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CHAPITRE III

TRACÉ GÉNÉRAL ET NOMENCLATURE D'UN FRONT DE FORTIPFICATION EN TERRAIN HORIZONTAL. —— DEHORS. ——RETRANCHEMENTS INTÉ- RIEURS.— COMMUNICATIONS.

L'risronique dé la fortification bastionnée depuis son origine, c’est-à-dire depuis le milieu du xvr° siècle, nous forcerait à des développements que nous croyons peu utiles dans cet ouvrage ; nous ne dirons rien des tracés différents. proposés par les auteurs que nous avons cités dans le chapitre précédent. La fortification de nos places fortes est basée sur les idées de Vauban légèrement modifiées par Cormontaingne. 11 faut en faire connaître la construction et la nomenclature d’une manière générale, sans donner les détails de construction qui n'ont d'importance que pour des officiers du corps du génie; il faut surtout insister sur le but et l'importance relative des différents ouvrages. Ces dernières notions ne pourront être complétées qu'après avoir achevé Pétude des diverses manières d'attaquer et de défendre les places.

Lorsque l’on veut entourer une ville de fortifications, on commence par lui circonscrire un polygone régulier ou non, dont les côtés ont des longueurs peu différentes les unes des autres; ce sont les cdfés extérieurs d'autant de fronts bastionnés dont la réunion forme l'enceinte de la place. H faut

donc connaître d'abord la construction d’un de ces fronts; elle diffère un peu, comme nous allons le voir, de celle employée dans la fortification passagère, mais elle est cependant basée sur les mêmes principes; voici celle donnée par Cormontaingne; on se rappelle que la ligne du tracé est la magistrale :

Le côté extérieur varie entre 350 et 370",00 par suite de

considérations que nous exposerons tout à l’heure ; sur le

milieu, on élève une perpendiculaire. égale au sixième de ce coté , et on joint son extrémité avec celles du côté extérieur ; on obtient ainsi la direction des faces qui ont pour longueur le tiers du côté extérieur ; la courtine a la même longueur, et les flancs 40"00, ce qui permet d’achever le tracé des magistrales. Cette construction est un type auquel on n’est point obligé de se conformer strictement, mais on ne peut s’en écarter qu'en restant pour les différentes-lignes dans les limites de grandeur que nous allons assigner. |

Occupons-nous d’abord des lignes de défense. 11 faut que les coups partant du flanc puissent atteindre lesassiégeantssitués à 15 ou 20",00 de l’autre côté du fossé au saïlant du bastion opposé, si pour ce genre de flanquement on voulait se servir du fusil d'infanterie dont la portée est au plus de 240",00, on aurait des lignes de défense beaucoup trop courtes; on admet qu'il se-fera au moyen du fusil de rempart dont la bonne portée est de 300,00 environ. Or, comme nous donnons à nos fossés 30,00 de largeur vis-à-vis le saillant, et qu’il faut que le-coup porte à 15 ou 20",00- au : delà, c’est-à-dire à 50,00 du saillant, il en résulte que le maximum de ligne de défense sera de environ 250,00.

Aujourd'hui que les armes de précision s’introduisent dans l’armée, et que les progrès faits dans leur construction permettent d'en augmenter encore la portée, on pourrait probablement allonger la ligne de défense, d'où il résulterait comme nous le verrons.tout à l’heure d'assez notables économies.

Nous fixerons à la courtine une limiite minimum dépendante des mêmes considérations que celles qui nous ont guidé dans les fronts de fortification passagère : les coups partant des flancs doivent battre à 0",50 près le fond du fossé au milieu de la courtine. Pour résoudre cette question, il faut d'abord connaître le profil habituel des ouvrages, qui est le suivant (PL. XX, fig. f.) :

La hauteur de l’escarpe du corps de place est de 10w,00 quand les fossés sont secs, et de 8”,00 seulement quand ils sont pleins d’eau (la haûüteur minimum de l’eau est fixée à 2»,00); avec ces hauteurs on se regarde comme étant à l’abri de l'escalade. Le parement extérieur a une inclinaison variable entre le sixième et le vingtième de la hauteur ; dans un but desolidité plus que d’ornementation, le sommet est couronné d’une tablette en pierre de taille faisant une légère saillie. Au-dessus du mur et sur la tablette on laisse une berme horizontale ab destinée à empêcher les terres entratnées par les pluies et les dégels de tomber dans le fossé. A la suite se trouve un talus extérieur ec, incliné soit à 45°, soit mieux encore à 5 de base pour 4 de hauteur, puis une plongée cd, tenue à la pente de 6 pour 1. Le parapet ayant une épaisseur constante de 6m,00, la crête extérieure se trouve à 1,00 au-dessous de la crête intérieure. Le talus intérieur de est incliné au tiers; à la suite vient une banquette horizontale e / dont l'extrémité est à 2°,10 dela crête intérieure, mesurés horizontalement; elle est à 1",30 en dessous de la crête intérieure; vient ensuite un talus de banquette fg à 2 de base pour 1 de hauteur, qui relie la banquette avec le terre-plein ghA; celui-ci.est à 2°,50 en dessous de la crête intérieure, et 1l a une pente vers la ville de 0m,25 à 0,50 suivant sa largeur, pour l’écoulement des eaux ; sa largeur varie entre 8 et 18 mètres comptés depuis la crête intérieure. Un talus de rempart À incliné à 3 de base pour 2 de hauteur le raccorde avec le sol de la ville. La hauteur de

la crête intérieure au-dessus de la magistrale varie entre

2°,50-et 3°,50. Si l'artillerie placée derrière ce parapet doit tirer à embrasure , cette hauteur ne peut être au-dessous de 2°,50 pour que le fond de l’embrasure passe au moins à 0m,15 au-dessus de la tablette, qui de cette manière ne pourra être détériorée par le boulet (1). Quelquefois on ajoute une seconde banquette dite d'artillerie et située à 2m,00 au-dessous de la crête intérieure.

