GOMPLËHENTS SUR DIVERS IMPOTS. — IMPOT SUR LES RICHES
richesse produite, Timpôt sur le revenu, appliqué en Angleterre et dans d'autres pays ?
— Oh! parfaitement! et c*est précisément ce problème que cherchent à résoudre les législateurs nommés par nous tous; qu'ils résoudront à mesure qu'eux et nous serons plus instruits, vous compris, que nous connaîtrons mieux les inégalités, les improportionnalilés, les injustices ; que nous saurons mieux ce qui s'expérimente à l'étranger ; et aussi que nous aurons moins à payer, car actuellement, avec de si grands besoins, il faut renoncer à la justice dans l'impôt.
Et par exemple, en ce qui concerne l'impôt du revenu, patience, citoyen, vous l'aurez, ce progrès, je vous en réponds. Les dépenses sont arrivées à un chiffre tel que les législateurs, forcés par la nécessité, ne le repousseront pas longtemps. Je puis faire cette prédiction sans être sorcier.
Ici j'entends les lamentations d'une autre catégorie de citoyens voyant dans l'impôt sur le revenu un mode d'expropriation, qui, en peu d'années, transformera le fisc en spoliateur universel !
Mais, monsieur, vous ne me faites pas l'effet d'avoir beaucoup réfléchi sur l'impôt ; vous me paraissez ignorer ce qui se passe depuis qu'on paie quelque chose à César, qu'on lui doive ou qu'on ne lui doive pas.
Or il faut que vous sachiez, que lorsque le fisc vous demande tant pour votre ferme ou votre maison ou votre capital, ce n'est pas un morceau de votre terre ou de votre maison ou de votre machine qu'il réclame, c'est bel et bien une part de votre revenu, tout comme s'il était copropriétaire avec vous ; il faut que vous sachiez que, lorsque ce même fisc trouve moyen d'attraper 300 francs dans les mains des marchands qui vous fournissent pour 3,000 francs de boissons et de nourriture que vous achetez, c'est bel et bien un dixième de votre revenu qu'il s'applique.
Bon homme que vous êtes, vous le payez l'impôt sur le revenu ; vous le payez sur vos biens visibles et invisibles, apparents ou masqués.
Comprenez donc et ne vous effrayez pas tant. Ne voyez-vous pas que « impôt sur le revenu » et « impôt sur le capital, » c'est tout un pour le résultat final ? C'est le capital qui produit le revenu, et
c*est par le revenu qu'on toise le capital. Il peut y avoir tel ou tel mode de perception ou d'assiette par le capital ou par le revenu à apprécier par lejs gens de finance; mais il n'y a pas chose tant nouvelle que vous croyez.
De quoi s'agit-il maintenant? 11 s'agit de vous prendre un peu plus.
— Dans nos poches ?
— Certainement, dans vos poches. Et où diable voulez-vous qu'on prenne? disait l'abbé Terray à un contribuable naïf de son temps.. . 11 s'agit de vous prendre un peu plus pour payer les sottises que vous avez conseillé de faire ou laissé faire, au moyen d'une taxe additionnelle sur vos revenus ou sur votre revenu total, afin de combler le déficit et d'éviter des contributions, des expropriations plus ruineuses encore. Plus tard, le fonctionnement de cette taxe additionnelle vous ayant convaincu de ses avantages relatifs^ vos législateurs pourront vous la demander dans une plus forte proportion, afin de réformer tous les autres impôts ou procédés d'expropriations annuelles pratiqués jusqu'à ce jour.
11 faut voir les choses comme elles sont, et bien se persuader que si jamais la tête tournait aux masses, si elles pouvaient perdre le sentiment du juste, Tinstinct de conservation, l'esprit de propriété, si le gâchis social, enfin, pouvait se produire, elles n'auraient nui besoin de rechercher votre cote de contribution pour aller s'installer dans votre maison, s'asseoir sur vos meubles, décrocher vos tableaux, fouiller dans votre bibliothèque, votre cave, votre portefeuille ou vos armoires.
Allons, ne nous lamentons pas inutilement; instruisons-nous; répandons la parole de raison autour de nous ; aidons-nous, le ciel nous aidera.
Ici le prétendu radical reprend la parole. — Eh bien, dans l'impôt sur le revenu, on doit comprendre sans doute l'impôt sur les rentes, les rentiers, les oisifs...
— 'Assurément, qui dit impôt sur le revenu ou sur les revenus dit tout cela. Mais il ne faut pas se faire illusion. Si vous arrivez u taxer spécialement les rentes ou créances sur l'Etat, l'opération équivaudra à une expropriation que l'État a solennellement promis
COMPLÉMENTS SUR DIVERS IMPOTS. — IMPOT SlR LES RICHES. 541
de ne pas faire (cette violation de l'engagement ne vous touche pas, je ne le note que pour mémoire), expropriation qui fera payer plus cher par TÉtat les emprunts futurs ; ce qui revient à découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul. Qu'on impose les rentes sur TÉtat pour plaire à Topinion, comme on a fait en Italie, comme on veut faire en Espagne, mais qu'on n'ait pas la prétention de faire un bon calcul, à moins qu'on ne ferme le Grand-Livre '.
Que si on prenait cette virile résolution, et si on imposait le revenu, on pourrait dire, comme Pitt disait en 1798 au parlement: « Ce n'est point ici une taxe particulière et révoltante sur les créanciers de l'État exclusivement; s'ils avaient employé leurs fonds en achats de terres ou dans le commerce, ils auraient été de môme astreints à la contribution. Le capitaliste n'est pas traité différem- . ment du propriétaire foncier, du manufacturier, du négociant, mais il doit être traité comme eux. »
* Extrait du Journal des économisies, numéro d'avril 1872.