CHAPITRE XVL
« Lus troupes qui composent une armée sont nécessairement « obligées de camper en temps de guerre dans les différentes « positions que le général doit prendre relativement à son « plan de campagne et aux mouvements de l’ennemi; l'é- « tendue du camp qu’elles doivent occuper, l'ordre dans « lequel elles y sont établies et les précautions indispen- « sables pour leur sûreté forment une branche particulière « de l’art de la guerre que l’on nomme Castramélation. » (Cormontaingne, Mémorial pour la fortification passagère.)
Cet art comprend deux parties bien distinctes, d’abord le choix des positions sur lesquelles on doit camper, puis leur organisation. Nous laisserons de côté la première partie, qui n’est pas directement en rapport avec le service de l'officier d'infanterie en campagne ; c’est le général qui décide, sur le rapport des officiers d'état-major ou d'apres la connaissance personnelle qu’il a du pays, de l’emplacement des camps. Supposons donc que le terrain ait été choisi à l'avance; il y a trois manières différentes d’y établir les troupes : au Otvouac d'abord, c’est-à-dire sans autre abri que des branchages élevés à la hâte pour se garantir du vent; en second
lieu, abritées sous destentes en toile ou sous des baraques: et enfin, logéeschez l’habitant quand la position renferme des petites villes ou des villages.
£ette dernière méthode, disons-le d'abord, ne doit être employée qu'avec beaucoup de-réserve devant l'ennemi ; il est difficile de mettre de l’ordre dans l'emplacement respectif des différents corps et même souvent des différentes fractions de corps; les hommes sont disséminés, la surveillance presque impossible, et en cas d'alerte la réunion des troupes est toujours trèsente. C’est au général en chef à décider si les troupes doivent prendre des cantonnements, ou camper en dehors des habitations.
Quand les troupes bivouaquent, elles se tiennent en arrière de la ligne de bataille sur laquelle sunt formés les faisceaux. Les hommes sont rassemblés par 8 ou 10 autour de feux placés sur plusieurs rengs; ils sont abrités du vent par des-branches feuiHées et de la paille, et s'ils ont le tempe et les matériaux ,:ils peuvent élever rapidement quelques baraques. La ligne des feux des officiers est placée en arrière de celle des hommes. Du reste, les dispositions étant les mêmes que celles adoptées par les troupes campées sous la loile ou les baraques , nous > renvoyons à ge que nous allons
en dire.
Le bivouac fut adopté comme mode de campément par les généraux français sous les guerres de la république, qui ne pouvait fournir des tentes aux quatorze armées qu’elle entretenait sur pied, armées trop mobiles d’ailleurs pour avoir le temps de.se construire des baraques, ou pour trainer derrière elles un matériel de campement. L'empereur Napoléon, qui faisait souvent la guerre avec les jambes, suivant l’expression pittoresque du soldat, ne pouvait non plus s’embarrasser d'un matériel aussi considérable, et il préférait le bivouac à {out autre mode de campement, disant d’ailleurs que les tentes étaient malsaines et dessinaient à l'ennemi la position.
Cependant on ne peut disconvenir que l’homme au bivouac n’est. pas suffisamment abrité, qu'il est soumis à toutes les intempéries des saisons, et'que. des maladies meurtrières doivent être souvent le résultat des souffrances qu'il endure. Voici une méthode mixte qui permet d’abriter suffisamment les troupes sans gêner la rapidité si importante de leurs mouvements ; elle est due à l'expérience acquise dans nos guerres d'Afrique. On donnait à chaque homme un sac dit sac de campement dans. lequel il devait s’envelopper au bivouac; il lui sembla plus commode de le découdre, et de l’étendre au-dessus de lui en le soutenant avec des piquets; puis deux hommes se réunirent et avec leurs deux sacs décousus et réunis par un côté commun au moyen de boutons et boutonnières, is formèrent une espèce de toiture ; l’arête du toit ou faîtage est la ligne de jonction des deux sacs, elle est soutenue par deux montants de 1",30 à 1",40 de hauteur ; les deux autres bords sont maintenus sur le sol par quatre piquets. Les sacs décousus ayant 1",75 de longueur, le terrain recouvert par la toile offre la même longueur, sur üne largeur de 2°,00 environ. .
