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DE LA FAUCONNERIE EN EUROPE

Nous avons déjà constaté plus haut que l’on ignore l’époque précise à laquelle la fauconnerie a été introduite en Europe, et que J. Firmicus fut le premier auteur de l’occident qui en ait parlé de manière è faire supposer avec certitude que

2) Le voyageur auquel nous devons ces details n’a jamais vu exercer la chasse au vol en Beypte, en

Nubie, en Abyssinie, ni dans la Syrie.

cette chasse fut, de son temps connue et exercée en Europe. Cet auteur, qui a écrit le livre qu'il nous a laissé vers l'an 336 de l’ère chrétienne, dit, en dressani la nativité des hommes en général, que ceux qui sont nés à l’'époque où la planète Vénus se trouve dans le signe du verseau, n’auront du talent que pour la chasse; ils ne s'occuperont que du soin pour les animaux que l’on y emploie, tels qu'éperviers, faucons, autours, aigles et chevaux 1); ceux au contraire qui naissent à l’époque où Mercure se trouve dans le signe de la vierge, seront des hommes vigoureux, industrieux, intelligents; mais ils aimeront également à s'occuper de chevaux, chiens, éperviers, faucons et autres oiseaux semblables que l’on emploie à la chasse DI: Il paraît méme que cet exercice n’a été apporté en Europe que sous le rèégne de Constantin le Grand; c'est ce qu'assure, du moins, Kaswin 3), qui va Jusqu'è nommer cet empereur l'inventeur de la chasse au vol, et on lit à peu prés la méme chose dans le livre de fauconnerie iurc, appelé Basname 4).

Un siècle plus tard, la fauconnerie fut déjà connue en Auvergne. Cajus Sollius Apollinaris Sidonius 5), évéque de Clermont, dans une lettre adressée à Hecedicius, frère de sa femme et fils de l’empereur Avitus, rappelle à ce prince que c'était dans ce pays qu'il goùta pour la premiére fois les plaisirs de la chasse, en se servant pour cet amusement de chiens, de chevaux et d’éperviers 6). En faisant l’éloge de son beaupere, l’empereur Avitus, Sidonius rapporte que nul n'était plus habile à inventer de beaux vols que ce prince 7). Enfin, il dit d'un certain Vectius qu'il n’avait pas son pareil dans l'art d’affaîter et de traiter les éperviers 8). — Grégoire de Tours 9) fait dire, dans une certaine circonstance, à Mérovée, roi des Franes, qui vivait également au 5me siécle: « Que Pon fasse » venir nos chevaux, prenons les éperviers et allons nous ren- » dre, avec nos chiens, à la chasse, pour nous amuser ». — Il existe une épigramme 10) datant du cinquième siècle et adressée à un fauconnier corpulent, à qui on reproche d’avoir négligé ses oiseaux, tandis qu'il eùt mieux valu de les repaitre de sa propre chair que de les laisser périr de faim.

Il parait que la fauconnerie fui dés cette époque d’un usage général en France et dans plusieurs autres contrées. En voici les preuves. Les codes des anciens Frances et d’autres peuples de la première moitié du moyen age contiennent plusieurs lois relatives aux oiseaux de chasse et aux fauconniers II). Une de ces lois, qui se trouve dans le code des Bourguignons meérite d’étre rapporiée à cause de sa sévérité cruelle. Il y est dit que celui qui s'est rendu coupable du vol d’un oiseau de chasse, paiera six sous au propriétaire de l’oiseau, ou subira le supplice que l’oiseau lui enlève des fesses six onces de chair. La loi des Longobardes défend de donner comme rancon ou en gage, l’épée et l’épervier. — Le clergé n’aimant pas moins

