CHAPITRE VIIT
Tour ce que nous avons dit dans les chapitres précédents sur le tracé des ouvrages supposait toujours que les crêtes étaient horizontales et situées à la même hauteur pour un mème retranchement, et en même temps que le terrain duquel partent les coups était aussi ‘horizontal dans la limite de la portée des armes. Mais on comprend qu’il en sera raremerit ainsi dans la nature et que le terrain sur lequel on place les ouvrages comme celui qui se trouve en avant sera toujours plus ou moms accidenté. Nous allons voir que ces accidents du sol peuvent changer les reliefs et aussi dans certains cas le tracé de la fortification. Pour simplifier nous supposerons l'ouvrage situé sur un terrain horizontal, celui des attaques étant seul accidenté.
- Considérons d’abord une face isolée en avant de laquelle se trouve une hauteur, dans la limite de la portée des armes, et dessinons (Pi. VII, #g. 2) un profil passant par la hauteur et la face. Le parapet doit seulement couvrir de l’infanterie, c’est-à-dire qu’en terrain horizontal il suffirait de lui donner 2°,00 de hauteur, les coups de l’ennemi partant de 1°,50 au-dessus du sol. Mais si dans la limite de la portée
des armes se trouve la hauteur M, les coups partant de M’ à 1°,50 au-dessus de M et rasant la crête À plongeront dans . l’intérieur de l’ouvrage dont les défenseurs ne seront plus couverts. L'art de les garantir de ces coups plongeants s'appelle l’art du défilement, et défiler un ouvrage, c'est soustraire l'intérieur de cet ouvrage aux coups plongeants partant des hauteurs voisines. En général on ne cherche à garantir les défenseurs contre ces coups que sur une zone d’une certame largeur en arrière du parapet; on nomme #mile du défilement la ligne qui termine cette zone plus ou moins étendue.
Supposons que le point c soit la limite de cette zone dans le profil précédent ; il faut que le défenseur situé en ce point soit couvert à 2°,00, c’est-à-dire que les coups partant de M/ ne puissent pas arriver au-dessous du point 6. On atteindra évidemment ce résultat si on élève la crête de À en B sur la ligne © M’ : tous les coups qui porteraieut au-dessous de à sont interceptés, et l'ouvrage est défilé. De là un premier mode de défilement obtenu par l'exhaussement durelief. Mais si on eût creusé le terre-plein en arrière, sans toucher à la crête À, de manière qu’il se trouvât à 2",00 au moins au-dessous du coup le plus dangereux M/A, le défenseur serait encore abrité des coups partant du point M’ par la crête primitive À, et l’ouvrage serait défilé par l'abatssement du terre-plein.
En résumé il existe donc deux modes de défiler un ouvrage , soit en élevant son relief, soiten abaïssant son terreplein, de manière que dans les deux cas le défenseur placé sur le terre-plein à la limite du défilement soit couvert par la crête contre les coups plongeants. On peut employer l’un ou l’autre de ces deux modes; nous les appliquerons successivement à un ouvrage simple.
Remarquons d’abord que dans la PL. VII, #g. 2, la ligne bM' peut être considérée comme l'intersection par le plan
de profil d'un autre plan passant par la ligne limite du défilement située à 2,00 au-dessus du sol et tangent à la hauteur dangereuse relevée de 1",50, ou pour mieux dire tangent à une surface artificielle parallèle à la première, à 1°,50 au-dessus, et de laquelle partent les coups de l'assaillant; pour défiler le terre-plein nous avons placé la crête B dans ce plan passant à 1",50 au moins au-dessus de la hauteur dangereuse, et à 2”,00 au moins au-dessus du terrain: à défiler. Il est facile de voir que toutes les fois que les crêtes d’un ouvrage seront placées d'une manière analogue, aucun coup plongeant ne pourra arriver dans l'intérieur du terre-plein à moins de 2°,00 au-dessus du sol, c’est-à-dire de manière à atieindre les défenseurs. Nous pourrons donc dire d’une manière générale que pour défiler un ouvrage il suffit de mettre les crêtes dans un plan passant au moins à 2°,00 au-dessus du terre-plein que l'on veut défiler et laissant au moins à 1°,50 au-dessous de lui toutes les hauteurs dangereuses dans la limite de la portée des armes (1). Ce plan porte le nom de plan de défilement.