Cela posé révenons à la détermination du minimum de la courtine. Le coup de feu pârtant d’une embrasure ouverte dans le parapet du flanc ira rencontrer le fond du fossé relevé de 0°,50 à une distance d’autant moindre que le point de départ sera moins élevé, l’inclinaison étant du reste constante et fixée à 6 pour 1. Maisle boulet ne peut passer au-dessous du point a’, comme nous venons de le voir, et le coup partant de ce point rencontre le sol du fossé relevé de 0®,50 à une distance de la magistrale égale à 6 fois la ligne a’ m; ce point de rencontre est au milieu de la courtine minimum, dont la longueur est par suite de 12 fois la ligne a’ m. Dans le cas des fossés secs, la hauteur d’'escarpe ayant été fixée à 10",00, a’ m. est égale à 9°,65 et par conséquent la courtine minimum est égale à 12 X 9,65 ou à 116°,00 en nombre rond. Dans le cas des fossés pleins d'eau, le coup doit frapper au niveau de l’eau vis-à-vis le milieu de la courtine; mais la hauteur de l'eau étant au moins de 2°,00, la hauteur d’escarpe au-dessus de l’eau est de 6*,00 , et la ligne a’ m est égale à 6",15, de sorte que la courtine minimum est alors égale à 12 X 6",15 ou à 74",00 en nombres ronds.

Cette recherche du minimum de courtine et du maximum

(4) Il est facile d'arriver à ce résultat en remarquant que l'origine de l'embrasure étant à 4,00 en-dessous de la crête, la hauteur on est égale à lr hauteur r d diminuée de 4m,4$, et que de plus, dans le triangle ona!, cette même hauteur est égnle au sixième de la base oa', qu'il est facile de calculer en faisaut entrer dans sa valeur l'inconnu r d. 11 faut résoudre alors une équation du premier degré qui donne rd.

de ligne de défense n’est point une question oiseuse ; car dans la fortification permanente comme dans la passagère, le maximum de côté extérieur s’obtient en combinant ces deux lignes limites avec le maximum de flanc. Or, pour envelopper un même périmètre, il y a économie à employer de grands fronts; car le développement des maçonneries est moindre ; on a donc intérêl à connaître le maximum de côté extérieur. C’est d’après ce que nous venons de dire que la longueur du côté extérieur a été fixée entre 350-et 370,00.

La limite inférieure du flanc a été fixée à 12,"00 de longueur pour conserver la possibilité d'y mettre deux pièces en batterie ; mais on rie l’adopte que dans. des cas exceptionnels et sur des fronts peu exposés à une attaque en règle; la longueur des lignes flanquantes fait en partie la force d’une fortification bastionnée, et il ne faut pas les diminuer sans raison; dans les cas ordinaires le flanc doit pouvoir être armé de 6 à 8 pièces.

On a fixé à 60° la limite inférieure des angles saillants formés par les faces d'ouvrage, de manière que la capacité intérieure ne fût pas trop diminuée , et pour éviter aussi certaines-difficultés de construction dans des angles trop aigus de terre ou de maçonnerie.

Au reste la construction du front bastionné dont nous avons donné précédemment un type est variable à l'infini. On peut en effet considérer le front réuni au côté extérieur comme un hexagone à angles rentrants et saillants, qu'il faut construire d’après la connaissance de certaines conditions. Le plus souvent la position des saillants est donnée, c’est-à-dire .la longueur du côté extérieur, souvent aussi la direetion des faces qui doivent battre tel ou tel point de la campagne ou être dirigées de manière à échapper à l'enfilade, leur prolongement allant ficher dans des rivières ou des marécages. Les autres lignes sont alors déterminées d’après les besoins de la défense et de manière à se maintenir dans les limites dont nous venons de parler.

Nous remarquerons que les tracés ainsi obtenus sont presque toujours irréguliers et que les fronts ne sont plus symétriques.

Continuons maintenant la description. du front bastionné situé en terrain horizontal, el dont nous avons déjà tracé la magistrale. En arrière de la magistrale, qui est presque toujours située à 4,00 au-dessus du sol, se trouve le parapet organisé comme nous venons de le dire. -Au saillant du bastion, la crête a un commandement de 7",00 sur la campagne, et se trouve par conséquent à 3",00 au-dessus de la mägistrale; un pan coupé de 4°,00 de longueur, perpendiculaire à la capitale, permet de tirer dans sa direction. La crête de la face a une pente de 0,50 du saillant vers l'angle d'épaule, afin de diminuer un peu les effets du .tir à ricochet sur cette face. Les crêtes des flancs et de la courtine sont horizontales, avec un commandement de 6”,50 sur la campagne, c’est-à-dire avec le relief minimum de 2,50 au-dessus de la magistrale.

Le terre-plein en arrière de la courtine, qui est un: lieu de passage très-fréquenté, a de 15 à 18m,00 de largeur; il n'a que 13",00 en arrière des faces et des flancs. Au centre du bastion se trouve dans ce cas une grande plate-forme au niveau du sol, et on dit que le bastion est vide. Quelquefois celte partie centrale est comblée jusqu’au niveau du terreplein, de manière que tout l’intérieur du bastion soit à 2",50 ou 3,00 au-dessous des crêtes ; c’est un‘bastion plein.

On arrive du sol de la ville sur le terre-plein au moyen de rampes inclinées généralement à 8 de base pour 1 de hauteur, et qui dans tous les cas ne doivent pas être plus raides que 6 pour 1. Leurs horizontales sont perpendiculaires à la ligne de montée.

Une rue de 8",00 au moins de largeur, nommée rue miktaire, sépare lés pieds des talus de la fortification des constructions civiles.

En avant de l’escarpe est un fossé dont la profondeur en

dessous du sol est en général de 6,00: sa largeur aux saillants cst de 30,00, et elle augmente de 2 ou 3",00 vers les angles d'épaule; par suite de cette construction, les coups partant des flancs convergent davantage vers les saillants. Dans:le cas des fossés pleins d'eau, la profondeur est moindre et on porte la largeur jusqu’à 40",00. Les fonds des fossés secs ont une pente vers leur milieu; les eaux pluviales ou de source se rassemblent en ce point dans un petit fossé de 1",00 de profondeur sur autant de largeur au fond, auquel on donne le nom de cunette.

En avant du fossé les terres sont soutenues soit au moyen d’un mur en maçonnerie, soit par un simple talus en terre aussi raide que possible, moms bon pour la défense, mais beaucoup plus économique ; ils portent le nom de contrescarre.