1) Julii Firmici Materni Junioris Astronomicon Lib. VII, Basileae, 1533, fol.: cap. VII, p. 138 et 139. — 2) Ibidem, chap. VIII — 8) Voir l’Hierozoicon de Bochart, 3me édition, Lugd. Batav., 1692,

fol., tome II, livre II, chap. 23, p. 288. — 4) Dans le «Falk

5) Sidonius nàquit en 480, et mourut en 482. Son beau-père, l’empereur Avitus, régna depuis 455 jusqu’en

e» de M. de Hammer, p. 7. —

456. — 6) Opera omnia, Paris, 1652, 40; epistolarum liber Ill, épitre 3me, p. 65. — 7) Ibid., Carmen VII, p. 337, vers 202 et suiv. — 8) Ibid., Epistolarum liber IV, épitre Qme, p. 98. — 9) Gregorii Turonensis, Historiae francorum libri X, Parisiis, 1610, 80: lib. V, cap. 14, p. 191. — 10) Anthologia

veterum Latinorum epigrammatum et poèmatum, ed. Burman, n° XL; edit. Meyer, no 311. Voir l’explication de cette épigramme dans Zimmermann, Zeitschrift fiir die Alterthumswissenschaft, année 1837, p. 25 et année 1838, p. 1037. — 11) Lex. sal., tit 8, $ 1, 2, 3; Ripuar, tit. 36, $ 11, 1; Burgund,, add. I cap. 11; Longobard. tit. 104, $ 18, 19, 20; Alleman. tit. 99, $ 20; Bajuv. tit. 20, 6 2. — Le savant professeur Leo tàche de prouver, dans un opuscule intitulé «Die Malbergische Glosse der lex salica», Halle, 1842, 80, (voir principalement la préface, pag. VI), que la loi salique, au lieu d’étre d’origine

tudesque, a été en grande partie empruntée à une loi plus ancienne et celtique. Il n°est pas de notre

l’exercice de la chasse au vol que les séculiers, il leur fut interdit, dès le sixième siècle et à plusieurs reprises, d’entretenir des ciseaux de chasse 12); plus tard, St. Boniface renouvela cet interdit; on sait qu'il entra méme dans les statuts des templiers, et ce fut jusqu'en 1303, au Synode provincial d’Auch, que l'on se vit obligé de défendre aux archidiacres, dans les visites qu'ils faisaient du diocèse, de conduire avec eux des chiens et des oiseaux 13). — L’art de former les chiens et les oiseaux fut compté parmi les premiers enseignements qui entraient dans l’éducation du jeune Blanchardin, fils de Charlemagne 14). — Le roi Carloman entretenait quatre veneurs chargés des chiens de chasse et un fauconnier auquel était confié le soin pour les oiseaux. Ils étaient subordonnés aux trois principaux officiers de la maison du roi, savoir au Sénéchal, au boutillier et au connétable, et c'étaient eux, qui disposaient de tout ce qu'il fallait pour la chasse, et qui fixaient le nombre des oiseaux de chasse nécessaires pour la fauconnerie du roi 15). — Abbon en decrivant le siége de Paris par les Normands, sous le régne d’Eudes, en 892, dit que ceux qui défendaient le pont, désespérant de le conserver et ne voulani pas que leurs oiseaux tombassent entre les mains des ennemis, leur rendirent la liberté 16).

La fauconnerie, quoique introduite en Europe dès le quatrieme siècle, y fut cependant beaucoup moins cultivée que la vénerie, depuis cette époque jusqu’aux croisades qui donnérent une nouvelle impulsion è cet art. On sait par l’ouvrage de l’empereur Frédéric II, que les Arabes étaient, dans ces temps, beaucoup plus experts dans cet exercice que les autres peuples, et que c'est à eux ou à leurs ouvrages que l’on doit toutes ces connaissances qui ont tant contribué è le perfectionner et à en rendre le goùt plus général. C'est aussi d’eux que nous sont venus ces préjugés touchant les maladies des oiseaux et les remèdes inventés pour les guérir, préjugés qui se sont conservés dans presque tous les livres de fauconnerie Jusqu'à la décadence de cet art. On voit en effet que la fauconnerie se releva depuis les croisades au point de porter ombrage è la vénerie, à laquelle elle fut souvent préférée 17). La jalousie

È) Di aL . È .

qu'’excita l’émulation entre les fauconniers et les veneurs donna lieu à beaucoup de dissentions entre ces. deux états, dissentions 18) qui ont duré jusqu'aux temps de Louis XIV, où la vénerie rentra successivement dans ses anciens droits.

