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DE LA MANIERE DE PRENDRE LES OISEAUX DE CHASSE

On se procure les oiseaux de chasse, soit en les prenant dans

leur aire quand ils sont encore tout petits, soit en leur tendant des pièges lorsqu’ils sont complétement formés. En enlevant de leur aire les oiseaux niais, on doit choisir l’époque

où ils sont encore en partie couverts de duvet et où leurs

1) Fauconnerie, 5me partie, chap. 25, p. 824 — 2) Pallas, Zoographia, I, p. 371. — 3) Fauconnerie, lre partie, chap. 27, p. 55 à 57. — 4) Nous avons donné quelques indications sur ce genre dans l’ousi =. n

pennes n’ont atteint que la longueur d’environ un pouce. Si l'on est obligé de les transporter à de grandes distances, on les met dans un panier dont le fond est couvert de paille. Il est facile de dénicher les jeunes des espèces, tels que l’autour, l’épervier et le faucon sacre, qui construisent leur aire

vrage iconographique que publie Mr. Susemihl sur les oiseaux d'Europe, p: 70, et

tique des oiscaux d'Europe, p. 20.

dans notre Revue cri-

sur des arbres, mais s'il s'agit des autres faucons de grande taille qui choisissent ordinairement pour y placer leur aire des rochers escarpés, l’opération dont nous venons de parler est souvent environnée de dangers qu'il faut savoir braver sans crainte, si l’on veut en sortir sain et sauf.

On emploie plusieurs moyens pour s'emparer des oiseaux complétement formés, et ces moyens doivent souvent varier suivant les espèces que l’on se propose de prendre, vu la diversité de leurs moeurs et de leurs habitudes.

Il y a différentes manières de prendre les diverses espèces de faucons de grande taille. La maniére la plus usitée de prendre toutes sortes d’oiseaux de proie, mais plus particulièrement les faucons de passage, et celle dont le succès est le moins douteux, ne peut s’effectuer que dans certaines localités et au moyen d'un appareil assez compliqué; elle demande beaucoup d’expérience, et, pour y réussir complétement, il faut avoir été instruit par un homme expert ou par des fauconniers de profession. Les vastes plaines couvertes de bruyères qui bordent la partie septentrionale de l'Allemagne et s'étendent par la Hollande et le long des còtes atlantiques de la France jusqu’aux confins de l’Espagne, offrent le terrain le plus favorable à cette espéce de chasse. On y voit paraître annuellemeni en automne les faucons pélerins qui, ayant passé l’été dans des contrées plus froides, traversent ces lieux découverts pour aller s'établir, pendant la saison rigoureuse, dans des régions où ils trouvent de quoi subvenir à leurs besoins. C'est dans ces plaines que les fauconniers se rendent à l’époque de la migration des faucons, pour y dresser leurs filets, sùrs d’attirer vers eux tous les faucons qui fréquentent ces endroits à la distance de quelques lieues à la ronde. Après avoir choisi un lieu convenable, on commence par y construire une loge de terre dont l’intérieur offre tout au plus une hauteur de quatre pieds et demi; une roue, posée transversalemeni en dessus de cette loge, en forme le plafond; l’entrée, pratiquée du còté de Pest, parce que le vent de l’est apporte rarement de la pluie, se ferme au moyen d'une porte grossière que l’on a soin de revétir à l’extérieur de gazon, ainsi que toutes les autres parties de la loge. Les gazons placés immédiatement au dessous de la roue de chariot, sont disposés de manière à ce que l’on puisse, en en òtant quelques-uns, pratiquer dans la loge une ouverture en forme de carré oblong, qui tient lieu de fenétre 1). On place ensuite, vis à vis de cette ouverture, à douze pieds de distance de la loge du fauconnier et à quinze pieds de distance l'un de lautre, deux réduits destinés pour les pies-grièches que l'on emploie pour cette chasse 2); ce sont des buttes de gazon, hautes de cinq pieds, ayant deux pieds environ de diamétre et sur le sommet couvertes è moitié d’une votùte de gazon, dont l’ouverture est tournée du còté de la loge du fauconnier. Trois petites baguettes courbées en demi-cercle, enfoncées dans le gazon par les deux bouts et rangées autour de cette ouverture, servent de perches à la pie-grièche que l’on attache, au centre du sommet de la butte, par le moyen d’une ficelle liée à la boucle de cuir qui enveloppe le corselet de