L'enceinte d'une place pourrait à la rigueur être seulement formée de fronts bastionnés ainsi organisés ; il suffirait pour la compléter d'ajouter en avant de la contrescarpe des glacis destinés à couvrir les maçonneries de l’escarpe contre les coups éloignés de l'artillerie ; leur surface doit être.battue par les coups venant des parapets en arrière. Ainsi est construite l'enceinte continue qui environne Paris. Mais il est rare qu’on se contente d’une défense aussi simple, et on ajoute presque toujours sur chaque front bastionné quelques ouvrages de fortification que nous allons décrire successivement. Nous les considérerons accumulés sur un seul et même front; mais il restera bien entendu que leur existence n'est point nécessaire à celle de la fortification, et que si tous ces ouvrages coexistent quelquefois, rien n'empêche d'en supprimer quelques-uns ou même la totalité, soit dans un but d'économie, soit comme n'étant pas indispensables. La planche XIX présente le plan de ces différents ouvrages, dans lesquels on a fait des profils dessinés à la planche suivante XIX bss.

L'ouvrage le plus généralement employé est la demi-lune

dont nous avons déjà dit un mot : autrefois on lui donnait la forme d’une lunette située en capitale du front; les flancs parallèles à la capitale avaient pour but de voir à revers les colonnes d'attaque qui cherchaient à gravir la brèche faite au bastion vers son saillant. Les flancs devinrent inutiles au moment où la grande saillie donnée aux demi-lunes força l'assiégeant à s'en emparer avant de prendre le bastion. La demi- June prit alors la forme d’un redan BBB, dont les faces s'arrêtent à la contrescarpe du corps de place ; on la construit en dirigeant ses faces prolongées en un point situé sur celles du bastion à 30°,00 environ de l'angle d'épaule : ces faces ont une longueur égale au tiers du côté extérieur. Quelquefois pour augmenter encore la saillie de la demi-lune, on réduit son angle saillant au minimum de 60° en allongeant les faces : cette saillie a en effet une importance considérable; plus elle est grande, et plus le bastion compris entre deux demi-lunes se trouve dans un rentrant prononcé ; l’assiégeant en sera donc tenu plus longtemps éloigné el ne pourra l’aborder qu'après s'être rendu maître des deux demilunes collatérales. |

Le profil de la demi-lune est le même que celui du corps de place, sauf que l'escarpe est un peu moins élevée. L'escalade donnée à un ouvrage situé en dehors de l'enceinte ne peut avoir d'autre But que celui d’enclouer quelques pièces et de tuer quelques défenseurs, après quoi il faut se retirer avec plus ou moins d’erdre et en faisant des pertes considérables sous les coups rapprochés de l'enceinte; on risquerait même de se voir coupé par un détachement assez fort sorti exprès de la ville. Les ouvrages extérieurs ont donc peu à redouter l'escalade ; aussi on diminue leur hauteur d'escarpe qui varie en raison de leur importance. On donne à celle de la demi-lune de 7 à 9",00 de hauteur, et à son fossé 20",00 de largeur, tenant la contrescarpe parallèle à l’escarpe. Cormontaingne creuse le fossé à la même profondeur que celui du corps de place; mais il serait préférable de maintenir

entre ces deux fossés une différence de niveau de 2",00 environ, qui ne permettrait pas à l’assiégeant maître du fossé de la demi-lune de pénétrer immédiatement dans celui du corps de place. L'escarpe de la demi-lune n’a plus alors que 7°,00 de hauteur; sa magistrale est à 1°,00 en dessous de celle du corps de place.

Voici maintenant comment on détermine la crête de cet ouvrage. Il est un principe dont on ne s’écarte presque jamais en fortification, et qui exige que les ouvrages en avant soient commandés par ceux en arrière. Il est facile de se faire une idée de l’importance de ce principe : d’abord il faut évidemment en tenir compte si on veut que l'ouvrage en arrière puisse tirer par dessus celui qui eêt en avant ; mais quand bien même on ne s’assujettirail pas à cette condition, le principe devrait encore être observé avec grand soin, pour que le défenseur de l'ouvrage en arrière ne soit pas dominé par l’assiégeant maître de l’ouvrage extérieur. La crête du saillant de la demi-lune est tenue à 1”,00 au-dessous de celle du bastion au saillant ; elle a une pente de 0°,50 du saillant à l'extrémité pour diminuer un Leu les effets du ricochet sur son terre-plein qui est toujours à 2",50 en dessous de la crête. Le parapel soumis aux coups extérieurs a 6",00 d'épaisseur.

Ainsi organisé, cet ouvrage est susceptible d'une bonne défense, même en sapposant son {erre-plein continué jusqu'à Ja rencontre des contrescarpes du corps de place ; cependant sa valeur sera considérablement accrue si on construit dans l'intérieur un petit ouvrage lui servant de réduit. Vauban avait indiqué ce. réduit de demi-lune, C, en avait même construit quelquefois ; mais le plus souvent il les avait supprimés par motif d'économie. Cormontaingne réglementa leur construction en augmentant leur capacité de manière à en faire des ouvrages susceptibles d’une meilleure résistance. Il tient leur contrescarpe, qui forme en même temps la gorge de la demi-lune, à 20,00 de l'escarpe de ce premier ouvrage ;

le fossé qui les précède a 10”,00 de largeur, de manière que l'escarpe des faces est parallèle à celle de la demi-lune, à 30",00 de distance. On donne à cet ouvrage des flancs de 10 à 12",00 de longueur, paralléles à la capitale du front et destinés à remplacer ceux de la demi-lune supprimés, c'est-à-dire permettant de battre à revers les .brèches faites aux saillants des bastjons; de cette manière on force l'assiégeant à s’ emparer du réduit de demi-lune avant d'attaquer ces brèches.

