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COUP D'ŒIL HISTORIQUE SUR LA FORTIFICATION PERMANENTE

Avanr de décrire la fortification employée aujourd'hui pour la défense des Etats, il sera bon de jeter un rapide coup d'œil historique sur la naissance et les progrès de cet art depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.

L'art de la fortification est pour ainsi dire aussi ancien que le monde. Isolé et presque sans armes, l’homme dut chercher à se soustraire, lui et sa famille, aux poursuites des bêtes féroces; il se réfugia dans des cavernes, en ferma l'entrée avec de fortes pierres ou des arbres abattus, et les entoura de haies épineuses. N’était-ce point là un premier essai de fortification? Mais bientôt les êtres de son espèce furent encore plus redoutables pour lui que les animaux les plus sauvages, et il fallut songer à défendre contre les premiers conquérants sa famille, ses richesses, ses troupeaux. On les mit à l'abri sur des rochers inaccessibles ou au fond de forêts impénétrables, véritables fortifications naturelles indiquées par la nécessité. Là où elles manquaient, on y suppléa par des moyens artificiels; ce furent d’abord des lignes de pieux enfoncés en terre et-‘placés jointifs ou reliés par un clayonnage ; puis, pour empêcher qu'ils ne fussent

coupés ou incendiés aussi facilement, on creusa en avant ua fossé plus on moins large et profond; les terres rejetées en arrière formèrent une espèce de plate-forme sur laquelle montfait le défenseur pour dominer l’assaillant et lui envoyer des traits ou des pierres par-dessus la ligne de pieux. Telle est la fortification chez tous les peuples primitifs, telle elle , nous est représentée par tous les auteurs anciens, telle on l'a retrouvée dans les siècles derniers chez les peuplades sauvages de l’Amérique,

Mais comme tous les arts utiles, la fortification dut suivre le progrès général des connaissances chez les.-différents peuples. L’assaillant, couvert d'armes défensives, approchait de ces lignes de pieux sans courir de trop grands dangers ; il les coupait ou les incendiait, et s’ouvrait ainsi un passage. Les moyens de la défense étaient devenus trop inférieurs à ceux de l'attaque; on remplaça le bois par la pierre, on s'entoura de muraïlles, et les fortifications, qui jusqu’alors avaient eu beaucoup d’analogie avec nos retranchements passagers, prirent un caractère permanent. Les murailles suivirent la forme générale de l'enceinte des villes; on leur donna une assez grande épaisseur pour augmenter leur solidité d’abord, puis ensuite pour qu’elles présentassent à leur partie supérieure une large plate-forme, sur laquelle se tenait le défenseur pour surveiller les mouvements. de l’ennemi et le combattre avec avantage. La muraille était habituellement précédée d'un fossé ; le défenseur, monté sur la plate-forme, se trouvait en partie garanti contre les traits de l’assaillant par un mur à hauteur d'appui. Ce petit mur était quelquefois assez élevé pour couvrir complétement un homme ; mais alors il était interrompu de distance en distance, et dans ces intervalles il arrivait seulement à hauteur d'appui, comme l'indique la figure 1"° de la planche XVIII; on disait alors que le mur était crénelé. Le défenseur lançait à l’assaillant, par ces intervalles nommés créneaux, des flèches ou des pierres, et il. pouvait s’abriter momentané-

ment derrière les parties plemes pour reprendre haleine ou pour préparer ses armes à couvert. On montait sur la plateforme, toujours élevée au-dessos du sol de la ville, au moyen d’escaliers placés de distance en distance.

Les villes furent ainsi défendues par un certain nombre d'enceintes concentriques, que l’assiégeant dut enlever successivement. Ecbatane en avait sept, nous rapporte Hérodote ; elles étaient presque toujours circulaires ou elliptiques.

