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CHAPITRE XII

ORGANISATION DÉFENSIVE DES OBSTACLES NATURELS, ET MISE EN ÉTAT DE DÉFENSE DES LIEUX HABITÉS.

Dans les chapitres précédents nous avons successivement décrit les différents ouvrages que l’on emploie dans la fortification passagère, et nous avons donné la manière de les armer et de les construire. Pour compléter ces différentes notions 1l nous reste à dire comment on peut tirer parti des obstacles naturels et des constructions diverses.

Cours d’eau. — Les grands cours d’eau peuvent servir dans bien des cas pour couvrir une portion d'ouvrage qui devient alors inattaquable. Souvent même on peut ne faire aucun ouvrage le long de la rivière dont la largeur et la profondeur suffisent pour garantir ce côté du retranchement ; tout au plus protége-t-on l'enceinte par une rangée de palissades pour éviter les surprises. Mais si la largeur du cours d’eau ne met pas à l'abri des feux d'artillerie, il faudra s’en garantir par un parapet.

Quelquefois l’eau de la rivière est introduite dans les fossés de l'enceinte ; mais il faut qu’elle y atteigne une hauteur de

1",60 au moins pour en rendre le franchissement impossible ; sinon on supplée à cette insuffisance de hauteur de l’eau en parsemant le fond du fossé de chausse-trapes, de petits piquets, de trous de loup, etc.

Si la rivière n’est ni assez large ni assez profonde pour offrir un obstacle réel à l'ennemi, on peut encore en tirer parti pour couvrir une portion de terrain en avant de l’ouvrage et la rendre inaccessible, ce qui permet de diminuer la quantité de travaux à exécuter. On produit ces inondations artificielles qui portent la hauteur de l’eau à 1°,60 sur une largeur de 8",00 ou 10°,00 au moins, en lui opposant un obstacle qui la force à s'élever en amont. Cet obstacle porte le nom de digue de retenue ou de barrage; il se compose (Pr. XIV, fig. 7) d’un parapet en terre assez épais pour résister à l'artillerie ennemie. En aval, on donne aux terres leur talus naturel; en amont, on fait le talus beaucoup plus doux, en général à 2 de base pour 1 de hauteur, afin que le clapotement de l'eau ne le détruise pas. Ces digues sont construites comme les parapets des ouvrages de campagne et avec tout le soin possible pour qu’elles ne laissent pas filtrer l'eau ; on leur fait même dans le sol une espèce de fondation ou enracinement, et les terres sont prises dans le bassin d'inondation, qui est ainsi approfondi.

Le sommet de la digue, légèrement incliné pour l’écoulement des eaux de pluie, est à 0",25 ou 0",30 au-dessus du niveau de l’inondation. Pour que ce niveau ne dépasse pas la limite qu'on lui assigne et que l’eau ne s'échappe pas par dessus la digue qu’elle dégraderait, on construit, soit au milieu, soit sur les côtés, un déversoir ou trop-plein. Ce n’est autre chose que l’abaissement d’une partie du parapet à la hauteur du niveau que l’on veut conserver et sur une longueur variable avec la quantité d’eau fournie par la source. Le radier, ou la partie du parapet sur laquelle s'écoule le trop-plein de l’eau, est solidement revêtu en gazons, fascines ou clayonnages. |

ORGANISATION DÉFENSIVX DES OBSTACEES NATURELS. 121

Si une seule digue ne suffit pas pour rendre inaccessible tout le terrain que l’on veut soustraire aux attaques, on augmente la longueur de la surface inondée en soutenant les eaux au moyen de digues successives placées à une distance telle que leur hauteur ne dépassant pas 4",00, comme celle des ouvrages de fortification passagère, la profondeur de l'eau ne soit pas moindre que 1,60 sur une largeur de 8°,00 ou 10,00 dans chaque bassin ainsi formé. Si l’on ne pouvait, par suite de la pente rapide du sol, atteindre ce minimum de hauteur de 1*,60 sans trop rapprocher les digues, on tirerait encore parti d’une inondation n'ayant pas plus de 0",50 à 0,60 de profondeur d’eau en parsemant à l’avance le terrain inondé de chausse-trapes, de trous de loup, ou même simplement de fossés de 2",00 de largeur sur 1°,00 à {",20 de profondeur. |

Marécages. — Quand on place des ouvrages, soit au milieu, soit en arrière de terrains marécageux, on en rend évidemment l’attaque plus difficile ; les abords n’en sont praticables ni pour l'artillerie ni pour de fortes colonnes, qui ne pourraient arriver que par les chaussées traversant ces sortes de terrains. Ainsi placés, les ouvrages acquièrent donc un degré de force considérable, et pour en rendre l'attaque sinon impossible, au moins extrêmement difficile , il suffit de couper les chaussées par lesquelles l'ennemi peut arriver, de les enfiler au moyen de feux nombreux d'artillerie disposés en arrière , ou enfin de les occuper par des postes solidement établis. Ces moyens peuvent d’äilleurs se combiner ordinairement avec ceux provenant de l'existence des cours d'eau; des digues placées entre les chaussées élèvent les eaux et produisent. des inofñdations; des chausse-trapes, trous de loup, etc., les rendent inaccessibles à l’assaillant, qui est alors forcé de diriger ses attaques sur les chaussées bien défendues dont nous venons de parler.

Ravyins. — Si des ravins plus ou moins profonds se trouvent sur le terrain à défendre, on les fait battre par quelque ouvrage ou face d'ouvrage pour que l’assaillant ne puisse s’y abriter. Quelquefois on s’en sert comme d’un fossé large et profond que l’assaillant ne pourra franchir, ce qui permet de diminuer l’épaisseur du parapet et de supprimer les défenses accessoires.

Escarpements. — Les escarpements procurent les mêmes avantages que les ravins; on les utilise de la même manière : ils servent d’escarpe à la conditition, s'ils ne sont pas trèsélevés, de faire battre leur pied par un ouvrage avancé, ou mieux encore par une face en retour de l’ouvrage principal.

Forêts. — Les forêts peuvent aussi être d'une grande utilité pour la défense du terrain. Pour empêcher l'ennemi de les traverser, il suffit de barrer les routes au moyen de coupures formant parapet et suffisamment garnies d'artillerie; en avant des abatis opposent un premier obstacle ; dans l’intérieur de la forêt une ligne d’abatis, précédée d’un terrain découvert de 3 à 400°,00 de largeur, forme une très-bonne défense.

On sait que Dumouriez, en 1792, avait basé son système de défense sur les défilés de la forêt de l’Argonne. Par une marche de flanc presque téméraire, il y avait devancé l'armée prussienne et il avait occupé les différents passages. Malheureusement un de ses lieutenants, chargé de la garde du passage de la Croix-aux-Bois, négtigea de prendre les précautions que nous venons d'indiquer; les Prussiens, repoussés sur les autres points, parvinrent à forcer celui-là et Dumouriez fut tourné, mais après un retard de quinze jours apporté par la force de sa position, retard qui sauva la France. :

D'après ce que nous venons de dire on peut juger de l'importance des obstacles offerts par la nature et du parti

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