COMPLÉMENTS SUR DIVERS IMPOTS. — IMPOT SUR LES RICHES
le moment est venu de s'expliquer catégoriquement sur les formules de ce prétendu programme démocratique.
Quand on dit Timpôt sur les riches, cela signifie pour les uns ou pour les autres toute une série d'impôts :
Impôt sur la richesse ; Impôt sur les héritages ;
Impôt sur la fortune ; Impôt progressif;
Impôt sur le luxe ; Impôt sur le revenu ;
Impôt sur les propriétaires ; Impôt sur les rentes.
Impôt sur les capitalistes ; Etc., etc.
Eh bien, tout cela nous l'avons déjà. Conservateurs peureux, le coup est porté depuis longtemps; radicaux échevelés, la chose est faite! — Il n'y a plus rien à inventer; il n'y a pas à révolutionner ; il n'y a plus qu'à modifier, améliorer dans le sens de la justice distributive.
Tous les impôts existants atteignent l'avoir, la richesse, la fortune petite ou grande, les revenus petits ou grands, la dépense, le luxe ; soit qu'ils frappent sur les instruments du travail, ou sur les modes du travail, ou sur les produits du travail.
— Mais les riches seuls devraient payer, ceux qui ont beaucoup, s'entend.
— Oui, citoyen ; seulement il y a fort peu de riches. On les compte facilement ceux qui ont beaucoup. En un an ou deux, on leur aurait tout pris pour faire face aux dépenses publiques ; il faudrait alors ruiner une deuxième couche, puis une troisième et l'on arri\erait à l'indigence universelle, qui ne ferait les affaires de personne; car, comme a ditJ.-B. Say, s'il est malheureux d'être pauvre, il est encore plus malheureux de n'être entouré que de pauvres comme soi.
A un autre point de vue, tout le monde profitant de la dépense commune, tout le monde doit y contribuer en vertu du principe d'égalité, un des aspects de la justice que vous ne pouvez vouloir méconnaître.
— Mais le fisc pourrait se suffira avec les objets de luxe, s'ils étaient convenablement imposés.
— Ils le sont, citoyen, pour la plupart. Hais, imposés ou non, les objets que vous entendez par luxe constituent une petite fraction
dans la masse des produits, et ils ne peuvent produire qu'une fraction des ressources nécessaires qu'il faut demander aux choses d'usage populaire, par cette grosse raison que cette large base peut seule fournir assez.
Que si vous entendez par luxe le tabac, les liqueurs spiritueuses^ le sucre, vous pouvez voir que le fisc a porté sur ces articles une main pas mal démocratique.
— Mais les capitalistes, les propriétaires ! si on leur faisait un peu plus rendre gorge à ces sangsues...!
— Ils payent, citoyen ; car par capitaux vous entendez certainement (sans cela vous seriez un imbécile) les instruments de travail: constructions, navires, mécanismes, agencement, outillage, approvisionnements, les matières premières,'combustible, mobilier, etc.; iJs sont positivement imposés et payent encore par voie de portes et fenêtres, patentes, valeurs industrielles, succession, donations, mutations, transactions, ventes, etc. — Vous n'entendez pas seulement, je suppose, les 5 ou 4 milliards de numéraire qui fonctionnent comme intermédiaires dans les échanges; qui filent des mains des uns et des autres, à la manière des anguilles ; que maître Fisc avec toute son habileté ne pourrait pas atteindre, et qu'il avalerait en une ou deux années.
— Mais si l'impôt était progressif ?
— Il l'est souvent, citoyen ; il pourrait l'être plus souvent de façon à surcharger un peu plus que par le mode proportionnel ceux qui ont ^us de moyens, plus de fortune....
Cette concession vous suffit-elle ? Si vous dites non, remarquez que vous voudriez employer le fisc, non pas à faire contribuer les citoyens, mais à les exproprier complètement ? Ce serait alors la thèse du communisme, qui sort de la question financière, et que j'examine ailleurs, si vous voulez me lire.
Ce n'est pas ainsi que vous l'entendez? — Je le pense bien,; mais alors, savez-vous ce que vous dites en employant la formule dans un sens autre que celui de proportion progressive limitée?
— Mais ne pourrait-on faire un choix, un meilleur choix dans les impôts, ne pas trop surcharger les petites bourses, préférer les impôts les moins nuisibles, les plus susceptibles d'atteindre la