‹ Traite de fortificationChapitre 30 sur 99 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Nows connaissons maintenant les différentes méthodes que fournit la fortification passagère pour organiser défensivement une position. Nous compléterons l’étude de cette partie de l’art de la guerre en faisant connaître la manière d’attaquer ou de défendre ces positions retranchées.

Nous ne nous occuperons pas des mouvements stratégiques qui précèdent ou qui suivent l'attaque d’un retranchement, afin de ne pas empiéter sur le domaine de la tactique ou de Ja stratégie. Au reste en définissant la tactique l’art de diriger les troupes dans un combat, nous voyons que l'attaque et la défense des retranchements forment une partie intégrante de cette science. |

Il y a trois manières d'attaquer un retranchement : de vive force, par surprise ou par ruse; de plus on fait souvent de fausses attaques pour attirer l'attention de l'ennemi sur un point pendant que l'on dirige ses efforts sur un autre. Commençons par l'attaque de vive force.

Nous parlerons en premier lieu de l'attaque de vive force d’un ouvrage fermé couvrant une position isolée.

Il y a d’abord à considérer les dispositions préliminaires

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qu’il faut prendre pour mettre de son côté toutes les chances de réussite ; puis ensuite l'attaque elle-même.

Pour assurer ke succès de l'opération projetée, il faut avoir par des espions dont on contrôlera le témoignage des renseignements sur les troupes de la défense, sur leur nombre, sur la confiance qu’elles accordent à leur commandant. On tâchera aussi de savoir quelle est la fortification que l’on veut attaquer, si elle est terminée, quelle est la force du profil, s’H y a un réduit dans l’ouvrage et quelles sont les défenses accessoires qui l’environnent. On devra interroger encore les déserteurs et les paysans sur la force de la garnison, sur le matériel de guerre qu’elle possède, sur ses approvisionnements en armes, munitions, vivres, sur la plus ou moins grande surveillañce que l'on exerce à l’intérieur, etc., etc.

Mais il ne faut pas se contenter de pareils renseignements souvent contradictoires et toujours peu exacts. Il y a des faits dont 1l faut s'assurer par soi-même, et pour cela on fait faire une reconnaissance directe habituellement par des officiers du génie et de l'état-major, et souvent vérifiée, au moins pour les parties tes plus importantes, par le commandant en chef lui-même.

Les officiers chargés de cette reconnaissance s’avancent la nuit avec une faible escorte de cavalerie; ils mettent pied à terre et s’approchent du poste autant que possible ; si la surveillance est mal faite, ils pourront arriver jusqu’au bord des fossés reconnaissant en chemin les défenses accessoires, puis ils se retireront au petit jour de manière à distinguer le plus de choses possible sans cependant se laisser voir. Si la surveillance est très-bien faite, ces reconnaissances de nuit sont impossibles, on les fait en plein jour en simulant une attaque.

L'ensemble des renseignements que l’on obtient ainsi sert à déterminer par quel point il est le plus convenable d’attaquer : ce sont les points faibles, dépourvus de flanquement

ou de défenses accessoires, ceux où le parapet n’est pas terminé, ceux que l'artillerie domine, enfin les saillants.

On doit en même temps préparer tout ce qui est nécessaire pour détruire les obstacles opposés à la colonne d'attaque.

Voici comment on peut renverser les différentes défenses accessoires.

On essaye de détruire les palissades par un feu violent d'artillerie dirigé d’enfilade; mais ce moyen est rarement suffisant, et il faut achever de renverser avec la hache les palissades déjà ébranlées. Il est plus expéditif de placer devant les palissades que l’on veut détruire un sac de poudre de 10 à 15 kilogrammes contrebuté par des sacs à terre ; on met le feu soit au moyen d’une traînée de poudre, soit avec le saucisson. Les palanques et les fraises sont détruites par les mêmes moyens.

Après avoir commencé la destruction des abatis et chevaux de frise au moyen de l'artillerie , on l'achève à coups de hache, ou bien sil ne sont pas ‘trop enchevêtrés, on les écarte les uns des autres.

Si des chausse-trapes sont semées en grande quantité sur les glacis ou au fond des fossés, il faut les balayer avec des branches un peu fortes garnies de leurs feuilles et menus branchages , ou bien couvrir le terrain avec des fascines sur upe largeur dépendant du front des colonnes d’attaque. Les petits piquets qui auront échappé à l’action de l'artillerie seront brisés à. la hache ou arrachés.

Pour rendre praticable l’espace occupé par les trous de loup, il faut couvrir la surface qu’ils occupent avec des claies ou des planches recouvertes de fascines.

Les barrières se renversent à coups de hache ou avec le pétard. On descend dans le fond des fossés secs et on remonte l’escarpe ou bien en s’aidant les uns les autres, ou avec des échelles, ou en préparant de petits gradins avéc la pioche, ou en enfonçant dans cette escarpe des piquets préparés à l'avance et qui servent à arrêter le pied des assaillants. Si le

fossé a de l’eau sur une hauteur de 1",60 au moins, on le comble avec des fascines.

Pour empêcher l’action des fougasses, il faudrait envoyer à l’avance quelques sapeurs hardis et intelligents pour rechercher les augets et les couper ; mais comme cette recherche est souvent difficile, et que l'effet moral des fougasses est très-grand, on doit éviter les attaques sur les points ainsi défendus.

Les inondations de plus de 1°,60 de hauteur sont franchies sur des bateaux ou des radeaux; s'il n’y a qu’un blanc d'eau, on le franchit à gué; mais s’il est coupé par des fossés ou des trous de loup, ou parsemé de chausse-trapes et de petits piquets, il ne reste d'autre moyen pour arriver à l'ennemi que de construire une espèce de pont de fascines, opération longue et difficile sous le feu du défenseur.

De tout ce que nous venons de dire N résulte que suivant le genre des défenses accessoires il faudra se munir pour altaquer l'ouvrage de pelles, pioches, haches, pétards, sacs à poudre, fascines, planches, claies, échelles, etc. , etc.

On forme alors les colonnes d'attaque. Rarement on attaque un seul point de l'ouvrage; on arrive toujours au moins de deux côtés afin de diviser l’attention du défenseur : une de ces attaques peut être une simple démonstration, une fausse attaque, comme nous l’avons déjà dit; mais les troupes doivent être munies de tous les objets nécessaires pour que cette démonstration devienne une attaque réelle, si elles n’éprouvaient qu’une faible résistance.

