EMISSIONS
Millions de florins
En 1816, la Banque de Vienne fut reconstituée avec des actions dont le dixième seulement fut versé en espèces ; — les neuf autres dixièmes ayant été payables en Bancozettels dépréciés, comme du temps de Law. La Banque a été autorisée à suspendre le payement de ses billets en 1848. La situation de cette Banque et Timpor-
' Voy. une étude deM.R. Busacca, ancien ministre des flnances de TEmilie: Sludi aul cono farzoêo dei higlietti di hanca in Italia. Florence, 1870, 1 vol. in-18.
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tance des émissions était telle en i849, que la dépréciation a atteint 50 p. 100. La Banque a repris ses payements eu espèces le 1*' janvier 1859 ; mais elle les a de nouveau suspendus quatre mois après.
Les autres États de rAllemagne, la Prusse notamment, jouissent aussi de cette belle institution ; il est toutefois juste de dire que, pour la Prusse notamment, les émissions ont été trés-restreintcs. Elles ont lieu sous forme de bons de caisse (Tresorscheiné) qui circulent comme la monnaie.
En Russie, comme en Autriche, le papier-monnaie existe depuis près d'un siècle. La dépréciation a dépassé 80 p. 100. En 1859, le rouble argent a été fixé à 3 1/2 roubles en papier, c^esL- à-dire qu*on a voulu arrêter la dépréciation à 70 p. 100; comme si un pareil résultat pouvait être obtenu et si la valeur des choses était de nature à obéir au législateur. A cette époque, et pour atteindre ce résultat, on annexa à la Banque une caisse de dépôts en monnaie d'argent, chargée de rembourser en espèces une émission de titres convertibles à présentation, et maintenir le rapport des roubles papier au rouble argent au taux fixé. Mais on ne tarda pas à suspendre le remboursement des billets et à retomber en plein papiermonnaie. En 1857-58, la circulation des roubles en papier était évaluée à 735 millions de roubles d'argent, environ 3 milliards de francs en valeur nominale. Ces papiers ont été émis par l'intermédiaire de diverses Banques d'État, qui, par l'ukase du 31 mai (12 juin) 1859, ont été remplacées par une Banque unique, dite la fianque de Russie, qui a commencé à fonctionner en 1860, et qui avait au 1*' janvier 1871 émisdes billets pour 716 millious de roubles, ou 2,864 millions de francs. La dépréciation a été de 17 pour 100 en moyenne en 1867, de 18 pour 100 en 1867, de 29 pour 100 en 1866.
La Turquie a longtemps souffert d'une circulation en petits papiers de nature diverse, dits caîmès et séims, les uns anciens, les autres nouveaux, les uns portant intérêt, les autres sans intérêt. Le gouvernement est parvenu à en faire le retrait, en 1863, avec 100 millions de piastres ou 27 millions de francs, somme importante pour ses moyens.
Les gouvernements d'Amérique ont largement usé du papiermonnaie.
Aux États-Unis, la guerre de l'indépendance amena une première émission de 2 millions de dollars en assignats, autorisée par Ja loi du 10 mai 1 775, qui instituait la garantie des États confédérés. Cette émission fut suivie de plusieurs autres : 7 millions en 1777, 63 millions en 1778, 72 millions en 1779, 56 millions en 1780 ; en total 200 millions ou près de 1 milliard de francs pour une population de 3 millions d'habitants, et cela sans compter les billets particuliers des États. Aussi la dépréciation était-elle complète en mai 1781, époque à laquelle 1 dollar argent valait 1000 dollars en papier.
C'est en vain que Franklin et autres s*étaient évertués à imaginer des dessins et des cachets patriotiques * qui ne pouvaient suppléer au gage positif. Il fallut pourvoir en argent aux frais de la campagne en 1781.
L'effroyable guerre civile follement entreprise par le Sud et déraisonnablement continuée par le Nord (1861-65), a donné lieu à une nouvelle émission de papier-monnaie sur une plus grande échelle. Mais grâce à la durée relativement courte de la lutte, à la richesse du pays, à l'habileté des hommes qui ont dirigé ses finances et fait prévaloirle système des bons remboursables à courts termes et celui des emprunts à intérêt formulé au taux réel, grâce enfln à la bonne réputation de l'Union, qui a payé plus d'une fois ses dettes dans le courant du siècle, et malgré une émission colossale de plusieurs milliards de francs en papier sous diverses formes, la dépréciation s'est ralentie, après avoir toutefois dépassé la moitié de la valeur.
Cetle dépréciation, — que les créanciers ont appelée « agio sur For i> par euphémisme patriotique, comme les Anglais l'appelaient « hausse des billets de Banque, » au commencement du siècle, — était, au rapport de H. Wells, commissaire du revenu :
PMI Dl l'or
Le 1*' mars 1861 au pair
i" janvier 1863 .... 155
21 février 1863 .... 162 3/4
1" août 1865 129 1/2
PRIX Dl l'or
Le 17 septembre 1865. . . 138 3/8
i*' janvier 1864 ... 152
l»* avril 1864 167 1/2
82 avril 1864 173 3/4
* Voy. dans le Magasin pUtoresque de septembre, 1762, un article de M. Alexandre Wattemare.
