‹ Traité de fauconnerieChapitre 24 sur 66 · DE L’EDUCATION ET DE L’AFFAITAGE DES OISEAUX DE CHASSIE · texte numérisé non relu

DE L’EDUCATION ET DE L’AFFAITAGE DES OISEAUX DE CHASSIE

L'art d’affaiter les oiseaux de chasse a été de tout temps regardé comme une science digne de captiver l’attention et qui atteste au plus haut degré le pouvoir que l'homme exerce sur les animaux 2). Si l'on peut appeler l’art de dresser le chien

1) L’usage de donner des noms aux oiseaux est ancien; il existait déjà, comme nous le verrons plus

tard, du temps de lempereur Frédéric Il. D’Arcussia fait mention de plusieurs faucons célèbres et vante

particulièrement un gerfaut tout blanc que possédait Louis XIII. Voici quelques noms de faucons qui ont successivement appartenu au «hawking club:» Cesar, N apoléon, Prince of Orange, duc of Wellington, Oliver Cromwell, Chassé, Sultan, Duc, Zoè, Marmion, Firebrand,

Comet, Rocket, Bulldog, ete. — On trouve dans ‘d’Arcussia entre autres les noms suivants

RIPA PIRIAve vieni ttstai arisizricigine ERESCSRIESISESNSC Gissi

chasse la fumée par le tuyau que l’on introduit entre les plumes.

Nous avons déjà dit plus haut qu’on a l’habitude d’émousser les ongles et le bec des oiseaux nouvellement pris; cette opération se répète ordinairement trois fois par an ou toutes les fois que les parties dont nous venons de parler se sont développées au point de pouvoir infliger des blessures trop profondes, soit à la main du fauconnier, soit aux hérons destinés pour les lecons d’affaitage ou auxquels on veut rendre la liberté, soit enfin à d’autres faucons, s'il arrive que ces oiseaux s'attaquent entre eux, au lieu de poursuivre le gibier.

Le cabinet destiné pour les oiseaux de chasse doit tre plus ou moins spacieux, suivant le nombre d’oiseaux que l’on se propose d’y enfermer. Les fenétres de ce cabinet sont pourvues de volets que l’on ferme è l’approche de la nuit, pour ne les ouvrir le jour suivant que quand les oiseaux ont rejeté la pelotte. Ce cabinet est garni des deux còtés de perches placées à une distance des murs de trois è quatre pieds et à une hauteur de cinq pieds du sol que l'on couvre à cet endroit d’une couche épaisse de sable. Ces perches sont d’un diamétre d'environ deux pouces et demi, couvertes en dessus de paille et revétues de linge grossier ou de flanelle; au dessous de ces perches est suspendu un linge, large environ de deux pieds, afin d’empécher que les ciseaux, en volant et revolant, ne s'entortillent autour de la perche. En mettant plusieurs oiseaux sur une perche, il est essentiel de les éloigner les uns des autres à peu près à deux pieds de distance. Les perches destinées pour les oiseaux niais, pour les oiseaux malades ou en général pour tous les oiseaux lors de l’époque de la mue, sappellent blocs; ce sont des billots hauts d’un pied, plus larges à la base quien dessus où ils offrent un diamétre d’environ neuf pouces, et pourvus au centre d’un crochet en anneau par lequel on passe la longe en attachant le faucon sur le bloc; on garnit ces blocs de gazon, lorsqu'il s'agit d’y mettre les oiseaux niais. Chaque oiseau a son nom particulier 1) indiqué sur une étiquette que l’on attache aux perches. Le cabinet où l'on enferme les faucons sert en outre de lieu de dépot pour les divers outils et instruments de fauconnerie. Quant aux oiseaux de bas vol, au lieu de les enfermer dans des cabinets, on établit leur perche dans un lieu quelconque où ils sont à l’abri de la pluie, et l’on préfèere méme les lieux fréquentés, afin qu'ils prennent l’habitude de voir continuellement

des hommes et des chiens.

uz

pour la chasse un triomphe obtenu par l'homme sur les animaux, l’art de dresser les oiseaux pour le méme but doit au

premier abord exciter bien davantage l’étonnement; car, dans

le premier cas, il s'agit d'un animal domestique doué d’un

la Perle, le Corse, Borrasque, le Glorieux, le Réal,la Damoiselle le Fousque, 1 selle, È ala Baronne, le Gentilhomme, ete.. — 2) Linné lui-mème, après avoir dit dans son Système de la nature, 12me édit., I, p. 127: «Ars capiendi Falcones Columba et Lanio, instituendi, venandi Ga È a a » zellas, Ardeas, Aviculas, ete. propriis artificibus commissa. i sE . A ‘ 1 ] ommissa, in luxuriam magnatum, ridenda etiam a ’stulto», ajoute plus bas: «Falconaria ars ad aucupium et venatum instruendi Falcones transiit in » Scientiam.»

naturel docile et de l’instinet de sociabilité, tandis que dans le second cas on a affaire à des animaux nouvellement réduits à la captivité, qui occupent parmi les étres organisés une place beaucoup moins élevée que le chien, et dont le caractère est sauvage, farouche et insociable. En réfléchissant cependant sur les motifs qui engagent l’un et l’autre de ces animaux à obéir è la volonté de leur maitre, on s'apercoit que ces motifs sont de nature trés diverse, quoiqu'il paraisse exister une grande analogie entre les effets obtenus dans l’un et l’autre cas. Il suffira, pour justifier cette observation, de mettre en parallele le chien et les oiseaux de chasse, et d’examiner de plus près les dispositions et les facultés intellectuelles dont ces animaux sont doués.

Le chien vivant en compagnie, soit à l’état primitif, soit lorsque de la domesticité il est retourné à l’état sauvage, doué de l’instinet de sociabilité et d'une espèce de prédisposition à s'attacher à Phomme, et s'habituant facilement à une nourriture tirée du règne végétal, est de tous les animaux celui que l'homme a choisi de préférence pour compagnon. Nous le voyons en effet comme tel depuis l’époque la plus reculée de l’histoire des peuples. Dissemblable du chat qui, vivant solitairement à l’état sauvage et ne possédant l’instinet de sociabilité quà un degré assez inférieur, s'attache plutòt aux habitations qu'è l'homme méme, le chien est devenu l’animal domestique par excellence, et il a lié son existence à celle de l'homme; s’assujetissant complétement à la volonté de son maître, il développa successivement toutes ces qualités que nous admirons dans cet intéressant animal, et perfectionna ses facultés intellectuelles au point de surpasser sous ce rapport tous les autres animaux. De temps immémorial vivant et se propageant dans la domesticité, transplanté d’une région à une autre, dans les contrées les plus diverses, dans des pays dont la surface a éprouvé par la main de l'homme tant de changements qu'en échappant de l’es-

clavage il ne pourrait plus subsister à l’état sauvage, et s'étant habitué de bonne heure à toutes sortes d’aliments, le chien a successivement subi d’'innombrables modifications, et il s'est formé dans l’espèce primitive de cet animal un grand nombre de races plus ou moins différentes les unes des autres. L’homme continuellement occupé à cultiver ces qualités du chien qui pouvaient lui étre utiles, a aussi de son còté contribué à changer la nature de cet animal. Observant que de tous les sens du chien, l’odorat est celui qui contribue le plus à seconder cet instinet naturel qui le porte à chercher et à poursuivre le gibier, l’homme a formé successivement les diverses races des chiens de chasse, parmi lesquelles le chien d’arrét occupe le premier rang, parce que c'est la race dont l’éducation a été portée au plus haut degré de perfection.

En examinant les dispositions naturelles des oiseaux dont on se sert pour la chasse, on trouve précisément le contraire de tout ce que nous venons de dire du naturel du chien. Ces animaux occupent comme les oiseaux en général, parmi les étres organisés, une place moins élevée que le chien et la plupart des autres mammifères, et s'ils surpassent le chien par la grande perfection de leur organe visuel, celui de l’odorat joue au contraire un role tout-à-fait subordonné. Ces oiseaux ne sont pas doués

d'une prédisposition è s'attacher à l'homme, et n’en sentent pas

non plus le besoin. Chaque individu, pris isolément, possédant les moyens de pourvoir à son existence, ces oiseaux ménent toujours une vie solitaire, et s'ils se réunissent par couple, ils n'y sont poussés que par l’instinet de propager leur espèce et non «par celui de la sociabilité. Doués d’une force extraordinaire et se nourissant exclusivement de proie vivante, ces étres ont le caractère sanguinaire, vorace et sauvage. Nuisibles à l'homme, puisqu’ils viennent enlever les animaux qui lui sont utiles, ils sont continuellement exposés à des poursuites de tout genre; au lieu de se rapprocher de l'homme, il le fuient et leur naturel insociable, loin de diminuer, prend au contraire un caractère farouche. Ne se propageant jamais dans la captivité, leur race entière reste libre, et les individus isolés que l'on parvient è apprivoiser, ne servent l'homme, ni par attachement, ni de leur propre mouvement, et ils ne tardent pas à retourner à l’état sauvage dès qu’'ils sont contraints ou quiils ont l’occasion de pourvoir eux-mémes à leurs besoins. Rendus à la liberté, ils savent, n’importe où ils se trouvent, se procurer de quoi subsister; les changements artificiels opérés sur la surface de la terre ne sont pas pour eux des obstacles qui les empéchent de reprendre leurs habitudes primitives; au lieu d’éwe, pour ainsi dire, attachés au sol comme le chien, ils vivent dans un élément qui ne met aucune borne à leurs excursions, et ils sont pourvus des moyens de se transporier en peu de temps d’un point à un autre et d’aller à la recherche des lieux qui leur offrent les conditions nécessaires à leur existence.

