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II. Importance des qoesUons Étnaneléres

Ainsi enseignée et pratiquée, la science parviendra à déraciner un triple préjugé qui occasionne de grands ravages dans Téconomie des nations :

En mettant les financiers fiscaux dans l'impossibilité de soutenir des doctrines exagérées sur les dépenses publiques, et de proclamer l'impôt comme le meilleur des placements ;

En persuadant au public que la bourse de TÉtat n'est pas inépuisable, — puisqu'elle se remplit en vidant celle de tout le monde ;

Enfin, en montrant qu'à la condition de le voir bien employé, rimpôt estfune dette sacrée qui contribue au maintim

delà sécurité, de l'ordre, de la nationalité et de la liberté.

C'est de la croyance inverse qu'émanent une foule d'erreurs aboutissant, d'une part, aux gaspillage^ administralifs; d'autre part, aux exigences populaires, et finalement aux souf* frances et aux révolutions.

« Si le produit àeS impôts, disait Verri ^, avait toujours été sagement employé, le public regarderait celte charge comme une dette sacrée ; quiconque chercherait à s'y soustraire partagerait la honte encourue par un associé qui se refuserait à supporter sa part des dépenses de la société, après en avoir parlagé les avantages. » — Bien loin de là, les contribuables, par suite des dilapidations et des exactions dont ils ont tant souffert, et dont la plupart souffrent encore à divers égards, ne payent que, forcés et contraints, et en maugréant, leur part de frais communs.

Il y a peu de points sur lesquels les peuples soient plus susceptibles. C'est par des questions de finances qu'ont commencé les émancipations successives des communes et des classes moyennes, la séparation des prolestants de l'Église catholique, et celle des Églises dissidentes en Angleterre ; c'est au sujet des impôts que les États-Unis se sont brouillés avec la métropole; c'est le délabrement des finances qui a précipité l'avënement do la Révolution française ; et c'est pour arriver à une meilleure répartition des charges publiques qu'a commencé cette lutte formidable.

« Rien n'est lugubre comme le cri qui s^mble sortir des profondeurs de l'histoire, et se prolonger à trayers les sièoles pour accufser l'excès des taxes et Tavidité des traitants. Demandez*le à h poussière des génér0 tiens éteintes. Assurémeni si quelques mots de la langue des hommes, empruntés à de terrestres souvenirs, pouvaient encore les faire tressaillir au fond du tombeau, ce «eraient les pnotsque, duraj^f Iqi rude

• MédUatiom sur VÉconomie politique. Milan, 1771, cîiap. ««.

s TRAITÉ DE FINNNCES. — CIIAP. II.

épreuve de leur vie, elles n'apprirent que Irop à connaître les mots détestés de gabelles, de taïUe, A^ aides et de corvée *. »

11 est d'ailleurs facile de concevoir la susceptibilité des peuples en pareille matière. L'impôt à percevoir inscrit au budget français s'élève maintenant à près de 2 milliards» c'est-à-dire de près do 55 fr. pour chacun des 57 millions de Français. Si Ton admet que le revenu de chaque citoyen est, en moyenne, de pure hypothèse* et très-élevée, de 550 fr., l'impôt est d'un dixième du revenu, c'est-à-dire que chaque citoyen travaille une heure pour les besoins de TÉtat sur chaque journée de dix heures. Que l'impôt vienne à augmenter du dixième, chaque citoyen se verra forcé ou de travailler une heure de plus, ou cle se priver dun dixième de ses consommations habituelles, lesquelles peuvent être absolument indispensables à son entretien.

D'autre part, comme les populations, fortifiées dans ce préjugé par les théories de beaucoup de publicisles et les tendances administratives, en sont arrivées à croire que le Trésor public est inépuisable, et que l'Ëtat peut même avoir le secret de remplir ses coffres sans puiser dans leurs poches, il en est résulté toutes sortes d'exigences pour la satisfaction desquelles les gouvernements se sont engagés, et qui nécessitent un surcroît de dépenses, c'est-à-dire de charges pesant sur les populations et entretenant chez elles une irritation sourde et permanente.

Un bon enseignement mettrait à nu ces contradictions et neutraliserait peu à peu et en très-grande partie les sophismes, les préjugés et les tendances, aussi bien de ceux qui font les frais du revenu commun, que de ceux qui l'emploient.

^ H. Baudrillart, Étude historique de l'impôt, Jcum. des ÉcononmteSr 6é i cembre 1857.

* Voy. une Note finale sur le revenu de la France.

DES FINANCES t'UBLI<^UES. 9

III. impoflsiMIIté d'approfondir les qaesiloBfi flaaaeières mnnm l'étude de l'économie politique.

Nous venons de renvoyer au Traité d'économie pour [les questions se rattachant directement aux finances industrielles ; ajoutons que c'est par Tétude de la science économique en général qu'il serait bon de commencer celle des finances publiques. De quoi s'agit-t-il en effet dans cette dernière? D'une partie de la richesse privée destinée à former les ressources de rÉ(at, du prélèvement de cette richesse, de son emploi et des phénomènes économiques qui en résultent sur la production, la circulation, la répartition et la consommation en général, ainsi que sur la condition des populations. Or comment pouvoir se rendre compte de ces phénomènes sans une connaissance précise de l'organisation de la société, de ses moyens de produire, et des diverses évolutions de la richesse dans le corps social?

'Ainsi s'explique le peu de progrès qu'ont fait faire à la science financière les écrivains spéciaux et les hommes pratiques étrangers à la science économique. Rien assurément n'est plus inintelligent que ce dédain pour les recherches analytiques des économistes.

Mais, dira-t-on, la solution des questions de finances comporte divers poinis de vue :'le point de vue économique, et les divers points de vue : fiscal, poHtique et morol.

L'observation est exacte. Mais les raisons fondamentales sont d ordre économique. D'abord elles sont inséparables par essence des raisons^ tirées de l'idée morale de justice qu'elles contiennent; [en second lieu,%llcs éclairent le fisc et la politique, qui n'ont que de tristes arguments à donner en dehors d'elles. En effet, quel que soit le point de vue auquel on' se place pour apprécier un impôt, ou un emprunt, ou une

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dépense publique, la discussion porte sur des effets présumés ou constatés de Timpôl et de Temprunt ou de leur emploi > or ces effets, nous le répétons, sont des phénomènes gouvernés par des lois économiques et dont il est impossible de se faire une idée juste sans la connaissance de ces lois.

« Comment appréciera-t-on, disait M. A. E. Cherbuliez*, le mérite d'un impôt quelconque, au point de vue de la justice dislributive ou de la convenance politique, si l'on ignore de quelle manière il se répartit dans la réalité, dans quelle mesure et sous quelle forme il atteint, soit temporairement, soit en permanence, telle ou telle catégorie de revenus ? Comment se prononcera-t-on, même sur le caractère moral d'un impôt si Ton ne sait pas de quelle manière il ngit sur la production, la circulation ou la distribution des produits imposés? La législation fiscale est une des principales applications de l'économiepolitique, et il n est guère moins impertinent de vouloir trancher une question d'impôt sans avoir aucune notion do cette science, qu'il ne le serait de vouloir résoudre un problème de géométrie pratique sans connaître les théorèmes de géométrie pure qui s'y rapportent. » M. Cherbuliez constatait que la plupart des auteurs des mémoires de ce concours (au nombre de quarante*cinq) avaient fait complètement abs* traction des principes de la science économique !

* Rapport sur le Coneoun des questioni relaUves h rimpftt institué par le gouyernement du canton de Yaud (1800). Yoy. une !iole linale sur ce congrès.

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