Un troisième homme vint s’ajoindre aux deux premiers, fermant avec son sac l'extrémité du côté du vent; les trois hommes. furent ainsi abrités d’une manière convertable : dans les marches, ils se partagent le matériel de ces tentesabris qui ne les-surcharge pas beaucoup.
- On a essayé de remplacer Les montants par les- fusils des hommes; l'expérience a réussi + mais il ne serait peut-être pas prüdent d'employer cette méthode. pour dressér la tente quand on est en présence de l'ennemi ; il pourrait en résulter lu désordre au moment d’une prise d'armes nocturne.
Ces tentes ont d'abord été le seul abri qu’aient eu nos wldats dans le commencement de la campagne de Crimée. Insuffisantes contre les rigueurs d'un pareil. climat, clles rendirent l'immense service de donner le temps à l’administration de faire arriver sur ce point éloigné: un matériel de
campement considérable sans laisser le soldat complétement à découvert.
Maintenant occupons-nous avec détail de la manière de disposer les troupes sous. des tentes ou des baraques. Mais avant nous devons dire.que l'exécution du campement exigeant des mesurages rapides, on les fait ordinairement au pas, et non plus au mètre; l'unité de mesure dont nous nous servirons sera donc le pas équivalant à 0,666. ou à deux tiers de mètre.
Les tentes ont souvent varié de forme ; le dernier modèle, celui qui est actuellement en usage dans l'armée française, a la forme suivante : deux pans en toile en forme de toit recouvrent un rectangle de terrain de 2",00 de longueur sur 4",00 de largeur ; les deux extrémités de..a longueur sont fermées par deux demi-cônes, aussi en toile, ayant à leur base 4°,00 de diamètre ; leurs sommets se trouvent aux extrémités de l'arête de la première partie (Pz. XVI, /g. 1). La superficie de terrain abritée par la tente est donc composée d’un -reetangle et de deux demi-cercles aux extrémités ; sa longueur totale est de-6”,00 ou de neuf pas, et sa largeur de 4",00 ou de six pas. La toile repose à sa partie supérieure sur une pièce de bois horizontale nommée /witage de deux mètres- de longueur; elle est soutenue par deux montants verticaux de 2",30 de hauteur, qui reposent sur le sol et sont liés au faitage par des fiches enfer. Aux montants est fixée une planche à bagage. Un petit fossé de 0",30 de profondeur sur 0®,40 de largeur environ règne autour de la tente: il sert à écoulement des eaux. Pour fixer le pied de la toile, on y place des anneaux en cordes de distance en distance ; des piquets enfoncés dans le’ talus intérieur. du petit fossé passent dans ces anneaux; leur lête est munie d'un mentonnet ou coche profonde pour que la corde ne s'échappe point. Une toile grossière de 0",50 de largeur environ et cousüe au pied de la tente repose sur le sol intérieur; on la recouvre avec la terre retirée du fossé, et on
intercepte ainsi l'air qui viendrait de l'extérieur ; sur cette terre disposée en pente douce, on met de la paille sur laquelle couchent les hemmes, les pieds vers le centre, et la tête contre la toile. Deux fentes que l’on peut: fermer avec des boucles et des lanières et qui sont.placées sur le milieu de la longüeur de chaque: côté ; donnent entrée dans la tente.
La tente nouveau modèle renferme 12 hommes d’infanterie ; elle ne peut abriter -que 8 cavaliers, ceux-ci devant avoir avec eux leurs selles et leurs brides. Dressée depuis longtemps, elle ne résiste pas bien à l’action du vent auquel elle présente d’ailleurs une grande surface. Les tentes coniques soutenues par’ ün seul montant au centre, et dites tentes turques, résistent mieux aux grands vents.
* On construit encore pour les officiers géréraux des tentes plus vastes dites marguises. La toiture a la forme de la tente nouveau modèle; seulement elle est élevée au-dessus du sol et en dessous est une paroi verticale en toile; le tout est soutenu par un bâti léger maintenu au moyen de cordages fixés au s0l à une certaine distance.