Le problème du défilement est donc ramené à celui de la recherche d’un plan satisfaisant aux conditions que nous venons d'énoncer, problème moins simple dans la réalité qu'il ne l’est en apparence ; il est susceptible en effet de plusieurs solutions parmi lesquelles il faudra choisir le plan donnant les reliefs moindres, c'est-à-dire la moins grande quantité de travail à exécuter : quelquefois même les reliefs sont tellement considérables que la solution directe est impossible, comme on le verra tout à l'heure.
Dans le défilement par l’abaissement du terre-plein, 1 crête est choisie à l'avance en À, le plan de défilement aM'
(4) Il est bien entendu que l'on veut seulement défiler de l'infanterie ; la cavalerie exige, pour être couverte, une hauteur de 2,50 ; il faudrait donc pour la défiler tenir le plan de défilement au moins à 2,50 au-dessus du terre-plein. |
passe par cette crête et doit encore laisser à 1",50 au moins au-dessous de lui toutes les hauteurs dangereuses ; le terreplein est tenu dans un plan parallèle et à 2°,00 au-dessous du plan de défilement , qui satisfait donc encore à des conditions analogues aux précédentes, car il passe toujours à 2=,00 au moins au-dessus du terre-plein excavé à cet . effet.
Il n’est pas commode dans la pratique de construire un plan passant à 1",50 au-dessus des hauteurs dangereuses; il est plus facile de trouver un plan parallèle au premier, situé à 1°,50 au-dessous, et tangent par conséquent à ces hauteurs. On donne à ce plan auxiliaire de construction le nom de plan de site ; son intersection avec le plan de profil est &’M (PL. VIT, fig. 2): il se trouve à 0°,50 au moins audessus de tous les points du terre-plein quand on veut défiler de l'infanterie, puisque le plan de défilement doit être à 2°,00 au-dessus. Il serait au moins supérieur de 1",00 à ce terre-plein si on devait défiler de la cavalerie qui a besoin d’être couverte à 2°,50 près. L’intersection du plan de site avec le plan vertical passant par la limite du terrain à défiler se nomme la charnière. Dans le défilement. par l’exhaussement du relief, cette ligne est située à 0",50 ou 1*,00 au-dessus du sol suivant que l'on veut défiler de l'infanterie ou de la cavalerie, et habituellement horizontale; cependant comme elle appartient au plan de site, qui ne peut rencontrer les hauteurs dangereuses, qui doit au plus leur être tangent , on sera quelquefois obligé de l’incliner quand des hauteurs se trouveront dans son prolongement. Dans le cas du défilement par l’abaissement du térre-plein, la charnière s’abaisse mème quelquefois au-dessous du sol ; le plan du terre-plein est creusé à 0",50 au-dessous du plan de site pour défiler de l'infanterie, à 1",00 pour défiler de la cavalerie.
Il faut donc choisir d'abord une charnière dont la projection soit la limite du terrain défilé, puis mener par cette
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ligne un plan tangent aux hauteurs dangereuses, c’est-à-dire à ‘celles qui sont situées à une distance ne dépassant pas la portée des armes de l’assaillant. Ce plan relevé de 1°,50 donnera le plan de défilement dans lequel on tiendra les crêtes, et à 2°,00 ou à 2°,50 au moins au-dessous duquel sera le terre-plein.
Appliquons les idées générales que nous venons d’exposer à quelques ouvrages simples, et d’abord aux ouvrages ouverts à la gorge : nous choisirons le redan comme le plus simple de tous. En avant du redan A CB (Pc. VII, fig. 3), se trouvent des hauteurs représentées par leurs courbes horizontales, comme en topographie ; la courbe x y située à 800=,00 de C si l’on craint d’être attaqué par de l'artillerie, et à 300,00 seulement si l’on redoute une attaque d'infanterie, est la limite du terrain dangereux. La gorge AB est la limite du terrain à défiler ou du défilement, car le choix d’un ouvrage ouvert à la gorge pour défendre la position indique que l’on n’a rien à craindre du terrain situé en arrière : cette ligne relevée de 0°,50 au-dessus du sol sera la charnière, pourvu, comme nous l’avons dit, que prolongée jusqu'à la limite du terrain dangereux, elle ne vienne pas le rencontrer. Soit 7°,00 la cote du sol, celle de la charnière sera 7",50. Par cette horizontale on mènera un plan tangent au terrain dangereux {voir la note à la fin du chapuüre); ce sera Île plan de site. Soit M le point de contact ; pour avoir le plan de défilement P, il suffira de relever le plan de site de 1",50, ce qui revient à augmenter toutes ses cotes de la même quantité. Les crêtes seront tenues dans ce plan, et la cote 10,60 du point C s’obtiendra en menant l'horizontale Cc.