Cet ouvrage, moins important encore que la demi-lune, n'a que 5 à 6,00 de hauteur d’escarpe ; sa magistrale doit être couverte contre -les coups extérieurs par le: parapet de la demi-lune. D'après le principe des commandements dont nous parlions tout à l'heure, la hauteur de sa crête au saillant est intermédiaire entre celle du corps de place et celle de la demi-lune, c’est-à-dire que son commandement sur la demi-lune sera de 0",50 environ. Les crêtes des faces ont une pente de 0",25, les flancs sont ‘horizontaux. On donne au parapet de 4 à 6",00 d'épaisseur, on peut à la rigueur se contenter de 4",00 , l'ouvrage étant garanti par la demi-lune ; à 2°,50 en dessous des crêtes se trouve un terreplein haut, de 10”,00 de largeur ; au centre est un terre-plein bas, à 2",50 en dessous du terre-plein haut, c’est-à-dire à environ 1”,00 en dessus du sol. Le long des faces le terreplein haut est soutenu par des talus à 3 de base pour 2 de hauteur, et le long des flancs par un mur vertical; une rampe en capitale permet aux voitures d'aller du terreplein bas sur le terre-plein haut.

En avant de la courtine est un ouvrage auquel on donne le nom de fenaille, DDDD, à cause de sa forme. Il se compose. de trois faces dont une est parallèle à la courtine ; les deux autres sont dans le prolongement des faces des bastions, et s'appellent atles de la tenaille.

Cet ouvrage couvre l’escarpe de la courtine contre les batteries de brèche placées sur le terre-plein de Ja demi-lune

ou de son réduit ; il donne des feux obliques maistrès-rapprochés dans les fossés du corps de place. En outre les troupes destinées aux sorties trouvent entre sa gorge et la courtine un lieu de rassemblement, une place d'armes où elles sont parfaitement à couvert.

Les ailes de la tenaille sont terminées par des murs de profil parallèles aux flancs et à 10",00 de distance; la gorge du pan coupé est à 12",00 de la courtine, et la tenaille a 14,00 d’épaisseur entre son escarpe et sa gorge. On tient la magistrale à 0,30 au-dessus du sol, et la gorge sur le sol même; puis eomme cet ouvrage agit plutôt comme masse couvrante que pour donner des feux importants, on ne s'astreint pas pour coter sa crête au principe des commandements; mais on la tient à 2",50 au-dessus du sol, c’est-àdire bien inférieure à celle des ouvrages qui la précèdent, et horizontale parce qu’elle n'a point à craindre le ricochet. On donne 4",00 d'épaisseur à son parapet qui n’est pas en prise aux coups extérieurs.

Vauban, puis Cormontaingne , et à leur suite les auteurs modernes de l’école française conservèrent le chemin couvert des anciens ingénieurs, longeant les contrescarpes du corps de place et de la demi-lune ; le défenseur y est abrité par le massif des glacis.

Le terre-plein de cet ouvrage est un peu au-dessus du niveau du sol, et à 2°,50 au-dessous des crêtes qui l'abritent. Celles-ci placées à 10°,00 au moins des contrescarpes sont tracées en .crémaillères 1H, et une traverse O est placée en arrière de chaque crochet dont la longueur est de 3,50 à 4°,00. Le: but de ces traverses est de soustraire -ces longs terre-pleins aux coups d’enfilade et en même temps de permettre une défense plus longue, plus opiniâtre, comme on le verra dans la troisième partie.

Les crêtes du chemin couvert ne sont pas prolongées jusque dans l’angle rentrant formé par les contrescarpes du corps de place et de la demi-lune; on trace dans ce ren-

trant prononcé une grande place d'armes N en forme de redan dont le saillant est situé. sur la bissectrice de l’angle rentrant; ses faces ont 60",00 de longueur à partir de la contrescarpe , et les demi-gorges ont 54*,00 mesurés sur les contrescarpes ; on lui donne le nom de place d'armes rentrante. :

On élève en général trois traverses dans chaque branche des chemins couverts de la demi-lune ; la première a sa crête dans le prolongement de celle de la place d'armes rentrante; on lui donne 6,00 d'épaisseur. L’épaisseur de la troisième est la même , et le pied de son talus extérieur est placé dans le prolongement de la magistrale de la face de la demi-lune. Enfin la deuxième intermédiaire entre les deux autres n’a que 4",00 d'épaisseur; la crête est perpendiculaire sur la contrescarpe. Des banquettes et talus de banquettes permettent au défenseur des chemins couverts de faire feu par dessus ses crêtes ; des passages de 2",00 de largeur existent entre le mur de profil qui soutient l'extrémité de la traverse et la crête du chemin couvert soutenue aussi par un mur vertical le long de ce passage.

Du côté du bastion, la place d'armes rentrante est fermée par une traverse de 6”,00 d'épaisseur dont la crête est dans le protongement de celle de la place d'armes. Celle des chemins couverts en avant du bastion est tracée en ligne droite, à 10°,00 de la contrescarpe. Un passage de 2°,00 semblable à ceux dont nous venons de parler est ménagé à l'extrémité de la traverse pour aller de la place d'armes dans le chemin couvert du bastion. Les arrondissements de contrescarpe situés aux saillants des demi-lunes et des bastions forment aux saiHants de leurs chemins couverts des lieux de rassemblement ou place d'armes, R, nommés places d'armes saillantes.

Le relief des crêtes de ces ouvrages est déterminé de manière à ce qu’elles couvrent suffisamment, c’est-à-dire à 1°,00 près environ contre les coups éloignés les maçonneries

des ouvrages en arrière. Le saillant des chemins couverts de la demi-lune est en général à 3",50 au-dessus du sol, puis chaque branche va en.s’abaissant de 0",25 pour soustraire un peu l’ensemble aux effets du tir à ricochet. Les places d'armes saillantes des bastions et les places d'armes rentrantes seront attaquées après les places d'armes saillantes des demi-lunes; on tient leurs saillants plus élevés, c’està-dire à 4°,00 au-dessus du sol; les crêtes ont une pente de 0",50 du saillant vers la gorge, toujours pour éluder un peu les effets du ricochet,

Les crêtes des chemins couverts se raccordent avec la campagne au moyen d’un remblai ou masse de terre, nommé glacis, dont la surface en pente douce est parfaitement battue par tous les ouvrages en arrière; les plans qui la limitent se nomment plans de glacis. Les crêtes des chemins couverts par lesquels on mène ces plans portent souvent aussi le nom de crêtes de glaûs.