Les baraques construites pour abriter les troupes sont de différentes formes et construites avec différents matériaux ; mais dans tous les cas leur base est rectangulaire, et les dimensions varient suivant la quantité d'hommes que chaque baraque doit abriter. Les hommes y sont couchés sur un ou deux rangs, perpendiculäirement à la Jongueur, et chacun occupe un pas en largeur sur trois pas ou 2°,00 en longueur. Une ruelle de un pas est entre les pieds des hommes placés: sur deux rangs, ou le long de la baraque et toujours aux pieds des hommes quand ils sont placés sur un rang. Il résulte de là que la largeur d'une baraque pour un seul rang d'hommes est de quatre pas, et celle d’une baraque à deux rangs de sept pas. La longueur dépend du nombre d'hommes que l’on veut y loger; autant de pas que d'hommes pour une baraque à un seul rang, et moitié moins pour une baraque à deux rangs. La cavalerie demande plus d'espace,
comme nous Favons fait remarquer tout à l’heure; on met un homme de moins dans les baraques à un rang, deux de moins dans celles à deux rangs. Les figures 2, 3 -et # de la planche XVI donnent la forme et les details de différents genres de baraques. .
La première est une demi-coupe faite perpendiculairement à la longueur dans une barâque en clayonnage.et torchis, ainsi nommée de. cé que les parois sont formées de menues branchages ou de tresses de paille enduits de terre grasse à l'intérieur et à l'extérieur ; le toit est en chaume. La charpente est établie avec des gaulettes de 0",10 à 0",t2 de diamètre assemblées à mi-bois, et maintenues par des hafts: elle se compose d’un certain nombre de systèmes semblables nommés fermes ainsi organisés : deux poteaux verticaux enfoncés dans le sol’ de 0",50 -à 0®,70 et le dépassant de 1®,00' sont placés sur'la longueur, vis-à-vis l’un de l’autre; à leurs extrémités on met deux-gaulettes inclinées suivant la pente du toit à 45° environ et nomînées arbalétriers; elles sont réunies à leurs extrémités supérieures, puis reliées par une pièce horizontale ou tirant, située à 2°,00 au-déssus du sol. D
Les fèrmes sont placées à un pas les unes des aatres, les. deux extrêmes formant pignon. Elles sont réunies par des gaulettes horizontales , situées au-dessus des arbakétriers, le long de la toiture, et nommées pannes; la plus életée forme le fattage. La couverture est fixée aux pannes. Une porte est ouverte dans le milieu du pignon; elle a un pas de largeur, et trois pas ou 2*,00 de hauteur. Un petit fossé de desséchement règne à l'extérieur ; les'terres rejetées dans l’intérieur forment une penlé pour l'emplacement des lits de camp que l’on construit en planches, s’il est possible. L’ameublement intérieur se compose d’une planche à pain située au-dessus des tirants, au milieu , et de planches:à bagages placées sur la même pièce de bois, mais contre la toiture.
La figare 3 donne une deini-coupe anälogue faite dans une
186 FORTIRICATION PASSAGÈRE.
baraque en planches à deux rangs de lits de camp. Les fermes sont composées de pièces de bois-plus fortes et équarries, ce qui permet de les espacer de quatre pas environ au lieu d’un ; pour augmenter leur résistance, on ajoute deux pièces de bois inclinées nommées 7ambes de force, qui relient l'extrémité de l’entrait ou tirant avec le pied des montants ; ceux-ci sont en outre légèrement-inclinés. Les parois et la toiture sont composés de planches horizontales de 0",30 de largeur , et se recouvrant du tiers de cette dimension; des pointes les fixent entre elles ainsi qu aux montants et aux arbalétriers.
. La pluie ne glisse pas bien sur ces planches horizontales ; on a proposé de les mettre dans l’autre sens, c’est-à-dire de placer les fibres du bois suivant la pente ; les planches dressées avec soin sur les bords sont alors placées jointives, et les joints sont recouverts par une planche de moindre largeur. La figure 4 de la planche XVI représente une coupe faite perpendiculairement à la longueur dans une baraque à un seul rang de lits de camp exécutée suivant ce système. La forme n’est plus la même; le toit n’a qu’un.seul pan, et la charpente se compose de‘demi-fermes construites du reste à la manière ordinaire. Les hommes ont la tête du côté de la façade la.moins élevée ; da ruelle règne le long de l’autre façade, contre quelle est aussi percée -la porte, dans le pignon... ,
Dans toutes les baraques sont des chevalets d'armes apple qués contre les pignons, près des portes.