Il résulte de ces observations que n’étant pas doués de ces qualités que l'homme a cultivées dans le chien pour en faire un animal domestique docile et obéissant, les oiseaux de chasse ne sont pas non plus susceptibles d’ètre instruits au moyen de cette espèce d’éducation intellectuelle que l’on donne au chien d’arrét, et qu'il n'est d’autre moyen pour les faire obéir à leur maitre et agir selon sa volonté, que de tirer parti de celui de leurs penchants innés qui est le plus prononcé chez eux, c'est à dire, leur voracité. Les oiseaux de proie avalant à la fois une grande quantité d’alimenis qui les rendent pour quelque temps pesants et incapables de faire de nouvelles poursuites, l'homme a trouvé dans cette manière de vivre l’indication des moyens de pouvoir gouverner à son gré ces animaux; il les a soumis à sa puissance, en réglant leur passion dominante au point que, rendus à la liberté, ils men ont pas tout de suite la conscience, et ils se laissent entrainer par le besoin de satisfaire leur avidité à se jeter sur le gibier qu'on leur indique, à poursuivre des animaux auxquels ils ne font jamais spontanément la chasse, et méme jusqu'à se laisser reprendre par leur maitre, lorsque celui-ci vient à leur présenter leur nourriture favorite.

Résumant ce que nous venons de dire sur le chien et les ciseaux de chasse, on voit que le chien sert son maitre par attachement; il lui obéit de son propre mouvement ou poussé par la crainte de la punition; il suit son maitre partout, le préfère à tout autre et ne le quitte jamais de sa propre volonig; en poursuivant le gibier, il agit par instinet, et dès que le gibier

est tué, il va le chercher et l’apporte à son maitre, sans jamais

jouir d'une récompense quelconque; enfin, une fois dressé J ] I Tue; ’

pour la chasse, il n’oublie plus les lecons qu'on lui a don-

nées, et si, entraîné par son penchant, il les oubliait un instant, il suffit de les lui rappeler pour le faire rentrer aussitòt dans son devoir. L’oiseau de chasse, au contraire, n'a point d'attachement pour l'homme cu pour son maitre; il ne lui obéit Jamais de son propre mouvement, et en servant à son plaisir, il eroit dans le fait ne pourvoir quà ses propres besoins; des punitions exercées sur lui ne produiraient pas le moindre effet; il s'enfuit aussitot qu'il a joui de sa liberté pendant quelques heures; en poursuivant les animaux qu'on lui fait prendre, il est moins poussé par l’instinet que par la conscience quil a d'obtenir, après les avoir pris, de quoi satisfaire à son appétit; il ne retourne jamais de son propre mouvement auprès de son maitre qui, pour le reprendre, est obligé de l’attirer vers lui en lui présentant sa nourriture favorite; enfin, il ne retient les lecons qu'on lui donne qu’autant qu'on les lui fait exercer. Dés qu'il arrive qu'il a passé quelques Jours à l'état de liberté, il faut lui faire répéter ces mémes lecons, avant de pouvoir s'en servir pour le vol; et un intervalle plus considérable, comme par exemple, l’époque de la mue, suffit pour lui faire tout oublier, de sorte qu'il faut recommencer de nouveau son éducation, si après cette époque on veut encore l’employer pour la chasse.

Cette différence entre les dispositions du chien et de l’oiseau une fois reconnue, il sensuit nécessairement que pour affaiter les oiseaux de proie il faut employer des moyens très différents de ceux mis en usage pour dresser les chiens à la chasse. Quant à l’éducation du chien de chasse, tout dépend du choix de l’individu; il est de nulle valeur, s'il n'a pas le nez fin; en le dressant, il importe d’abord de lui apprendre à apporter le gibier et à obéir aux ordres de son maître qui doit le guider par la voix; comme il recherche le gibier par instinet, il sagit seulement de réprimer les penchants naturels qui le portent à dévorer le gibier ou à le poursuivre sans en avoir recu l’ordre. Quant aux oiseaux de chasse, il n’existe pas de signes pour reconnaitre le naturel des individus; en les affaitant pour la chasse, il est d’abord essentiel de corriger leur caractére sauvage et farouche, en les portant presque continuellement sur le poing et en les habituant à la société de l'homme et à celle des animaux; dés qu'ils sont apprivoisés, les premières lecons ont pour but de les forcer par la faim à venir auprès de leur maître, lorsque celui-ci leur présente le pat; en les dressant pour le vol, il faut toujours leur faire faire cet exercice quand ils sont à jeun, et les récompenser chaque fois qu'ils ont volé en leur distribuant leur nourriture; enfin, il est urgent d’affaiter chaque individu sur la seule espéce de gibier qu'il est destiné è voler. On voit par ces indications générales que l’affaitage des oiseaux de chasse repose sur des principes assez simples et que l’on peut parvenir en peu de temps à apprendre la ihéorie de cet art. Cependant, s'il S'agit de mettre en pratique cette théorie, on s'apercoit bientòt qu'il faut une longue expérience avant d’obtenir constamment le résultat désiré, et qu'il n'est pas moins difficile d’affaiter les oiseaux pour le vol que de les gouverner quand ils ont été làchés sur le gibier. De là vient que cet art ne peut guére étre exercé que par des fauconniers de profession, à moins que

l’on ne veuille courir le risque de gàter ou de perdre les oiseaux.

da paasia siste ziazzintei

Cependant ce n'est pas la seule science de dresser et de gouverner les oiseaux qui constitue le bon fauconnier. Il doit réunir encore d'autres qualités pour mériter cette épithète. Il faut avant tout que le fauconnier se voue corps et àme à sa profession, qu'il ne s'adonne à aucun vice, qu'il soccupe de ses oiseaux avec un soin particulier qui doit méme, en cas de nécessité, l’emporter sur les soins reclamés pour sa propre personne; qu'il réfléchisse sans cesse à ses occupations, afin d’inventer ces mille et mille petits procédés, ces artifices sans nombre que pour mener à bien toute affaire quelconque, il faut savoir appliquer dans chaque cas particulier. Indépendamment de ces qualités, le fauconnier doit avoir une constitution robuste, capable de résister à la fatigue, une patience à toute épreuve, et cette flexibilité de caracière qu’exige le commerce avec des hommes de toutes les classes de la sociéié. Enfin, il ne faui avoir de prédilection pour aucune des quatre principales branches de l’art de la fauconnerie, savoir, celles de prendre les faucons, de les traiter, de les affaiter et d’exercer la chasse, à moins que les fauconniers d’une méme compagnie ne conviennent mutuellement de partager entre eux ces différentes occupations.

Nous jugeons à propos, avant de terminer nos observations générales sur l’affaitage des oiseaux de chasse, de dire quelques mots des soi-disant signes extérieurs des oiseaux, signes au moyen desquels on prétend pouvoir Juger des qualités ou du caractère des individus. Les fauconniers d’autrefois, imitant l’exemple de leurs confrères arabes, ont tous sans exception parlé fort au long dans leurs ouvrages de l’importance du choix des individus. Suivant leurs propres expressions maintes fois transcrites et reportées d’un livre à un autre, il ne faut choisir que le faucon qui a «la téte ronde, le bec court et gros, le cou fort long, la poitrine nerveuse, les mahutes larges, les cuisses longues, les jambes courtes, la main large, les doigts déliés, allongés et nerveux aux articulations, les ongles fermes et recourbés, les ailes longues. Le pennage doit étre brun et d’une pièce, c'est à dire, de méme couleur; la bonne couleur des mains est vert d’eau:; ceux qui ont les mains et le bec jaunes et le plumage semé de taches, sont moins estimés que les autres, etc.» De nos Jours, où la science de la fauconnerie a été dépouillée des préjugés, des pratiques superstitieuses qui l’ont défigurée pendant des siécles, on n’attache plus la moindre importance à ces indications; guidé uniquement par l’expérience, on a reconnu que les soi-disant différences individuelles de forme n’existent pour la plupari que dans l'imagination et qu'elles ont, si elles existent, aussi peu d’influence sur le caractère de Poiseau que les diversités préseniges par la couleur de leur plumage; on sait que les qualités des oiseaux et leur caractère individuel ne peuvent étre étudiés que lors de l’affaitage, et que ces différences individuelles de caractère, quoique souvent assez sensibles, sont rarement

de nature à rendre l’oiseau de nulle valeur pour la chasse. Nos

fauconniers, en choisissant les oiseaux, ne font attention quià leur age, donnant la préférence aux jeunes individus, parce

qu'ils sont plus traitables que les vieux que l’on tue, dés qu'on a pu se procurer le nombre requis des jeunes de l’année. Le plus souvent, on tue également ces derniers après la saison de

la chasse, lorsqu'ils entrent dans la deuxiéme année de leur

age,

ce

et on ne garde ordinairement pour les faire muer en esclavage que les espèces très rares ou les individus dont on a pu apprécier les bonnes qualités. Quant au choix des différentes sortes d’oiseaux de proie, il est clair qu'il dépend de l’espèce de chasse pour laquelle on se propose de les employer et de la possibilité de se procurer ces oiseaux. Cependant on préfère le plus souvent les oiseaux de passage aux niais; car tous les oiseaux perdent de leur force dans l’esclavage, et bien plus encore ceux qu'on a élevés à l'état captif.

L’affaitage des oiseaux de proie reposant, comme nous l’avons démontré plus haut, sur certains principes invariables, il s'ensuit qu'il y a une méthode générale de dresser les oiseaux applicable à tous; cette méthode cependant subit de nombreuses modifications, soit suivant les espèces que l’on se propose d’instruire, soit suivant que les individus ont été pris à l’état sauvage ou enlevés de leur nid, soit enfin suivant la chasse pour laquelle on les destine. Nous nous proposons, afin de facili ter l’étude de cet art dificile, de tiraiter successivement des méthodes particulières d’affaitage employées dans les divers cas que nous venons de signaler. Il convient cependant avant d’enirer dans quelques détails sur l’affaitage proprement dit des oiseaux de chasse, de parler de l’éducation des oiseaux niais, c'est à dire, de la maniére de traiter ces oiseaux depuis l’époque quiils ont été enlevés du nid jusqu'à celle où ils ont acquis leur développement complet et où ils sont en conséquence propres à étre instruits pour le vol.