L’oiseau de chasse, formant l’attribut de toutes les personnes nobles des deux sexes, on les voit souvent représeniées, l’oiseau sur le poing, dans les miniatures, sur les sceaux ou les monuments. Plusieurs nobles s'étaient arroges des priviléges

£ qui portaient è des abus assez singuliers. Les Seigneurs de Chastelas, par exemple, avaient le droit de prendre place, quand cela leur semblait bon, parmi les chanoines de l’église ressort de discuter la justesse de cette assertion de M. Leo, ce dont s’est déjà chargé le célèbre Grimm, (voir son ouvrage intitulé Geschichte der deutschen Sprache, 1848, I, p. 548 et suiv.); mais nous ferons observer que cette assertion ne peut étre appliquée aux titres relatifs à Ja fauconnerie, attendu que cet art a été totalement inconnu des anciens Celtes. — 12) En 506 dans le concile d’Agda; en 588, dans celui de Macon, et en 868, dans celui de Worms: voir Longus, Summa conciliorum omnium, Antverpiae, 1623, fol. Concil. agathense, cap. 55, p. 427; Concil. matisconense secund., canone 13, p. 506; Concil. wormatense, $ 17, p. 668. — 13) Ph. Labbe, Histor. Concil., tom. VI, p. 1644. — 14) Manuscrits de St. Germain, III, fol. 174 verso: cités par La Curne de St. Palaye, III, p. 203. — 15) Hincmari Opera, tomus posterior, Lutet. Paris., fol., 1645, $ XXIV, p. 210. — 16) Abbon, de obsessa a Normannis Lutetia, dans Duchesne, Collection des historiens de France, tom. Il, p. 499. — 17) L’empereur Frédéric II avait déjà dit, comme nous verrons plus bas, que la fauconnerie est un art plus noble que la vénerie. — 18) Elles forment souvent un objet de discussion dans les anciens livres de fauconnerie; voir par exemple

Gace de la Vigne, le Roi Modus, les Mémoires du Maréchal de Fleuranges à l’endroit cité plus bas, d’Arcussia, etc.

d’Auxerre, ceints de l’épée, revétus du surplis, la téte couverte d’un chapeau orné de plumes, portant l’aumusse sur le bras et l’épervier sur le poing. Ce privilége avait été accordé dés l’année 1423, aux membres de cette illustre famille. Le irésorier de cette mème église jouissait de la prérogative d’assister au service divin, les jours solennels, portant l’épervier sur le poing. Ce droit lui ayant été contesté par les chanoines, ses confrères, il lui fut confirmé, principalement par la raison que le tésorier de l’église de Nevers jouissait du méme privilége 1). L’ordonnance suivante a rapport à des prérogatives analogues accordées au Seigneur de Sassay et au curé d'Ezy. «Peut le Sieur de Sassay faire dire la messe par le curé d'Ézy ou autre en l’église N. D. d’Evreux devant le grand autel, quand il lui plaira; et peut le dit sieur ou curé chasser sur tout le diocèése d’Evreux avec autour et tiercelet, six épagneuls et deux lévriers, et peut le dit sieur faire porter et mettre son oiseau sur le coin du grand autel, au lieu le plus près et le plus commode, è son vouloir. Peut le dit sieur curé dire la messe botté et éperonné dans la dite église N. D. d’Evreux, tambour battant, en lieu et place des orgues» 2). — On faisait venir, comme nous le verrons plus bas, des oiseaux de chasse, de l’Irlande, de la Norwége, de la Grèce, de la Barbarie, ainsi que de beaucoup d’autres contrées et méme de l’Amérique, et on les payait souvent à des prix excessifs. — Les diverses espèces d’oiseaux étani plus ou moins estimées suivant leurs qualités, on appliqua cette gradation de rang aux différents états de la haute société. L'ordonnance qui régla cette distinction a été conservée dans plusieurs ouvrages Anglais 3). L’aigle, le vautour et le milan 4) y sont assignés à l’empereur; le gerfaut aux rois; le faucon gentil aux princes; le faucon montagnard aux ducs; le pélerin aux lords; les oiseaux baàtards aux barons; le sacre aux chevaliers; le lanier aux esquires; l’émérillon aux dames; le hobereau aux jeunes gentilhommes; l’épervier aux prétres; l’autour aux trabans; la cresserelle aux domestiques. — Les rois, dans leurs entrées et marches, se faisaient précéder par leur équipage de fauconnerie, et cet usage s'exerce mme quelque fois de nos jours, lors des fétes de couronnement. — En un mot, la fauconnerie a joué, pendant plusieurs siècles, un role dont on a aujourd'hui de la peine è se former une idée, et la connaissance de cet art fut indispensable à quiconque prétendait tre bien né et bien élevé; de là aussi le grand nombre d’ouvrages qui ont été publiés sur cette matière et les nombreuses éditions que la plupart d’entre eux ont eues.