Occupons-nous maintenant de la disposition des camps. On nomme /ront du camp le côté qui fait face à la ligne de bataille et qui lui est parallèle, et front de bandière la ligne où se trouve établie la tête du camp sur laquelle on aligne lés drapeaux ou bannières (bandiera en italien). Le principe général et sans exception de la castramétation est que la longueur du front de bandière doit être égale. à celle de le troupe rangée en bataille, et que les baraques ou tentes dis-
posées per rangs et par files doivent occuper sur te front une longueur égale au front de la troupe qu'elles doivent abriter.
“Chaque unité de troupe , bataillon ou escadron , a donc ses abris groupés suivant un certain ordre, vis-à-vis de sa position, et séparés par un vide égal à la distance laissée réglementairement entre les bataillons ou escadrons en bataille, à savoir pour l'infanterie, vingt-quatre pas pour deux bataillons voisins du mème régiment, trente s’ils appartiennent à deux régiments différents, et quarante-cinq à deux brigades différentes; pour la cavalerie, quinze pas entre les egcadrons du même régiment, et vingt-deux entre deux escadrons voisins de deux régiments différents. Les divisions sont à soïxante-quinze pas l’une de l’autre. Il suffit d’après cela de savoir grouper les abris d’un bataillon ou d’un escadron pour savoir camper toutes les troupes.
Parlons d'abord du campement d’un bataillon rangé en bataille sur le front de bandière. Il faut trouver l'étendue de son front, connaissant son effectif, et le nombre des compagnies qui-le forment.-On aurä Je nombre de files pleines de trois rangs en retranchant de l'effectif l'état-major, les officiers et sous-officiers des compagnies, et le petit étal-major, à savoir l'adjudant, le caporal-tambour et les tambours ou clairons, et divisant le reste par trois. Ajoutons ensuite les files créuses à raisôn de une par compagnie, plus-une-pour le sous-officier d'encadrement situé. à la gauche, et nous aurons le nombre total de files; chacune occupe 0",50 ou : de pas; pour avoir la longueur du front en pas, il faut donc multiplier le nombre de files par :. Si Z désigne cette longueur, x l’éffectif, c le nombre des compagnies, o le nombre des officiers, s celui des sous-officiers, e le chiffre du petit état-major , la longueur / sera donnée par la formule sui- . vante : |
| ln {5 (n—o—s—e) +c+1] Appliquons-la à un bataillon de 655 hommes divisés en 6 compagnies : Je nombre des officiers est de 3 par compa-
gnie, plus le chef de bataillon et l’adjudänt-major, en tout 20 : il y a 6 sous-officiers par compagnie, plus 1 adjudant, ce qui fait 37 sous-officiers; enfin le- petit état-major se compose de 13 hommes, à savoir 1 Caporal lambour et 2 tambours ou clairons par compagnies.
La formule devient alors :
Pour le bataillon chargé du drapeau, il y aurait un petit changement facile à comprendre.
Les baraques sont disposées en arrière de ce front par rangs et par files; on met en général deux fites de-baraques ou de tentes par ‘éompagnie (PL. XVI, fig. 5). Entre les-files extrêmes de deux compagnies voisines est une petite rue de deux pas de largeur, et entre les deux files d’une même compagnie est une grande rue dont nous allons calculer la largeur, maïs qui ne peut avoir moins de cinq pas, et qui vst la même pour un bataïilon, quelle que soit’la force variable des compagnies. Les tentes ou baraques sont généralement disposées de manière que ler ouverture regarde le
front de bandière; les rangs sont séparés par des rues de
cinq pas, et la profondeur .du camp dépend du nombre d’abris nécessaires par compagnie. Reprenons ñotre bataillon de 655 hommes, et campons-le sous des baraqües pour 16 hommes; les douze files de baraques, à raison de sept pas de largeur, oceupent quatre-vingt-quatre pas; les-petites rues de deux pas, qui sont au nombre de cinq, occupent dix pas en fout : il y a donc quatre-vingt-quatorze pas occupés par les baraques et les petites rues. Retranchons cette longueur de celle du front de-bataillon, qui est de cent cinquante-deux pas en nombre rond, le reste ou cinquante-huit pas est la longueur occupée par les six grandes rues ; la largeur de chacune est donc égale à — 9 :.