I pourrait arriver, ou par suite de l’élévation du point M ou à cause de sa proximité du redan, que le plan de défilement donnât pour le point C un relief supérieur à 4°,00, alors la solution ne serait pas admissible, car le parapet ne
doit pas dépasser cette hauteur pour pouvoir être exécuté avec les faibles moyens d’une armée en campagne. Si la raideur du plan de défilement tient à la trop grande élévation de la hauteur M, on peut combiner le défilement par l'exhaussement du relief avec celui produit par l’abaissement du terre-plein, ou bien avoir recours à des masses couvrantes appelées traverses, comme nous l'indiquerons plus loin, ou bien enfin changer la position de l’ouvrage.
Mais si la hauteur sans être dominante est seulement rapprochée de la charnière de manière à raidir beaucoup le plan de défilement, on peut, au lieu de changer la position de l'ouvrage qui est d’ailleurs forcée dans certains cas, se contenter de changer la direction de la charnière, qui ne sera plus dirigée suivant la ligne de gorge. On la fait passer par l’extrémité C de la partie de l'ouvrage la plus éloignée de la hauteur (PL. VIII, #g. 1) et de manière qu'elle soit à peu près perpendiculaire à la ligne qui joindrait le point C au point dangereux. Une fois la charnière fixée, on construit de même le plan de site tangent à la hauteur dangereuse, en M, puis le plan de défilement P à 1°,50 au dessus.
Les crêtes seront tenues dans ce plan et couvriront par conséquent le défenseur situé sur le terre-plein. L'ouvrage sera défilé d’après la définition que nous avons donnée plus haut, c'est-à-dire que les défenseurs situés sur le terre-plein seront bien garantis. Voyons quelle est la position de ceux situés sur les banquettes. Dans les ouvrages ordinaires, ils sont couverts de face à 1",30 de hauteur par la crête, et des vues de dos au moins à la même hauteur par les crêtes des autres faces : dans le cas actuel il en sera bien de même pour les défenseurs de la face BC; la crête de cette face les abrite contre les coups directs partis du terrain en avant, la crête AR contre ceux partis de la hauteur M. Mais les défenseurs de la face AB couverts à 1",30 des vues de face partant de la hauteur, sont vus à revers par les coups partant
du terrain en arrière de la charnière DE, comme le montre le profil fait suivant SN (PL. VIII, g. 2), dans lequel le point N est à 1",50 au dessus du sol, hauteur de laquelle partent les coups. Pour obvier à cet inconvénient, il faut élever à l’intérieur de l'ouvrage une masse couvrante BV à laquelle on donne le nom de parados. Son épaisseur varie suivant la nature des projectiles à redouter ; elle est soutenue par deux talus inclinés au talus naturel des terres. Il suffirait à la rigueur qu’elle couvrit les défenseurs à 1",30; mais on l'élève de manière à les abriter complétement des vues de dos, c’est-à-dire que-les coups rasant sa crête doivent passer à 1",80 au moins au dessus de la banquelte. Pour cela on tient cette crête dans un plan R passant par la crête AB relevée de 0",50, et situé au moins à 1",50 au dessus du terrain dangereux situé en arrière de la charnière DE. Ce plan porte le nom de plan de revers; il est marqué au profil par la droite HL. Le parados a ordinairement sa crête dirigée en capitale de l'ouvrage.