Il n'y a qu’un système d’éducation commun à tous les oiseaux niais. Les points principaux qu'il convient d’observer en traitant ces oiseaux, sont de leur distribuer une nourriture abondante et de la meilleure qualité; d’avoir soin qu'il régne la plus grande propreté dans leur réduit, et de les laisser jouir aussi longtemps que possible de leur liberté; en un mot, de faire tout ce qui peut contribuer à favoriser le dév eloppemeni complet de leurs plumes et l’exercice de leurs forces physiques. L’aire artificielle qui leur sert de réduit se compose d’un grand panier de quatre à cinq pieds de profondeur, posé horizontalement dans un lieu retiré d'un jardin, à la portée de la main, sur les branches d’un arbre, et dont l’ouverture soit tournée vers le sud. On revét ce panier en-dessus de gazon pour empécher que la pluie ne pénétre dans l’intérieur, garni à cet effet d'une couche épaisse de paille. Le couvercle de ce panier est arrangé de manière qu'il offre un plan horizontal en forme de table. Observant, quant à la manière de les nourrir, les régles que nous avons indiquées en parlant du traitement des oiseaux de chasse en général, les oiseaux niais ne tarderont pas à se développer en peu de temps au point de quitter leur aire, de se percher sur les branches des arbres ou sur les toits des habitations, et d’entreprendre peu-à-peu des excursions plus ou moins loiniaines, dont ils retournent toujours spontanément, pourvu qu'on leur distribue régulièrement une nourriture abondante. On leur laisse l’exercice de cette liberté jusqu'àè ce qu'ils commencent à pourvoir eux-mémes à leurs besoins, en faisant la chasse à des oiseaux ou à d’autres animaux; c'est alors le moment de s'en emparer, ce qui se fait ordinairement au moyen des filets, avec lesquels on prend les

faucons passagers. Si l’on veut laisser jouir de leur liberté les

oiseaux niais qui ont déjà volé, avant de recommencer leur affaitage, il est essentiel d’attacher à chacun de leurs pieds un gros grelot massif de plomb, afin de les empécher d’aller eux-mémes à la recherche de leur proie; il faut aussi avoir soin de fixer, sur la table adaptée à leur réduit, au moyen d’un clou, le pat qu'on leur donne, car sans cette précaution, ils emporteraient ce pàt et iraient le dévorer dans quelque autre lieu; habitude propre à la plupart des faucons et qu'il convient de réprimer de bonne heure pour ne pas s'exposer, lors de la chasse, à voir le faucon charier, c'est à dire, emporter le gibier. Les faucons niais n’étant pas employés pour la haute volerie, leur affaitage est beaucoup plus simple et moins difficile que celui des faucons passagers, dont nous nous proposons de traiter avant d’entrer dans quelques détails sur l’affaitage des oiseaux niais.

Aussitot que le faucon de passage nouvellement pris a été porté è la maison, on le place dans une chambre obscure, où on le laisse jusqu’au lendemain attaché sur un bloc revétu de gazon; il ne faut pas oublier de lui òter le chaperon cette première nuit, pour qu'il puisse rejeter la pelote. Il s’agit d’abord de l’accoutumer à recevoir la nourriture de la main du fauconnier. A cet effet, on le prend, la main recouverte du gant, sur le poing et on lui présente un morceau de viande qu'on lui laisse dépecer pièce par pièce. Quelques jours suffissent pour l’apprivoiser au point qu'il prend le pàt avec avidité et dés ce moment on a soin de couper la viande dont on le nourrit en morceaux plats et oblongs, mais pas trop grands, pour quil puisse les avaler facilement. Si l’oiseau s'agite avec trop de force lorsqu’on le prend sur le poing, on lui bride l’aile et on cherche à le rendre soumis en lui mouillant les plumes par des jets d’eau ou en le plongeani méme dans un vase d’eau froide. On ne le déchaperonne pas un seul instant durant cette première partie de l’éducation et on ne lui présente pendant cette époque qui dure quatre à cinq jours, suivant le caractère plus ou moins fier de l’oiseau, ni des plumes ni des poils, parce qu'il ne saurait rejeter la pelote, ayant la tèéte couverte du chaperon. Aussitòt que l’oiseau s'est habitué à prendre avidemment le paàt qu'on lui présente et à se tenir tranquillement sur le poing, on le place sur la perche et on échange le chaperon de rust contre le chaperon ordinaire que l’on a soin d’òter chaque nuit, afin que l’oiseau puisse rejeter la pelote; car après cette époque on lui présente de temps en temps des pigeons ou d’autres animaux encore couverts de plumes ou de poil. On tàche ensuite de corriger son naturel farouche, en le portant sur le poing deux fois par jour, le matin et l’après midi, chaque fois plusieurs heures de suite, d’abord dans la chambre, puis à l’air et dans des lieux fréquentés; on lui òte aussi de temps à autre le chaperon, lui donnant quelques beccades quand on le lui remet, et on Vaccoutume peu-à-peu à prendre, la téte découverte, le pat ordinaire ou à dépecer les morceaux de viande qu'on lui présente. Pendant cet exercice on le frotte de temps à autre avec une aile de pigeon, car les oiseaux n’aiment pas qu'on les touche de la main. L'ayant ainsi traité pendant une huitaine de Jours, on peut commencer les lecons préliminaires d’affaitage, sans que

l'on cesse pour cela de porter Journellement les faucons sur le

poing. Il est méme essentiel, pour empécher que les oiseaux ne reprennent leur caractere farouche et pour prévenir qu'ils ne deviennent trop gras, de les porter sur le poing deux fois par Jour, pendant toute l’année; durant la saison de la chasse où les oiseaux sont portés journellement aux champs sur leur cage, cet exercice ne se répéte que si, durant plusieurs jours de suite, on est empéché, soit par le mauvais temps, soit par d’autres circonstances, d’aller à la chasse 1).

On choisit l'heure de midi pour donner à l’oiseau les premières lecons d’affaitage qui consistent à lui apprendre à sauter de son plein gré sur le poing de son maître. On le place à cet effet sur le dossier d’une chaise, on entortille le bout de la longe autour du petit doigt de la main gauche couverte du gant, et on tient un morceau de viande dans la main droite; après avoir òté à l’oiseau le chaperon que l’on retient par le petit doigt de la main droite, on rapproche les mains lune de l’autre, on se place tout près de l’oiseau et on cherche à l’inviter à venir se placer sur le poing, en lui présentant le pàt et en sifflant. L’oiseau s'étant posé sur le poing de celui qui l’instruit, on lui permet de prendre quelques beccades, on le replace ensuite sur la chaise et on le fait venir de nouveau sur le poing; cet exercice se répéte de suite quatre ou cinq fois par jour, et on a soin de donner bonne gorge à loiseau è la fin de la lecon. Augmentant de jour en jour la distance, on finit par détacher la longe et par accoutumer le faucon entièrement libre à franchir toute la longueur de la chambre pour venir se placer sur le poing du fauconnier. Après avoir répété ces exercices pendant quinze jours ou trois semaines, on commence une nouvelle série de lecons, en faisant prendre au faucon dans la chambre un pigeon attaché à une filiére. On tient, durant ces premieres lecons, le faucon à la longe, mais par la suite on attache une créance à la longe, et on lui permet de poursuivre le pigeon dans toute l’étendue de la chambre, l’invitant à fondre sur le gibier par un cri uniformément répété 2). Comme il est nécessaire de laisser manger au faucon le pigeon, dès qu'il l’a pris, il sensuit que l'on ne peut exercer cette lecon qu'une seule fois par jour. Ce n'est que lorsqu'il parait formé à cet exercice, ce qui arrive au bout de trois à quinze jours, que commencent les lecons en plein air. Le premier jour, on le porte l’avant midi à la campagne pour lui faire prendre un bain; de retour à la maison, on choisit lheure de midi pour lui òter le chaperon, le faire sauter sur le poing et lui donner bonne gorge, après quoi on le laisse tranquille jusqu'au lendemain. Porté de nouveau à lair, on répéte les lecons sur le pigeon, qu'on fait voler au bout d'une filiére, d'abord de très près, ensuite de plus en plus loin, jusqu'à une distance, enfin, de vingt pas, et on finit méme par augmenter cette distance en faisant courir à toutes jambes la personne qui tient la filire à laquelle le pigeon est attaché. Deux à trois semaines suffissent pour cet exercice, mais on ne donne au faucon, dans la deuxième moitié de cet espace de temps, qu'une lecon tous les deux