Ces ouvrages, ainsi que les nombreuses notices que les historiens ont données sur la chasse au vol, nous mettent à méme de traiter séparément l’histoire de la fauconnerie chez les différents peuples de l'Europe qui ont exercé cet art, ce que

nous nous proposons de faire dans les pages suivantes. DE LA FAUCONNERIE EN FRANCE.

De tous les pays de l'Europe, c'est la France où la connerie a été exercée avec le plus d’éclat. Nous avons constaté que la chasse au vol avait été introduite dans ce pays dès le cinquième siécle. Les rois de France eurent leurs fau-

1) Ducange, Glossarium, au mot Acceptor; et Le Bocuf, Histoire de l’église d’Auxerre, I, p. 766. — 2) Mercure francais, Févr. 1735, p. 293; et Ducange, I. c. supplément. — 3) Book of St. Albans; voir

Latham, Gen. Hist. of Birds, tomeI, p. 109, et Belany, p. 70. — 4) Watour et Millon dans original.

conniers particuliers de méme que les rois des Frances, et ils ne tardèrent pas de erger la charge de maitre-fauconnier du roi, titre changé plus tard en celui de grand-fauconnier de France. On trouve è ce sujet, dans la grande Eneyclopédie francaise 5), plusieurs détails que nous reproduirons ici dans leur ensemble, quoique contenant aussi des renseignements relatifs à des époques plus récentes. « L'origine de fauconnier est de l’an 1250. Jean de Beaune a exereé cette charge depuis ce temps jusqu’en 1258. Étienne Grange était maître-fauconnier du roi en 1274. Tous ses successeurs ont eu la méme qualité, jusquà Eustache de Jaucourt qui fut établi grandfauconnier de France en 1406. Le grand-fauconnier de France a différentes sortes de gages; outre les gages ordinaires et ceux pour son état et ses appointements, il en a comme chef du vol pour corneille, et l’entretien de ce vol; pour l’entretien de quatre pages; pour l’achàt et les fournitures des gibecières, de leurres, de gants, de chaperons, de sonnettes, de vervelles et armures d’oiseaux, et pour l’achat des oiseaux. Il préte serment de fidélité entre les mains du roi: il nomme è toutes les charges de chef de vol, lorsqu’elles vaquent par mort, à la réserve de celles de chefs des oiseaux de la chambre et du cabinet du roi, et de celles de garde des aires, des foréts de Compiègne, de l'Aigle et d’autres foréts royales. Le grandfauconnier a seul le droit de commettre qui bon lui semble, pour prendre les oiseaux de proie en tous lieux, plaines et buissons du domaine de Sa Majesté. Les marchands fauconniers francais ou étrangers sont obligés, à peine de confiscation de leurs oiseaux, avant de pouvoir les exposer en vente, de les présenter au grand-fauconnier, qui choisit et retient ceux qu'il estime nécessaires, ou qui manquent aux plaisirs du roi. Le grand-maitre de Malte fait présenter au roi tous les ans douze oiseaux, par un chevalier de la nation, à qui le roi fait présent de mille écus, quoique le grand-maître paye à ce méme chevalier son voyage à la cour de France. Le roi de Danemarek et le prince de Courlande envoient aussi au roi des gerfauts et autres oisecaux de proie. Si le roi, étant è la chasse, veut avoir le plaisir de jeter lui-méme un oiseau, les chefs pourvus par le grand-fauconnier présentent l’oiseau au grand-fauconnier, qui le met ensuite sur le poing de Sa Majesté. Quand la proie est prise, le piqueur en donne la téte à son chef, et le chef au grand-fauconnier qui la présenie de méme au roi.»

Les details historiques suivants font suite à ceux donnés dans notre apercu général de l’'histoire de la fauconnerie en Europe.