Eafin il pourrait arriver qu'aucun plan de défilement ne pôt satisfaire aux différentes conditions que nous avons énoncées, c’est-à-dire à celle de passer à 2",00 au moins au dessus du terre-plein de l'ouvrage, à 1°,50 au moins au dessus du terrain dangereux, et enfin, de ne pas donner plus de 4",00 de relief pour les crêtes. C’est ce qui arriverait par exemple si l'ouvrage était entouré à droite et:à gauche de hauteurs très-rapprochées de la ligne de gorge prolongée. Alors si la position du retranchement ne peut être changée par suite d’autres considérations, voici d’une manière générale comment on se mettra à l'abri des coups plongeants : on sépare l'ouvrage en deux-parties (PL. VIIT, #g. 3) par une ligne BD située à peu près en capitale; on défile la partie droite DB C de la hauteur de droite M, en tenant la crête BC dans un plan de défilement passant au moins à 1°,50 au dessus de M et à 2",00 au dessus de la partie de terre-
plein DBC. Un autre plan sert au défilement de la partie de gauche DB A des coups partant de la hauteur M’. Les crêtes sont donc ainsi tenues dans-deux plans différents et couvrent les parties du terre-plein en arrière des coups partant des hauteurs opposées. Seulement, la partie de droite DBC ne sera pas défilée par la erête de gauche A B des coups partant de la hauteur de gauche, et de même la crête de droite BC ne garantit pas les défenseurs de la parte de gauche DBA des coups partant de la hauteur de droite. Une masse couvranté nommée éraverse élevée suivant BD servira à garantir les portions de droite et de gauche des coups de revers partant des hauteurs de gauche et de droite; on considérera alors chacune de ces deux parties comme un ouvrage isolé qu’il faudra défiler par la crête BD, la première DBA de la hauteur M, la seconde D BC de la hauteur M! : on construira deux plans de défilement dits plans de revers, et la crête de la traverse sera tenue dans le plus élevé des deux.
Si on veut défiler un ouvrage par l'abaissement du terreplein , la méthode sera exactement la même : on prend en général pour charnière la gorge de l'ouvrage, cotée au plus bas sur le sol si on veut défiler de l'infanterie, et 0,50 en dessous si on veut défiler de la cavalerie , afin que les crêtes aient au moins 1",50 de relief ; si elles avaient moins, l'ennemi placé sur le bord de la contrescarpe ne serait plus dominé par les défenseurs des banquettes. La charnière choisie on mène à l'ordinaire le plan de défilement dans lequel on tient les crêtes, et on abaisse le terre-plein à 2",00 ou à 2,50 en dessous. |
Mais il y a un cas particulier qui permet de maintenir horizontales les crêtes de l'ouvrage comme nous le faisions dans les premiers chapitres; c’est lorsque tout le terrain dangereux situé au-dessus du sol horizontal est compris entre les branches de l'ouvrage prolongées (PL. IX, fig. 1). Tenons les crêtes AB et BC horizontales à 2,00 au-dessus
du sol; par la crête AB abaissée de 1",50 menons un plan tangent à la hauteur au point M, et tenons. le terre-plein en arrière à 0,50 au-dessous de ce plan de site ; de même par la crête CB abaisse de 1°,50 menons un autre plan de site tangent à la hauteur dangereuse en M’ et tenons le terreplein en arrière de CB à 0",50 en dessus de ce plan. Les deux plans de terre-plein se couperont suivant une droite BD passant par le point B; les défenseurs situés dans la partie ADD sont défilés des coups passant au-dessus de AB et partant de la hauteur ; de même les défenseurs de la partie DBC sont couverts contre tous les coups passant au-dessus de la crête BC. Pour montrer que l'ouvrage est complétement défilé, il suffit de prouver qu’un coup passant au-dessus de AB par exemple ne peut atteindre un défenseur de la partie DBC. Et en effet la direction M’E du projectile qui rencontre AB en I coupe BC prolongé en I’. Mais ce point élevé à 2",00 au-dessus du sol suffirait d’après la construction pour garantir le défenseur situé en E; donc & fortiori le point E est garanti par le point [ qui a le même relief et est plus rapproché du point à couvrir que le point l’. Le défilement est donc complet.
Après tout ce que nous venons de dire, ‘un seul mot suffira pour faire comprendre le défilement des ouvrages fermés. On choisit pour charnière une droite passant par un des points de la crête et laissant tout l'ouvrage d’un même côté entre elle et la hauteur, comme nous l’avons fait à la figure 1 de la planche VIII pour un ouvrage ouvert à la gorge. Par son moyen on construit un plan de site, puis un plan de défilement dans lequel on cote les crêtes. Le terre-plein est défilé par l’exhaussement du relief; mais un profil perpendiculaire à la charnière ferait voir comme dans le cas que nous venons de citer que les défenseurs des banquettes des faces qui sont vis-à-vis de la hauteur M sont pris à revers par les coups partant du terrain en arrière de la charnière. I] faudra pour
les garantir élever un parados dont le relief se déterminera comme nous l'avons dit pour un ouvrage ouvert à la gorge.
