I. Honnaie de papier et papier-monnaie
Les émissions de papier-monnaie ont été et sont encore un des expédients financiers les plus fréquents, le plus à redouter.
Nous avons distingué dans le Traité d* économie politique^ le papier-monnaie de la monnaie de papier. On a donné ce nom de monnaie de papier ou de monnaie de banque aux signes représentatifs émis par les particuliers ou les établissements de crédit et remplissant une parlie des besoins de la circulation du numéraire. Le papier-mon^ naie indique la dépréciation et s'applique à des signes émis par des États dans la gêne, ou par des établissements de crédit en rapport d'intérêt avec le trésor public.
Ce qui constitue le papier-monnaie, c'est-à-dire ce qui transforme des signes représentatifs en papier-monnaie, c*est, premièrement d'avoir un cours obligatoire et forcé ;— deuxièmement, d^être émis au delà des besoins de la circulation; — troisièmement, de représenter des valeurs hypothétiques, ou de ne pas êlre suffisamment garanti, ou d'être garanti par des pcopriétés qui ne sont pas suffisamment inaliénables, les biens-fonds par exemplei
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En général, toute émission de papier pouvant fonctionner comme monnaie est accompagnée d*un mouvement ascendant artificiel, plus ou moins soudain dans l'activité des affaires, suivi d'une perturbation en sens inverse quand on fait le retrait de ce papier : il y a dans les deux cas possibilité de crise. — Toute émission de papier-monnaie est suivie de dépréciation; qui dit dépréciation, dit spoliation en permanence, successive. De plus, une fois entré dans cette voie, il est difficile d*en sortir, c'est-à-dire de rembourser le papier émis; d*où il résulte que toute opération de ce genre est un expédient dangereux.
Le papier-monnaie peut être considéré comme une dette flottante sous une forme particulière, sous forme d'engagements (bons du trésor, billets d'État, etc.), à échéance indéterminée el à cours forcé.
Les Chinois connaissaient le papier-monnaie au treizième siècle. Vers la fin de ce siècle, Kablaï, petit-fils du fameux Tclnng-his-Kan, s*en servait, et Marco-Polo, voyageur vénitien, a raconté avec admiration les circonstancfes de cette fabrication . Ceprince avait un cousin (Kalgatou) qui régnait en Perse, et qui l'imita (Storch, Cours d'économie i)olitiqu€, éd. J.-B. Say, t. IV, p. 70).
Dans Tépoque moderne^ la plupart des peuples ont eu recours au papier-monnaie. Les émissions les plus remarquables sont celles faites, — en France, sous la régence, au commencement du dix-huitième siècle; el sous la révolution, à la fin de ce môme siècle; — en Angleterre, à cette dernière époque. Nous allons d'abord donner quelques détails sur chacune de ces trois expériences.