Chaque colonne sera en général composée de la manière suivante : en tête un détachement de tirailleurs presque toujours choisis parmi les hommes de bonne volonté. Ils sont chargés de couvrir un peloton de travailleurs formé de sapeurs du génie et d'ouvriers d'art pris dans les troupes, qui doivent détruire les défenses accessoires, et qui portent par conséquent les matériaux nécessaires. Ils ont le fusil en bandoulière. Enfin en arrière viennent les colonnes d’attaque

précédées de l’artillerie. Les sacs sont laissés avec la réserve. Un ou plusieurs officiers du génie ou de létramaor sont attachés à chaque colonne.

Quand toutes ces dispositions sont prises, on commence l’attaque. L’artillerie vient d’abord se mettre en position hors de portée de la mousqueterie pour ricocher et plonger les défenses accessoires, et commencer ainsi leur destruction, lançant en outre force obus le long des banquettes et sur le terre-plein pour écréter les parapets, répondre à l’artillerie de l’ouvrage et mettre le désordre parmi les défenseurs.

Quand on juge que l'artillerie a suffisamment ravagé les défenses accessoires, on tourne tous ses efforts contre l’intérieur de l’ouvrage, puis on lance les tirailleurs suivis des travailleurs. Les prefniers se développent quand ils sont arrivés à portée de mousqueterie du retranchement, prennent le pas de course, s'arrêtent à peu de distance des parapets, s’abritent comme ils peuvent derrière les débris des défenses accessoires, et de là entretiennent le feu le plus vit contre tout ce qui se montre au-dessus du parapet et surtout contre les aïtilleurs. Sous leur protection les travailleurs munis des matériaux dont nous avons parlé préparent le chemin aux colonnes en détruisant les défenses accessoires sur la largeur nécessaire.

A la suite des travailleurs les colonnes s’ébranlent; les bataillons sont serrés en masse par divisions ou par pelotons, et assez rapprochés les uns des autres pour se porter secours, assez éloignés pour ne pas être soumis aux mêmes éventualités. Les colonnes s’avancent l’arme au bras en suivant les secteurs privés de feux, et au pas accéléré jusqu'à bonne portée de mousqueterie; là elles prennent le pas de course sans trop se déformer. Pas un coup de fusil n’est tiré par les hommes des colonnes, tandis que les tirailleurs placés à droite et à gauche continuent leur feu.

Arrivés au bord de la contrescarpe, les travailleurs se

jettent dans le fossé pour en détruire les défenses accessoires: ils sont suivis par la première colonne dont les hommes se lancent de suite sur l’escarpe pour l’escalader, ou vont se réfugier et se reformer dans les angles morts en attendant la destruction des obstacles qui les arrêtent. La seconde portion de la colonne qui devait soutenir la première, si le feu violent de l’ouvrage ou une sortie la faisait hésiter, se développe sur la contrescarpe pour tirer aux parapets et surtout aux flancs, prête à se jeter à son tour dans le fossé au secours de la première.

Celle-ci escalade alors l’escarpe, s'arrête un instant sur la berme pour se reformer et s'étendre sur un assez grand front, gravit le talus extérieur, arrive sur la plongée, fait feu sur les défenseurs, et se précipite dans l'ouvrage, où s'engage une action corps à corps à laquelle viennent prendre part successivement les portions de colonnes restées en arrière. Pendant ce temps les travailleurs renversent une partie du parapet dans le fossé pour faciliter l’arrivée des réserves et préparer un chemin pour la retraite si une trop vive résistance y obligeait. La réserve composée de quelques compagnies de voltigeurs, de la cavalerie et de quelques pièces de canon, suit à peu de distance, soit pour soutenir la retraite des assaillants s’il en est besoin, soit si l’on est vainqueur pour couper la retraite aux défenseurs restants et les empècher de s'ouvrir un passage les armes à la main.

S'il n'y a pas de réduit, le défenseur, accablé par le nombre, est presque toujours obligé de céder, et là s'arrête le Combat.

Mais s'il y a un réduit, il faut l’attaquer-pour se rendre maître de la position d’une manière définitive. Quand il est en terre, l’attaque sera menée comme pour le premier ouvrage. Les tirailleurs répandus tout autour, et surtout sur les plongées du retranchement, dominent le défenseur et l'empêchent de se montrer sur le parapet; sous leur protection les travailleurs détruisent les défenses accessoires, puis une

partie des colonnes qui se sont reformées franchit le fossé, escalade l'escarpe et entre dans le réduit pendant que l’autre partie se tient prête à repousser les retours offensifs. Si c’est un blockhaus qui forme réduit, après avoir entouré l'ouvrage de tirailleurs qui visent aux créneaux, on cherche à emboucher ceux-ci en se glissant au pied des murailles, avec des coins en bois préparés à l’avance, ou on les masque avec des madriers fixés aux parois par de longues broches en fer. On lance en même temps de la composition asphyxiante dans l'intérieur pour le rendre inhabitable, et on cherche à pétarder la porte. Si tous ces moyens ne réussissent pas, on tente de mettre le feu, ou bien en désespoir de cause on se sert de l’artillerie pour faire brèche dans les murailles.

Telle est la marche à suivre par l'assaillant. Voyons comment on doit conduire la défense :

Aussitôt qu’une troupe occupe une position fortifiée, le commandant a pour premier devoir de reconnaître ses retranchements et le terrain en avant, pour se rendre parfaitement compte de la valeur de cette position , savoir tout le parti qu'il en peut tirer, quels sont les points faibles, les points forts, ceux par conséquent par lesquels il pourra être attaqué et au contraire ceux qui sont à l'abri de toute tentative de l'ennemi. Il complète alors et aügmente ses défenses si on lui en laisse le temps, portant son attention sur les points faibles, entre autres sur les passages et les barrières contre lesquels on peut tenter des surprises. A l’extérieur, il fait raser tout ce qui pourrait gêner la défense dans la limite de la portée des armes, conservantseulement, dans le cas où il a assez de monde, soit une maison isolée, soit quelques pans de mur organisés défensivement pour servir d'abri à des postes avancés. Sur ce terrain déblayé il fera marquer par des piquets coiffés de paille les portées extrêmes du canon à boulet et à mitraille et du fusil, afin que dans le combat les hommes ne commencent le feu qu’en temps utile. «On peut aussi, dit Vau- « ban, faire des bûchers de deux ou trois charretées de bois