Quand un seul plan ne peut remplir toutes les conditions nécessaires pour être le plan de défilement d’un ouvrage fermé, on divise le terre-plein en deux parties par une traverse comme dans le eas d’un ouvrage ouvert à la gorge. Chaque partie a un plan de défilement particulier qui défile son terre-plein dés coups de face; puis la crête de la traverse est choisie de manière à garantir les défenseurs des coups de revers provenant de la hauteur dont le terre-plein sur lequel ils sont n’est pas défilé, élevant cette crête jusqu’au plus élevé des deux plans de revers construits comme précédemment.
De tout ce que nous venons de dire il résulte que dans la pratique la crête des ouvrages est rarement horizontale. La construction des ouvrages en plan qui dépendait du profil dans le cas des crêtes horizontales sera donc un peu changée, puisque le profil varie en chaque point d’une crête inclinée. Voyons comment se fait cette construction (PL. IX, fig. 3) : soit AB une crête intérieure cotée 18,40 et 17,80 aux deux points À et B, dans un certain plan de défilement, 15 étant la cote du sol: D'abord l'épaisseur du parapet étant constante, de 2°,00 par exemple, la crête extérieure ab ést parallèle à la crête intérieure et à 2",00 de distance; puis comme l'inclinaison de la plongée a été déterminée d’après la pente à donner au coup de fusil, qui est toujours perpendiculaire à la crête, à 5 de base pour 1 de hauteur, par exemple, on tiendra les points a et à respectivement à 0,40 en dessous des points correspondants A et B; c’est-à-dire que la pente réelle de la plongée est un peu plus raide que celle de $ pour 1, qui est la pente suivant le profil droit.
Pour les autres talus, la pente suivant le profil ne se confondra pas non plus avec la pente absolue ; seulement ce ne
sera plus suivant le profil droit que le talus extérieur, par exemple, devra être incliné au talus naturel des terres, mais d'une manière absolue ; car autrement la pente réelle étant plus raide que celle suivant le profil droit, le talus extérieur serait plus raide que le talus naturel des terres, et les pro- Jectiles le dégraderaient trop facilement. Il en sera de même du talus intérieur et du talus de banquette. Les horizontales de ces talus se trouvent facilement; il faudrait par exemple pour le talus-extérieur mener un talus à 45° par la crête extérieure a à cotée en deux de ses points. C’est la quatrième question tracée au chapitre II, nous n’y reviendrons pas.
La banquette est tenue parallèle au plan de défilement et à 1",30 en dessous. Il est donc facile de chercher son intersection avec le talus intérieur et d’avoir les cotes de ses différents points.
L'inclinaison des crêtes apporte encore d’autres changements dans la construction des ouvrages , et aussi dans le rapport qui existe entre les volumes du déblaiï et du remblai. D'abord les crêtes extérieures ne se rencontreront généralement pas. En effet, soit F le point de rencontre coté 17,68 des deux crêtes intérieures (PL. IX, #g. 3); si la plongée est inclinée à 5 pour 1, et si le parapet a 2”,00 d'épaisseur, les deux points cotés 17,28 des deux crêtes extérieures s’obtiendront en abaissant du point F des perpendiculaires sur ces crêtes, puisque la différence de niveau entre les deux crêtes suivant le profil droit doit être de #”- ou de 0",40. Ces points sont à égale distance du point de re rencontre des projections des crêtes extérieures, et pour que. ce dernier fût à la même cote sur les deux crêtes, il faudrait qu’elles fussent également inclinées et dans le même sens à partir des points cotés 17,28, ce qui n’aura lieu que.dans le cas où l'échelle de pente du plan des crêtes est parallèle à la bissectrice de l’angle qu’elles forment.