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PRtI DK l'or
Le 1" juin 1864 188 1/2
1" juillet 186i 236
1" août 1864 . ... 255 2 janvier 1865 .... 228
16 février 1866. .. . 137 1/4
17 septembre 1866 . . . 145
PRIX DE L'Oft
Le 14 janrier 1867. .. . 13i i/2
4 juin 1867 137 1/2
16 septembre 1867. . 144 1/4.
1" avril 1868 138 1/2
l"juUletl868 158 5/4
En 1871, ce pnx était descendu à 112.
Dès le début de la guerre, le trésor s'adressa aux banques des centres commerciaux, New-York, Boston, Philadelphie, qui lui eurent bientôt prêté la presque totalité de leur capital, SOO millions de dollars, plus d*un milliard de francs. 11 émit en outre des bons au porteur. Mais au commencement de 1862, banques et trésor suspendaient leurs payements en espèces. En ce moment, les banques devaient 459 millions de dollars et leur encaisse ne s'élevait qu*à 87 millions 19 cent, par dollar dû. — Néanmoins le gouvernement continua rémission de ses fameux greenbacks (dos verts, à cause de la couleur de la gravure), simultanément avec rémission de titres d'emprunts sous diverses formes, à échéances diverses et à intérêt élevé. Ceux-ci étaient souscrits, soit au sein de TUnion, soit à l'étranger, et là victoire étant survenue à la fin de 1864 et au commencement de 1 865, le Irèsor put franchir le point culminant de la crise et de la dépréciation.
Ces émissions avaient chassé la monnaie subdivisionnaire. On v suppléa au moyen d'émissions faites par les villes, les corporations, les compagnies, en bons payables, soit en billets du trésor, soit en marchandises, soit en timbres-poste. Ces derniers eurent un plein succès.
Sous l'impulsion des événements, ces mouvements de papiers ont alimenté la spéculation et Tagiotage sur une échelle gigantesque. Ce qu'on raconte des scènes de Wall slreet laisse bien loin celles de la rue Quincampoix au temps de Law.
Les pays de l'Amérique du Sud ont aussi été le théâtre de plu' sieurs expériences tant en émissions monétaires qu*en émissions de papier-monnaie.
Les gouvernements du Pérou, de la Bolivie, de l^Équateur, etc., ont fait fabriquer, à diverses reprises, des pièces de monnaie fortement billonnées. Profitant d^ ces altérations^ la fraude a souvent
SUR LE PAPIbH MOKNAIE. 415
importé des monnaies de bas aloi dans les ports, notamment à Montevideo et à Buenos-Âyres.
Les deux premières Banques d'émissions établies dansTAmérique du sud, à Riode-Janeiro et à Buenos-Ayres, sont peu après devenues des fabriques de papier-monnaie.
Celle de Buenos-Ayres, fondée en \ 822, au capital de 1 million de piastres, était absorbée au bout de deux ans et commençait ces émissions qui ont été un des fléaux de ce pays. Au 1^' janvier 1856, elle avait en circulation 210 millions de piastres, plus de i ,iOO millions de francs! L'once d*or de 16 piastres valait à cette époque 570 piastres et 450 en 1863. Le papier-monnaie est ainsi depuis un demi-siècle en possession de la circulation dans la Confédération argentine, et la dépréciation y est arrivée aux proportions des assignats de la Révolution en France.
Au Brésil, la cour portugaise émigrée au commencement de ce siècle, intronisa le système de la fausse monnaie. On achetait des piastres espagnoles pour 800 reis et on les faisait passer sous le balancier pour y marquer la valeur numéraire de 960 reis. Lorsque la Banque de Rio fut fondée, le gouvernement emprunta son capital et ses billets. En 1831, la dépréciation se traduisait par une prime de 151 pour 100 sur la monnaie faible d'argent, et de 40 pour 100 sur la monnaie de cuivre. Le gouvernement constitutionnel améliora la situation.
11 y avait environ pour 130 millions de francs de papier-monnaie, assez bien accepté du public jusqu'à la crise de 1857. Depuis cette époque, les liquidations ont fait rechercher des espèces, et le papier-monnaie a commencé à être déprécié. Le gouvernement s'en est pris aux banques libres, dont il a fait limiter les émissions par une loi d'entraves. Il aurait mieux valu pouvoir diminuer le papier d'État à mesure que le public aurait préféré le papier de Banque. La guerre récente avec le Paraguay n'a pas pu naturellement contribuer à améliorer la circulation.
Une remarque générale à faire, c'est que les gouvernements ont profité dos avantages du papier des banques pour en faire des papiers d'Etat qui n'ont pas tardé à devenir des papiers*monnaiei lesquels ont historiquement procédé du système des altérations de monnaie pratiqué par les vieilles monarchies.