Les traités écrits en langue Romane font preuve que l’art de la fauconnerie fut assez cultivé et estimé, dans le midi de la France, durant le douziéme et le treiziéme siécle. — Le roi Philippe Auguste, se trouvant, en 1191, lors de la troisième croisade, devant la ville de Piolomais, il arriva que son faucon blanc qu'il avait apporté de la France séchappa et se percha sur les murailles de la ville. Les soldats du Sultan Salaheddin l’ayant pris, l’apportèrent à ce prince qui, regardant cet accident comme d’un bon refusa de

augure, rendre l’oiseau,

quoique le roi lui fit offrir en échange la somme de mille

ducats 6).

On doit s’étonner de voir figurer ces deux oiseaux ignobles à la téte des visenux de chasse. — 5

) Ency- Bohadini Fili $jeddadi, Lugd. Batav. 1732, fol., cap. 96, p. 160.

clopédie par Diderot et d’Alembert, Paris 1756, fol. tome VI, p. 432 Bà 433 A — 6) Vita et res gestae Saladini edidit et latine vertit Alb. Schultens,

Le livre du Roi Modus et de la Reine Racio, le premier des ouvrages de chasse écrit en francais, et composé au commencement du quatorzièéme siècle, fournit la preuve qu'à cette époque la fauconnerie était estimée au moins è l’égal de la vénerie. On voit par cet ouvrage qu’alors on employait déjà, non seulement les oiseaux de bas vol et les faucons du pays, mais aussi le lanier, le sacre et le gerfaut, et que l’on exercait toutes sortes de vol, méme celui du héron. On connaissait déjà l’usage du chaperon et on pratiquait la prétendue science de reconnaitre et de gugrir les maladies des oiseaux.

Un autre ouvrage de fauconnerie, non moins curieux que celui dont nous venons de parler, est le roman des oiseaux par Gace de la Vigne, composé vers le milieu du quatorzième siècle. Il offre des renseignements sur la fauconnerie des rois Philippe de Valois, Jean II et Charles V. L’auteur, quoique chapelain de ces rois, raconte de lui-méme, que dès l’àge de neuf ans il porta des hoberaux aux champs, qu'è sa douzièéme année on lui fit dresser un faucon, et qu'il aima toute sa vie les chiens et les oiseaux. Il constate que le roi avait une trentaine d’oiseaux cà la téte desquels est le maître-fauconnier, un gentil chevalier qui s'entretient avec lui des oiseaux, et ordonne ceux que l’on fera voler ensemble aux grues et autres oiseaux. La chasse commenga sans chiens, hormis trois ou quatre qu'on tenait, et le moindre était écarté derrièére è un trait d’arc. Le roi et lui lachèrent chacun le leur, pour voir à qui ferait le mieux. Le roi descendit de cheval et fit donner è son faucon le coeur de loiseau qu'il avait volé ». Un autre vol avec des faucons eut lieu sur un étang, d’où l'on fit lever les ciseaux au bruit de quatre tambours. Le vol du héron se faisait également avec des faucons. Il en était de méme du vol de la grue. On employait pour d'autres vols le gerfaut et l’autour. Gace de la Vigne donne encore la description d’une chasse au vol faite par une douzaine de personnes d’état moyen, «non princes ni barons, mais chevaliers, chanoines, bourgeois et écuyers, ayant entre eux tous une vingtaine d’oiseaux»: cette chasse dura huit jours de suite. Il parle de Denis le grand, évéque de Senlis, qui avait fait un traité de fauconnerie, du comte d’Auxerre, fauconnier très expert qui avait composé d’excellents reméèdes pour les maladies des oiseaux, et du comte de Flandres « qui faisait des oiseaux autant quhomme qui soit à Bruges ou à Rome». Enfin, on voit par cet ouvrage qu’alors on apporta en France non seulement des gerfauts, mais aussi des faucons de Barbarie, appelés Tahorotes, et dont monseigneur Bertrand Du Guesclin, connétable de France, offrit deux au roi.

Nous avons déjà rapporté, en traitant l’histoire de la fauconnerie chez les Tures, que le roi Charles VI fit parvenir à Bajesid des autours et des faucons, avec des gants brodés de perles et de pierreries pour porter ces oiseaux, el que le duc de Bourgogne envoya douze faucons blanes pour la seule rancon du due de Nevers, son fils 1).