S’il n'en est pas ainsi, on fait en ce point un raccordement
en prenant environ 0®,60 sur les crêtes extérieures à partir du point de rencontre de leurs projections et joignant les points I et I/ ainsi obtenus entre eux et avec les points F et M, points de rencontre des crêtes intérieures et des pieds de talus extérieurs.
Les relations entre les volumes du déblai et du remblai changent quand les crêtes sont inclinées. On ne peut donner au fossé une largeur et une profondeur constantes, car il y aurait des portions de fossé qui fourniraient trop de terre pour la partie correspondante du remblai, tandis que d’autres n'en fourniraient pas assez. L'excès du déblaï à l'extrémité d'une face devrait donc être transporté à l’autre extrémité pour combler le déficit du remblai; le travail serait mal: organisé. Il vaut mieux que le remblai soit fourni par la partie du déblai qui'est directement en avant. Pour obtenir ce résultat on laisse habituellement la profondeur constante en faisant varier la largeur du fossé. Ce qu'il y a de plus simple et conduisant à un résultat pratique suffisamment exact est de donner au fossé à chacunc'de ses extrémités la largeur fournie par les deux profils extrêmes, pour une même profondeur choisie à l’avance : ainsj on fait un profil à chaque extrémité; on calcule les largeurs correspundantes du fossé pour la profondeur donnée et en tenant compte du foisonnement ; ee sont les largeurs pour les deux extrémités ; on les dessine, et joignant leurs extrémités on a le bord supérieur de la contrescarpe.
Nous avons indiqué quel était le profil des traverses et leur position ordinaire en capitale. Rarement on les prolonge jusque vers l’angle saillant dont.on a besoin, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, pour placer de l'artillerie dont les feux à rhitraille balayent le secteur dépourvu de feux d'infanterie.
Arrivées à une certaine distance du saillant, elles sont dirigées, soit sur la droite (PL. X, fig. {), soit sur la gauche,
perpendiculairement à la crête, et on les prolonge jusqu'à leur rencontre avec le talus extérieur.
NOTE SUR LA CONSTAUCTION DES PLANS MENÉS PAR UNE DROITE DONNÉE , TANGENTS À UNE SURFACE DÉTERMINÉE PAR DES COURBES HORIZONTALES ÉQUIDISTANTES.
Surrosons d'abord la droite donnée horizontale @L. VI, fig. 3); AB est cette droite cotée 7°,50 à 0",50 au-dessus du sol. On remplace la surface quelconque à a taquelle il faut mener un plan tangent par une surface cylindrique dont les génératrices sont parallèles à la droite AB, et qui est tangente à la surface primitive. Ces génératrices sont des tangentes aux différentes courbes horizontales, et le plan tangent à la surface cylindrique le sera aussi à la première. Or ce plan est facile à trouver : il suffit d’avoir la génératrice de contact; pour l'obtenir coupons le cylindre et la droite AB par un plan vertical perpendiculaire aux génératrices que nous rabattrons autour de la trace DE, cotée O par exemple. La courbe de section est facile à construire, puisque nous connaissons la hauteur de chaque génératrice au-dessus du sol ou du plan de comparaison; le point où À B rencontre le plan vertical se rabat en d', et la tangente d'm est l'intersection du plan tangent cherché par le plan vertical DE. M, parallèle à AB, sera donc la génératrice de contact que l’on peut coter facilement, connaissant la hauteur du point #2 au-dessus de la droite DE. Il ne reste plus qu’à faire passer un plan par les deux droites parallèles et horizontales Mm et AB.
Dans le cas où la droite donnée est inclinée, il est encore facile de construire le plan tangent; soit AB (PL. IX, fig. 2) la droite donnée avec les cotes correspondantes à celles des courbes de la surface. Par les points de division menons des tangentes aux courbes à mêmes cotes; ce seront les horizon-
tales d'autant de. plans passant par la droite À B et coupant généralement le terrain. Le plus raide de tous ces plans sera en même temps le plus élevé et ne fera que toucher la surface suivant une certaine zone; ce sera donc le plan tangent cherché. Or le plan le plus raide sera évidemment celui dont l'horizontale fera le plus petit angle avec la partie descendante de la droite AB; il correspondrait ici à l'horizontale CD cotée 10. Connaissant l'horizontale et une droite par laquelle passe le plan, 1l est facile d'en construire l'échelle de pente. Le problème est donc complétement résolu.