Cormontaingne tient les plans de glacis inclinés à 24 de base pour 1 de hauteur ; cette inclinaison est un peu douce, on peut la raidir jusqu’à ce que les différents plans soient battus juste par les ouvrages en arrière; on obtient ainsi l'avantage d'occuper moins de terrain:

Nous avons déjà vu qu’un ouvrage ne pouvait être bien défendu qu’à la condition de. posséder un réduit. Aussi pour donner à la place d’armes rentrante toute la valeur dont elle est susceptible, on construit dans l’intérieur un ouvragé terrassé auquel on donne le nom de réduit de place d'armes. Vauban en await indiqué l'utilité dans son 7Zraté de la défense des places ; Cormontaingne mit à profit cette idée, et voici la forme qu'il donne à ces petits ouvrages, EE : ils ont 40",00: de demi-gorge, mesurés le long des’ contrescarpes de la demi-lune et du corps de place et 36,00 de face. En faisant ainsi la demi-gorge plus grande que la face, tandis que c’est le contraire pour la place d'armes, l’ouvrage et son réduit n’ont point leurs faces parallèles, ce qui est

important pour que la même batterie ne puisse pas les ricocher toutes les deux. Les ingénieurs modernes prennent la même précaution pour: les. faces de la demi-lune.et de son réduit.

La rnagistrale du réduit de place d'armes est à 3°,00 audessus du sol; les maçonneries sont ainsi couvertes par les crêtes de la place d'armes. L'ennemi a si peu d'intérêt à l'escalader qu'on ne lui donne que 4 à 5°,00 de hauteur d'escarpe; en avant est un petit fossé de 5,00 de largeur. Le parapet de cet ouvrage soumis directement au feu de la campagne a 6",00 d'épaisseur ; au saillant sa crête commande celle de la place d'armes de 1",00, puis elle a 0",50 de pente du saillant vers l'extrémité. En arrière est le terre-plein à 2,50 en dessous des crêtes; on lui donne une pente de 1",00 vers l’angle de contrescarpe, pour faciliter l'écoulement des eaux.

Quelques auteurs ont aussi proposé de construire un réduit dans la place d'armes saillante ; convenablement organisé il pourrait en effet rendre de très-grands services au moment d'une attaque des chemins couverts. Comme cet ouvrage ne se réncontre presque jamais, nous ne fer ons ici que signaler son existence possible.

Un des ouvrages les plus importants que l'on puisse ajouter, déjà fort apprécié du temps du comte de Pagan, est la contregarde. Cet ouvrage a la forme d'un redan placé soit en avant d’un saillant de bastion, sort plus rarement en avant d'un saillant de demi-lune, et ayant ses faces à peu près parallèles à celles de l'ouvrage en arrière. Nous nous occu- ‘perons seulement de la contregarde placée en avant d’un bastion (PL. XIX, F, F\. On prend pour gorge de cet ouvrage la contrescarpe du bastion telle que nous l'avons tracée; la magistrale est à 20",00 au delà de cette contrescarpe : en avant est un fossé de 20”,00 de largeur au delà duquel sont reportés les chemins couverts construits comme ceux de la demi-lune. Daps l'angle rentrant des deux contrescarpes se

trouve un réduit avec sa place d'armes; ces deux derniers ouvrages ont souvent des dimensions moindres que celles indiquées plus haut, afin de ne pas trop leur donner de saillie. Le mur de profil qui limite la contre-garde est habituellement dans le prolongement de la contrescarpe de la demi-lune; son fossé est flanqué par la face de ce dernier ouvrage. Quelquefois cependant si la demi-lune par suite de sa grande saillie devait être emportée avant la contre-garde, on pourrait pour conserver un flanquement à celle-ci après la prise du premier ouvrage, la prolonger jusqu’à la gorge de la demi-lune, dont la face s’arrêterait au prolongement de la contrescarpe de la contre-garde; son fossé serait alors flanqué par le réduit de demi-lune, tandis que celui de la demi-lune le serait par la contre-garde. Il est rare que l’on ait recours à cette seconde construction; la première est presque seule employée, car on met habituellement les contre-gardes en avant des bastions aigus; elles ont donc une saillie prononcée dans la campagne et sont attaquées en même temps que les demi-lunes.

Le fossé de ces ouvrages est au niveau de celui de la Jemi-lune ; il suffit de donner aux:escarpes de 7 à 9°,00 de hauteur. Le parapet a 6,00 d'épaisseur; les crêtes sont cotées comme celles des demi-lunes, c’est-à-dire que leur saillant est à 1",00 au-dessous de celui du bastion, et qu si y a 0",50 de pente de ce point à l'extrémité.

Lorsque le saillant de la demi-lune ou de la contre-garde est occupé par l’assiégeant, celui-ci peut, au moyen de travaux dont nous parlerons dans la troisième partie du cours, se glisser à couvert jusque dans la partie des faces qui se trouve en arrière des réduits de places d'armes rentrantes, La défense de ces ouvrages ainsi pris à revers tombe naturellement, et l’assiégé est obligé de les abandonner sans combat. Pour éviter cet inconvénient, on interrompt la face, soit de la demi-lune, soit de la côntre-garde, par un fossé de 4°,00 de profondeur environ, et de 5 à 6”,00 de largeur,

perpendiculaire à la face de l'ouvrage et dans le prolongement de celui du réduit de place d’armes. En arrière du fossé se trouve un parapet auquel il suffit de donner 4",00 d'épaisseur, et qui-garantit les défenseurs de la partie séparée formant alors un ouvrage distinct nommé coupure de demi-lune, S, ou de contre-garde suivant les cas. Quand les coupures sont construites en même temps que le reste de la fortification, leurs escarpes et leurs contrescarpes sont en maçonnerie, ce sont des ouvrages permanents : mais souvent elles n’existent point à l'avance, il faut les construire au moment d'un siége ; elles deviennent des ouvrages de fortification passagère ; on revêt leurs escarpes et leurs contrescarpes de gazons, fascines ou madriers ; les terres sont fournies par le déblai du fossé et la berme est fraisée.

