CHAPITRE XVI
œMPARAlSON ENTRE L'IMPOT ET L'EMPRUNT
L*Emprunt n'est, en dernière analyse, qu'une variété particulière d'Impôt ; car c'est par des contributions annuelles que les gouvernements obtiennent les fonds nécessaires pour payer aux prêteurs ou aux renliers de TEtat Tinlerèt convenu. Mais celte manière de lever l'impôt se dislingue de toutes les autres par deux qualités qui lui sont propres, et qui constituent à la fois un grand avantage et un grand inconvénient.
<f Le contribuable se plaint, disait Jacques LaffilleS il est prêt ù se révolter quand on lui demande au delà d'une certaine somme d'impôts. Le capitaliste, au contraire, se présente lui-môme et vient vous offrir le capital dont vous avez besoin. L'un de ces procédés est difficile et dangereux ; l'autre facile et commode. C'est que Timpôt prend les cjipitaux où ils ne sont pas; il les prend dans les bourgs, dans les campagnes, souvent les plus incultes et les plus pauvres: Temprunlles
* Héflexion sur la réduction de la renie et sur l'âat du crédit, Paris, Dossuiige, 1824, 2* éd. in-8«», de i7tJ. p. — Jacques L-Uiitc, le célèbre ban<iui(?r, a élé un des premiers grouverneurs de la Banque de France, député sous la restauration, ministre des ijnanccs après la révolution de Juillet, puis de nouveau banquier, après avoir perdu sa fortune par ses largesses et par l'effet des événements politiques. Homme de savoir, homme de bien, une des lumières de Topposition libérale* Hort en 1844.
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prend où ils sont, dans les grande? villes et les capitales. L'impôt les prend où ils coûtent 10, 12 et quelquefois 15 pour 100; l'emprunt là où ils coûtent 4 à 5, et où ils s'offrent aux mêmes. »
A cela près, que l'impôt ne peut pr^ndr^ les capitaux où Us ne sont pasy mais les demander ou les prendre où ils sont rares et éparpillés, on ne pouvait expliquer d'une manière plus simple et plus nette Tavanlage des emprunts sur les impôts.
P. Enfantin, quelques années après, disait moins heureusement : « L'impôt demande trop souvent des capitaux aux travailleurs^ l'emprunt les demande toujours aux oisifs. » Cette dernière proposition, prémisse nécessaire d'une théorie de Fauteur, est de plus en plus înexaçlc à mesure que les litres de rfente sur l'État se classent dans les diverses couches de la population, que la rente se démocratise, selon une expression devenue à la mode.
En résumé, l'avantage de l'Emprunt est qu'une nation peut se procurer pour ainsi dire instantanément un capital considérable, en le prenant, comme disait M. LafBtte, là où il est, c'està-dire en le demandant aux riches, ou plus exactement aux possesseurs de capitaux disponibles, ce qui ne serait pas toujours possible par le procédé de l'impôt, qui s'adresse à tous, et, dans Tétat général de l'assiette, plus souvent aux pauvres qu'aux riches ou plutôt en plus grande partie aux pauvres parce qu'ils sont les plus nombreux.
L'inconvénient, le grave inconvénient, c'est que les gouvernements et les peuples sont portés : — à abuser des ressources que le crédit peut leur procurer ; — à se laisser entraîner à des guerres qui auraient pu être évitées, — ou à des dépenses
* Économie politique et Polilique, article extrait du Globe; Paris, 1831, in-8« de 176 p. Écrit remarqué, dans lequel les questions d'Impôt, d'Emprunt et d'Amorti>5ement sont présentées avec talent et orig:inalilé, en vue des conclusions de Tccole saiut-simonienne contre l'héntagc.