Sous Charles VII, le duc de Bourgogne donna en 1453, è Lille, un festin, où l’on vit è lun des bouts de la salle un héron, « prendre son vol et son vent »; on entendit aussitòt

1) Choisy, hist. de Charles VI, p. 215 et 223. — 2) Mathieu de Coucy, Histoire de Charles VII, édit. de Godefroy, p. 671. — 3) Les mémoires de 1

sire Philippe de Commines, la Haye, chez A. Leers, 1682, 12mo; libre VI, chap. 13, p. 406. — 4) Monstrelet, tome III, fol. 96 et 97. — 5) Argentré, histoire

de Bretague, cité par Elzéar Blaze, le chasseur conteur, Brux., 1840, 12mo, p. 114. — 6) Imprimés dans

plusieurs voix s'écrier «à l’aguet, à l’aguet,» comme font les fauconniers. Dans le méme instant on apercut au còté opposé un faucon qui s'avangait pour combattre le héron; il s'élanca avec tant de rapidité et heurta le héron si rudement qu'il l’abattit au milieu de la salle D)

Il parait que Louis XI a préféré la vénerie à la fauconnerie. Philippe de Commines dit de ce roi: «Pour tous plaisirs aimait la chasse et les oiseaux en leurs saisons; mais n'y prenait point tant plaisir comme aux chiens» 3). — « Il dépensait le moins qu'il pouvait et entendait è assembler irésor tant pour rembourser le duc de Bourgogne des villes engagées sur la riviéere de la Somme comme pour faire ses plaisirs, comme celui qui aimait merveilleusement à chasser et à voler; et donnait largement à braconniers et è fauconniers qui lui faisaient son déduit » 4). — Il employait quelquefois ses troupes à des opérations de chasse. Il fit placer des détachements de soldats, on dressa des embuscades, on veilla jour et nuit sur tous les chemins pour enlever, près de Tours, des faucons que le due de Bretagne devait recevoir de Turquie. La manoeuvre réussit. On dit que Louis XI rit ce jour-là pour la première fois de sa vie 5).

On trouve des détails curieux sur la fauconnerie des rois Louis XI et Francois I, dans les mémoires de Robert de la Marck, maréchal de Fleuranges 6). Le chapitre qui a rapport a la fauconnerie est inscrit: « Cy devise de l’estat de la Faulconnerie du Roy de France». Il renferme les données suivantes: «Premierement la Faulconnerie du Roy est une chose ordinaire, et a le Grand Faulconnier qui est un fort bel office en France, et l’est pour l'heure présente 7) un honneste Gentilhomme, et de bonne maison, qui s'appelle René de Cossé, premier Pannetier de France. Le dict Grand Faulconnier a d’estat quatre mille florins, et a cinquante Gentilshommes sous luy qui ont bon estat, et cinquante Faulconniers aydes; et ont les dicts Gentilshommes cinq ou six cents francs d’estat, et les aydes deux cents, et départ le dict Grand Faulconnier tous ces Estats, et a bien trois cents oyseaulx sous luy, et peut le dict Grand Faulconnier aller voler par tout le Royaume de France, où bon luy semble, sans que personne luy puisse donner empeschement, et tous les Marchands d'Oyseaux luy doivent tribut, et n’oseraient vendre un oyseau en ville du Royaume de France ny à la Cour, sans le consentement du diet Grand Faulconnier sur peine de confiscation de toute leur marchandise; et a le dict Grand Faulconnier plusieurs

beaux droits, et fault le Roy luy accepte tous les oyseaulx,

Pai

et a un £l et un Thresorier, et gens ordonnés

pour les payemens, aussi bien que pour la Venerie ou autre

estat du Royaume de France; et sont tousjours ordinaires

suivant le Roy par iout où il va aussi bien que les Veneries,

osté que quand ce vient à l’esté, ils vont mettre leurs oyseaulx

en mué; mais tousjours il en demeure quelques-uns pour voler

les perdreaux avec les Vautours 8), les lenerets et les tierce- F ’

lets, et a une autre facon de faire merveilleusement belle la b) 5

Venerie et la Faulconnerie; car quand ce vient à la Saincte

la Collection des mémoires particuliers relatifs à l’Histoire de France, Londres et Paris, 1786, 80, tome XVI, p. 18 à 20. — 7) Le maréchal ayant rédigé

ses mémoires en 1521, il est évident qu'il s’agit ici du grand fauconnier de Francois I — 8) On comprend que c'est des autours que le maréchal veut

parler, et non pas des vautours.