Tels sont les principaux dehors que l’on peut construire en avant du corps de place et compris dans le chemin couvert. Supposons que l'ennemi s’en soit rendu maître successivement ; il arrive au saillant du bastion, il y fait brèche, il va donner l'assaut. Si aucun ouvrage n'existe en arrière et que la garnison ne veuille pas poser les armes, elle court les risques, si elle succombe dans une résistance honorable et digne des plus grands éloges, de voir la ville livrée au pillage et d’être elle-même passée par les armes. Si jamais un réduit fut nécessaire dans l’intérieur d'un ouvrage, c'est sans contredit lorsque son absence éntrainerait des résultats aussi graves. Admettons au contraire que ce réduit existe, qu'il isole le saillant du bastion du reste de la fortification et de l’intérieur de la place, toute la valeur de la garnison peut alors se déployer, et elle soutiendra avec vigueur les attaques de l’assiégeant, sans crainte d’attirer sur elle et sur la ville les malheurs dont nous venons de parler : ces réduits portent le nom de retranchements intérieurs. Leur utilité, leur nécessité même résulte évidemment de tout ce que nous venons de dire ; cependanf on n’en construit pas toujours à l’avance dans les bastions, soit par motif d'économie,

soit parce qu'on ne supposait pas -devoir être attaqué de ce côté; alors le gouverneur les fait construire pendant le siége avec les moyens qu’il possède. Il existe donc deux grandes classes de retranchements intérieurs : ceux construits à l'avance, comme le reste de la fortification, et ceux élevés au moment du siége avec les moyens rapides mais imparfaits dont on dispose alors. Les premiers se nomment retranchements intérieurs permanents, les autres retranchements antérieurs passagers; nous parlerons d'abord des permanents. |

Un retranchement intérieur se compose essentiellement d'un fossé formant coupure qui isole la partie là plus avancée du bastion, celle à laquelle l'ennemi peut faire brèche; en arrière du fossé est une escarpe avec parapet pour abriter le défenseur. Le fossé est prolongé jusqu’à l’escarpe du corps de place pour que l'ennemi ne puisse tourner cet obstacle. On comprend qu’une foule de constructions différentes permettent de satisfaire aux conditions que nous venons d’énoncer ; il faudra savoir entre toutes ces solutions discerner celle qui convient le mieux au: cas particulier dont on s'occupe.

Nous allons d’abord décrire avec quelque détail le retranchement intérieur LLL dessiné dans le bastion de droite de la planche XIX. Cet ouvrage a la forme d'un redan dont les faces s'appuient sur les flancs du bastion; elles ne sont point parallèles aux faces du bastion pour que les projeetiles partant d’une même batterie ne puissent pas les enfiler en même temps, mais elles sont dirigées de manière que leur fossé qui a 12",00 de largeur soit vu par les flancs des bastions voisins. Le fond de ce fossé est à 1°”,00 en dessous du niveau du sol; la continuité de l'escarpe est maintenue: à l'endroit où le fossé du retranchement vient l’interrempre à l’aide d’un mur de 2°,00 d'épaisseur environ auquel-on donne le nom de édtardeau. La magistrale située à 5 ou 6",00 audessus du sol est abritée des coups extérieurs par la crête

de la partie séparée du bastion; le parapet à 6,00 d'épaisseur. La crête au saillant a sur celle du bastion un commandement variant de 0",50 à 1",00 ; elle est en pente de manière à venir se raccorder avec celle du flanc. En arrière et à 2°,50 au-dessous est un terre-plein de 10",00 de largeur, raccordé avec le sol de la place par un talus de rempart ordinaire. |

De la construction de ce retranchement il est facile de déduire quelques règles générales applicables à ce genre d'ouvrages, quel que soit le tracé. Nous admettrons d’abord que la hauteur d'estarpe ne doit pas être inférieure à 6 ou 7,00 et que la magistrale doit être cachée aux coups extérieurs par les crêtes en avant ; la largeur du fossé est d’environ 12,00, la contrescarpe est en maçonnerie. La crête doit commander de 0",58 au- moins celle du bastion, l'épaisseur du parapet est fixée à 6°,00 et enfin la largeur du terre-plein doit être de 10°,00 au moins. Les retranchements .s’appuient aux faces, aux flancs ou à la courtine, suivant les différents vas; si l'ennemi ne peut faire brèche que vers le saillant du bastion, le retranchement intérieur est appuyé aux faces, de manière à se trouver en arrière du point où existera la brèche; mais si la batterie peut atteindre l’escarpe jusque vers l'angle d'épaule, il faut appuyer le retranchement aux flancs ; enfin par suite de la disposition de la fortification ou. de la suppression de quelques dehors, st l’assiégeant peut faire brèche à la courtine, il tournera le retranchement appuyé aux flancs, en attaquant cette dernière brèche en même temps que celle du saillant ; il faut donc retirer le retranchement intérieur èn arrière de cette brèche, c’est-à-dire l'appuyer à la courtine. *

Voici les formes de retranchement généralement adoptées dans ces différents cas : le retranchement en tenaïlle (PL. XX, fig. 4) s'appuie soit aux faces, soit aux flancs; il a l'inconvénient d’avoir ses fossés non flanqués, inconvénient que l’on diminue en faisant un pan coupé perpendiculaire à

la capitale du bastion, mais la direction des feux qui partent de ses faces est meilleure que dans le cas du retranchement en redan, car ils viennent converger vers le saïllant du bastion, c’est-à-dire vers le point attaqué par l’assiégeant. Une petite place d'armes suivie de glacis est en avant de la contrescarpe.

Le retranchement bastionné, appuyé soit aux flancs, soit aux courtines (PL. XX , fig. 3), n’a point d’angles morts dans ses fossés si la lorigueur de la courtine est suffisante : de plus, les directions de ses feux convergent vers le saillant du bastion; maïs il offre un grand développement de maçonnerie, ce qui le rend très-coûteux, et par sa position rentrante dans l’intérieur de la ville il est souvent difficile à construire. En outre, quand il est appuyé aux flancs, on ne peut s’en servir dans un bastion aigu, car le côté extérieur et par suite la courtine deviendraient trop petits, le flanquement serait incomplet.