1) Il arrive quelquefois que les fauconniers, trop paresseux pour porter les faucons tous les jours, preferent les placer surla cage suspendue au plafond d'une chambre, de sorte qu'en balangant cette cage, les oiseaux éprouvent un mouvement continuel; mais cette manire de traiter les oiseaux est désapprouvée par tous les bons faueonniers et ne s'exerce plus aujourd'hui. On lit méme dans plusicure ouvrages de

fauconnerie que, pour apprivoiser le faucon, on avait autrefois l’habitude de le placer dans un grand

cerceau de bois, suspendu quelque part, et que l’on ne cessait d’agiter pendant plusieurs jours et plusieurs

jours, changeant en meme temps son régime, de sorte qu'on lui distribue bonne gorge quand il a volé, et demi-gorge le jour suivant qui est employé à répéter les lecons qui ont pour but d’apprendre à l’oiseau à sauter sur le poing. Les faucons passagers étant ordinairement dressés pour le vol d'animaux de grande taille, il est essentiel de prendre au lieu d’un pigeon une poule attachée àè une filiére dont la longueur ne doit pas surpasser quinze à dix-huit pieds. Après quatre à quinze jours consacrés à cet exercice, on remplace la poule par un coq et on répéète successivement cet exercice jusquà ce que le faucon y soil parfaitement assuré, c'est à dire, jusqu'à ce quil attaque le coq, sans se laisser déconcerter par les cris et les gestes de cet oiseau, ce qui n'a souvent lieu qu'au bout de deux, de quatre, quelquefois méme de six semaines; il sentend de soiméme que l’on repaît le faucon chaque fois qu'il a attaqué le coq, en lui présentant un pigeon vivant. On emploie ensuite quinze jours pour répéter toutes les lecons qu'on a successivemeni données au faucon, soit en plein air lorsqu'il fait beau temps, soit dans les cours des habitations ou méme dans la chambre quand il fait beaucoup de vent ou de la pluie. Après cette époque, on répète encore pendant quinze jours les lecons de vol sur le pigeon, avec cette différence qu'on laisse le faucon entièrement libre, tandis que le pigeon reste attaché à la eréance. Ces lecons terminées, il est nécessaire d’instruire en commun les deux faucons qui sont destinés à voler ensemble. On leur fait d’abord voler le pigeon attaché è la eréance; ensuite on attache aux pieds du pigeon une ficelle longue d’environ vingt pieds, et qui l'empéche de prendre l’essor ou de voler avec trop de vitesse; è chaque lecon suivante, on enlève une partie de la ficelle, de sorte qu’ la fin elle n'a plus qu’environ cinq pieds de longueur. Dés que les faucons sont accoutumés à voler en compagnie et à se laisser reprendre quand on les leurre avec du vif, on peut regarder comme terminées les lecons que nous venons de décrire et dont l’exercice a occupé un espace de temps de quatre à cinq mois; alors on peut commencer les lecons de vol sur l’espèce de gibier pour laquelle les faucons sont destinés.

Nous nous proposons de traiter premièrement de l’affaitage des faucons pour le vol du héron. On n’emploie pour cette chasse que le faucon blanc, le faucon d’Islande, le gerfaut et le faucon passager, à l’exception de son tiercelet. Il faut d’abord tàcher de se procurer des hérons. On prend ordinairement ces oiseaux en appliquant sur leur nid, vers le soir, un noeud coulant; se cachant ensuite sous le vent, à une distance de vingt pas de l’arbre sur lequel le nid du héron est placé, et tenant de la main le bout libre de la ficelle qui fait partie du noeud coulant, on le reserre dès que le héron s'est perché sur son nid. Cet oiseau étant pris, on l’enferme dans un lieu obscur après lui avoir sillé les yeux; cette opération consiste à passer, au moyen d’une aiguille à coudre, un fil fin par la paupière inférieure de chaque ceil et è tordre sur le sommet de la téte les deux fils, de manière que les

paupiéres soient levées si haut qu’elles couvrent parfaitement

nuits de suite, sans permettre à l’oiseau un instant de repos. Cependant tous nos fauconniers assurent q i x ua i 8 fa È Pe ue ces moyens violents, au lieu d’apprivoiser les oiseanx, contribueraient au contraire à les rend l 1 ; Li ; C A a re. re p us farouches et qu’en privant l’oiseau de sommeil on affaiblirait en mème temps ses for

Cache: ; i 7 es physiques et on nuirait è sa santé; dire que l’on parvient, au moyen de ce traitement à faire oublier à l’oiseau son origi

; DE ; 1a Y sa falre à eau 8 rigine

et son ancienne indépendance, c'est faire un conte difficile à eroire. — 2) Les fauconniers holland i t

ni Les ti ers hollanda:s ei

pour attirer le faucon.

anglais se servent de l’interjection «hallo, hallo»,

le globe de l’ceil. Les hérons refusant presque toujours de prendre de la nourriture lorsqu'ils sont en esclavage, il faut les y contraindre, en mettant tous les jours quelques morceaux de viande dans leur gosier et en y versant un verre d’eau; il est méme nécessaire pour empécher que le héron ne rende les aliments qu'on lui a fait prendre de cette manière, de lui serrer légèrement la partie supérieure du cou au moyen d’un gros fil. On choisit pour les premières lecons de vol sur le héron une prairie ou quelque autre plaine située dans le voisinage des habitations. Après y avoir porté les faucons et le héron, l’un des fauconniers place, en mettant le genou gauche en terre, le héron sur le sol; il le déssille, lui applique les étuis è la pointe du bec, lui couvre la téie d’un mouchoir et le retient ainsi, de telle sorte qu'il ne peut se remuer. L'autre fauconnier se tient debout derrière le premier, un peu du còté gauche, et derrière lui se place un troisième fauconnier portant, ainsi que le second, un faucon sur le poing, afin que les lecons puissent se succéder sans interruption. Le tout étant disposé comme nous venons de le décrire, le premier fauconnier làche le héron qui se trouve attaché è une longue filiere; le second fauconnier déchaperonne aussitòt le faucon que l’on tient également attaché à une filière et il le jette; celui-ci ne tarde pas à se précipiter sur le héron, et dès qu'il l’a lié, les fauconniers accourent le plus vite possible pour lui présenter un pigeon vivant qu'on lui fait dépecer sur le héron méme. On observe pendant ces lecons, à l’égard de la distance è laquelle on fait voler le héron, les mémes régles que dans les lecons de vol sur le pigeon. Au bout de quinze jours, on répète ce méme exercice deux à irois fois sur un terrain découveri assez étendu, comme par exemple, une bruyère; on laisse alors le faucon voler librement et au lieu de tenir le héron è la filiére, on lui attache simplement à lun des pieds une ficelle longue d’environ vingt pieds, et destinée è empécher le héron de monter trop haut dans les airs. Dans les deux ou irois legons suivantes, on fait voler deux faucons de compagnie sur le héron qui est également tout à fait libre pendant cet exercice. Les jours suivants, on se rend l’après-midi dans une bruyère pour attendre les hérons qui, retournant de la péche et s'étant gorgés de poissons, sacheminent lentement et è des hauteurs peu considérables vers les bois qui leur servent de retraite; en jetant dans les premiers jours les faucons aux hérons dont le vol est peu élevé et successivement à ceux qui volent plus haut, on viendra bientot à bout d’assurer les faucons pour ce vol. Cette série de lecons de vol sur le héron n’étant terminée qu’au bout de deux mois et étant précédée de quatre à cinq mois de legons préparatoires, il s'ensuit qu'il faut à peu près un espace de six à sept mois pour affaiter complétement les faucons pour le vol du héron.

L’affaitage des faucons sur le milan se fait absolument de la méme manière que l’affaitage du faucon sur le héron, avec cette différence cependant que l’on met à l’escap, durant la dernière série des lecons, un milan au lieu d’un héron. Les meilleurs oiseaux pour ce vol sont les faucons blane et d’Islande, le gerfaut et le sacre; on y emploie aussi, mais avec moins de chances de succès, le sacret et le faucon de passage.

Lorsqu'on veut affaiter des faucons pour le vol du lièévre ou

du lapin, il est nécessaire de les instruire d’abord è voler le pigeon, le poulet et le coq, absolument comme on fait avec les faucons destinés pour le vol du héron ou du milan. Cet affaitage préparatoire terminé, on prend une peau de lièvre remplie de foin que l'on fait trainer par la chambre au moyen d’une ficelle, tandis que l’on jette le faucon qui est attaché à la créance. Dès que l’oiseau a parfaitement compris ces lecons, on les répète à la campagne, faisant trainer la peau de lièvre d’abord doucement, puis rapidement par une personne qui court à toutes jambes, et à la fin, par un piqueur monté è cheval, qui emporte le lièvre en partant au grand galop; il est inutile de dire qu'on laisse voler librement le faucon pendant ces dernières lecons. On recommence ensuite toute cette série de lecons, en remplagant la peau de lièvre par un lièvre privé et élevé en domesticité, et en finissant par laisser courir le lièvre librement. Le faucon commun, le sacre et le tiercelet de gerfaut étant trop faibles pour le vol du lièvre, on n'y emploie que les faucons blanc et d’Islande, ainsi que le gerfaut. Ces grandes espèces cependant sont, à cause de leur force, capables plus que toutes les autres d’emporter le gibier qu'elles ont pris; pour prévenir cet inconvénient, il est nécessaire de leur apprendre à venir, en les attirant avec le leurre, sur une planche placée sur le sol et sur laquelle est attaché un morceau de viande, et de répéter cet exercice à la campagne toutes les fois que ces oiseaux retombent dans le défaut dont nous venons de parler. Il faut par cette méme raison, en leur donnant des lecons de vol sur le pigeon, attacher toujours une ficelle aux pieds de ce dernier.