On aperçut bien vite un.grave défaut dans cette fortification : le manque absolu de flanquements. Arrivé au pied du mur, l’assaillant, qui à une certaine distance avait à redonter les armes de jet du défenseur, ne pouvait en être atteint que si celui-ci se découvrait complétement, et il la sapait avec beaucoup moins de danger pour s’ouvrir un passage vers l'intérieur. Pour remédier à cet inconvénient, on disposa de distance en distance des tours faisant saillie sur le reste de la muraille, et qui permettaient d'en voir le pied. Les tours furent rondes ow carrées; leur diamètre ou côté variait de 12 à 15",00, et leur hauteur était toujours plus considérable que celle de la muraille, dont on les séparait complétement. Les escaliers, qui partaient du sol de la ville pour arriver aux plates-formes, étaient renfermés dans les tours; le palier d'arrivée de ces escaliers était séparé de la plateforme d’abord par une porte buverte dans la muraille de la tour, puis par une espèce de fossé que l’on traversait sur un pont volant (PL. XVIII, fig. { et 2). On pouvait donc interrompre à volonté la communication avec la ville, et si l'ennemi s’emparait d’une portion de muraille située entre deux tours, il fallait qu'il se rendit encore maître d'une tour au moins pour trouver un escalier et pénétrer dans la ville.

Plus tard, afin d’augmenter.encore la défense du pied des murailles, on écarta du mur principal le petit mur supérieur, le soutenant au moyen de consoles de pierres; c’est ainsi qu'il est représenté sur la planche XVIII. Un espace

plus ou moins large existait entre ce mur et l'autre, et le défenseur pouvait faire pleuvoir sur l’assiégeant, à travers ces mdclacouhs, des traits et toutes sortes de projectiles.

Les. anciens, qui élevèrent souvent à force de bras, de temps et de patience , des ouvrages gigantesques, donnaient à leurs murailles de fortes proportions. Nous citerons par exemple les murs de Ninive qui atteignaient, dit-on, 30°,00 de hauteur et 10",00 d'épaisseur, tandis que les tours s'élevaient jusqu’à 60", 00.

Alors la défense avait une supériorité marquée sur l'atteque qui ne-pouvait disposer que de moyens bien faibles et souvent insuffisants.

Nous ne parlerons pas des armes de jet des anciens, telles que les balistes et les catapultes, destinées à lancer des traits de forte dimension ou de grosses pierres. On peut en voir la description dans Polybe commenté par Folard, ou dans les Études sur le passé et Pavenir de Partillerie par le prince Louis-Napoléon, aujourd’hui empereur des Français. Nous dirons seulement un mot des machines exclusivement destinées à un siége. L’assiégeant construisait des espèces de baraques roulantes dont le toit formé de grosses poutres jointives pouvait résister aux projectiles du défenseur; sous cet abri il s’approchait du pied du mur, comblant et nivelant tout ce qui arrêtait sa marche : arrivé en ce point, il sapait les fondations en les soutenant provisoirement par des étais en bois; lorsque la mine s’étendait sous une certaine longueur de muraille, il mettait le feu aux étais, le mur s'écroulait, et-ouvrait ainsi une brèche à l’assiégeant. D’autres fois au lieu d'employer la mine, on ébranlait le mur en le frappant à coups redoublés avec une forte poutre appelée béler, dont la tête était armée d’airain et qui était suspendue horizontalement par des chaînes ou des cordages à la toiture des baraques roulantes. Sous ces efforts répétés la muraille finissait par s’écrouler, ou les pierres étaient au moins tellement

disjointes qu'il devenait facile de les arracher avec des crocs et de faire une brèche.

Si le mur paraissait par sa construetion à l’abri de la mine ou du bélier, on élevait d'énormes tours ou bâtis en charpentes dont le hauteur atteignait celle des murailles aux pieds desquelles on les traînait à force de bras : des assaillants postés à différentes hauteurs chassaient les défenseurs de la partie supérieure du mur sur lequel s’abattaient des ponts volants partant de la tour et amenant l’assaillant jusque sur la plate-forme.

Pour résister à ces moyens d'attaque le défenseur avait la force et la hauteur de ses murs, ses machines de jet lançant des blocs de pierre considérables sur les constructions des assiégeants, et surtout enfin les sorties dans lesquelles il parvenait presque toujours à incendier ces machines si compliquées et si longues’ à élever. Aussi les siéges traînaient-ils presque toujours en longueur et souvent ils se convertissaient en blocus ou bien on éherchait à pénétrer par surprise dans la ville.

