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DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE FORTIFIER UN TERRAIN. — OUVRAGES SIMPLES

Novs avons considéré les propriétés des faces d'ouvrage, soit prises isolément, soit réunies les unes aux autres, mais d’une manière quelconque, et nous avons trouvé les limites dans lesquelles les faces et les angles devaient se maintenir pour satisfaire à de bonnes conditions de défense. Il faut maintenant examiner les différents modes suivant lesquels on peut joindre ces faces les unes aux autres pour organiser la défense d’une position de la manière la plus convenable ; il faut en un mot nous occuper de la forme habituelle que l’on donne aux retranchements.

Nous rappellerons d’abord que dans tout ce qui va suivre le terrain sera considéré comme indéfiniment horizontal, ainsi que la crête intérieure ; et comme nous nous occuperons surtout des propriétés du tracé, il suffira de denner la position de cette crête, sans parler du profil.

Dans la recherche de: ces différentes combinaisons, on a eu recours nécessairement à la géométrie, dont les considérations doivent toujours être soumises à celles provenant des nécessités militaires. Il faut aussi éviter avec soin les tracés

compliqués d’une exécution difficile, qui souvent ne satisfont qu'en apparence aux conditions d’une bonne défense.

Il importe de jeter d’abord un coup d'œil général sur les conditions auxquelles ces tracés auront à satisfaire. On peut atteindre l'ennemi par des feux directs ou croisés sur le terrain en avant des-ouvrages, ou bien dans les fossés par des feux de flanc. Ces différents genres de défense dépendent évidemment du tracé. Nous ferons remarquer seulement que les feux directs ou de flanc, qui battent le terrain en ‘avant de l’ouvrage, ont plus d'importance que les feux qui flanquent les fossés, car ceux-ci sont toujours en petit nombre, et souvent d’ailleurs un peu obliques.

Dansle tracé de la fortification de campagne, il faut donc s'attacher d'abord à sillonner les abords de l'ouvrage par des feux nombreux directs et croisés; le flanquement des fossés ne viendra qu’en seconde ligne, comme moins important.

Les positions à défendre sont ou isolées et accessibles de tous côtés, comme un plateau, un village, etc., ou présentent au contraire un front d’une étendue plus ou moins considérable et qui. ne peut être tourné. Dans le premier cas on défend la position par un ouvrage fermé. Dans le second, les retranchements doivent oceuper: toute la longueur du front, du côté des attaques; on leur donne le nom de lignes.

Les lignes peuvent être formées d’une série de faces jointives disposées d’une manière quelconque, sans autres interruptions qu’un petit nombre de . passages étroits et nécessaires pour les communications; on les nomme alors lignes continues.

Quand on défend le front au moyen d’une série d’ouvrages isolés, mais se donnant une mutuelle protection par leurs feux, et soumis par conséquent à certaines conditions de position respective, on construit une ligne à intérvalles. |

Enfin si le front est défendu par des ouvrages n’ayant entre eux aucunes relations de position autres que celles données par la configuration du terrain, l’ensemble de ces duvrages prend le nom de ligne à ouvrages détachés.

Avant d'examiner les différents tracés des ouvrages fermés et des lignes, faisons connaître un certain nombre d'ouvrages simples qui réunis suivant des lois variables forment, soit les ouvrages isolés, soit les lignes.