Les retranchements intérieurs passagers ont exactement les mêmes formes que les retranchements permanents et sont appuyés suivant les cas aux faces, aux flancs et aux courtines; on ne peut guère les construire que dans les bastions pleins, sinonil y aurait à exécuter des remblais tropconsidérables pour leur donner un relief suffisant. Ce sont de véritables ouvrages de campagne, tant pour la forme que pour l’exécution. Construits pendant le siége et sous le feu de l'ennemi, ils sont presque toujours imparfaits, mais si l’on peut les exécuter à l'avance, ils deviennent plus respectables. On soutient l'escarpe au moyen de fascinages, ou mieux encore avec un revêtement de madriers; le fossé a de 3 à 4°,00 de profondeur, le parapet a 6,00 d'épaisseur; enfin, on ne néglige rien pour donner de la force à un ouvrage aussi important et duquel peut dépendre le sort de la garnison et des habitants.

Il est encore une autre espèce d'ouvrages placés dans l’intérieur des bastions et destinés à prendre de grands com-

mandements sur la campagne, à la dominer d’une manière

notable ; on leur donne le nom de cavaliers. Ils ont en général la forme de grandes lunettes en terre dont les faces sont parallèles à celles du bastion. (Voir le bastion de gauche à la Pr. XIX.) La crête intérieure est élevée à 10, 12, 15",00 et quelquefois davantage au-dessus de la campagne pour la dominer suffisamment et.battre des plis de terrain qui échappent aux vues des autres ouvrages. Elle est horizontale, car elle a peu à craindre le tir à ricochet à caüse de son élévation ; le parapet a 6",00 d'épaisseur ; il est relié avec le terre-plein du bastion par un talus extérieur à 45°, ou mieux encore à 5 de base pour 4 de hauteur; les flancs ont au moins 18",00 pour recevoir trois pièces en batterie ; la gorge est soutenue par un talus à 45°, contre lequel sont appuyées des rampes qui conduisent du terre-plein du rempart sur celui du cavalier.

On organise quelquefois le cavalier de manière à ce qu'il fasse en même temps retranchement (PL. XX, fig. 5); on soutient les terres par un mur qui forme escarpe : en avant est un fossé de 12",00 de largeur, puis une contrescarpe qui forme en même temps la gorge de la partie séparée du bastion; deux coupures faites sur les faces, perpendiculairement à leurs directions, complètent la séparation. Ces coupures sont formées d’un parapet de 4",00 d'épaisseur, soutenu par un mur d’escarpe suivi d’un fossé de 10,00 de largeur.

On préfère aujourd’hui élever les cavaliers dans les bastions voisins de ceux que l’on craint de voir attaqués; ils concourent alors énergiquement à leur défense.

La disposition des ouvrages de fortification, les uns par rapport aux autres, est une chose des plus importantes; mais pour lui faire acquérir toute sa valeur; il faut que l’on puisse facilement et sûrement communiquer entre toutes ces différentes pièces, afin de pouvoir leur porter secours en tout temps. Les communications sont donc un accessoire des plus importants et tel que leur mauvaise disposition pourrait pa-

ralyser la plus belle défense; la connaissance complète de leur organisation est en outre très-importante pour un officier qui, dans le courant de la défense d’une place, doit savoir quelle route il faut suivre pour arriver à un point désigné où la présence de son détachement est nécessaire.

Voici quelques détails sur les communications établies par Cormontaingne ; elles sont loin d’être sans défauts, mais elles se rencontrent dans toutes nos places fortes , et d'ailleurs les inconvénients qu’elles présentent n’ont point empêché de brillantes défenses. Examinons d’abord isolément les divers moyens de communication, puis nous verrons comment on les applique aux ouvrages.

Pour aller d’un point à un autre de la fortification, il faut presque toujours monter ou descendre ; ces différences de niveau se franchissent au moyen de rampes ou d’escaliers placés à l’air libre ou souterrainement quand il faut passer sous quelque face d'ouvrage ; dans ce dernier cas, le passage prend le nom de poterne.

Les figures 3 et 4 de la planche XIX 6ts représentent deux coupes faites dans une poterne : la première suivant l’axe du passage, la seconde perpendiculaire à l’axe. A droite et à gauche de la rampe ou de l'escalier sont deux murs verticaux ou ptédroits, qui soutiennent la vodte construite en plein cintre ou surbaissée. Celle-ci a 1#,00 d’épaisseur environ pour qu’elle soit à l'épreuve de la bombe, et il faut en outre qu’elle soit recouverte de 0",80 au moins d’épaisseur de terre. Pour l'écoulement des eaux le dessus est terminé en toit suivant des plans inclinés dits plans de chape. La largeur et la hauteur sous clef dépendent de l'importance du passage. Aux deux extrémités de la poterne sont des portes solides.

Les rampes employées en fortification ont de 3 à 4",00 de largeur ; leur pente ne doit pas être plus raide que celle de 6 de base pour 1 de hauteur, et on l’adoucit autant que possible pour faciliter les mouvements de l'artillerie.

Les escaliers auxquels on donne en fortification le nom de pas-de-souris sont construits sur un modèle uniforme : les marches ont toutes 0",30 de largeur sur 0",20 de hauteur, la largeur de l'escalier dépend de son importance; elle varie entre 1 et 2 mètres.

Ces indications générales étant données, décrivons les communications entre les différents ouvrages d'un front. Nous avons déjà parlé des rampes qui conduisent de la rue militaire sur le terre-plein des remparts. Pour communiquer de l’intérieur à l'extérieur, il existe vers le milieu de la courtine une poterne importante (PL. XIX, #g. 3 et 4): elle part d’un mur vertical situé à l’aplomb de la limite du terreplein, et vient déboucher à 2",00 au-dessus du niveau du fond du fossé, afin que l’ermemi ne puisse pétarder la porte qui la ferme. Cette différence de niveau est rachetée en temps de siége par un escalier ou rampe en bois dirigé le long de l’escarpe et que l’on peut enlever à volonté. La largeur de la poterne est de 2",50 à 3",00, mais Cormonlaingne ne donne aux portes que 1,60 à {m,70, de telle sorte que l'artillerie ne peut pas les traverser sans être démontée ; aujourd’hui on leur donne 2,10 en conservant la largeur intérieure de 3",00.