Quant aux faucons niais, il sen faut de beaucoup que leur

affaitage soit aussi long,

aussi pénible que celui des faucons passagers, non pas seulement par la raison que, élevés en captivité, et moins farouches que les faucons pris à l’état sauvage, ils sont plus facilement apprivoisés, mais aussi parce qu'on ne peut les employer, du moins dans la première année, à la haute volerie. La principale différence entre l’affaitage des faucons de passage et celui des faucons niais, consiste en ce qu'on ne leurre Jamais ces derniers avec du vif, mais toujours avec le leurre méme; que l’on n’emploie pour les instruire que des pigeons et jamais le poulet ou le coq; enfin, qu'on leur apprend à voler d’amont, c'est à dire, au-dessus des fauconniers et des chiens, méme avant que le gibier se soit levé. Pour affaiter complétement les faucons niais, on s'y prend de la manière suivante. Après sen éire emparé au moyen du filet au moment qu'ils oni acquis leur développement complet, on leur met le chaperon, des entraves et un ou deux petits grelots; on les porte dans le perchoir où on les attache sur le bloc; puis on se retire. Au bout de quelques heures, on rentre dans le perchoir, on prend le faucon sur le poing pour l’accoutumer à s°y tenir tranquille, et on le porte par la suite, deux fois par jour, chaque fois plusieurs heures de suite sur le poing, le traitant absolument comme les faucons de passage. Dès que le faucon est apprivoisé, on lui apprend d’abord à sauter du bloc sur le poing; puis on jette un morceau de viande à terre et lorsqu’'il l'a dévoré, on le rappelle sur le poing, en lui présentant le pat. Ces lecons terminées, on commence à lui faire connaitre le leurre; à cet

effet on le lui présente convenablement acharné, en se pla-

REIT

cant d’abord à une petite distance ei s'éloignani successivement de plus en plus du faucon qui ne manquera pas de sauter ou de fondre sur le leurre pour en enlever le pat. Dans les lecons suivantes, on jette le leurre par terre, d’abord très près du faucon, ensuite, de Jour en jour, à des distances plus considérables, et à la fin, aussi loin que possible; ayant soin de sapprocher doucement du faucon quand il est occupé à dépecer le pàt qui est attaché sur le leurre, et de se promener lentement autour du faucon en sifflant. Quant le faucon a compris ces lecons dont les dernières se donnent dans la campagne, on se rend, le faucon sur le poing, dans un lieu découvert, et faisant agiter le leurre par une personne placée è une certaine distance, on jette le faucon qui dès lors n'est plus attaché à la eréance; le faucon s'étant approché du leurre, on jette celui-ci en l’air, mais de telle sorte que l’oiseau ne puisse se heurter contre le leurre ni l’atteindre avant qu'il soit tombé à terre. Après avoir plusieurs fois répété cet exercice, on prend, au lieu de le jeter en l’air, le leurre dans la main, au moment que le faucon veut fondre dessus, et le laissant passer, on agite de nouveau le leurre, appelant le faucon du geste et de la voix; mais dés que l’on s'apercoit que le faucon se décourage, on jette le leurre en l’air et on permet au faucon de manger le pàt qui y est attaché. On a aussi soin, par la suite, de changer continuellement de place en agitant le leurre, afin d’accoutumer le faucon à suivre partout le fauconnier en volant au-dessus de lui; mais dés que le faucon a compris cette lecon, il faut cesser de l’exercer, car sans cela le faucon prendrait lhabitude de voler bas; ce qui serait un grand inconvénient dans un oiseau destiné à la chasse de la perdrix. Lorsque le faucon est assuré à cet exercice, on lui apprend à connaître l’espece de gibier pour la chasse duquel on veut l’employer. On se promène à cet effet dans les champs, on met le faucon en amont et on fait làcher par un aide-fauconnier placé a une certaine distance, un oiseau de l’espèce que le faucon est destiné à voler. Si on a soin, durant les premiéres lecons, de tenir le gibier attaché à une ficelle, et de repaitre le faucon toutes les fois qu'il a pris le gibier, le faucon sera en peu de temps suffisamment instruit pour le vol auquel on le destine. On se sert de préférence des faucons niais pour voler la perdrix, la corneille, la pie, le canard et d’autres oiseaux; cependant, si à defaut de mieux, on veut employer les faucons niais pour la haute volerie, on doit alors choisir des individus d'une ou de plusieurs mues et les affaiter absolument de la méme manière que les faucons de passage.

L'émérillon étant doué d'un caractère familier, trois à quatre semaines suffisent ordinairement pour l’affaiter complétement; aussi ne lui met-on le chaperon que lorsque du lieu où on l’a pris, on le transporte à la maison. Après l’avoir apprivoisé en le portant comme d’habitude tous les Jours, et lui avoir appris à sauter sur le poing, on répète cet exercice en plein air, placant l’oiseau sur une branche d’arbre, d’abord attaché è une ficelle, puis en liberté. Au bout de quinze jours, on lui fait connaître le gibier auquel on le destine, procédant absolument de la méme manière comme nous venons de le décrire pour les faucons niais. On peut se servir de l’émérillon pour

1) De Thou, Hieracosophion, p. 24.

DO

le vol de toutes sortes de petits oiseaux, particulièrement pour celui de l’alouette, comme aussi pour celui de la bécassine, du pluvier ou d’autres espèces semblables. On l’affaite souvent de voler en compagnie, jetant à la fois deux oiseaux sur le gibier. Il parait que l’on se servait autrefois d’un émérillon lors du vol du héron, afin de faire mieux monter les faucons destinés à ce vol 1).

L’affaitage de l’autour exige beaucoup moins de connaissances que celui des faucons. On préfère ordinairement les branchiers aux autours niais ou de passage. On observe à l’égard de l’éducation des autours niais les mémes règles que pour les faucons niais, et on ne met le chaperon aux autours branchiers ou de passage que durant les deux premiers jours de leur captivité; car l’autour, comme les autres oiseaux de bas vol, volant moins vite que les faucons, il est essentiel qu'il apergoive le gibier et qu'il fonde dessus au moment méme que celui-ci se lève. Comme il est nécessaire que l’autour saccoutume de bonne heure au bruit et comme on ne tient ordinairement qu'un ou deux de ces oiseaux à la fois, on a soin de les garder dans l’endroit des habitations le plus fréquenté des hommes et des chiens, et on établit en outre, pour les y mettre quand il fait beau temps, une perche entre deux arbres d’un Jardin ou de quelque autre lieu où il y a un fréquent passage de monde. Les entraves pour l’autour sont pourvues, ainsi que nous l’avons dit précédemment, d’une pièce de plus que celles destinées pour les autres oiseaux de chasse; cette pièce appelée le courtrier étani en quelque sorte une prolongation des jets, elle contribue par cette raison à ce que l’autour, qui a l'habitude de se débattre souvent sur la perche, puisse aisément la regagner; aussi s'en sert-on parce qu'elle se détache plus facilement que les vervelles et que l’on peut par conséquent làcher l’oiseau plus vite qu’en faisant usage des entraves ordinaires; par la raison inverse, on n'emploie jamais le courtrier pour les faucons; car, ces oiseaux étant rapprochés les uns des autres sur la perche ou sur la cage, il serait dangereux de leur laisser trop de latitude pour se remuer, parce quils pourraient se blesser mutuellement ou se gater le pennage. En commencgant à affaiter l’autour, il importe avant tout de l’apprivoiser à force de le porter sur le poing; pendant cet exercice, on lui permet de prendre de temps en temps quelques beccades du tiroir ou d'un morceau de viande qu'on lui présente. On lui apprend ensuite à sauter sur le poing, le placant tantòt sur le sol, tantòt sur la perche ou sur une branche d’arbre, de jour en Jour à une distance plus considérable; pour l’attirer, on lui présente en sifflant un morceau de viande ou le tiroir. Ces lecons terminées, on l’affaite pour le gibier qu'il est destiné à voler. Comme on n’emploie guére l’autour que pour le vol de la perdrix, il suffit pour l’y instruire, de lui faire prendre plusieurs fois des perdrix privées qu'on laiche dans les champs, d’abord attachées à une ficelle, puis volant librement. Lorsqu'on veut employer l’autour pour le vol du lapin, on n'a pour l’assurer complétementi à cette chasse qu'à lui faire prendre deux è trois fois un lapin

privé et ensuite un lapin sauvage.

Quant à l’épervier, on l’affaite absolument de la meme ma-

CY è) be niére que l’autour; mais on ne se sert pour cet oviseau-là que

des entraves ordinaires, et on n’emploie presque jamais le mouchet pour le vol. On parvient quelquefois en moins de quinze jours à assurer l’épervier pour cet exercice. On s’en sert ordinairement pour le vol du perdreau, de la caille, du ràle de genét et de toutes sortes de petits oiseaux.

Il n°y a que peu d’exemples que l’on ait affaité chez nous des aigles 1) soit parce qu'on ne peut se procurer que difficilement ces oiseaux, soit parce que nos contrées ne produisent pas de grands mammifères vivant dans les pleines et pour la chasse desquels on emploie ordinairement les aigles, soit enfin parce qu'ils sont trop pesants pour etre portés sur le poing. On ne peut se servir pour la chasse que des aigles proprement dits ou de terre, c'est à dire, de ceux dont les

pieds sont emplumés jusqu'aux doigts. On préfère les aigles

niais que l’on affaite à voler au-dessus des chiens 2), quand ceux-ci parcourent les plaines à la recherche du gibier, absolument comme on le fait en employant les faucons niais pour le vol de la perdrix.

Notre description de l’affaitage des divers oiseaux de proie étant terminée, nous n’avons qu’à faire observer que l’on retient, lors de la chasse, tous les oiseaux par les jets qui restent attachés à leurs pieds, ainsi que les sonnettes, méme quand ils volent; par conséquent en se servant des entraves ordinaires, il faut, avant de jeter les oiseaux sur le gibier, détacher les vervelles et la longe, tandis qu'il suffit, en chassant avec l’autour, de détacher le courtrier des jets, et de laisser réuni ce premier à la longe que Pon attache è la fauconnière pendant

que l’oiseau vole.

DE LA MANIÈRE DE CHASSER A L’OISEAU ET DES DIFFERENTS VOLS EN USAGE EN EUROPE.