Croix de May, qu'il est tems de mettre les oyseaulx en mué, les Veneurs viennent tous habillés de vert avec leurs trompes, et les Faulconniers hors de la Cour, pour ce qu'il fault qu'ils mettent leurs oyseaulx en mué et le temps des Veneurs approche pour courir les cerfs à force, et quand ce vient la Saincte Croix de Septembre, le Grand Faulconnier vient à la Cour, pour ce qu'il est temps de mettre les Chiens aux chenils, et chasse tous les Veneurs hors de la Cour, car les cerfs ne valent plus rien; mais le Roy qui est à présent 1) faict tout autrement, car il chasse hyver et esté, et prend beaucoup plus de plaisir è la Venerie, qu'il ne faict è la Faulconnerie, et peut monter la despense de la Faulconnerie à trente-six mille francs, sans l’état du diet Grand Faulconnier».

La chasse au vol n’était pas moins en honneur chez les successeurs de Francois I de la race des Valois que dans les régnes précédents. Plusieurs ouvrages sur cette matière, qui ont paru à cette époque, en sont témoins. D'Arcussia 2) dit à ce sujet: «Feu Monsieur le duc de Guise affectionnait beaucoup les oiseaux. Monsieur le connestable, et tous ceux de sa maison, ont tousiours tenu un grand equippage de Faulconnerie:; et si la Venerie n'y estoit omise: ce que jay veu du regne de Charles IX et de Henri HI. De ce mesme temps, feu Monsieur le Grand Prieur de France Henry d’Angoulesme, fils naturel du roy Henry II, estant nostre Gouverneur en ce pays, s’exercoit à la Faulconnerie auec un si bel ordre, que depuis on na veu pour les champs aux Perdrix, un plus bel attirail que le sien.»

Charles IX cependant paraît avoir eu de la prédilection pour la vénerie et notamment pour la chasse au cerf, sur laquelle il a lui-méme composé un traité 3).

Henri IV aimait beaucoup la chasse au vol, sans préférer pour cela cet exercice à la vénerie. Sully rapporte de ce roi les anecdotes suivantes qui ont trait à la fauconnerie. « C'était pour une partie de chasse que Henri, en 1606, s'était levé un jour si matin, et il voulait diner des perdreaux qu'il prendrait à loiseau. Il disait qu'il ne les trouvait jamais si bons ni si tendres que quand on les prenait de cette sorte et surtout quand il pouvait les arracher lui méme è l’oiscau»4). — Henri IV disait un jour au retour de la chasse. « J'ai eu un fort beau jour de chasse; mes oiseaux ont si bien volé, et mes levriers ont si bien couru, que ceux-là ont pris force perdreaux, et ceux-ci trois grands levrauts.» Sully ajoute: «La chasse tenait toujours, comme à l’ordinaire, un des premiers rangs parmi ses divertissements» et il dit ensuite, en parlant des chasses que Henri IV faisait en 1607, è Fontaineblean: «Sa Majesté aprés avoir chassé le matin à Voiseau, avait fait une chasse au loup, et fini sa journée par une troisiéme au cerf » 5).

Louis XIII cependant surpassa tous ses prédécesseurs et peutétre aussi tous les rois de l'Europe par son amour pour la chasse au vol, et faisait des dépenses énormes pour entretenir un attirail de fauconnerie aussi complet que possible.

On trouve à ce sujet des détails curieux dans l’ouvrage de

1) C'est à dire Francois I. Il parait résulter de ce qui va suivre, que l’usage singulier qu’avaient C 8

entre eux les veneurs et les fauconniers et dont on vient de lire la description, n’existait que du temps de Louis XIT, et non pas sous Frangois I, ainsi que l’ont avancé plusieurs gerivains. — 2) Conférence des fauconniers, 7me journée, p. 29. — 83) Il est intitulé: La chasse royale composée par le Roi Charles IX; Paris, Nicolas Rousset, 1625, in octavo. C'est la seule édition qui ait été publiége de cet ouvrage. —