« sec, à quelque cinquante pas des ouvrages, vis-à-vis les . « angles flanqués, également espacés, et les arranger comme « les vignerons font les tas d’échalas dans les vignes, après « les avoir arrachés et mis en réserve pour l’année suivante, « garnissant le milieu de menu bois et de paille sèche pour « y mettre le feu quand on a donné le signal, c’est-à-dire « quand l’ennemi sera aux deux tiers de la portée de canon « près. Ces feux allumés suppléeront au défaut de la lumière .« qui pourrait encore manquer et feront un jour artificiel « très-dangereux pour l'ennemi. »

A l'intérieur le commandant veillera sur les approvisionnements de toute espèce ; il aura soin que les armes soient tenues en bon état, et s’il craint une attaque de nuit, il fera bivouaquer la troupe à son poste de combat. Ce poste a dû être indiqué à l'avance de manière que chacun soit bien au courant de ce qu'il a à faire. D'abord, la garnison du réduit est désignée ainsi que son commandant particulier; on ne les change pas et ils bivouaquent dans l’intérieur ; le reste de la troupe est divisé en deux parties, la réserve et les défenseurs des banquettes. Le poste de combat de la réserve est un point central à portée des attaques ; les défenseurs de la banquette se tiennent au pied de son talus pour ne pas être exposés inutilement aux feux de l'artillerie. Quelques sentipelles ou mieux des sous-officiers sont seuls sur la banquette, vers les angles, pour observer les mouvements de l'ennemi et avertir du mement où il sera à portée de mousqueterie ; alors seulement les défenseurs doivent garnir les crêtes. Ils sont prévenus de ne point se. déranger pour porter secours aux blessés, le feu en serait ralenti; des hommes de la réserve sont commandes à cet effet. Les canonniers sont à leurs pièces; un poste particulier, plus ou moins fort, est affecté à la garde des barrières; les hommes les plus exercés sont sur les flancs ou en arrière des palanques.

Quand tous les postes sont ainsi distribués, on peut la nuit donner une fausse alerte pour voir si chacan est au courant;

mais il ne faut pas la renouveler, de peur de fatiguer et de mécontenter les hommes, qui auraient ensuite moins de bonne volonté au moment d'une attaque véritable.

Toutes ces occupations ne doivent pas empêcher le commandant du poste d'exercer et de faire exercer la plus grande surveillance sur tout ce qui se passe à l’extérieur pour ne pas se laisser surprendre. Des espions bien payés doivent lui rendre compte des mouvements de l'ennemi; en même temps il envoie la nuit, à 3 ou 400",00 de l’ouvrage, des grand’gardes, qui détachent elles-mêmes des sentinelles avancées ; de petites patrouilles continuellement en circulation relient ces postes entre eux; on empêche de cette manière les reconnaissances de l'ennemi et on déjoue les surprises. Le commandant désigne à l’avance les officiers les plus anciens de grade appelés à lui succéder s’il succombe dans le combat, et il leur fait part de ses instructions particulières.

Examinons maintenant comment la défense doit être conduite. Au premier signal donné par les éclaireurs, chacun prend position ; l'artillerie répond d’abord au feu des pièces ennemies, tirant à boulet et concentrant son feu sur un point sans le disséminer, ce qui produirait moins d'effet. Puis elle le dirige contre les colonnes d'attaque, sitôt qu'elles sont à portée, tirant à boulet d’abord, puis ensuite à mitraille, à moins que les colonnes ne soient très-profondes.

Les défenseurs des banquettes garnissent les crêtes aussitôt que l’ennemi est à bonne portée de mousqueterie, et ils font le feu le plus vif. Si ce feu, joint aux obstacles apportés par les défenses accessoires et au jeu des fougasses, fait hésiter les colonnes, si elles paraissent ébranlées, la plus grande partie de la réserve, suivie de cavalerie et d'artillerie légère , profite de ce moment d’hésitation pour faire une sortie, s’élancer vigoureusement sur les flancs de la colonne d'attaque et la mettre en déroute. Si le succès couronne cet effort, il faut se garder de poursuivre les fuyards, mais rentrer immédia-

tement , laissant les feux des parapets agir sur les colonnes

qui viendraient au secours de la première. Si la sortie est repoussée, elle rentre en bon ordre, et les feux un instant interrompus reprennent avec vivacité.

Quelquefois, pour mettre plus de désordre à un moment donné dans les colonnes assaillantes, pour agir davantage sur leur moral, on n’exécute les feux à mitraille et de mousqueterie qu'au moment où elles arrivent à 25 ou 30 pas des ouvrages, et on les fait suivre d'une sortie vigoureuse. Le moyen est bon surtout contre les attaques de nuit ; les troupes françaises l'ont souvent employé dans la campagne de Crimée, et il leur a toujours réussi.

Quand les colonnes assaillantes se jettent dans le fossé, c'est le cas de renouveler la sortie, en n’y employant que la moitié au plus de la réserve; quelques détachements d'hommes déterminés peuvent agir en même temps dans le fossé. C’est aussi le moment de faire usage des grenades à main, dont il serait bon d'avoir provision.

Si l'ennemi résiste à tous ces moyens, il.escaladera d’abord l’escarpe, puis le talus extérieur, et arrivera sur la plongée. La baïonnette mise au bout du fusil ne forme pas une arme assez longue pour que le défenseur placé sur la banquette puisse s'en servir pour renverser l'assaillant. Aussi le maréchal de Saxe demande-t-il que l’on ait quelques armes assez longues, en forme de piques, comprises dans l'armement des ouvrages; mais cela n’a pas été admis en principe. Un commandant actif pourra y suppléer en faisant fabriquer quelques longs manches, aux extrémités desquels on fixe des baïonnettes.