De toutes les chasses à l’oiseau, c'est la haute volerie du héron et du milan qui présente le spectacle le plus imposant (Gli qui par cette raison a été regardée, de tout temps, comme infiniment plus noble que les autres vols, et seule digne de porter le nom de vol royal 3). Le milan étant toutefois un oiseau beaucoup plus rare que le héron et se trouvani, méme dans les lieux qu'il a l’habitude de fréquenter, en nombre comparativement peu considérable, il est rare que l'on puisse se livrer exclusivement à la chasse de cet oiseau. Il en est de méme du vol du héron dans des contrées que ces oiseaux n’habitent qu'en petit nombre, où ils ne nichent pas en société et où l’on est par conséquent obligé d’aller à la recherche des individus isolés. Dans les conirées, au contraire, où il existe de grandes héronniéres situées au milieu de plaines découvertes, incultes et susceptibles d’ètre parcourues dans toutes les directions à cheval et à pied, on peut exercer le vol du héron en grand et pendant plusieurs mois de suite; cette chasse offre alors sans contredit un divertissement à la fois noble et magnifique, auquel ne peut étre comparé nul autre exercice de ce genre 4). Cependant, ces grandes héronniéres existent en irès petit nombre; elles sont souvent entourées, soit de marais impraticables, soit de terres défrichées, et il se trouve actuellemeni peu d’endroits qui réunissent les conditions nécessaires pour l’exercice de ce vol; aussi n'y a-t-il peut étre aucune contrée de l'Europe qui offre sous ce rapport autant d’avantages que la Hollande. On ne doit donc pas s'étonner que durant la saison de la chasse ce pays soit le rendezvous d’un grand nombre d'amateurs anglais, francais, allemands ou d’autres étrangers qui viennent y jouir d’un spectacle qu’ils chercheraient en vain à se procurer dans leur propre pays. La grande héronnière qui existe en Hollande, se trouve au milieu

des vastes bruyères qui environnent le chàteau royal du Loo,

1) Il résulte d’un passage de l’ouvrage de l’empereur Frédéric, livre II, chap. 2, p. 74, qu'il n'a

, jamais employé l’aigle pour la chasse. Guillaume Tardif, première partie, chap. 2, p.55, ne paraît faire mention de la chasse à Paigle que d’après les indications des fauconniers arabes. On lit relativement à Paigle, dans le Recueil des oiseanx de proie, p. 104 et 105: «Et si ce n°estoit qu'elle est si lourde è porter sur le poing (et de vray elle est mout grande) et aussi qu'elle est difficile è appriuoiser du sau-

uage, l’on en verrait nourrir aux Faucomniers des Princes plus qu’on ne fait». De Thou, Hieracosophion,

liber I, p. 12, constate queen France on ne fait jamais usage de l’aigle pour la chasse. Nos uconniers

n’affaitent jamais des aigles, mais il paraît que Von a fait récemment des essais avec l’aigle royal en

PI ETEZISSTMMAICTAIA SITI SIOISER OTT SERNSI

situé dans la province de Gueldre. Elle sert de retraite, en été, à une multitude de hérons dont le nombre s'élèéve probablemeni à plus de mille paires. Se rendant tous les jours, pour aller à la péche du poisson, sur les bords du Zuiderzée, de l’Yssel et de ses affluents, da Rhin, les hérons retournent l’après-midi, de leurs courses dont la distance s’élève souvent jusqu'à quatre ou cinq lieues, vers le lieu de leur retraite; c'est alors que l'on peut, en se plagant avec les faucons de la sorte que l'on intercepte pour ainsi dire leur passage, prendre tous les jours, pendant la saison de la chasse, six à huit hérons et davantage, selon les circonstances et le nombre de faucons dont on peut disposer. Cette saison de la chasse commence ordinairement au mois de Juin, quand les jeunes hérons sont parvenus au terme de leur croissance, et elle dure jusque vers la fin du mois de Juillet, comme étant l’époque à laquelle les faucons entrent en mue. Le lieu que l’on choisit pour attendre les hérons, varie suivant la direction du vent; car il est essentiel, par des raisons que nous développerons plus tard, de se placer toujours sous le vent, ou, en d’autres termes, sur un point exposé au vent qui souffle du còté de la héronnière. Quant è la distance de la héronnière sur laquelle on se place, elle peut varier, suivant la nature du terrain, d’une demi-lieue à deux lieues et méme davantage; et comme on choisit, par cette raison, certains lieux fixes pour exercer le vol, on y fait construire des cabanes destinées à recevoir, lorsqu'il tombe de la pluie, la société des chasseurs, les faucons et méme les chevaux. Le temps convenable à l’exercice de cette chasse est l’après-midi, depuis quatre heures jusqu'au coucher du soleil. Les fauconniers et leurs aides montés à cheval et accompagnés des porte-cages se rendeni d’avance sur les lieux pour attacher les faucons par le moyen de la longe à des fourchettes de bois fichées dans le sol et Angleterre. On trouve à ce sujet dans un derit périodique anglais, la notice suivante: «Le capitaine

Green, de Buckden, dans le comté de Huntingdon, possède actuellement un bel individu de l’aigle royal,

quil a affaité lui-méme pour le vol du lièvre et du lapin.» Voir le «Naturalist du mois de Mai, année

1837. — 2) Crescentius, lib. X, cap. 15, p. 343, et Recueil des oiseaux de proie, p. 105. — 8) «La haute volerie du héron et du milan doit tenir le premier rang; aussi est-ce le vol royal.» D’Arcussia livre 4me, chap. 26me, p. 279. — 4) Il paraît que les anciens fauconniers étaient du mème avis. De

Franchières, livre I, chap. IX, p. 5, dit à cet égard: «Quant à la volerie du Héron, maistre Michelin

dit que c'est la plus noble de toutes.»

IRETIRIA ISEE SI SICA Sr

pour faire en général tous les préparatifs nécessaires à la chasse.

Deés que la société des chasseurs est arrivée, un aide-fauconnier

ou piqueur s'avance et se place en védette, sous le vent, à la distance d’un bon quart de lieue, sur un point élevé où il est en vue et d’où il peut découvrir de loin tous les hérons qui arrivent dans cette direction. Deux fauconniers à cheval, l’oiseau sur le poing, se postent en méme temps, le plus souvent dans la direction de la héronniére, à quelques centaines de pas de la société des chasseurs. Aussitòt que le piqueur sous le vent apergoit un héron qu'il juge susceptible d’étre volé, il en avertit la société en descendant de son cheval, dont il tourne la téte du còté que le héron arrive. A ce signal, le cri général de «à la vol 1)» se fait entendre; tous les yeux se dirigent vers la région du ciel que doit franchir le héron pour sapprocher; on accourt de tous còtés; on monte à cheval et l’on tàche de gagner le lieu le plus favorable pour jouir du spectacle de la chasse, évitant toutefois d’effaroucher le héron par un trop grand bruit. Les fauconniers, observant le moment propice, cherchent à s'approcher du héron sans le détourner de la direction qu'il suit; après y avoir réussi, ils laissent passer le héron, et lorsquil s'est éloigné de quelques centaines de pas, ils déchaperonnent et jetent les faucons. Nonobstant que les faucons volent au commencement en rasant la terre et que, se dirigeant vers les deux còtés, ils s'éloignent l’un de l’autre et ne semblent guère s'approcher du héron, celui-ci cependant s'apercoit de suite que c'est à lui qu'on en veut, et dès ce moment il allonge le cou, il dégorge les poissons dont il s'est repu afin de se rendre plus léger, et il s'efforce de se sauver en cherchant à gagner la héronnière ou quelque autre bois voisin. De leur còté, les faucons ne tardent pas à monter à l’essor en tournoyant, afin de s'approcher du héron qui, dans l’impossibilité de gagner les devants, et sachant que les faucons ne peuvent fondre sur lui que du haut en bas, n’a d'autres moyens d’échapper aux poursuites de ses ennemis que de s’élever dans les airs. Ne pouvant cependant exécuter en méme temps ce mouvement et voler contre le vent, le héron se voit dès lors obligé de rebrousser chemin et de voler à la rencontre des faucons, de sorte que l’avance qu'on lui avait laissé prendre en ne jetant les oiseaux de chasse que lorsqu'il s'était déjà éloigné à une certaine distance, tourne maintenant à l’avantage des faucons; aussi voit-on déès ce moment les trois oiseaux qui volaient d’abord dans différentes directions, se rapprocher avec une vitesse presque incroyable. C'est alors que l’attention des spectateurs est portée au plus haut degré et que chacun s'empresse, les yeux dirigés vers les oiseaux, de suivre la chasse d’aussi près que possible. Le héron, cependant, poussant souvent des cris plaintifs, ne cesse de faire tous ses efforts pour s'élever aussi haut que possible et pour s'éloigner à la faveur du vent, afin d’échapper aux faucons qui le poursuivent avec activité. Dès qu'un des faucons a atteint le héron, il fait aussitòt une premiére attaque, à laquelle le héron cherche à se soustraire par un mouvement latéral très prompt. Si le héron réussit à éviter les serres du faucon, celui-ci est souvent entraîné par la violence du coup; au point de descendre Jusqu'à vingt pas et méme davantage au-dessous du faucon; mais en méme temps l’autre faucon dont le vol n’a pas éprouvé de retard par cette attaque, est ordinaire-

1) A proprement dire «à la volte». Consultez le Complément du Dictionnaire de PAcadémie, Paris,

