TT
134 FORTIFICATION FASSAGÈRE.
défenses accessoires de toutes sortes, sans négliger les inondations.
Onprocèdeen même temps à l’organisation d’une deuxième enceinte; les maisons du village forment des groupes ou ilots séparés par les routes qui aboutissent à la place centrale; chaque groupe est organisé isclément à peu près comme une ferme isolée, composant l'enceinte d’abord des deux parties qui sont le long des routes, puis de la portion extérieure qui est formée de murs, de haies, de maisons, et à leur défaut de palissades, de palanques ou de parapets ordinaires tracés de manière à se procurer des flanquements. Les murs sont crénelés avec soin, les maisons fermées au rez-de-chaussée, et les portes barricadées ; au contraire les étages sont mis en communication; mais on prépare des barricades pour fermer au besoin les ouvertures, et se défendre pied à pied dans chaque maison. Les façades sur les routes sont organisées défensivement et tirent leur flanquement de la place centrale comme nous le verrons tout à l'heure. Ainsi organisé chaque groupe est un: ouvrage particulier, qui peut se défendre isolément : il communique avec les autres ou avec la place centrale par des ouvertures fermées par de solides barrières.
Les routes sont barricadées de manière que la barricade soit un peu en arrière des premières maisons pour en être flanquée. D'autres barricades sont élevées en arr ière de distance en distance.
Enfin l'église située au centre est organisée en réduit : on crée d’abord une première enceinte au réduit en crénelant le mur du cimetière ou établi:sant à son défaut une enceinte de palanqües ou de palissades. Vis-à-vis des routes les pafanques sont remplacées par un-parapet en terre abritant de l’artillerie qui balaye ces routes.
‘L'église est percée de plusieurs rangs de créneaux; les défenseurs sont placés sur des banquettes échafaudées; la forme en croix de l'édifice permet presque toujours d’avoir
des flanquements; sinon, on s’en procure avec des tambours en palanques. La porte est barricadée ; si elle est précédée d’un porche on en profite pour se procurer des feux verticaux. Le réduit n’est pas toujours placé dans l’église; on peut prendre un bâtiment quelconque pourvu qu'il soit suffisamment solide et isolé ; il n’est‘pas même nécessaire qu’il ait une position centrale. Souvent à côté d’un village se trouve un ancien château seigneurial qui conserve quelques restes de sa première destination guerrière, comme des fossés, des tours, etc. J1 est facile d’en faire un réduit fortement constitué en réparant les fossés, en se servant des tours pour avoir des flanquements, eten l'organisant du reste à la manière ordinaire.
. Si une hauteur dominante se trouve à proximité du village, il faut l'occuper pour empêcher l'ennemi d’en profiter et de plonger ainsi dans l’intérieur des défenses. On y place le réduit que l’on construit plus fort que les autres parties de l'enceinte ; si l’église ou le château y sont construits, on les organise à la manière ordinaire ; à leur défaut la hauteur est occupée par une redoute ou un fortin suivant les cas. Une communication défendue par des palanques, des palissades, des murs, des haies sera menagée entre le village et son réduit.
Il arrive quelquefois que le détachement n’est pas assez fort pour occuper un aussi grand développement d'ouvrage ; on supprime alors l’enceinte extérieure en se bornant à la défense du village dont il faut même détruire une partie si cette-deuxième enceinte est encore trop considérable.
C'est ce qui arriverait aussi dans le cas où une pañtie des maisons du vilage construites en bois ou couvertes en chaumes serait plus nuisible qu'utile ; il faut les détruire de peur que l’ennemi ‘en les incendiant ne communique le feu à celles que l’on occupe. Le bois et les planches que l'on en reire servent à l’organisation de la défense; la paille est lransportée à une certaine distance et brûlée.
11 est cependant des cas où ces maisons doivent être conservées, quand on en a besoin pour servir d’abri aux approvisionnements. Le village est alors défendu par des ouvrages en terre placés à l’extérieur vers les points saillants. Ce sont en général des lunettes dont la gorge est palissadée ; leurs flancs armés d’artillerie flanquent les saillants des lunettes voisines. Cesouvrages sont réunis par une espèce de courline formée avec les haies et les murs de clôture intermédiaires organisés défensivement, ou à leur défaut avec des palissades.
Enfin on ne peut pas toujours compléter l’organisation de la défense dans le- temps limité que l’on a à sa disposition ; alors on commence par les parties les plus importantes, se réservant de perfectionner ensuite le travail, on barre d’abord les routes avec des abalis ou des barricades faites de coffres, de tonneaux ou de chariots remplis de fumier ; on perce de créneaux les murs de la première enceinte, on fait précéder les haies d'abatis; en dernier lieu on élève des épaulements pour l'artillerie. La seconde enceinte est organisée de la même manière en courant toujours au plus pressé. |
Si au lieu d’un village on avait à organiser la défense d’une petite ville, les moyens à employer seraicnt les mêmes, mais la position pourrait devenir beaucoup plus forte, car les maisons sont mieux et plus solidement construites, et il serait plus facile d'en tirer parti.
Il y aurait à citer une foule d'exemples de villages, de fermes, de maisons isolées mis ainsi en état de défense. Le chevalier de Clayrac dans son ouvrage intitulé l’{ngénieur de campagne en cite un.assez grand nombre, ainsi que Folard dans ses Commentaires sur Polybe, On en trouverait aussi beaucoup dans l'Histoire des guerres de l'empire. Ainsi les deux villages d’Aspern et d’Essling, après avoir à la bataille de ce nom soutenu les ailes de l’armée française contre tous les efforts de l’armée autrichienne, furent en-
suite fortifiés par l’archiduc Charles pour rendre impossible toute nouvelle tentative de passage en ce point. Ainsi les Anglais arrivés avant nous sur le champ de bataille de Wa-' terloo tirèrent parti de la ferme de la Haie-Sainte et du chàteau de Hougoumont, et les efforts de l’armée française ne purent suffire à les en déloger d’une manière définitive.