« À défaut de cette arme, dit le chevalier de Bousmard « dans son Essai général de fortification, iv. V, on a vu de « braves gens, ne consultant que leur courage, monter sur « le parapet au moment où ils ont vu l'ennemi descendu dans « le fossé. Avec tant de valeur, on réussit ordinairement, et « on doit surtout réussir contre un ennemi entassé dans un « étroit fossé et gravissant un talus glissant. Mais si les assail-

« lants sont soutenus par d’autres restés sur la contrescarpe « du retranchement, les défenseurs montés sar le parapet y « seront passés par les armes. »

Cet élan du défenseur, mauvais en principe quand l’assaillant attaque dans toutes les règles, ne peut donc être conseillé ; cependant on peut le régulariser en préparant à l’avance aux troupes des moyens d’escalader le talus intérieur avec des escaliers portatifs en bois, et en ne faisant monter les hommes qu’au moment où la tête de l’assaillant dépasse la plongée. Alors la troupe restée sur la contrescarpe ne peut lirer sous peine d'atteindre en même temps amis et ennemis, et le défenseur acquiert l’avantage d’une position dominante dont il peut se servir pour rejeter l’assaillant dans le fossé, s’y précipiter à sa suite et l'en chasser. Mais encore une fois, cette opération un peu hasardée ne s’ordonne pas; elle s'exécute -à un moment donné sous l'impulsion d’un élan généreux, et faite au moment favorable, elle doit être couronnée de succès : c’est une inspiration et non point une règle.

Si malgré tous ces efforts l’assaillant pénètre dans l’intérieur de l'ouvrage, les défenseurs des parapets se forment derrière la réserve, et tous ensemble attaquent l'ennemi à la baïonnette. S’ils voient, après plusieurs charges, l’impossibilité de réussir, ils se reforment sous la protection du réduit, et s'ouvrent un passage les armes à la main pôur aller chercher du secours et dégager ce dernier ouvrage. Jamais ils ne doivent se retirer dans son'intérieur, car l'assaillant pourrait les poursuivre d'assez près pour y entrer avec eux, et toutes les défenses tomberaient à la fois. Les portes de celuici resteront donc fermées, et son rôle sera de protéger par ses feux la réunion, puis la retraite définitive des défenseurs.

La défense d’un réduit en terre sera conduite comme celle de l’ouvrage principal; on tiendra en réserve une partie de sa garnison pour la porter vers les points les plus menacés. Toute résistance étant enfin surmontée par Passaillant, les

défenseurs s'ouvrent un passage les armes à la main et rejoignent le premier corps de troupe.

La défense d’un blockhaus servant de réduit est complétetement passive, et se borne aux feux des créneaux et à empêcher ceux-ci d'être embouchés. Si la fumée force à évacuer le blockhaus, il faut, plutôt que de se rendre, ouvrir la porte de l'ouvrage, fondre sur l’ennemi à la baïonnette et chercher ainsi à lui échapper.

Ce que nous venons de dire donne une idée de l’attaque et de la défense d’un ouvrage fermé; mais il ne faut pas y attacher un sens trop absolu : la méthode et la régularité que nous avons été obligé d'admettre ne seront jamais possibles dans la pratique ; l’exécution entraîne toujours un désordre inévitable. C’est à l'intelligence et à l'instruction des officiers en sous-ordre et des commandants des colonnes qu’il appartient de redresser les fausses directions, de réparer les erreurs commises et de savoir même au besoin en profiter pour porter à l'ennemi des coups plus inattendus.

Passons maintenant à l'attaque et à la défense des lignes continues. Nous ferons remarquer d’abord que toutes les dispositions à prendre, soit pour l'attaque, soit pour la défense , sont à peu près les mêmes que dans les cas d’un ouvrage isolé; elles diffèrent seulement par quelques détails sur lesquels nous appelons l'attention.

D’après les renseignements obtenus, le commandant fixera les points d'attaque; la forme des retranchements et du terrain extérieur ne déterminera pas seule ce choix; il faut en outre faire attention à la disposition des troupes du défenseur, rechercher les points les plus éloignés des secours et des réserves et ceux où les camps trop rapprochés des lignes gènent les manœuvres des défenseurs. On évitera les parties précédées d'ouvrages avancés, qui par leur résistance donneraient le temps aux réserves d'arriver.

On fait en même temps les approvisionnements d'outils et de matériaux, puis tous les ordres sont donnés pour l'attaque

avec clarté, précision et laconisme. La formation des co- Jonnes est la même, on doit seulement disposer de plus fortes réserves que dans le cas précédent, car on peut avoir affaire à un instant donné à la majeure partie des troupes qui gardent la ligne. Ce sera aussi le cas de faire une ou plusieurs fausses attaques pour diviser l’attention du défenseur, et le porter à diriger ses forces vers des points éloignés de l'attaque principale.

Celle-ci se conduit comme l'attaque d’un ouvrage isolé ; on fait d’abord agir l'artillerie; puis les travailleurs s’élancent pour achever de détruire les défenses accessoires, précédés et couverts par les tirailleurs. A leur suite viennent les colonnes, échelonnées comme nous l'avons dit afin de se soutenir mutuellement : la réserve se tient à portée, mais sans s’exposer aux feux de la défense.

Les retranchements enlevés, les tirailleurs poursuivent l'ennemi en désordre; les travailleurs se hâtent d'ouvrir les barrières et de pratiquer des coupures dans le parapet pour le passage du reste des colonnes, de la cavalerie et d’une partie de l'artillerie. L'infanterie se déploie rapidement, et s’avance ensuite avec lenteur et précaution ; l'artillerie prend position pour résister aux retours offensifs; la réserve se rapproche pour être plus à portée de soutenir ces premiers COrPS.

En cas d’insuccès on effectue sa retraite en bon ordre, protégé par l'artillerie et la cavalerie et soutenu par la réserve.

Dans la défense des lignes continues les dispositions préliminaires à prendre sont les mêmes que dans celle d’un ouvrage fermé, à l'exception de la manière de disposer les troupes. lei en effet le front à défendre est très-considérable, et on ne peut être partout en force pour repousser l'ennemi. On ne désigne pour garnir les banquettes qu’un assez pelit nombre de défenseurs chargés plutôt de donner l'éveil .que de faire une vigoureuse résistance; en arrière et vis-à-vis

des rentrants, à 3 ou 400 mètres les uns des autres sont des postes assez forts pour compléter la défense des banquettes vers les points attaqués. Puis enfin on place le gros des troupes avec de l'artillerie légère en deux ou trois positions centrales. Il est bon d’avoir de distance en distance et un peu en arrière, des redoutes armées d'artillerie et ayant une garnison à part; elles serviront de point de ralliement aux troupes de la défense.