ment parvenu à hauteur égale avec le héron, sur lequel il ne tarde pas à se précipiter également. S'il manque sa victime, c'est alors au premier faucon de revenir à la charge, et ces attaques alternatives plus ou moins régulières se répétent jusqu'à ce que l’un des faucons parvienne à lier le héron, en le saisissant ordinairement au cou ou quelquefois aussi à lune des ailes. A ce moment l’autre faucon joint son camarade, et l’on voit descendre plus ou moins lentement les trois ciseaux qui ne paraissent plus former qu’un seul corps. Cependant, avant de toucher à terre, l'un des faucons laàche ordinairement sa proie, et l’autre faucon imite son exemple s'îl court danger de se heurter contre le sol, en se jetant toutefois de rechef sur le héron au moment où celui-ci est tombé à terre, ou dans le cas qu'il chercherait à s'échapper. Les fauconniers ayant tàché, en courant à bride abattue, de suivre le vol de très-près et d’arriver à l’instant méme que les oiseaux ont Jeté à terre leur victime, sautent plutòt de cheval qu'ils n'en descendent, et tandis que l'un d’eux leurre avec un pigeon le faucon qui a làché sa proie, l’autre s'approche avec précaution du héron, le saisit par le cou et présente un pigeon è l’autre faucon que celui-ci dépèce sur le héron méme. Les faucons s’étant repus, on les porte au lieu du rendez-vous des chasseurs, après leur avoir remis le chaperon. Quant au héron, s'il n'a pas été tué par les faucons ou n'a pas recu de blessures mortelles, on lui rend ordinairement la liberté, après lui avoir attaché aux pieds la plaque dont nous avons donné plus haut la description; si, au contraire, on veut le garder pour l’affaitage des faucons, on l’attache à terre après avoir eu soin de le siller ou de lui mettre un chaperon et de munir son bec d’étuis; car c'est alors seulement que le héron se défend en distribuant des coups de bec et non pas lors du vol, comme on le croit généralement. Deux ‘autres fauconniers, pendant cei intervalle, s'étant rendus avec des faucons frais à leur poste, on peut voler successivement tous les hérons qui passent près des lieux où l'on s'est établi. Quoique exercés d'une maniére assez uniforme, les dif: férents vols ne laissent pas d’étre variés è l’infini suivant les circonstances. Si le héron est vide, c'est à dire, s'il n'a pas mangé, il s'élève souvent, et avec lui les faucons, Jusqu'à disparaitre dans les nues, et dans ce cas il parvient ordinairement à s'échapper; s'il est au contraire plein, c'est à dire, s'il s'est gorgé de poissons, et si son vol est peu élevé, il arrive quelquefois quun seul faucon suffit pour le prendre dès la première attaque. Si le vent souffle avec force, ce n'est souvent qu'en faisant des efforts extraordinaires que l’on parvient à suivre le vol; on ne jouit dans ce cas du spectacle quil présente qu'à une distance plus ou moins grande, et de plus on risque de perdre les faucons, particulièrement si le vol a lieu vers le coucher du soleil; cette perte est alors d’autant plus sensible que ce sont ordinairement les meilleurs faucons qui s'égarent, car les bons faucons ne se lassent pas de poursuivre le gibier tant que celui-ci ne s'est pas sauvé dans quelque retraite; les hérons particulièrement tàchent toujours de gagner, soit le bois le plus voisin, soit les eaux, dans lesquelles ils se laissent tomber à plomb. Pour voir de trés beaux vols et pour pouvoir les admirer à son aise, il faut que le ciel soit serein, qu'il fasse peu

1843, p. 1069; c'est un terme de manège plutòt que de fauconnerie.

de vent, que le héron soit vieux et plein de force, qu'il ne vole pas très bas pour pouvoir à temps se rendre plus léger en dégorgeant les aliments dont il Sest repu, et qu'il monte droit dans les airs. D’ailleurs, le divertissement qu’offre le vol du héron est rehaussé par un grand nombre de jouissances. Le tableau de cette immense plaine couverte de bruyères et différemment éclairée par le soleil, tantòt se cachant en partie derrière les nuages, tantòt faisant luir ses rayons avec une clarté éblouissante, et produisant des effets pittoresques et magiques de lumiére et d’ombre; ces illusions d’optique aussi variées que belles, la multiplicité des aspects, les riants lointains que présentent les bois, les vallées fertiles traversées par des rivières et couvertes de hameaux, de villages ou de villes, la multitude des spectateurs qui, formant les groupes les plus divers, n’occupent cependant qu’un espace assez circonscrit au milieu de la plaine étendue; tout contribue à rendre ce divertissement plus attrayant, plus piquant que d'autres exercices de ce genre. Ajoutez à cela que l’on peut jouir lors de cette chasse, des plaisirs de la conversation, varier les moments d’attente, en se livrant à des amusements de toute espèce, et que les dames peuvent prendre pari à ce divertissement, soit qu’elles montent elles-mémes à cheval pour suivre la chasse, soit qu’elles se contentent de regarder le vol du haut d'une colline. L’exercice du vol du héron, quoiqu'il soit souvent une bien rude besogne, n'est guère accompagné de dangers, méme pour les dames qui y prennent part, pour peu toutefois que les chevaux que l'on monte soient un peu habitués au terrain, que l'on use de circonspection en suivant le vol, et qu’on ne se laisse pas entraîner par l'ambition de gagner toujours le devant; car il est d’usage que celui des chasseurs qui se trouve le premier près du héron qu'on a pris, a le droit d’arracher les belles plumes noires qui lui pendent de la nuque et qui, arrangées en bouquet et attachées au chapeau, forment la marque distinctive des chasseurs et des fauconniers. L'équipage nécessaire pour voler le héron tous les jours, pendant l’espace de deux mois, doit au moins ètre composé de deux compagnies de fauconniers. Chacune de ces compagnies est formée de quatre hommes, savoir, un maitre-fauconnier et trois aide-fauconniers dont l’un remplit les fonctions de fauconnier, tandis que les deux autres se partagent alternativement entre les fonctions de piqueur et celles de porte-cage. Il faut que tous, à l’exception du porte-cage, soient bien montés, ce qui porte à six le nombre des chevaux pour les fauconniers. Le nombre des faucons de chaque compagnie doit, pour voler convenablement tous les jours, étre au moins de vingt et tout au plus de vingt-cinq, attendu quun homme ne peut guére soigner plus de quatre faucons 1). Admettant pour terme moyen qu'il faille annuellement, pour nourrir quarante-cinq faucons, sept à huit mille livres de viande de boeuf de la meilleure qualité et douze è quinze cents pigeons, on peut aisément calculer les frais qu’exige l’entretien de l'équipage nécessaire pour le vol du héron tel que nous venons de le décrire, et on ne sera pas étonné de trouver qu'ils mon-

1) D’Arcussia, 3me partie, 6p. 43, p. 197, réduit à deux le nombre des faucons dont un homme puisse

se charger convenablement. Quelque outré que

il n°en est pas moins sùr que l’on peut

a paraisse

former de meilleurs faucons sì l'on nen a que deux à soigner, que lorsqu’on est obligé de s’oceuper à la fois de quatre ou cinq. — 2) D’Arcussia, Conférence des fauconniers, 14me journée, page 54, rapporte

que plusieurs gentilshommes de son temps exere

ent le vol du héron avec l’autonr et qu'ils s°y pre-

naient de la manière suivante. Après avoir affaité l’autour pour ce vol, «on peut luy montrer w Heron

ERI SERE NIN

tent au moins à la somme de onze à douze mille francs, pourvu : ; : ; IE SEI que l'on n’emploie que des faucons ordinaires, car il s'entend

gmentee

de soi-méme que cette somme sera considérablement au si l’on fait chercher des gerfauts ou d’autres espèces qu'on ne peut pas se procurer dans son propre pays. Nous avons déjà constaté plus haut que l'on ne peut employer pour le vol du héron que les faucons de grande taille; le tiercelet du faucon, ainsi que les faucons niais, étant trop faibles pour ce vol 2). Le nombre de faucons qui s'égarent successivement lors du vol du héron est assez considérable et monte dans chaque saison de la chasse de dix jusqu'à quinze.

Le vol du milan ne le céde guère à celui du héron par la beauté du spectacle qu'il présente. Pour l’exercer avec succès, il ne faut se servir que des faucons de grande taille, savoir, les faucons blane et d’Islande, le gerfaut ei le sacre, à Pexception du sacret. Comme les milans ne se trouvent nulle part en grand nombre, il suffit d’avoir six ou huit faucons affaités pour le vol de cet oiseau, que lon exerce de la manière suivante. Après s'étre rendu à cheval dans des lieux fréquentés par des milans, on parcourt les champs pour découvrir un de ces oiseaux. Dès qu'on l’apercoit, on làche un duc privé, aux pieds duquel on a attaché une queue de renard, tant pour empécher cet ciseau de monter à l’essor et de s’envoler que pour rendre son apparence plus grotesque. Le milan, attiré par l’apparition soudaine d’un oiseau qu'il hait naturellement, descend aussitòt sil plane dans les airs; il vole à la rencontre du duc, et tandis qu'il est occupé è le poursuivre, les fauconniers épient le moment propice pour jeter les deux faucons. Dépourvu de moyens suffisants pour repousser les attaques de ses agresseurs, le milan emploie, pour échapper à leur poursuite, les moyens de vol dont la nature l’a doué è un degré si éminent, et il s'élève dans les airs en parcourant une ligne spirale trés vaste. Comme les faucons sont ordinairement obligés de le suivre à une grande hauteur avant de pouvoir parvenir à l’approcher, et de répéter souvent leurs attaques que le milan sait éviter avec beaucoup de dextérité, on peut à loisir contempler un spectacle digne au plus haut degré d’exciter la curiosité. Les vols des buses et des busards se font à-peu-prés de la méme manière que celui du milan, mais ces vols n’ont été exercés que rarement et ne le sont plus du tout aujourd'hui.

Le vol de la pie, quoique d'un spectacle moins imposant que ceux du héron et du milan, ne laisse pas d’étre un des plus agréables et offre, par les ruses qu'emploie la pie pour échapper aux faucons, ainsi que par sa durée, des scènes aussi variées qu’amusantes. On se sert ordinairement pour cette chasse de faucons communs niais dressés de manière à voler d’amoni, mais on y emploie aussi des faucons de passage. On choisit de préférence, pour exercer ce vol, un terrain plat semé ca et là de buissons, de haies ou d’arbrisseaux isolés. Il faut avoir pour cette chasse deux à trois faucons, deux fauconniers montés de préférence à cheval, et quatre à cinq aides ou garcons. Après s'étre autant que possible rapproché de l’endroit » de iuste guerre, en pays choisi, & qu'il soit du commencement des jeunes sil est possible, & l’approcher và couuert par derriere quelque haye ou buisson le plus près que vous pourrez, comme si vous aviez dessein »de lui tirer une harquebusade. Et vous trowuant proche du Heron d’enuiron cinq ou quarante toises, il

» faut hausser tout bellemet le poin, pour faire que l’Autour l’aueué à terre; & l’ayant veu, s%il veut

» partir, laschez hardiment, car il ne manquera de l’empieter auant que le Heron se soit mis en aile.»