Cet état de choses se maintint jusqu’à la fin de la domiuation romaine : mais au moment de l'invasion des barbares, l'art de la fortification eut le sort de tous les autres, se perdit presque complétement, et les villes, mal attaquées, mal défendues , ne furent pas mieux fortifiées.

Cependant au milieu des luttes incessantes qui caractérisent cette époque, on sentit le besoin de se mettre à l'abri avec ce que l'on avait de plus cher : le conquérant barbare voulut se protéger contre de nouveaux envahisseurs et il fortifia la vz//a qu’il habitait, la population des campagnes elle-même se réfugiait sur les hauteurs, dans les lieux de difficile accès et y cherchait un abri contre l’épouvantable anarchie qui régnait alors, en les entourant de quelques fortifications. « Parmi les conquérants, dit M. Guizot dans son « Histoire de la civilisation en France, beaucoup menaient « encore une vie de course et de pillage; il leur fallait. un

« repaire où ils pussent se renfermer après quelque expédi- « tion, repousser les vengeances de leurs adversaires, résis- « ter aux magistrats qui essayaient de maïntenir quelque « ordre dans le pays. Tel fut le but qui fit construire un « grand nombre de châteaux. .... Non-seulement on-consa truisit des châteaux forts, mais on se faisait de toutes « choses des fortification, des repaires ou des habitations « défensives. . ... Les monastères, les églises se fortifièrent « aussi; on les entoura de tours, .de remparts, de fossés. « Les bourgeois firent comme les nobles; les villes, les « bourgs furent fortifiés. . . .. : Bien plus, l'ennemi était sou- « vent au dedans des murs, dans la rue voisine, dans la « maison mitoyenne ; la guerre pouvait éclater, éclatait en « effet de quartier à quartier, de porte à porte, et les fortifi- « cations pénétraient partout comme la guerre. Chaque rue « avait ses barrières, chaque maison sa tour, ses meurtriè- «res, sa plate-forme. »

Au milieu de cette impulsion générale, la fortification dut faire et fit en effet de grands progrès ; mais son caractère ne changea pas, car les armes offensives étaient toujours les mêmes ainsi que-les méthodes d'attaque, peut-être encore moins parfaites que du temps des Romains; or l'observation comme le raisonnement sont d'accord pour montrer que la défense ne se modifie que par suite des changements apportés dans les moyens d’attaque. Les enceintes se composèrent donc toujours de murs épais et élevés, flanqués de tours de distance en distance et précédés de fossés. On complétait la défense en plaçant en avant une seconde enceinte formée le plus habituellement de pieux jointifs ayant de l’analogie avec nos palanques : on leur donnait le nom de Zces. Quelquefois aussi on plaçait en dehors des lices un ouvrage détaché pour conserver un point important; c'était ordinairement une tour plus ou moins forte, communiquant avec la ville par un passage souterrain ou défendu par deux murs crénelés s’it était à ciel ouvert. Ces tours portaient le nom de &arbacanes.

Dans l’intérieur de la ville était habituéllement un château qui servait de réduit à la garnison, et en imposait aux habitants ; dans ce château se trouvait comme dernière ressource un donjon. .

Le long des murs et surtout dans les tours on ouvrait des meurtrières, créneaux ou archères, ouvertures de formes diverses par lesquelles le défenseur lançait des traits sur l’assaillant sans trop se découvrir. Au sommet, des bâtis en charpente nommés hourds, surplombant ke pied du mur, formaient d'excellents mâchicoulis.

Si la défense avait fait peu de progrès, l’attaque était aussi restée à peu près stationnaire, et tout au plus en était-elle revenue au point où les Romains l'avaient laissée. Aussi les siéges duraient-is fort longtemps, et on cherchait à les éviter en s’emparant des places par. des surprises tentées presque toujours contre les portes. Les ingénieurs {ingegneor, faiseur d'engins) accumulaient par suite sur ces points tous les genres de défense. Leur description nous entraînerait trop loin, et nous renverrons pour cela nos Jecteurs au remarquable travail de M. Viollet-Leduc, intitulé Architecture militaire au moyen dge, travail qui n’est lui-même qu'un extrait du Dictionnaire d'architecture du même auteur

Ces fortifications très-élevées au-dessus du sol et composées essentiellement de maçonnerie se soutinrent pendant tout le moyen âge. Mais l'invention de la poudre vint changer les systèmes d'attaque et de défense. Les pièces d'artillerie longues et ayant un recul assez fort ne pouvaient être mises en batterie sur d’étroites plates-formes; il fallut donc en augmenter la largeur en ajoutant des terres en arrière, ce qui s'appela remparer les murailles. L'espace manquait encore bien plus dans les tours, qu'il fallut agrandir.