La grande étendue du front force à déployer une surveillance encore plus active que dans le cas des ouvrages fermés, surveillance plus facile d'ailleurs, car les troupes sont plus nombreuses. Des grand’gardes avec des sentinelles avancées seront donc envoyées à 3 ou 400 mètres en avant de l'ouvrage et reliées par des patrouilles continuelles. Si lon est attaqué d’un côté, il ne faut pas dégarnir les autres, mais envoyer seulement une fraction des réserves de peur que l'ennemi n'arrive en force sur les fronts dégarnis.

Au moment où l’ennemi'paraît, tout le monde est à son poste, et des ordonnances à cheval, s’il n’y a pas de signaux télégraphiques, partent au galop pour prévenir le général en chef afin qu'il fasse avancer les réserves. Les petits postes dont nous avons parlé complètent en attendant la défense des banquettes et fournissent une petite réserve provisoire. L’artillerie après avoir tenu tête à celle de l'attaque tire sur ses Colonnes quand elles sont à portée, d’abord à boulet, puis à mitraille. Les défenseurs des banquettes commencent le feu à leur tour , quand la distance est convenable. Arrêtées par les défenses accessoires, accablées par cette masse de feux, si les colonnes hésitent, si le désordre s’y met, peutêtre essayera-t-on une sortie, possible seulement si ce point de la ligne a déjà reçu du renfort.

Contre l'escalade la résistance sera la même que pour un ouvrage fermé; mais contrairement à ce qui arrive pour ce dernier, c’est au moment où l'’assaillant vient de réussir dans cette opération que sa position deviendra réellement critique

si les réserves sont arrivées à ter.ps : et c’est ce dont il faut bien convaincre les troupes que l’on a sous ses ordres. Le plus souvent elles croient qu’il n’y a plus rien à faire quand la ligne est forcée, et sous l'impression de cette fausse idée leur moral s’abat, el elles se retirent avec plus ou moins de désordre; ainsi s'explique la faible résistance opposée en général par les lignes, et les critiques exagérées dont elles ont été l’objet de la part de grands capitaines qui les proscrivaient même complétement. Mais si leur développement n’est pas en disproportion avec la force des troupes qui les gardent , et elles ne seront bien organisées qu’à cette condition, les réserves arriveront au moment où l'ennemi ayant franchi le parapet commencera à se répandre dans l’intérieur ; soutenues par les défenseurs des banquettes qui se sont ralliés sous Îles réduits, elles prendront l’avantage de l'initiative et le chargeront de front tandis que l'artillerie légère et la cavalerie les prendront en flanc. L’assaillant probablement inférieur en forces, privé de son artillerie qui n’a pu encore traverser le parapet , séparé de ses réserves, se trouve alors dans une position très-difficile, et on lui fera probablement repasser en désordre et avec des pertes considérables le parapet qu'il escaladait tout à l’heure en vainqueur.

Ainsi, nous le répétons, les lignes continues sont susceptibles d’une très-bonne défense. En effet l’assaillant est loin d'être vainqueur quand il a escaladé le paräpel; alors au contraire , il est dans la position la plus fausse, et le défenseur Join de se décourager doit à ce moment redoubier d'énergie. Cependant, si les réserves n'arrivent pas assez vite, si les retours offensifs n’ont point de succès, le défenseur se rallie sous la protection des réduits dont nous parlions tout à l’heure, pour recommencer l'attaque avec les troupes qui viennent d’arriver, ou pour se retirer en bon ordre. Le réduit peut encore résister dans l'espoir de voir arriver des secours, puis la garnison battra en retraite à son tour. :

Après la description détaillée que nous venons de faire de l'attaque d’un ouvrage isolé et de celle d’une ligne continue, il reste peu de choses à dire sur l’attaque et la défense des lignes à intervalles.

D'abord nous assimilerons complétement aux lignes continues , d’après ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, celles qui ont un très-grand développement et qui doivent couvrir une grande étendue de pays : les ouvrages, isolés il est vrai, sont.reliés par des obstacles naturels ou artificiels qui rendent la ligne continue.

Il reste donc à considérer une ligne de peu d’étendue, couvrant par exemple un champ -de bataille. Dans ce cas, l’action est plus rapide, et le coup d'œil militaire du chef doit suppléer aux renseignements qui font défaut. Souvent même on ne donne pas le temps à l'artillerie de commencer l’action, et les colonnes se lancent immédiatement à l’arme blanche contre les ouvrages, couvertes par les tirailleurs. On les attaque en même temps de front et de flanc, pour les tourner ; les attaques de flanc peuvent même se faire avec de la cavalerie pour être plus rapides, quand l’ouvrage n'est pas fermé à la gorge : c’est ainsi qu’une lunette russe à la bataille de la Moskowa fut tournée par les cuirassiers du général Caulaincourt en même temps qu’une colonne d’infanterie l’abordait de front.

Dans la défense les ouvrages doivent se soutenir mutuellement par leurs flanquements d'artillerie : des troupes massées dans les intervalles viennent à leur secours, soit au moyen de retours offensifs après l'escalade, soit en cherchant à arrêter les colonnes par des charges de cavalerie. Nous ne . nous étendrons pas davantage sur une matière qui appartient à la tactique plutôt qu’à la fortitication.

Nous ajouterons seulement un mot au sujet des retranchements exécutés à la veille d’une bataille : il faut chercher à en cacher l'existence à l’armée ennemie. Ainsi à la veille du combat d'Albufèra, le duc de Wellington fit couvrir avec

des branches d’arbre les retranchements qu’il préparait, pour qu'ils échappassent aux reconnaissances des Français.

Nous avons encore à nous occuper de l'attaque de vive force des positions habitées organisées défensivement ; nous commencerons toujours par. le cas le plus simple, c’est-àdire celui d’une maison isolée.

Si le corps assaillant possède de l'artillerie, il faut, après avoir fait une reconnaissance rapide du terrain environnant la maison, choisir une position favorable hors de portée de mousqueterie, y mettre ses pièces en batterie, et démolir la maison avec le boulet, ou l'incendier avec des obus; on occupe en même temps les principales vaies de communication pour empêcher la fuite de l’ennemi.

Devant une pareille attaque la défense ne pourra tenir que si les murs ont une grande épaisseur; autrement son unique chance de salut sera d’évacuer la position en cherchant à s'ouvrir un passage les armes à la main.