Il suffit de lire cette description pour concevoir pourquoi ce genre de vol n’a pas trouvé d’imitateurs.

où l'on apergoit une pie, on jette un faucon, à la vue duquel la pie se sauve en toute hate dans les broussailles. Dés que les fauconniers accompagnés de leurs aides sont accourus, ces derniers se mettent aussitòt à chasser la pie de son refuge, et au moment qu'elle le quitte, on jette le deuxième faucon afin de seconder son camarade dans la poursuite de la pie. Cet oiseau, en exécutant à l’aide de sa queue des mouvements brusques et fréquents, sait cependant éviter adroitement les coups des faucons, et parvient le plus souvent è atteindre d’autres buissons voisins ou une haie, ou si cela ne lui réussit pas, il cherche alors à se soustraire è ses ennemis, en se cachant quelque autre part, soit dans des trous, soit dans des ornières, sous des chariots ou méme entre les pieds des chevaux. Chassé de nouveau de ce refuge au moyen de bàtons ou de coups de fouet, il finit à la longue, harassé de fatigue, par devenir la proie des faucons. S'il parvient, au contraire, à gagner un grand bois ou des arbres élevés qu'il préfère à tout autre asile, toutes les peines pour l’en faire sortir seraient inutiles. S'il s'est réfugié dans une haie, il arrive souvent qu'on ne réussit à l'en chasser qu’en faisant aller de chaque coté de la haie un homme à cheval suivi des aides à pied, tant cet oiseau est adroit à se dérober à la vue, en se cachant dans les endroits les plus touffus de la haie et à fuir en arrière en rasant la terre, quand les fauconniers ont passé près de lui.

Quant au vol des diverses espèces de corneilles, on y emploie également des faucons niais, ou le tiercelet du faucon de passage, ou les faucons de passage mémes. Ce vol offre souvent un passe-temps agréable, soit lorsqu’on est en route pour aller à la chasse, soit pendant la chasse méme, à défaut d’autre gibier. On choisit de préférence une contrée découverte pour voler la corneille. Sitòt qu'on a rencontré un de ces oiseaux, on cherche à s'en approcher sans l’effaroucher, ne jetant les faucons que lorsqu'il s'envole, pourvu que la distance ne soit pas au-delà de quelques centaines de pas. La corneille, dans l’impossibilité de se cacher quelque part, cherche son salut dans la fuite, soit en montant, soit en se dirigeant vers quelque lieu qui puisse lui servir de refuge; mais poursuivie et sans cesse attaquée par les faucons, elle épuise ses forces et finit par succomber sous les efforts de ses ennemis. Si elle parvient, au contrarre, à gagner des broussailles, un arbrisseau ou un petit bois, on est obligé de lui faire déserter sa retraite en poussant des cris et en employant les mémes moyens que nous avons indiqués en parlant du vol de la pie.

Pour exercer le vol de la perdrix, on emploie, soit les faucons niais, soit l’autour ou l’épervier; les véritables amateurs ne se serviront que de faucons; ceux qui ne chassent que dans le but de se procurer une grande quantité de gibier, choisiront l’autour et l’épervier. En employant des faucons, il faut se rendre dans les champs, monté à cheval et accompagné d’une ou de deux personnes pour diriger le chien d’arrét 1). Le chien ayant arrété la perdrix, on jette un faucon qui, s'il est bien affaîté, doit monter à une certaine hauteur, mais ne pas s'éloigner au-delà de cent cinquante à deux cents pas; car dans

1) Plusieurs chasseurs ont l’habitude d’employer pour ce vol, outre le chien d’arrét, un cu deux

épagneuls, mais ces petits chiens n°y sont guère utiles et contribuent souvent par leur vivacité à trou-

ce cas, on est obligé de l’attirer en l’appelant de la voix ou en agitant le leurre, expédient dont il faut se servir avec beaucoup de diserétion pour éviter que le faucon ne prenne l’habitude de voler trop bas. Après avoir fait partir le gibier, le faucon fond aussitòt dessus, tandis que les perdrix, reconnaissant tout de suite leur ennemi mortel, prennent leur volée du còté des bruyères touffues, d’un jeune taillis ou d’un autre lieu de refuge quelconque, pourvu qu'il soit assez voisin pour qu'elles puissent l’atteindre avant que le faucon revienne à la charge. Les perdrix s'étant remises, le faucon remonte pour soutenir le chien que l’on dirige de maniere à ce qu'il fasse partir de nouveau le gibier. Dès que le faucon a pris une perdrix ei qu'il s'est posé à terre, on s'approche de lui avec précaution, afin de prévenir qu'il n'emporte sa proie; on le prend sur le poing el on lui remet le chaperon, après lui avoir fait prendre quelques beccades d’un pigeon récemment tué. On sait qu'il arrive fréquemment, suriout dans la dernière moitié de la saison de la chasse, que les perdrix ne tiennent pas devant le chien. Si cela a lieu, on va è la quéte de ce gibier en parcourant à cheval la campagne, portant sur le poing le faucon déchaperonné, que l’on jette à l’instant méme que les perdrix partent. On peut aussi, dans les lieux où l’on juge quil y a des perdrix, jeter amont le faucon d’avance, tandis que les chasseurs, rangés en ligne à une distance de cinquante à soixante pas les uns des autres avec le fauconnier au centre pour gouverner l’oiseau, courent à toute bride à travers la campagne. De quelque manière qu’on exerce cette chasse, un seul faucon suffit pour prendre en un Jour quatre à cinq perdrix, vu qu'on ne lui donne que quelques beccades chaque fois qu'il a volé; il convient cependant de lui donner bonne gorge au moment méme qu'il a pris la dernière perdrix. En employant l’aùtour pour ce vol, on sy prend de la manière suivante. Suivant de très-prés le chien d’arrét, on làche l’autour au moment méme qu'on a fait lever les perdrix. N’ayant pu les atteindre, l’autour bloque, lorsqu'il est arrivé près de leur remise, sur un arbre ou sur quelque autre point élevé voisin, où on le laisse, ne le rappelant sur le poing au moyen du tiroir que lorsqu’on Juge quil s'est trop éloigné pour agir avec effet. On fait ensuite de nouveau lever le gibier et l’on continue de cette sorte Jusquà ce que l’autour réusisse à prendre une perdrix. Cette chasse était autrefois d’un usage fréquent chez les gentilshommes de province, chez les personnes avancées en age ou chez les particuliers qui m’avaient pas les moyens d’entretenir des faucons. Elle est en effet plutòt profitable qu'elle ne sert à l’amusement; elle exige peu d’art et peu de dépenses, puisqu'on peut l’exercer à pied et dans des lieux cultivés, et elle convient par cette raison, méme au plus simple particulier. Les véritables amateurs en font peu de cas, d’abord, parce que l’autour ne sait pas voler avec assez de vitesse lorsqu’il fait du vent, et ensuite, parce qu'il arrive souvent, notamment dans les matinées où il ya eu beaucoup de rosée, que les chiens font toute la besogne de l’autour, en s'emparant du gibier dont les plumes ont été mouillées au point de rendre le vol impossible. On peut aussi se servir de l’épervier

pour voler la perdrix; cette chasse se fait absolument de la méme

bler le cours de la chasse; c'est du moins IPopinion de tous les bons fauconniers hollandais, de ne ja-

mais se servir d’épagneuls pour la chasse dont nous venons de parler

maniere que celle avec l’autour; elle a aussi les mémes inconvénients, et pour en assurer le succès, il faut se contenter de voler les jeunes perdrix dont le développement n'est pas encore parvenu au point qu'elles puissent voler avec autant de vitesse que les vieilles.

On peut employer pour le vol du faisan, soit des faucons, soit l’autour; on préfere méme ce dernier, parce que ce gibier fréquente ordinairement des lieux boisés où l’autour rend de meilleurs services que les faucons; d’ailleurs, les faisans tenant ordinairement mieux devant les chiens que la perdrix, on parvient facilement à sapprocher d’eux, de sorte que l’autour peut quelquefois les prendre déès le premier trait d’aile.

On ne peut se servir pour le vol du lièvre que des grandes espèces de faucon, savoir, le faucon blanc, le faucon d’'Islande et le gerfaut, à l’exception de son tiercelet. On ne peut exercer ce vol que dans des lieux découverts et étant monté à cheval. Dès que les chiens ont arrété le lièvre, on jette un ou deux faucons qui, à force de l’attaquer à plusieurs reprises, parviennent à la longue, soit à tuer le lièvre, soit à le faire tomber en l’étourdissant, soit è retarder sa course enle blessant ou en le fatiguant simplement de manière que les chiens peuvent le prendre aisément. Le vol du lapin se fait absolument de la méme manière

et quelquefois on y emploie également l’autour.

Pour le vol de rivière, on se sert ordinairement de faucons niais que l’on jette amont pour soutenir les chiens qui vont à la quéte du gibier. Cette chasse cependant que l’on ne peut exercer que sur les bords des eaux, est accompagnée d’innombrables inconvénients provenant de la nature du terrain; aussi n'est-elle guère en usage aujourd’hui. Il en est de méme du vol de l’outarde et de celui de la grue, ces oiseaux ne fréquentant que rarement ou jamais l'Europe occidentale.

Il suffira d’avoir donné la description des principaux vols pour se faire une idée de toutes les autres voleries que l’on peut exercer, particulitrement de celle des oiseaux de petite taille, telles que la caille, le ràle de genàt, l'alouette etc. D’ailleurs ces vols ne sexercent que rarement et les fauconniers n'y affaitent ordinairement les oiseaux que pour s'amuser lorsqu’ils n’ont rien de mieux à faire. Nous nous bornons done à observer par rapport à ces vols que, si on les exerce avec des faucons et qu’'ils sont de longue durée, comme parexemple le vol de l’alouette avec l’émérillon, il faut donner è Poiseau bonne gorge quand il a pris le gibier et qu'on ne peut par conséquent le faire voler qu’une seule fois par jour; si, au contraire, on chasse avec l’épervier, on peut prendre, en un jour, avec le méme oiseau, suivant les circonstances, un nombre plus ou moins considérable de pièces de

gibier.

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