Supposons maintenant que le bataillon soit logé dans des tentes nouveaux modèles : chaque tente ayant neuf pas de
longueur, les douze files occupent cent huit pas sur. la longueur du front; les petites rües en occupent toujours dix, ce qui fait cerit dix-huit pas en tout, et la largeur des grandes rues est égale à =" 5.”
Dans le premier cas il faut sept baraques par compagnie ; on en met quatre sur la file de droite et trois sur celle de gauche. Il faudrait dans le second cas neuf tentes par compagnie; on en mettrait cinq dans la file de droite, quatre dans celle de gauche; il est: alors facile de calculer la profondeur du camp de la troupe, s sachant que les rangs ont cinq pas d'intervalle.
Si le bataillon avait un effectif plus faible; la longueur de son front serait réduite et on pourrait trouver moins de cinq pas pour la largeur des grandes rues : on ne met plus alors qu’une file de baraques ou de tentes par compagnie ; appliquant aux divisions tout ce que nous venons de dire pour les compagnies. Il n’y a plus-par bataillon que six files- d’abris, deux petites rues et trois grandes, en supposant six compagnies. On dit que le bataillon campe par division ; il campait par compagnie dans le premier cas.
Comme exemple supposons que notre bataillon canpé sous la tente soit rédait à 592 hommes. Appliquant la formule précédente, on trouve que la longueur de son front est de cent trente-six pas en nombre rond. Nous venons de trouver qu’à raison de deux files par compagnie, l’espace occupé par les tentes et les petites rues est de cent dix-huit-pas; il ne resterait donc que dix-hüit pas pour les six grandes rues, ou trois pas par rue, ce qui est insuffisant : on campe alors par division ; les six files de tente occupent cinquante-quatre pas, les deux petites rues en occupent.quatre, en tout cinquante-huit, Retranchons ce nombre de cent trente-six et divisons le reste, soixante-dix-huit, par le nombre trois des grandes rues, nous aurons la largeur Vingesix pas de chacune.
Pour diminuer la profondeur du camp si on campe. par
division sous des baraques à deux rangs, ou quand on campe par compagnies sous des baraques à un seul rang, on place la porte des baraques sur les grandes rues, et les rangs n’ont plus alors que trois pas d'intervalle. Les rassemblements par compagnie se fant dans les grandes rues, ceux du bataillon se font toujours sur le front de bandière. La largeur des grandes rués se calcule toujours de la même manière, en retranchant du front du bataillon l’espace occupé par les files de tente et les petites rues, et divisant le reste par le nombre des grandes rues.
Quand tous ces calculs sont établis, on trace sur le terrain, en jalonnant d’abord le front de bandière et mesurant au pas, puis piquetant l'emplacement des files. Aux extrémités du front on élève des perpendiculaires avec une équerre en-cordeau , et on y fixe, en mesurant les distances au pas, l'emplacement des rangs; de simples alignements donnent alors l'emplacement dè chaque tente ou baraque. Sur le front de bandière, c’est-à-dire à quinze pas en avant du premier rang de baraques, sont les chevalets d'armes et le drapeau ; à vingt pas en arrière du dernier rang sont les cuisines; les abris du-petit état-major sont à vingt pas en-arrière des euisines ; vingt pas au delà sont les abris des officiers des compagaies, à raison d’une tente ou baraque pour le capitaine, et une autre pour le lieutenant et le sous-lieutenant réunis. Vingt pas plus loin sont les logements de l'état-major, le colonel, le lieutenant-colonel, le chef de bataillon, les adjudants-majors, les chirurgiens, l’adjoint au trésorier et le porte-. drapeau; le colonel a deux tentes ou baraques. À cent pas en arrière du dernier rang sont les latrines des ofticiers ; les équipages sont à vingt-cinq pas en arrière de ce même rang. Les latrines de la troupe sont à cent cinquante pas en avant du front de bandière ; le poste de la garde de police est au centre, sur l'alignement du petit état-major; son poste avancé est à deux cents pas en avant du front de bandière , avec les prisonniers.