Une fois parvenu dans le fossé en avant de la courtine, le défenseur peut arriver dans le grand fossé soit en passant entre la lenaille et le bastion, le long des flancs, soit en traversant une poterne située sous le milieu de la tenaille et semblable à celle que nous venons de décrire, sauf que le passage est horizontal au niveau du fond du fossé. De chaque côté de l'entrée de cette poterne sont deux pas-de-souris entaillés daus la gorge de la tenaille, et qui conduisent sur son terre-plein. | |

Au débouché de la poterne placée sous le milieu de la tenaille le défenseur qui voudrait arriver à la gorge du réduit de demi-lune en traversant le grand fossé serait vu par l’assiégeant établi vers les places d'armes saillantes du bas-

FRONT DE FORTIFICATION EN TERRAIN HORIZONTAL. 245 tion. Pour Île couvrir, on construit à droite et à gauche du passage de 4",00 de largeur, deux parapets munis de banquettes intérieurement, et se terminant en glacis vers les fossés. La crête de ce petit ouvrage G nommé double caponnière est à 2",50 ou 3”,00 au-dessus du fond du fossé; en tirant par dessus on obtient des feux rasants utiles à un moment donné. Ce passage a été quelquefois voüté pour mieux le soustraire aux coups plongeants dont nous parlions tout à l'heure.

Les crêtes de la double caponnière s'arrêtent à 3°,00 de la gorge du réduit de demi-lune, soutenues par des murs de profil, pour donner passage à des rampes à 6 de base pour 1 de hauteur qui conduisent sur son glacis, et de là dans les grands fossés. On arrive dans le terre-plein bas du réduit de demi-lune par deux pas-de-souris entaillés dans la gorge et partant d’un palier commun situé en capitale. Une rampe aussi en Capitale conduit du terre-plein bas sur le terre-plein haut de cet ouvrage.

Deux poternes placées sous les flancs du réduit et percées dans le mur qui- soutient le terre-plein haut mènent de l'intérieur de cet ouvrage dans son fossé ; leur largeur est réduite à 1°,90 ou 2°,00, celle des portes à 1",00. Le sol de la poterne est en rampe.

On passe de ce fossé sur le terre-plein de-la demi-lune en montant deux pas-de-souris placés de chaque côte près de la contrescarpe du grand fossé et entaillés dans celle du réduit de demi-lune ; ils sont quelquefois remplacés par des rampes.

Por’, arriver aux réduits de place d'armes, on part de l'extrémité de la double caponnière située en capitale du front ; on suit d’abord les rampes le long de la gorge du réduit de demi-lune, puis le glacis de la caponnière, puis le grand fossé, jusqu'à la gorge du réduit de place d'armes, où se trouve un pas-de-souris double partant d'un palier commun situé à l'angle des contrescarpes, et montant jusque

sur le terre-plein de l'ouvrage. Dans ce trajet il a fallu passer devant le fossé de la demi-lune, et s’exposer alors aux coups partant des établissements de l'ennemi vers le saillant de son chemin couvert: pour couvrir ce passage, on élève à l'extrémité de ce fossé une cayonniére simple H, dont la crête est à 2,50 ou 3°,00 au-dessus du fossé ; en arrière de la crête est une banquette avec talus de banquette, en avant est un glacis. Cette caponnière a encore un autre but : les coups partant de la face du bastion ne peuvent atteindre le fond du fossé de la demi-lune au point où il joint le grand fossé, à cause de sa profondeur et de son peu d'éloignement ; il y a là un angle mort détruit par l'existence de la caponniètre, à la condition que son glacis et sa crête soient à 0°,50 ou 1",00 au plus au-dessous du plan de tir.

Une rampe pratiquée dans le massif de la caponnière simple le long de la contrescarpe de la demi-lune donne accès dans le fossé de ce dernier ouvrage.

Du terre-plein du rédait de place d'armes on descend dans son fossé par deux poternes en rampes placées sous les faces, vers leurs extrémités. Une rampe entaillée dens la contrescarpe du réduit, vis-à-vis du débouché de chacune de ces poternes, conduit sur le terre-plein de la place d'armes rentrante. On peut alors parcourir tous les chemins couverts en suivant les passages situés à chaque crochet entre le

massif du glacis et la traverse.

Pour arriver sur les glacis on pratique dans leur massif des passages en rampe nommés sortes de chemins couverts. On en met une ou deux dans la place d’armes rentrante, et une autre entre la première et la deuxième traverse des chemins eouverts de la demi-lune. Ces sorties ont 4"°,00 de largeur ; elles sont en rampe à 6 ou 8 de base pour 1 de hauteur ; à droite et à gauche un mur vertical soutient les terres du glacis jusqu’à 6*,00 de distance des crêtes ; à partir de ce point, ces murs sont remplacés par des talus à 45°.

A l’aplomb des crêtes, le passage est à 2",00 en contre-bas, pour que les pointes d’une barrière à double ventail destinée à protéger la communication, fassent suite aux pointes des palissades plantées au pied du talus intérieur. Ces sorties ont quelquefois leur axe incliné sur les crêtes, soit pour que le défenseur puisse se porter plus directement vers un point donné, soit pour mieux les dissimuler à la vue de l’assiégeant. .

Quelquefois un pas-de-souris double est placé à l’arrondissement de contrescarpe, vis-à-vis le saillant de la demi-lune et conduit du fossé de cette pièce dans la place d'armes saillante de ses chemins couverts; pour qu’il ne puisse pas servir à l’assiégeant, on l’arrête à 2°,00 du fond des fossés, et on rétablit la communication au moyen d’un escalier en bois facile à enlever.

Des pas-de-souris simples entaillés dans les gorges conduisent sur. le terre-plein des autres dehors, tels que coupures el contre-gardes, ainsi que sur ceux de la partie détachée des bastions retranchés. Dans ce dernier cas des poternes partant du sol de la ville et dirigées sous les terre-pleins et parapets des retranchements conduisent au fond de leur fossé. Dans les retranchements passagers ces poternes sont remplacées par des passages boisés construits comme ceux sous les traverses dans la fortification passagère.

fm mme.

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