4) Mémoires de Sully, Paris, Atable Coste, 1814, 80, tome IV, p. 291. — 5) Ibid., p. 294. — 6) Cette

d’Arcussia qui était àgé de soixante ans, à l'époque de la publication de la principale édition de son traité 6), tandis que le roi, quoique déjà marié, en avait à peine quinze. Nous y empruntons les détails suivants. L’auteur fait d’abord l’énumération des différents vols entretenus par ce roi7). « Le vol du Millan, de l'Aigle pescheur, du Millan noir, de la Buse, et autres semblables oyseaux, se faict auec des Gerfauts, tiercelets de Gerfaut, et Sacres. Le vol du Heron; auec des Gerfaux, tiercelets de Gerfaut, Sacres, Sacrets et Faucons. Le Fauperdrieu 8), le Jean-le-blanc, l’oyseau sainet Martin, et le Chahuan: se prend avec les Faucons qui volent pour Corneille. La Cannepetiere, le Courly, le Chouquas, le Hobereau, le Corbeau, la Corneille, et l'Esparuier; par Faucons. Le Canart, par Faucons; c'est le vol pour rivière. Le Gabereau 9), la Poule d'eau, la Choùette, l’Arondelle de mer, la Cresserelle, et le Vaneau par Tiercelets de Faucon. Le Butor, par Sacrets. Le Cocu et le Sabat 10); par Tierceleis de Faucon de passage. La Perdrix, par Laniers, Sacres, Sacrets, Faucons et Tiercelets, Autours et Tiercelets, et Alettes. La Caille, par Esperuiers et Emerillons. L’Estourneau par Emerillons. Le Lieure, par Gerfauts, Alphanets, Sacres, Laniers, et Autours. Le Lapin, par Autours et Tiercelets. Le Vol de la Pie se fait par Tiercelets de Faucon et Esparuiers en compaignie. La Huppe, se prend avec deux Emerillons. Le Geay, le Pinsson, la Gorge rouge, le Verdier, le Pescheveron ou Martinet, l’Oeil de Boeuf 11), la Mesange, le Rossignol, le Pivert ou Becheboys, par Esparuiers. La Pigriesche, par trois Emerillons, ou l’Esparuier. Le Merle, par Emerillons, ou l’Esparuier. L’Alouette legere, et le Cochevy: par deux Emerillons. La Griue, par trois Emerillons. Le Ralle d’eau, et Ralle des champs, par Esparuiers. Le Moyneau, par Esparuiers et Pigriesches. Le Burichon ou Roytelei 12); par Esparuiers, Emerillons, et Pigriesches. La Chauue-Soury, par Tiercelets de Faucons niais, et par Cresserelles. Le Pigeon cillé, par Emerillons, et Tiercelets de Faucon ». D'Arcussia parle ensuite de l’ordre de la Fauconnerie du Roi dans les termes suivants 13): «Le X0y se leue au point du iour, prie

Dieu en son Oratoire; puis desieune: cela faict il monte au

cabinet des oyseaux, où il y a des Gerfaux blancs et d'autres, des Tiercelets de Gerfaut blanes et autres, des Laniers communs et Lanerets Tunissiens, des Sacres, et Sacrets, des Laniers de Russie, et leurs Lanerets, des Faucons Pelegrins, des Faucons Gentils, des Faucons niais, des Faucons \ntenaires, des Faucons muez des champs, et des Muez en main d'homme, des Faucons Tagarots, et leurs tiercelets de toutes sortes; des Alettes, des Emerillons, des Autours et Tiercelets, des Esparuiers et mouchets, des Hobereaux, des Cresserelles, des Pigriesches, des Falquets: Et generallement de toutes espèces d’oyseaux de proye; desquels le sieur de Luyne en a la charge, pour estre les dits oyseaux du Cabinet du Roy. Et soubs le dit sieur de Luyne, le petit Buisson, et son frére, que Sa Maiesté nomme Buissonnet. Monsieur le Baron de Chastaigneraye est Grand Fauconnier

de France, et en ceste qualité tous ceux qui tiennent des

édition est de l’année 1615, mais la préface porte la date du 15 Novembre 1614. La «Conférer . La srence

des Fauconniers» qui est imprimée à la suite de cet ouvrage, n’a été publige qu’en 1617. 7) Voi ; SOR BS vir l’appendice à la quatrième partie du traité, intitulé «Sommaire de la Fauconnerie du Roi » a Di

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