1) On pratique cette ouverture tantòt d’un còté, tantòt de l’autre, selon la direction du vent qui, en

soufflant dans lintérieur de.la loge, génerait beaucoup le fauconnier. Il est clair qu'il faut, suivant

ces circonstances, changer aussi de place tout l’appareil dont nous donnerons ince:

amment la description et qui se trouve en dehors de la loge du fauconnier. On construit, pour accélérer ce travail, deux réduits

et plusieurs loges surnuméraires pour les pies-grièches et pour les pigeons. — 2) On prend les pies-griéches,

grande au

cet oiseau; on applique, en outre, une baguette plus g

dessus des trois autres, pour empécher que les éperviers ne puissent saisir les pies-griéches dans leurs réduits. Ce travail terminé, on enfonce à une distance de cent et trente pieds de la loge du fauconnier et distantes lune de lautre de soixante à soixante-dix pieds, trois grosses gaules, longues chacune de vingt-cinq pieds et au sommet desquelles on attache des filières qui aboutissent à la loge du fauconnier. On lie par les pieds un pigeon vivant è la filiére de la première gaule, c'est à dire de celle qui, vue de la loge du fauconnier, se trouve du còté droit, et on construit près de cette gaule une petite loge de gazon servant de refuge à ce pigeon. A la filière de la deuxième gaule on attache un faucon privé que ces mauvaises qualités rendent de nulle valeur, et on suspend è cette méme filière, à une petite distance de ce faucon, un gros bouquet de plumes. La troisiéme gaule est garnie d’une touffe de plumes semblable ei d’un faucon artificiel fait de bois. Ou dresse ensuite les filets dont on se sert pour prendre les faucons. Ces filets, au nombre de trois, sont placés à une distance de trois cents pieds de la loge du fauconnier, l’un vers le nord-ouest, l’autre vers le sud, le troisieme vers le nordest. Ils sont de forme ovale et pourvus, à leur bord antérieur, d’un demi-cercle de bois de deux pieds et demi de diamétre, auquel on attache d’un còté un fil de fer qui aboutit à une petite ouverture pratiquée à la base de la loge du fauconnier. Après avoir fixé sur le sol le bord libre du filet au moyen de petites fourchettes de bois, on retourne la moitié antérieure du filet, on arrange le filet entier sous le demi-cerele de bois, et on recouvre le tout de brins d’herbes ou de bruyéres. On fiche ensuite, au centre de l'espace que peut couvrir le filet, un petit piquet pourvu d’un trou par lequel on passe une filiére qui aboutit également à la loge du fauconnier. A l’extrémité opposte de cette filière est attaché un pigeon vivant que l'on tient enfermé dans une loge de gazon placée à une distance de trente pieds derrière le filet; cette loge est pourvue d'une trappe de gazon qui s'ouvre d’elle méme, quand on retire le pigeon, à l’approche du faucon. L’ensemble de l’appareil pour prendre les faucons étant dressé tel que nous venons de le décrire 3), le fauconnier se rend tous les jours, dés la pointe du Jour, dans sa loge, pour y rester jusqu'au coucher du soleil. Assis sur une chaise dans cet étroit réduit, les yeux constamment fixés sur les pies-grièches, il ne lui est permis de se livrer à aucune occupation quelconque; il n'a pour tout passe-temps que la pipe. Remuant de temps à autre le faucon de bois, il attire par ce moyen les faucons ou autres oiseaux de proie qui, à une grande distance, croyant apercevoir un de leurs camarades à la poursuite d'une proie, et poussés par la jalousie ou l’espoir d’obtenir eux-mémes de quoi satisfaire leur appétit, se hatent d’arriver près d’un lieu qui leur paraît aussi attrayant. Dès que l’oiseau se montre dans les airs, les pies-grièches tournent aussitot les yeux vers le ciel; le chasseur Jaisse alors tomber le faucon de bois dont l’apparence grossière ne tromperait pas longiemps l’oiseau sauvage, et il se hate de remuer le faucon

