RECETTE
PRODUIT RRT
« Le développement qu a pris la consommation du tabac, notamment depuis un siècle , est uu grand fait à divers égards : sous le rapport des habitudes morales, sous le rapport hygiénique de Tespèce, sous le rapport agricole et commercial, et enfin sous le rapport financier.
« Nous ne voulons pas nous prononcer sur la question de savoir si une consommation modérée de ce produit peut être classée parmi celles qui satisfont des besoins légitimes; c'est une question qui ne devrait d'ailleurs point être examinée ici. Sous le rapport financier, nous répéterons une banalité , en disant que la consommation du tabac est, sinon la plus légitimement imposée, du moins une des plus légitimement imposées. En effet, l'impôt n*atteint pas une substance alimentaire, c'est-à-dire une substance indispensable, ni même nécessaire à la vie ; il n'atteint pas une matière première d'industrie : il n'atteint qu'une consommation de fantaisie ; il tend à limiter une consommation dont l'excès conduit à l'atténuation des facultés^intellectuelles et morales.
« On s'est, aussi demandé si la consommation du tabac et les ressources que le trésor public y puise pouvaient être regardées comme un fait désormais permanenl. Une pareille question n'est pas solubie. D'une part, on peut dire que la satisfaction de ce besoin a lieu depuis assez longtemps et sur une assez grande échelle pour le faire regarder comme constant et universel ; mais, d'autre part, on peut dire aussi que toute habitude qui a eu un commencement peut avoir une fin, et que, notamment, un excitant plus agréable,
l'opium, par exemple, pourrait s'emparer de la faveur des consommateurs. Mais, finatement, on peut conclure que, s'il est possible
522 TRAITE DE IINANCES.'- NOTICES COMPLËHENTAmLS. — XXX.
qu'un jour à venir l*usage du tabac disparaisse, il est probable que cela n'aura pas lieu. Il n'y 'aurait aucun profit pour Tespèce à remplacer le tabac par un produit analogue, à moins que ce dernier ne fût plus agréable, plus hygiénique et moins cher. Hais il y aurait grand profit, sous tous les rapports, à ce que le besoin de fumer^ de priser ou de mâcher du tabac disparût, dût-on être conduit à alléger, faute de ressources, les budgets publics d'autant. Chaque consommateur de tabac n'aurait pas de peine à employer son argent et son temps d'une manière plus fructueuse; et si quelques fumem*s protestaient contre notre conclusion , nous leur rappellerions que Franklin a dit, avec une sublime raison, « qu'avec un vice de moins on peut nourrir deux enfants de plus . » (DicL (Técon. poL, Tabac).