Mais si l’assaillant n’a pas d'artillerie, l'attaque de vive force devient très-difficile et peut échouer devant une vigoureuse résistance du défenseur. Le chef de la colonne assaillante fait d’abord une reconnaissance rapide des abords de la maison pour tâcher d'en découvrir le côté faible ; puis il dispose autour une partie de sa troupe en tirailleurs : ces hommes s’approchent abrités par les murs, les haies, les arbres que'les défenseurs ont négligé d’abattre, et ils entretiennent le feu le plus vif contre les créneaux. On forme en : même temps une colonne d'attaque, munie de pioches, de pics à roc pour saper les murs, de haches pour briser les barrières et les portes, de sacs de poudre pour les faire sauter, de matières incendiaires pour y mettre le feu, de pétards pour les renverser, de madriers pour emboucher les créneaux, d’échelles pour escalader les toits. Une petite troupe est laissée en réserve.

La colonne s’avance rapidement, mais en bon ordre sous la protection de la ligne de tirailleurs qui serre alors la mai-

son de plus près et en suivant autant que possible un secteur privé de feux. On embouche les créneaux, on enfonce les tambours, les portes, les fenêtres nouvellement barricadées ; au besoin on:fait dans la muraille un trou que l'on élargit par l'explosion d’un sac de poudre, et on pénètre dans l’intérieur la baïonnette en avant ; on poursuit le défenseur dans ses retranehements successifs, cherchant à y entrer avec lui; on embouche les créneaux des murs de refend, on force les barricades intérieures, et on pénètre ainsi de chambre en chambre. |

Si on ne tient pas à conserver la maison, on peut ou bien la faire sauter en partie avec un baril de poudre placé au rez-de-chaussée, ou bien y mettre le-feu avec des matières incendiaires. Mais si -onveut la conserver, on continue l'attaque pour chasser définitivement le défenseur : on escalade alors le mur avec des échelles; arrivé sur le toit, on le perce, on descend dans le grenier, on perce le plafond, et on tire sur les défenseurs de l’étage dans lequel on pénètre en même temps par les fenêtres ou par l’intérieur. Arrivées à ce point, l'attaque et la défense sont presque toujours également acharnées, et il est rare qu’on fasse de quartier.

Quand la maison est mal barricadée, quand d’ailleurs l'affaire doit être conduite avec rapidité, on néglige une partie de ces précautions, on se munit seulement de haches et de sacs de poudre pour enfoncer les portes et on attaque immédiatement à l’arme blanche ; seulement presque toujours la rapidité exige quelques sacrifices en hommes.

Ainsi au siége de Rome en 1849, à l'assaut du 21 juin, une compagnie de grenadiers et une brigade de 30 sapeurs se précipitèrent malgré une fusillade assez vive sur une maison (la casa Barberini\ située à leur droite; il ne leur fallut que quelques instants pour s’en rendre maîtres : mais le commandant de la compagnie de grenadiers, capitaine

d'Astelet, et celui de la brigade de sapeurs, capitaine de Jouslard, tombèrent mortellement frappés, victimes peutêtre d’un excès de bravoure qui les porta à négliger les précautions indiquées précédemment.

Pour défendre une maison, on cherche d'abord à écarter l'ennemi par les feux; ce sera le seul obstacle à lui opposer tant qu’il sera à quelque distance. Le commandant devra donc garnir les créneaux de défenseurs sans négliger d’avoir auprès de lui quelques hommes déterminés servant de réserve. Quand les assaillants sont au pied des murailles, on leur envoie en outre tous les projectiles que l’on a rassemblés à cet effet, comme tuiles, pavés, etc. ; on renverse leurs échelles avec des crochets préparés à l’avance et manœuvrés par les créseaux ; s'ils entrent dans la maison, on se défend de chambre en chambre, et on regagne même le terrain perdu au moyen de retours offensifs faits à la baïonnette par la petite réserve dont nous avons parlé.

On fusille les assaillants par les mâchicoulis percés dans les plafonds; des cuves d'eau sont préparées à l’avance pour éteindre les commencements d'incendie. Chaque pièce de la maison ne sera ainsi abandonnée qu’après un combat acharné qui doit coûter beaucoup de monde à l’assaillant, et peutêtre même finira par le rebuter. Probablement alors il cherchera à mettre le feu en se retirant ; si on ne peut éteindre l'incendie, la garnison réunie fera une sortie vigoureuse pour s'ouvrir un passage les armes à la main et regagner les postes amis les plus rapprochés.

Pour faire ainsi une défense brillante et échapper à la honte et aux ennuis de la captivité, il n’y a besoin ni de beancoup de monde, ni d’une organisation défensive aussi complète que nous l’avons. supposé. La vie du maréchal de Saxe nous en offre un exemple bien frappant.

Voyageant en 1715-avec cinq officiers et douze domestiques, il est surpris la nuit dans une auberge par 200 dragons et 600 cavaliers suédois. Il fait rapidement barricader portes

et fenêtres, percer les planchers; 1l poste trois ou quatre hommes dans chaque chambre et en garde autant avec lui. Les portes sont enfoncées, mais les premiers assaillants sont tués; on essaye alors d’escalader les fenêtres; le comte de Saxe accourt avec sa réserve et rejette l'ennemi au dehors. Rebutés, les Suédois cernent la maison en attendant le jour pour agir avec plus de succès; mais le maréchal qui n’a plus de munitions s'échappe avec sa petite troupe sans avoir perdu un seul homme.

Considérons maintenant l'attaque d’un village retranché. Après tout ce que nous avons dit jusqu'ici, il reste peu de détails à donner sur l'attaque de ce nouveau genre de position. Les dispositions préliminaires seront toujours les mêmes; tirer du déserteur, du paysan et de l’espion tout ce que l’on pourra sur le retranchement et ses défenseurs, compléter et corriger leur dire par une reconnaissance directe, telle sera la première chose à faire. Ces renseignements, cette reconnaissance acquièrent d'autant plus d’importance que l’ouvrage que l’on veut attaquer est plus irrégulier, plus dépendant de circonstances inconnues. On détermine ensuite le point d'attaque, choisissant celui ou ceux qui sont les moins forts, les moins protégés par l'artillerie ou les défenses accessoires, qui conduisent le plus directement au réduit dont la prise entraîne celle du village. HabitueHement les colonnes sont dirigées le long des routes. On fait provision des outils et matériaux nécessaires, qui sont les mêmes que pour les autres attaques, en multipliant les échelles, haches, pics à roc, sacs de poudre, sacs à terre, en raison des obstacles plus nombreux qu'il faut détruire ; au contraire on prendra peu de pelles ou -de pioches. Pour la même raison la colonne de travailleurs sera plus forte que dans les cas précédents; il y aura même un moment où tout le monde sera appelé a remplir alternativement le rôle de travailleur et de combattant.