Le campement d’un escadron dè cavalerie diffère de celui d’un bataillon d'infanterie en ce que l’escadron se forme en arrière du camp de la troupe au lieu de se former en avant. La cavalerie, en effet, né peut attendre une attaque de pied ferme ; elle n’a de valeur qu’en chargeant, et il lui faut du champ. La figure -6 de la planche XVI donne le campement d’un escadron de: 112 hommes, tout compris. On ealcule d’abord la longueur du front de l’escadron formé sur deux rangs; pour céla on retranche de l'effectif tout ce qui ne forme pas file de deux rangs, à savoir : les deux capitaines, les deux lieutenantset les deux sous-lieutenants, le maréchal des logis chef, le fourrièr, 4 maréchaux de logis, et enfin 4 trompettes, en tout 16 hommes. Il y a donc 96 hommes sur deux rangs, ou 48 files. En outre , deux maréchaux de logis sont à gauche et à droite de l'escadron, au premier rang, comme sous-officiers d'encadrement, ce qui porte la longueur de l’eseadron à 50 files ou soixante-quinze pas, chaque file ayant {",00 ou un pas et demi de largeur. Nous n’indiquerons point de formule pour: trouver la longueur de l’escadron, le calcut-direct dans chaque cas particulier est trop simple. oo . :
Voici maintenant comment on dispose le campement : les chevaux sont placés au piquet sur deux files, situées dans le prolongement de l’alignement des deux divisions de l’escadron rompu par division à droite” chaque cheval occupe deux pas -et demi; le cheval du deuxième rang est à la gauche de son chef de file ; les chevaux des sous-officiers de chaque division sont’ en tête, c'est-à-dire à la gatche. Les chevaux regardent vers la droite; ‘la distance des deux lignes de piquets -est égale à l’étendue d’une division, soit ici trente-sept pas et demi, et, d'après ce que nous venons de dire, on peut calculer la longueur de chaque ligne occupée par les chevaux au piquet ; elle est, dans le cas particulier qui nous occupe, pour les 51. chevaux de chaque division, de cent vingt-huit pas en nombre rond. Les tentes
ou baraques sont placées à cinq pas, sur la droite des lignes de piquets, leur ouverture dirigée vers la tête des chevaux, afin que les hommes en sortant voient immédiatement ce qui se passe de ce côté. Elles sont également réparties en raison de leur nombre sur ces deux lignes de cent vingt-huit pas; pour avoir leur écartement il faut donc savoir combien il y en a dans chaque rang. Supposons les baraques pour 18 fantassins, pouvant loger 16 cavaliers ; la première baraque de chaque division, vers le front de bandière, est occupée par les sous-officiers de. cette division, les autres par les hommes. Or, dans chaque. division il y a 46 brigadiers ou cavaliers, pour lesquels il faut trois baraques ; il faut donc répartir sur une longueur de cent vingt-huit pas quatre baraques, en comprenant celle des sous-officiers; elles océupent vingt-huit pas, et il reste cent pas, soit = pas entre chaque rang, ou 33 : ; les fourrages sont amassés dans les intervalles.
- Si les hommes étaient sous lu tente, comme l'indique la figure, il én aurait fallu 7 par division, occupant une longueur de soixante-trois pas et laissant six intervalles, dont chacun est égal à —"" ou à , environ onze pas. :
Les abris du petit ‘élat-major forment un dernier rang situé à la. même disiance:; ceux des officiers des escadrons sont à’trente. pas en arrière, afin de laisser en-ce point la largeur nécessaire-pour former l'escadron ; pour la même raison on reporte les cuisines-à vingt pas en avant du front de bandière. L’état-major est à trente pas en arrière des officiers des-escadrons. Les chevaux à l'iafirmerie avec le vétérinaire el ses aides, les forges et autres voitures sont sur une troisième file à gauehe de l’escadron, et à distance de division, de manière qu'entre cette file et celle de. droite de l’escadron vaisin il y ait l'intervalle réglementaire de quinze
Une batterie d'artillerie compe sur trois files de baraques, une par section ; les ouvertures dirigées vers le front de bandière , et les: chevaux placés à droite età gauche, afin de ne
pas trop augmenter la profondeur du camp. Le parc est à quarante-cinq pas en arrière des baraques des officiers ; tout le reste est semblable au campement de la cavalerie.