Redan. — Après la ligne droite, le redaen est l'ouvrage le plus simple que l’on puisse construire ; il se compose de deux faces formant entre elles’ un angle saillant vers l'extérieur (Pc. Il, Âg. 4). La ligne AC est la ägne de gorge, ou plus simplement la gorge du redan. Cet ouvrage est quelquefois employé isolément pour défendre une position qui ne peut être attaquée de face ni tournée, mais sur les côtés de laquelle on pourrait diriger les colonnes. On voit en effet qu’au saillant B se trouve un sectear privé de feux ; toute la partie en avant est donc mal défendue; les fossés ne sont pas flanqués ; mais les abords vis-à-vis les deux faces À B et BC sont assez bien battus. Considéré en lui-même ce petit ouvrage a peu d'importance, ses faces ne doivent pas dépasser une cinquantaine de mètres de longueur ; son angle saillant ne peut pas descendre au-dessous de 60°, d’après ce que nous avous dit dans le troisième chapitre; il peut augmenter jusqu'à 180°, c’est-à-dire jusqu'à ce que les deux faces se prolongent en ligne droite. La bissectrice de l’angle saillant se nomme la capitale du redan.

Tenaille.— Si les deux faces, au lieu de faire un angle saillant vers l'extérieur, font un angle rentrant, l'ouvrage prend le nom de tenarlie (Pi. II, #g. 5). On peut l’employer isolément dans le cas où, ayant à défendre la ligne de front À C, on veut faire converger les feux sur une route perpendiculaire à cette ligne et suivie forcément par des assaillants *

gênés de droite et de gauche par des obstacles naturels, comme des marécages ; il est facile de voir en effet que si cette route est eouverte de feux croisés, en revanche les terrains à droite et à gauche sont mal battus.

Les faces de cet ouvrage toujours peu important ne doivent pas dépasser 50 ou 60",00; l’angle rentrant ne peut descendre au-dessous de 90°; si l’on tient à ce que le fossé d’une face soit en partie flanqué par les feux de l’autre face, cet angle ne doit pas dépasser 120°; mais i} peut aller jusqu'à 180°, si l’on ne veut pas se soumettre à cette condition. On sait d’ailleurs que ce flanquement n’est jamais complet, et qu’il reste dans le rentrant un angle mort, dépendant de la pente de la plongée et du relief absolu de l'ouvrage.

Lunette. — Souvent quand on veut défendre une position avec un redan, le terrain que les colonnes d'attaque peuvent suivre s'étend sur la droite ou sur la gauche des zones battues par les faces AB et BG (PL. II, fig. 6); il faudrait trop les allonger pour soumettre à leurs feux ces parties accessibles. On ajoute alors d’autres faces CD et AE dont la situation est donnée par la position du terrain que l’on veut battre, mais faisant toujours avec les faces primitives des angles saillants. Ces nouveaux parapets sont appelés //ancs, et l'ouvrage prend le nom de lunette. Les angles EAB et DCB formés par les faces et les flancs sont les angles d'épaule. La partie DE est la gorge de l'ouvrage. Une lunette se compose donc de deux faces et de deux flancs. Cet ouvrage est faible à son saillant, de plus les fossés ne sont pas flanqués. Cependant on l’'emploie quand on ne craint pas d’être tourné ; les approches de côté sont bien défendues, et certaines dispositions dont nous parlerons plus tard permettent d’atténuer . beaucoup l'inconvénient du secteur privé de feux à l’angle saillant, Les faces des lunettes ne doivent guère dépasser 50 ou 60°,00, et les flancs ont de 20 à 30,00 ; ces longueurs dépendent au reste de la partie de terrain à battre. Comme pour le redan,

l’angle saillant doit être compris entre 60 et 180°; les angles d'épaule sont au-dessous.de 180° et habituellement obtus; la bissectrice de l'angle saillant se nomme la capitale de la lunette. |

Queue d’hyronde. — 11 arrive quelquefois dans le cas où on se sert d’une tenaille que l’on craint des attaques latérales, säas cependant. pouvoir être tourné; on ajoute alors à chacune. des extrémités deux faces AD et CE (PL. II, #g. 7), auxquelles on donne le nom de éranches. L'ouvrage que l’on obtient ainsi se nomme une queue d’'hyronde; DE est sa gorge. Les branches qui ont des longueurs très-variables, suivant l’espace intérieur que l'on veut donner à l’ouvrage et l'étendue du terrain à battre, forment avec les faces de la tenaille des angles saillants plus grands que 60°. Dans cet ouvrage le terrain en avant de la ligne de front AC est assez bien battu par les feux croisés des deux faces de la tenaille ; une partie des secteurs privés de feux des deux angles saillants À et C, dépendante de leur ouverture et de celle de l'angle rentrant B, est vue par les feux des faces de la tenaille, qui pourront aussi flanquer réciproquement une partie de leurs fossés si l'angle B est convenablement choisi : mais le fossé des branches est toujours sans flanquement.