L'organisation étant complète , les ordres étant donnés,

l'arüillerie prend position et engage l’action contre le point d'attaque ; les obus auront surtout -un grand effet pour détruire les défenses accessoires et mettre le feu aux maisuns qui forment la seconde enceinte ; les boulets seront dirigés contre les murs isolés de la première.

Lorsque l'effet produit par l'artillerie paraît suffisant, on lance les colonnes oyant les travailleurs en tête et précédées de tirailleurs. Ceux-ci seuls font usage de leurs armes; les autres l'arme au bras ou en bandoulière prennent le pas accéléré, puis Île pas de course, détruisent et franchissent les obstacles accessoires, et escaladent la première enceinte à la manière ordinaire.

Arrivés devant la seconde enceinte formée de maisons, ils attaquent d’abord celles qui flanquent les barricades, auxquelles l'artillerie a peut-être déjà fait brèche; ils s’en emparent par les moyens indiqués plus hautettournent ou forcent la barricade. On attaque ainsi des deux côtés de la route, cheminant dans les maisons, s’y établissant successivement, et retournant à mesure les défenses. Ces opérations successives longues et meurtrières et dans lesquelles se développent au plus haut degré l'intelligence et le courage des hommes isolés se continuent jusqu'à ce que l'on arrive au réduit ; on cherche à y pénétrer avec le défenseur ; si on.ne Île peut, s’il est trop fortement organisé pour être enlevé à l’arme blanche, on fait venir son artillerie par les routes, l’épaulant des barricades abandonnées du défenseur, et on ouvre une brèche. Pendant ce temps les tirailleurs se répandent dans les maisons voisines pour tâcher de dominer la position, et les colonnes qui auront eu le temps de se reformer s’avancent sous leur protection, précédées de travailleurs, et attaquent le réduit à la manière ordinaire.

Si les troupes sont rebutées par une résistance acharnée, on fait sa retraite en bon ordre en incendiant le village pour forcer le défenseur à l’évacuer. Mais il n’est pas toujours bon d’y mettre le feu en commençant, si le réduit est grand

et éloigné du village de manière à renfermer tous les défenseurs et à être respecté par le feu ; on élèverait une ‘barrière infranchissable entre l’ennemi et soi sans se rendre maître de la position. -

Nous n’avons parlé que d’une seule colonne d'attaque; il est évident qu’il en faut plusieurs pour diviser l'attention, mais le rôle de chacune sera exactement le même. Les réserves suivent les colonnes à une faible distance, et s'engagent après elles dans le village pour les soutenir.

La défense d’un village faite par une troupe déterminée et intelligente est toujours une opération brillante, et si elle n’est pas couronnée de succès, au moins on fera payer bien cher à l’assaillant une victoire difficile. L'organisation de la troupe dans ses positions est l'opération préliminaire la plus importante; chaque fraction du village défendue séparément aura sa garnison, son commandant ; les troupes doivent être mises au courantde ce qu’elles ont à faire ; c’est aux officiers à les instruire à ce-sujet, à leur donner tous les détails, et surtout à exalter leur moral en leur faisant sentir combien leur position est supérieure à celle de l'assaillant; on veille avec soin à ce que les sous-officiers qui se trouveront dans bien des cas avoir la direction de la défense, connaissent parfaitement l'espèce de dédale formé par les maisons, dédales si favorables aux défenseurs, et que l’assaillant au contraire doit avoir tant de mal à franchir.

La surveillance à l'extérieur doit être très-exacte pour ne pas se laisser surprendre et pour empêcher les. reconnaissances. Nous n’avons rien à dire de nouveau sur la résistance opposée par la première enceinte; si elle est forcée, les troupes se retirent de muraille en muraille, de haieen haie, jusque dans le village, n'abandonnant le terrain que sous les efforts successifs de l’assaillant. Elles viennent se rallier dans le village même, près du réduit, formant une réserve pour les retours offensifs.

La défense dans les maisons du village est encore plus

énergique ; chaque maison, chaque chambre permet de soutenir une lutte opiniâtre, et on ne l'abandonne que s’il n’y a plus moyen d'y rentrer par des retours offensifs. On sait toutes les ressources que présentent le courage, l'intelligence du soldat français pour soutenir une pareille lutte.

Si malgré tant d'efforts on ne peut conserver sa position, on se relire autour du réduit sur l’esplanade qui l’isole, et protégé par ses feux, on essaye de-s’y maintenir, on tente encore .s’il est possible quelques retours offensifs. Dans le cas où l'incendie du village ne peut atteindre le réduit, on prépare à l'avance les matières incendiaires, et on met le feu aux maisons; on élève ainsi un obstacle infranchissable entre l'ennemi et soi, on le force à reculer, et on gagne du temps, soit pour attendre des secours, soit pour être plus à même de faire sa retraite en bon ordre. |

L'attaque et la défense d’une ville ouverte mais organisée défensivement se feront exactement de la même manière ; la défense aura un plus beau rôle encore, et l’assaillant pour perdre moins de monde devra employer plus d'artillerie.

Pour achever ce qui a rapport aux attaques de vive force, il nous reste à dire un mot de l'attaque des barricades faites dans l’intérieur d’une ville. Malheureusement au moment de nos discordes civiles, l’occasion de conduire et de diriger ces attaques s’est trop souvent présentée ; on peut d’ailleurs la rencontrer aussi dans l'attaque des villes ennemies. Si la barricade est faiblement organisée, on l'attaque à la baïon- : nette, vivement, se faisant flanquer à droite et à gauche par des hommes qui tirent aux croisées. S'il est nécessaire, cette attaque sera précédée de quelques salves d'artillerie, pour renverser une partie de l’obstacle; mais si l'artillerie ne suffit pas, si la rue est étroile, si on craint que Îa cotonne ne soit accablée par les projectiles venant des fenêtres, il faut se résoudre à entrer dans les maisons, à y cheminer lentement en perçant les murs mitoyens, chassant succes-

sivement les défenseurs des fenêtres qu'ils occupent, forçant ceux de la barricade à l'abandonner quand ils seront dominés, ou s'ils veulent encore résister, lançant contre eux une colonne pour les attaquer à la baïonnette.