Cependant profitant des progrès de cette nouvelle arme, l’assaillant démolissait de loin ces hautes murailles et ces parapets en pierre derrière lesquels le défenseur ne trouvait plus d'abri. 11 fallut se résoudre à les abaisser, mais ce ne

fut pas sans peine ; on ne pouvait se figurer que ces hautes tours, ces murs élevés et d'apparence formidable n'étaient plus capables de rendre de bons sérvices : la lutte fut longue entre d'anciennes habitudes et de nouvelles nécessités; on relégua vers l'extérieur les ouvrages peu élevés. Mais on céda enfin devant l'expérience et toutes les murailles s'abaissèrent et furent couvertes en partie par des terrassements ; en même temps les tours réduites au même niveaù mais très-agrandies, prirent le nom de boulevard.

Jusqu'alors l'assaillant avait dirigé ses attaques sur les longues courtines; mais quand il vit leurs pieds si bien défendus par les feux des boulevards, il reponta ses atlaques sur ceux-ci dont la position saillante était plus faible, ‘et qui d’ailleurs avaient en avant de leur partie la plus avancée un angle mort laissé par les derniers coups flanquants venant des boulevards voisins, EF, et E’F (PL. XVIII, fig. 2). L’'ingé- “nieur supprima ce défaut en terminant le boulevard en pointe, et construisit de véritables basfions : mais ce nom qui désignait alors-de petits ouvrages en terre construits en avant des fortifications, ne fut donné que plus tard aux boulevards. On fut donc conduit naturellement et petit à’petit à la forme bastionnée à la naissance de laquelle par suité on ne peul assigner de date précise ; la seule chose que l’on puisse affirmer c'est qu’on la vit d’abord apparaître en Italie vers le milieu du xv° siècle. Ce système fut rapidement adopté en Espagne , en Hollande et en France, et les anciennes fortifications disparurent pour faire plaee à d’autres plus capables de résister aux nouveaux moyens d'attaque. Alors la fortification s’éleva à la hauteur d’une science et de nombreux auteurs s’en occupèrent-successivement.

Le tracé bastionné er fortification permanente conserve Ja même nomentlature qu’en fortification passagère, sauf que toutes les désignations qui se rapportent dans celle-ci à la crête intérieure s'appliquent dans la première à la ligne qui représente la partie supérieure des maçonneries de l'es-

carpe, à laquelle on a donné le nom de magistrale, comme étant la ligne la plus importante; cette ligne est employée pour le tracé. Le saillant d’un bastion sera donc le point de rencontre des magistrales des deux faces ; l’angle d'épaule sera l’angle formé par les magistrales dela face et du flanc, et quand nous parlerons de la longueur d’une- face, d'un flanc, d’une courüne, nous désignerons ainsi la longueur de leur magistrale.

Cela posé, revenons à notre résumé historique. On r’arriva pas de suite à un système rationnel ; l'habitude de voir l’assiégeant s'attacher aux courtines conduisit à faire les bastions trop pelits, et ils ne s’agrandirent qu’au moment où l’on dirigea contre eux les attaques. Pour la même raison les flancs eurent d’abord une forme arrondie qui rappelait leur origine , puis on les traça perpendiculaires à la courtine, en laissant un arrondisseinent vers l’angle d'épaule (Pr. XVIII, fig. 3). La partie arrondie nommée or:/lon, cet ancien reste du boulevard et par suite de la tour avait pour but de couvrir contre les coups d’enfilade les pièces situées sur le flanc retiré, et de conserver le flanquement jusqu’à la fin du siége. En avant du fossé on construisait une contrescarpe revêtue, puis au delà un terre-plein couvert par la masse du glacis, nommé d’abord corridor, ensuite chemin couvert ; il servait à mettre la garnison en communication avec la campagne et à la recueillir après es sorties. Le glacis couvrait une partie des maçonñneries de l’escarpe.