Front bastionné. — En défendant le front AC par une tenaille A BC (Pr. Il, g. 5), nous avions des feux plus nombreux que si nous employions la ligne droite, feux se croisant en outre sur le terrain en avant de la ligne de front; mais les approches vers les saillants. À et C sont mal vues, et à moins que l’angle rentrant B ne soit à peu près droit, il n'existe aucun feu flanquant les fossés. On peut remédier à ces défauts en adoptant pour défendre la ligne de front AC (PL. IE, fig. 1) le tracé suivant emprunté à la fortification permanente : sur le milieu I de la ligne A C que l’on nomme coté extérieur, on élève une perpendiculaire [B à laquelle on

donne une longueur égale généralement au sixième de ce côté ; puis on joint le point B avec les deux points A et C. On obtient ainsi la disection de deux faces À D et CE analogues à celles de la tenaille précédente, et qui donnent des feux croisés en avant de la ligne de front ; leur longueur est habituellement le tiers du, côté extérieur. Pour défendre en même lemps et la partie de terrain en avant des deux points À et C et les fossés des deux faces AD et CE, on construit deux autres faces en abaïssant des points D et E des perpendiculaires sur les premières faces prolongées. Ces lignes DF et EG prennent le nom de flancs. On voit que si les lignes AG et CF nommées Agnes de défense ne sont point trop longues, les deux flancs satisferont bien aux conditions que nous venons de poser, à savoir qu'ils porteront des feux sur le terrain en avant des points À et C et dans les fossés des faces AD et CB. En joignant les deux points F et G on obtient une cinquième face appelée courtine, qui donne des feux directs sur le terrain en avant de AC. Les angles D et-B se nomment angles d'épaule ; ceux des flancs avec la courtine-se nomment angles de flancs; celui des deux faces ABC s'appelle angle de tenaille. L'ensemble du tracé porte le nom de front bastionné. Ce tracé satisfait évidemment mieux aux conditions d’une bonne défense que celui en tenaille, mais il est un peu compliqué.

Cependant le flanquement des fossés est encore loin d’être complet, en supposant, comme nous l’avons fait jusqu'ici, que les fossés suivent toujours la direction des crêtes. En effet, les feux partant du flanc FG (PL. III, fig. 2) et flanquant le fossé de la face AD, passent par dessus le bord supérieur de la contrescarpe du flanc DF, et ne peuvent atteindre le fond du fossé vers l’angle d'épaule D, ainsi que le fait voir le profil suivant MN (PL. III, Âg. $). Il en sera de même pour le fossé de la face CE. Les fossés des flancs ont aussi un angle mort, car les feux de la courtine ne les atteignent qu’à une certaine distance. Le fossé de la courtine

seul séra complétement battu par des feux très-peu obliques partant des deux flancs voisins, à la condition que la courtine sera assez longue pour que ces feux viennent se croiser au plus à 0",50 au dessus du milieu du fond du fossé ; dans ce cas, en effet, toute la-partie de gauche du fossé sera battue par le flanc droit, et toute la partie de droite par le flanc gauche.