11 nous reste à parler maintenant de l'attaque par surprise et de l’attaque par ruse.

L'attaque par surprise est une attaque de vive force faite au moment où l'ennemi s’y attend le moins, et en général sur le point le plus mal gardé de son retranchement. 11 est facile de déduire de cette définition les principes qui doivent guider dans une attaque de ce genre. Il faut d’abord chercher à donner de la sécurité à la garnison en répétant qu'on ne veut ni qu’on ne peut rien tenter contre elle, que l'on n'est là que pour l'observer; on fait ostensiblement des préparatifs de départ, et cependant on reconnaît l’ouvrageavec le plus grand soin, surtout les routes qui peuvent y conduire. Le général en chef garde sur son projet le secret le plus absolu, même vis-à-vis des officiers ; sous un prétexte simulé, il fait préparer les matériaux pour l'attaque , matériaux peu nombreux, car les colonnes se porteront surtout vers les points faibles et les barrières ; des haches seront souvent tout ce dont il y aura besoin. La veille du jour fixé, les troupes s’éloignent ostensiblement , puis profitent de l'obscurité de la nuit pour revenir sur leurs pas, en évitant les feux, le bruit eten général tout ce qui pourrait les trahir. Pour ne pas se livrer aux hasards d’une attaque de nuit, et surprendre le défenseur fatigué d’une veille inutile, le commandant prend ses mesures de manière à être à petite distance de l'ouvrage un peu avant la pointe du jour. Alors seulement il prévient ses troupes et forme les colonnes. La colonne d'attaque se compose d'infanterie avec quelques travailleurs en avant; le reste des troupes, l'artillerie et la cavalerie forment réserve el se tiennent cachées le plus près possible de l'ouvrage, dernière un bois ou un pli de terrain, prêtes à porter secours à la première colonne. Celle-ci s’a-

vance dans le plus grand ordre et en silence; pas un coup de fusil n’est tiré, la baïonnette seule doit être employée contre les sentinelles et les petites patrouilles qui pourraient donner l’éveil; or envoie pour s’en défaire quelques hommes déterminés qui se jettent sur elles avarnit d’en avoir été àpérçus. On ébranle les palissades et on les arrache, on écarte les abatis, on traverse le fossé, on escalade le parapet, et on se jette rapidement dans l'intérieur de l'ouvrage, se portant immédiatement vers les barrières pour les ouvrir aux colonnes de la réserve ; c’est alors seulement que le soldat peut faire feu. Le défenseur surpris, ne Sachant d’où vient l'attaque, pressé par l’assaïlant, ne fera probablement aucune résistance.

Ce genre d'attaque peut s’employer. également contre les lignes; on simule alors une attaque sur un autre point, et l’on a bon marché de la partie. d'ouvrage contre laquelle on se porte; mais il faut toujours avoir de fortes réserves pour les opposer à celles du ‘défenseur.

Dans tous les cas, une parfaite connaissance des lieux est aussi importante que le secret le plus absolu : des surprises . ont échoué faute d’avoir pris une précaution aussi esssentielle. Au siége de Rome, en 1849, la: casa Giacometti, grande maison située au-milieü des vignes, à la gauche des attaques, génait les travailleurs; on résolut de l'enlever. Une compagnie de grenadiers et quatre sapeurs furent désignés à cet effet. « Le capitaine qui commandait forma deux petites « colonnes qui devaient arriver de deux côtés différents, à « travers les vignes; l'obscurité et les obstacles que Les sou- « ches présentaient à chaque pas firent que les rangs se trou- « vèrent bientôt rompus ; les grenadiers ne se suivaient que « d’assez loin, sans savoir où ils devaient aller. Le capitaine, « arrivé le premier avec les sapeurs, pénétra sous une-voûte « qui couvre la porte de la maison ; deux ou trois Romains s'é- « tant présentés furent tués à la baïonnette. Si les grenadiers « eussent été groupés, et ils l’auraient été si on avait sim-

« plement suivi le chemin, ce môment était favorable pour « forcer l’entrée et faire main basse sur les défenseurs ; « mais on chercha à mettre le fen à la maison, et pendant « ce temps, quelques coups de fusil étant partis des croisées, « le capitaine appela à haute voix ses grenadiers; l'alarme « fut donnée, les premiers arrivés tombèrent sous le feu « de l'ennemi, et les autres se retirant en désordre rega- « gnèrent la tranchée à travers les vignes sans trop savoir « ce qui s'était passé. Le capitaine, deux grenadiers et un « sapeur furent tués, huit hommes furent blessés. »- (Journal du siégé.)

Une surveillance’ active et à l'intérieur de bonnes dispositions pour les troupes garantiront un ouvrage d’une surprise ou de ses suites. On peut recommander, si on craint ce genre d'attaque, les bûchers dont nous avons déjà parlé. Enfin , il.faut que les troupes sachent parfaitement quel est le point de ralliement en cas d'alarme, afin de s’y réunir promptement pour fondre ensuite sur les colonnes assaillantes.

Nous avons peu dé chose à dire sur les attaques par ruse, car iln'y a rien de fixe, et tout dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve. On peut attirer l'ennemi au dehors par une fuite simulée, et rentrer avec lui; chercher à s’emparer d’une porte ou barrière en corrompant la. garde, en introduisant des soldats déguisés en paysans et ayant des armes cachées, etc., etc. Les faux avis, les. déguisements, tous ces moyens ont été employés, l'histoire militaire du moyen âge en fourmille; malgré cela on peut encore tenter de s'en servir, et ils pourront réussir contre un ennemi insouciant.

En pareil cas on ne peut non plus prescrire au défenseur qué la plus grande activité dans la surveillance et beaucoup de fermeté à l’égard de l’exécution des ordres. 1] faut se défier des espions, faire arrêter les étrangers qui visitent le poste et user avec eux d'une extrême rigueur.

Les cantiniers, les domestiques seront aussi le but d’une active surveillance; enfin les mots d’ordre et de passe seront fréquemment changés. Contre un commandant actif

et vigilant, les ruses et les surprises auront peu de chances de succès. —. :

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