Les troupes du génie campent comme celles d'infanterie.
Pour plus de détails sur le campement, on peut consulter l'ordonnance du 3 mai 1832 sur le service en campagne.
Lorsqu'une troupe est campée, il lui faut presque toujours de nombreux accessoires; ce sont les hommes de troupe qui les construisent sous le commandement de leurs officiers, et dirigés souvent par des officiers du génie qui envoient dans chaque bataillon une brigade de trois ou quatre sapeurs du génie pour mettre les soldats au courant.
Etudions ces constructions.
Cuisines. — Les hommes portent avec eux en campagne des marmites de campement; chacune est pour 8 hommes. Deux marmites accouplées ont à peu près la forme d’un cylindre autour duquel doit circuler la flamme qui pénètre en outre dans un espace vide laissé entre elles. Dans les camps permanents on construit en maçonnerie ordinaire ou mieux encore en briques des fourneaux sur lesquels on place ces marmites ; ils sont recouverts d'un abri en planches. Dans les camps passagers on se contente souvent de suspendre: les marmites au moyen d'un trois-pieds au-dessus d’un feu allumé sur le sol, et abrité du vent par une feuillée. Quelquefois cependant quand on pense séjourner plus longtemps et que le sol est convenable, on y creuse les fourneaux comme il est indiqué aux figures 10, 11 et 12 de la planche XVII; la figure 11 est le plan d’une cuisine pour quatre marmites ou 32 hommes; la figure 10 est une coupe faite suivant l'axe À B d’un foyer, et la figure 12 une coupe perpendiculaire à cette direction. Le foyer est un canal horizontal de 0®,20 de côté creusé à 0",40 au-dessous du s0l, et abou-
tissant à une tranchée de 0"80 de profondeur dans laquelle se tient le cuisinier ; ce canal se relève jusqu’au niveau du sol, puis il est terminé par une cheminée verticale faite en briques de gazons. Les marmites accouplées sont mises dans un trou cylindrique creusé verticalement dans le sol au-dessus du foyer.
.Chevalets d'armes. — Quand on campe sous la tente, les armes sont disposées sur le front de bandière ; elle s’abîimeraient trop si elles reposaient en faisceaux sur le sol, on construit des chevalets pour les soutenir. De deux mètres en deux mètres (PL. XVII, #g. 6), on plante dans le sol deux piquets inclinés l’un vers l’autre et se rencontrant à 1,40 de hauteur; leur écartement au pied est de-1°,00 ; ils sont réunis par une traverse horizontale à 0",25 au-dessus du sol, Les assemblages sont faits par des harts. À la partie supérieure est une pièce horizontale reposant dans l'intérieur de la croix formée par les montants et entaillée de 0",10 en 0,10 pour servir de porte-canons; sur les traverses horizontales des chevalets sont fixées deux autres perches jointives dans l'intervalle desquekes repose le bec de la crosse, et qui forment par conséquent porte-crosses.
On voit qu'il y a environ 10 fusils par mètre courant; si les chevalets sont assez forts, on peut doubler ce nombre en en mettant des deux côtés. Une toile imperméable nommée mañteau d'armes les garantit de la pluie.
Latrines. — Elles se composent le plus habituellement d'un fossé au-dessus duquel sont de distance en distance ‘ des madriers mis en travers ; elles sont toujours entourées
d’une feuillée.
Postes de la garde de police. — Les hommes de ces postes sont abrités généralement par une baraque ouverte sur un des longs côtés , afin de permettre de découvrir tout ce qui se
passe ; on la construit le plus souvent avec un simple clayonnage de menues branches ou de tresses de paille sans enduit de terre grasse. Des guérites construites de la même manière sont disposées de distance en distance.