Lanius excubitor de Linné, au mois de Septembre, employant pour les attirer une chevèche ou une pie-grièche privée que l'on place, attachée à une ficelle, sur un point un peu élevé dans les champs et près duquel on fiche dans la terre une perche garnie de gluaux. — 3) Pour mettre nos lecteurs à

méme de se former une idée exacte de l’ensemble de cet appareil, nous en avons donné sur une des

vignettes qui ornent le titre de notre ouvrage, la représentation faite par nous sur les. lieux-mémes.

privé attaché à la filiere de la gaule mitoyenne et ensuite le pigeon lié à la filiére de la première gaule. A mesure que l’oiseau ennemi s'avance de plus prés, les pies-grièches désignent par leur agitation plus ou moins vive, l’espèce d’oiseau qui paraît; elles ne s'agitent que mollement si c'est un milan, une buse, un aigle; si c'est un busard, elles se débattent sur leur perche en poussant de grands cris; enfin, si c'est un épervier ou un faucon qui s'approche, elles ne tardent pas à jeter des cris de détresse et à se précipiter dans leurs réduits 1). C'est alors que le chasseur retire de sa loge le pigeon enfermé derrière le filet près duquel le faucon s'est approché davantage. Le faucon s'abati aussitòt, fond sur le pigeon, le lie et sacharne tellement sur sa proie que le chasseur peut entrainer l'un et l’autre, à l’aide de la filiére, vers le piquet perforé dont nous avons parlé plus haut, et les envelopper facilement dans le filet. On se procure de cette manicre, soit en automne, soit au printemps 2), toutes sortes d’oiseaux de proie, mais particulièrement des faucons pélerins et quelquefois aussi des gerfauts. Ces derniers, cepen-

ge, on est ordinairement lo

dant, ne quittant que rarement la Norwé obligé d’aller les chercher dans leur patrie, où on les prend absolument de la méme manière que nous venons de décrire, en établissant les filets sur les plateaux de cette contrée montagneuse.

Il y a, pour s'emparer des faucons de grande taille, plusieurs autres moyens plus simples que le précédent, mais que l’on peut seulement employer, lorsque, par un heureux hasard, on vient à rencontrer un de ces oiseaux sur un terrain favorable. Aussitot que l’on apercoit le faucon, on tàche de sen approcher, sans en étre vu; parvenu à une distance convenable, on lìche alors un pigeon, aux pieds duquel on a attaché une ficelle enduite de glu, longue de irois pieds et pourvue au bout libre d’un menu caillou ou d'un petit objet quelconque

d'une légère pesanteur. Dès que le faucon a pris le pigeon,

il sengage dans la ficelle, tombe à terre, et comme il est incapable de se relever, le chasseur peut alors s'en emparer tout à son aise. On emploie ordinairement le moyen suivant, lorsqu'il s'agit de ratrapper les oiseaux de chasse égarés qui, ayant

Joui de leur liberté pendant quelque temps, ont repris à un

‘certain degré leur caractère farouche. Sitòt qu'on apercoit le

faucon, on làche un pigeon aux pieds duquel on a eu soin d’attacher une ficelle longue de soixante à quatre-vingt pieds et par conséquent assez pesante pour que le faucon ne puisse emporter le pigeon après l’avoir pris. Le faucon obligé de se poser à terre avec sa proie, se met aussitòt à la déchirer, mais dés qu'il l'a tuge et qu'il en a enlevé quelques morceaux, le chasseur se montre et chasse le faucon. On arrange alors autour

du pigeon un neeud coulant qui fait partie d’une ficelle lon-

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