Les escarpes étaient souvent munies à leur partie supérieure d'un chemin des rondes, dont le nom indique suffisamment l'emploi (Pc: XVIII, fg. 4}. À mi-hauteur de cette escarpe on construisait encore quelquefois un autre terreplein ou corridor nommé fausse brate ; un mur percé de créneaux abritait le défenseur en lui fournissant le moyen de tirer dans le chemin couvert.

On disposait les portes sur le milieu des courtines, et on les protégeait par de petits ouvrages demi-circulaires qui

portaient le nom de raveÆn ou de demi-lune, d'aprés leur forme. Bientôt on construisit leurs faces droites , donnant à l'ouvrage la forme d’un redan ou même d’une lunette, pour que leurs fossés fussent flanqués, et on en mit sur tous les fronts quand on eut reconnu leurs propriétés défensives. Les chemins couverts suivirent la contrescarpe de ces ouvrages.

Parmi les ingénieurs les plus marquants par leurs travaux sur la fortification bastionnée jusqu'au milieu du xvu: siècle se trouveni l'Italien Marchi, l'Allemand Dante! Speckle, le Hollandais Freytag et les Français Errard, de Ville et Pagan. Mais ils furent tous dépassés par le maréchal de Vauban, qui posséda au plus haut degré cet art si difficile d’appliquer au terrain la fortification de manière à tirer parti de toutes les ressources qu'il présente. La construction de 33 places neuves et l'amélioration de plus de 300 places anciennes dongent une idée de l’activité au travail de cet homme si remarquable qui dirigea. en-outre presque tous les grands travaux de son temps, comme l’aqueduc de Maintenon et le canal du Midi, et laissa plusieurs volumes sur l'économie politique dans lesquels il devançait son époque. Cormontaingne suivant les idées de Vauban apporta au tracé bastionné quelques améliorations. Coëhorn, l’'émule et souvent l'adversaire de Vauban, donnait en même temps d'excellents préceptes pour la construction du tracé bastionné sur un terrain aquatique; mais son système ne peut s'appliquer qu’au sol marécageux de la Hollande sa patrie, et ne conviendrait pas à des sites élevés,

Aussi le système bastionné de Vauban prévalait partout, et il formait école sous le nom d'école francaise. Ce ne fut cependant pas sans contradiction; en Allemagne certains auteurs cherchèrent à s'en écarter, entre autres Samuel Rimpler, Landsberg et Herbort; leurs idées ne purent alors prévaloir, et seraient peut-être passées imaperçues, si le général français marquis de Môntalembert n’eût pas proposé vers la fin du xvi° siècle des changements radicaux dans la

fortification-en usage, mêlant à ses idées personnelles une partie.de celles des auteurs que nous venons de citer. La manière violente avec laquelle M. de Montalembert attaqua non-seulement le système bastionné mais encore les ingénieurs français qui préféraient l’ancien système aux idées neuves de l’auteur, amena des répliques non moins acerbes. Les guerres de la république et de l'empire étouffèrent cette discussion ; le général Carnot, l’ancien ministre de la guerre du comité de salut public, proposa à son tour un-nouveau système également repoussé par les ingénieurs français qui, fidèles au tracé bastionné, cherchaient à le perfectionner ; le chevalier de. Bousmard, le général de Chasseloup-Laubat émirent quelques idées dans ce sens. Mais après 1845 il se fit une réaction chez les ingénieurs étrangers, peut-être comme le dit le major prussien B/esson , ‘par haine des idées françaises en général, des systèmes de Montalembert et de Carnot (Français cependant) ils composèrent une fortification mixte, qui reçut le nom .de système allemand, et qui est suivie par tous les peuples du Nord et de l’Europe centrale. Nous lui consacrerons plus tard-quelques pages.

. Au reste en fortification les idées exclusives doivent être rejetées avec soin. Aussi veyons-nous aujourd’hui les Allemands chercher à faire concorder le tracé bastionné avec une partie de leur système dont ils abandonnent certaines portions intégrantes, tandis. que les ingénieurs français ne s'en tiennent plus aussi absolument aux idées de Cormontaingne, et les modifient dans bien des cas. .

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