Cet inconvénient des angles morts n’a pas une grande importance comme nous l'avons déjà fait remarquer, surtout quand ces parties sans flanquement sont en arrière d’un terrain défendu par des feux croisés multipliés. Cependant on peut vouloir le supprimer; il faut pour cela enlever tout le massif de terre dfgeh compris entre les contrescarpes des flancs et de la courtine, et celles des deux faces prolongées jusqu’à leur rencontre en capitale, et jusqu’au niveau du fond du fossé. Mais on recule presque toujours devant l’exécution de déblais si considérables, et on se contente du moyen suivant : - |

On fait passer un plan par une ligne située dans le talus de contrescarpe du flanc à 0°,50 au dessus du fond du fossé, et par l’angle d'épaule opposé, et l’on déblaie tout le terrain compris au dessus de ce plan entre les contrescarpes de la courtine, du flanc et de la face prolongée : on supprime ainsi la portion de terrain qui empêchait les coups du flanc GE d'arriver jusqu’au fond des fossés de la face et du flanc opposé. On mène un plan symétrique de l’autre côté. Sur la figure est marquée l’échelle de pente d’un de ces deux plans nommés plans de glacis. Le déblai est moindre que dans le cas précédent, mais on supprime une partie de l'obstacle opposé à l’assaillant par la contrescarpe.

Il faut maintenant, pour le tracé bastionné, chercher,

comme nous l'avons fait jusqu'ici, les limites des différentes faces et lignes importantes. En premier lieu, les lignes de défense ne doivent pas dépasser 150 ou 170,00, puisque c'est la distance qui doit au plus séparer une face flanquante

de l'extrémité d’une face flanquée ; cependant Cormontaingne leur donne jusqu’à 190",00 de longueur; mais c'est évidemment aux dépens de la défense des points A et C.

Les faces sont généralement eomprises entre les : et les : du côté extérieur : les flancs ne doivent pas avoir moins de 12°,00 pour donner des feux non-seulement dans le fossé, mais encore sur le bord de la contrescarpe. La perpendiculaire BI qui sert à déterminer la direction des faces et des lignes de défense varie entre le sixièmé et le douzième du côté extérieur.

La courtine a un minimum de longueur, nécessaire pour que son fossé soit battu par les feux des flancs. Un profil passant par ce fossé (PL. III, #g. 4) et rencontrant les deux flancs, sert à déterminer cette limite. Soient A et A’ les deux crêtes intérieures des flancs. Les plans de plongée dont nous connaissons l’inclinaison doivent se rencontrer au milieu du fossé de la courtine en D, à 0”,50 au plus au dessus du fond; si le point de rencontre était plus élevé, il y aurait en dessous une partie de fossé non flanquée. Si donc nous connaissons le relief absolu de l'ouvrage et la pente de la plongée , il suffira, pour avoir la longueur CD de la demi-courtine minimum, de multiplier par la pente de la plongée le relief absolu diminué de 0°,50. Dans l’exemple choisi, avec une pente de plongée de 6 pour 1, 30",00 serait la longueur de la demi-courtine minimum, qui varie comme on le voit dans chaque cas particulier.

Pour trouver le maximum de côté extérieur , c ‘est-à-dire le maximum de la ligne de front que l’on peut défendre au moyen d’un tracé bastionné, il faut construire le front en se servant d’une courtine minimum et de flancs minimum, prenant au contraire les plus grandes lignes de défense possibles. On arrive ainsi à une longueur de 250",00 environ. Cormontaingne donne comme maximum 290,00 ; mais nous avons vu qu’il prenait ses ligies de défense un peu trop longues.

Ce tracé n’est employé que pour les ouvrages importants; nous le retrouverons dans la fortification permaneñte.

Ouvrage à cornes. —- Quand on veut défendre une ligne de front en employant le tracé bastionné, et que cependant on craint des attaques sur ses ailes, on ajoute aux deux côtés du front deux branches, comme pour former la queue d’hyronde. On obtient ainsi l’ouvrage à cornes. Ces branches sont seulement soumises à la condition de ne pas faire avec les faces des angles de moins de 60°; elles ne sont point flanquées.

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