichée. Ces exemples d’albinos dans lordre des oiseaux de proie sont
hA
en a publié trois figures, savoir, celle de la femelle adulte
sous le nom de Nisus striatus 6), celle de la jeune femelle sous le nom de Nisus striatus ou d’Accipiter fringillarius nb et celle du jeune màle sous le nom de Nisus sagittatus alter 8). Klein 9) comprend l’épervier sous le nom de Falco fringillarius; mais il décrit ensuite cette espéce une seconde fois sous le nom de Falco maculatus 10). Brisson 11) adopte cette espèce nominale comme variété de l’épervier qu'il introduit simplement sous le nom d’Accipiter 12) il décrit ensuite le jeune màle de l’épervier sous le nom de petit épervier ou Accipiter minor 13). Linné confère à l’épervier le nom latin de Falco nisus 14), et il adopte également comme espèce, sous le nom de Falco minutus 15), le petit épervier de Brisson. Il va sans dire que Gmelin admet toutes ces espèces nominales indiquées par Klein et Brisson; il y ajoute encore, sous le nom de Falco nisus lacteus 16), une variété blanchatre de l’épervier. Buffon, Bechstein, Naumann, Meyer et Wolf, Temminek et tous les autres naturalistes modernes n’adoptent qu'une seule espéce d’épervier, que l’on désigne ordinairement sous le nom latin de Falco nisus et aussi sous ceux d’Astur nisus et d’Accipiter fringillarius. Cependant, un naturaliste allemand, Mr. Becker17), a supposé qu'il existe une deuxième espèce d’épervier de taille plus forte que l'épervier commun; mais, cette espèce imaginaire, établie au commencement de ce siècle, n'a été adoptée par aucun de ses successeurs.
L’épervier, généralement connu en France sous ce nom, est ordinairement appelé en anglais «sparrow-hawk», en hollandais «sperwer», et en allemand « Sperber»; mais les naturalistes allemands ont conféré a cette. espèce le nom de Finkenhabicht.
L’épervier, presque aussi commun en Europe que la cresserelle, se irouve à l’exception de l’Islande dans tous les pays de cette partie du monde, depuis la Scandinavie 18) et la grande Bretagne 19) jusqu'en Sardaigne 20), en Sicile21) et en Grèce 29). Il a été observé. en Algérie 23) et en Egypte 24); il se trouve, suivant Pallas 25), dans les parties tempérées de la Russie et de la Sibgrie; le musée britannique 26) renferme plusieurs individus originaires du Népaul, et nous possédons une suite d'individus tués au Japon et en tout point semblables à ceux d'Europe. Ceux, au contraire, qui habitent l’Afrique australe et l'Amérique, appartiennent è deux races distinctes qui diffèrent entre elles et entre l’épervier d'Europe par des modifications plus ou moins sensibles dans les teintes du plumage 27). L'épervier habite de préférence les forèts ou les bois touffus de pins et de sapins. Il y établit son aire sur la cime des arbres. Sa couvée est de trois à sept ceufs, qui sont d’un blanc verdàtre marqué de taches et de raies rousses plus ou moins clair-semges, et le plus souvent disposées en cercle sur le gros bout de l’ocuf. Quittani vers la fin du mois d’aoùt son séjour d’été, l’épervier vient visiter les petits bois, les jardins et les plaines pour du reste extrémement rares. — 17) Deutsche Ornithologie; Darmstadt, 1796 et années suiv., cahier 20. — 18) Nilsson, Skand. Fauna, Oiseanx, I, p. 34 — 19) Yarrell, 1. o., p. 64 — 20) Kiister dans I'sis, 1835, p. 210. — 21) Malherbe, L c., p. 33. — 22) Von der Mtihle, p. 22. — 28) Malherbe, p. 34 — 24) Riippell, Neue Wirbelthiere, Oiseaux, p. 44. — 25) Zoographia, I, p. 871. — 26) List, lc. p.85. — 27) La race de l'Afrique australe a 616 figurée par Nr. Temminek, PI. col. 496, sous le nom de Falco exilis; celle de lAmérique septentrionale porte dans le catalogue, méthodique le nom de Falco pennsylvanicus; on en voit la figure dans l’ouvrage de Wilson, pl. 45 et 46, fig. 1, et c'est probablement è cette race qu'appartiennent les éperviers observés dans l'Amérique méridionale par d'Azara, voyages, IIL,
p. 98, ainsi que par le prince de Neuwied qui les a indiqués dans son ouvrage intitulé «Beitràge» ete.,
Oiscaux, 1, p. 111, sous le nom de Falco nisus.
commencer peu de temps aprés ses migrations. Un nombre plus ou moins considérable d’individus, venant probablement des régions septentrionales, passe l'hiver dans l'Europe tempérée, ce qui a méme lieu, suivant Nilsson, dans la Suède méridionale. L'épervier fait de préférence la chasse aux oiseaux de petite taille, comme grives, perdreaux, cailles, mésanges, bruants, et particulièrement aux pinsons et aux moineaux; il se mourrit aussi de campagnols et méme d’insectes. Volant bas et en rasant la terre, il sait surprendre sa proie sans en étre apercu; sa témérité et la faculié qu'il a d’exécuter des mouvements prompts et de saisir également bien sa proie quand elle vole, quand elle est perchée quelque part ou blottie è terre, le portent souvent à la poursuivre Jusque dans ses réduits et à pénétrer quelquefois avec elle dans les cours des édifices, dans les étables et méme dans les appartements habités. Le male cependant est beaucoup plus faible et moins courageux que la femelle.
Aujourd'hui, on fait peu de cas de l’épervier comme oiseau de chasse, et on n’emploie Jamais le tiercelet è cet exercice. On peut cependant affaiter cette espece pour le vol de toutes sortes de petits oiseaux et méme pour celui de la perdrix, mais comme elle ne sait prendre les perdrix que lorsqu'elles n’ont point encore acquis leur développement complet, cette chasse offre peu d’intérét au véritable amateur. Toutefois, en se servant de l’épervier pour le vol des perdreaux et de la caille, on peut souvent obtenir en un seul Jour une bonne quantité de gibier. D'Arcussia a fort bien indiqué les avanlages que peut offrir la chasse à l’épervier dans certaines localités. Il dit de cet oiseau 1): «En ce pays de Provence on prise fort peu les esperuiers, fors en quelques lieux particuliers où il y a passage de cailles: ce qui est principalement au quartier de Toullon et villages d’alentour, où elles passent en telle quantité qu'il se treuuera homme è Sifours, une lieué de Toullon, qui auec un Esperuier, une gaule à la main, et sans chien, prendra six douzaines de Cailles par iour, si grasses, quià peine peuuent-elles voler: ce passage dure le mois de Septembre, et d’Octobre. Ce plaisir est tellement commun en ces quartiers-là que tous s'y occupent. Après ceste saison passée, ils mettent leurs Esperuiers dans une chambre, les gardant pouril'annee siiuante; et en Juillet ils sen seruent aux perdreaux, à quoy ils sont merueilleusement bons ». Les habitants de la petite Russie, les Calmoucs et les Tatares emploient éga-
lement l’épervier pour le vol de la caille 2)