Fours. — Lorsqu'il n’y a pas de petite ville à proximité du campement, on est obligé de construire des fours pour cuire le pain. Souvent l'administration des vivres possède dans son matériel des fours en tôle se montant et se démontant facilement ; si le camp doit durer longtemps, on peut aussi construire des fours en briques à la manière ordinaire. Mais dans un établissement passager on ne se donne pas cette peine, on élève des fours du moment avec de la terre et du bois.
On distingue trois espèces dé fours du moment, que nous allons examiner succinctement.
Les fours souterrains demandent pour leur construction des conditions toutes particulières ; il faut que le sol soit très-compacte et se présente en pente assez raide. On le taille d’abord suivant une pente au quart (PL. XVII, fig. 1 et 2}, et dans ce talus, à 0,80 au-dessus d’un palier horizontal , on perce un conduit souterrain, dont la partie inférieure plane formera l’âtre du four; la surface supérieure est celle d’un demi-cylindre elliptique. Dans les terres les plus fortes la largeur ne peut guère dépasser 1°,50; la hauteur est de 0",60, et la profondeur dépend du nombre de pains que l’on veut enfourner. L'ouverture est masquée par une muraille en gazons dans laquelle est percée la porte, qui a 0",40 en tous sens.
Ces fours sont peu employés à cause de leur construction difficile.
Les fours en clayonnage et torchis ont un âtre elliptique situésur le sol (PL. XVII, Ag. 3, 4 et 5). La voûte est faite de. la manière suivante : on construit d’abord avec des gaulettes courbées en forme de demi-ellipses et enfoncées dans le sol
à leurs extrémités une espèce de carcasse un peu plus grande que ne sera la voûte ; la figure 5 représente cette carcasse avant le clayonnage. On clayonne ensuite autour de ces gaulettes avec de la paille ou du foin tressés et entourés de terre grasse. Cette espèce de calotte ellipsoïdale est lissée à l’intérieur, et recouverte à l'extérieur d’une couche de terre de 0®,20 à 0,30 d'épaisseur, afin d'éviter lés déperditions de chaleur. La hauteur du four est toujours environ de 0",60 ; une porte est ménagée à l’extrémité de l’un des grands axes. Les hommes qui font la cuisson sont dans une tranchée de 0,80 faite dans le sol à 0,20 en avant de la bouche du four ; on y descend par deux gradins de 0",40 de hauteur. 11 faut 5 à 6 heures à 10 hommes exercés pour construire ce four.
Les fours en rondins se construisent plus rapidement
encore. L’âtre , qui a une forme rectangulaire à pans coupés, est enfoncé de 0",60 dans le sol (PL. XVII, Ég. 7, 8 et 9); on lui donne jusqu’à 2",00 de largeur sur 2°,50 de profondeur, les terres sont recoupées verticalement: Le ciel du four est formé de rondins entourés d’un torchis de paille ct de terre grasse, placés en travers sur le sol ; une couche de terre les recouvre. Les hommes sont dans une tranchée située à 0",80 en contre-bas de l’âtre , c’est-à-dire à 1",40 en dessous du sol.
On peut remplacer les rondins entourés de torchis par des pièces de bois équarries et posées jointives; la construction est plus rapide, maisle ciel est assez rapidement mis hors de service. Deux heures et demie suffisent à 25 hommes pour construire ce four avec des rondins.
Dans ces différénts fours l’âtre doit toujours avoir une légère pente de l'intérieur vers l'extérieur pour faciliter le défournement. Sa surface est calculée d'après le nombre de rations à cuire, en se basant sur les données suivantes : un pain de deux rations a un diamètre de 0",25 environ; on met donc seize pains ou trente-deux rations par mètre carré.
On doit pratiquer dans la voute du four vers son extrémité une ou deux ouvertures nommés houras, de 0",05 à 0",10 de diamètre, destinées à faciliter la combustion au moment de la chauffe ; on les bouche avec un gazon pendant la cuisson. Les fours demandent tous à être séchés par cinq à six heures de feu avant de pouvoir servir, et encore souvent les premières cuites sont mauvaises; on abrége ce temps en pavant l’âtre avec des briques.
Les fours lés plus solides ne résistent pas à plus de huit ou dix chauñes.