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OUVRAGES EXTÉRIEURS ET DÉTACHÉS. —— CITADELLES. — CAMPS RETRANCHÉS

Les différents ouvrages décrits dans les deux chapitres précédents ne sont pas toujours suffisants pour le degré de force que l’on veut obtenir, ou peuvent ne pas atteindre le but que l'on se propose. On veut par exemple arrêter plus longtemps l’assiégeant au pied des glacis dont on désire d’ailleurs battre les plans à revers; on a besoin d'occuper un point extérieur important par son élévation, et qui fournirait à l’assiégeant une position dominante; ou bien il est au dehors un ravin qui échappe aux coups de l'enceinte et dans lequel l'ennemi peut cheminer à couvert si on ne lui en interdit l’accès. Voici les principales méthodes que l'ingénieur militaire emploie pour satisfaire à toutes ces exigences; elles sont de deux sortes : il peut ou bien élever de nouveaux ouvrages de fortification en avant de l'enceinte, ou se servir de moyens accessoires comme les mines, les casemates, les inondations, etc.; occupons-nous d’abord des ouvrages autres que ceux déjà connus.

Les ouvrages jetés en avant de la fortitication s'appellent ouvrages exlérieurs ou avancés quand ils sont flanqués à

250 ou 300°,00 au plus par le canon de la place ; ils se nomment ouvrages détachés s'ils sont hors de portée de ce flanquement efficace. Ils ont pour but d'occuper ou de couvrir un point dont la possession est importante pour la défense, de prendre des vues de revers sur le terrain des attaques, ou enfin de couvrir soit un faubourg de la ville soit une partie faible de l'enceinte.

Les ouvrages extérieurs sont presque toujours ouverts à la gorge de manière à être sillonnés après leur prise par les feux des, parapets en arrière, et par conséquent à ne pas offrir de couvert à l'sseilant Le plus simple de tous est la lunette.

Les lunettes sont des ouvrages qui se composent ordinairement comme en fortification passagère de deux faces et de deux flancs; elles ont leurs escarpes revêtues (PL. XXI, pièce 21) et presque toujours aussi leurs contrescarpes, en avant desquelles on construit un chemin: couvert avec traverses : les faces sont tracées de telle sorte que leurs fossés soient flanqués par les bastions ou demi-lunes qui sont en arrière, en leur conservant toutefois la direction voulue pour les feux qu'elles doivent donner. La distance de leur gorge aux ouvrages en arrière ne doit pas excéder de beaucoup 300,00 pour que le flanquement des fossés puisse se faire par les feux d'artiHerie à une distance convenable. Cormontaingne, grand partisan de ce genre d'ouvrages, donne à leurs faces de 60 à 70",00 de longueur et 20 ou 25°,00 à leurs flancs; elles demandent alors 300 hommes pour leur défense. Les crêtes de l’ouvrage sont à 1",00 au plus audessus de celles des chemins couverts de l’enceinte pour que l'ennemi établi sur son parapet n’ait pas un trop grand commandement ; le terre-plein en arrière est à 2",50 au-dessous des crêtes; le parapet a 6",00 d'épaisseur, et l’escarpe de 5 à 7°,00 de hauteur. Le fossé a 12 ou 15”,00 de largeur; il s'enfonce à 3 à 4°,00 au-dessous du sol, et se termine par un-glacis le long des flancs, afin d’être bien vu par les

feux de la place; pour la même raison la contrescarpe ne conlourne pas le flanc, mais se prolonge en ligne droite. Le chemin couvert qui est en avant est construit et traversé à la manière ordinaire; sa crête est à 2°,50 environ au-dessus du sol avec lequel elle est raccordée par des glacis bien battus; aux extrémités sont deux places d'armes rentrantes. Daos l'intérieur de la lunette on construit souvent un réduit formé tout simplement d'un mur crénelé de 0,60 à 0,80 d'épaisseur, parallèle aux faces et aux flancs et précédé d’un petit fossé. | :

Pour se mettre à l’abri des tentatives de vive force auxquelles sont en butte ces ouvrages un peu avancés, il faut, outre la hauteur de l’escarpe, donner à la gorge soutenue par un mur une hauteur suffisante de 4",00 au moins; si le terreplein n’est pas assez élevé au-dessus du sol, on creuse celui-ci dans le prolongement de la pente des glacis, ou bien on construit au-dessus du mur de gorge un petit mur crénele de 2°,00 de hauteur et de 0",50 d'épaisseur seulement, afin que le canon de la place puisse le renverser au moment où il formerait un couvert pour l’assiégeant ;.on peut à la rigueur se contenter d’une ligne de palissades ou de palanques. Dans les terrains aquatiques, on creuse contre cette gorge un fossé rempli de 1",80 à 2",00 de hauteur d’eau. Souvent d'ailleurs pour que sa défense soit plus facile, on donne au mur de gorge la forme bastionnée.

La communication avec la place se fait souterrainement ou à ciel ouvert. Dans le premier cas elle se compose d’une longue galerie voûtée de 2",56 de largeur environ, partant de la contrescarpe de la place et aboutissant soît à l’intérieur de l’ouvrage, dans son réduit, soit à l'extérieur, à quelques mètres de la gorge, ce qui est préférable : dans le premier cas en effet, l'ennemi maître de la lunette peut profiter de la galerie pour s’avancer vers la place. La communication à ciel ouvert consiste en une caponnière double organisée défensivement et partant d’une place d'armes des chemins

couverts en arrière. Un pas-de-souris simple ou double et muni d'une porte ou barrière conduit sur le terre-plein ; il débouche dans l’intérieur du réduit s’il y en a.

Quand on veut par le secours des lunettes renforcer un certain développement de l’enceinte, on en met en avant de tous les saillants formant un système à intervalles, et le chemin couvert en avant devient continu; il porte le nom d'avant-chemin couvert. On a construit quelquefois des avantchemins couverts au pied des glacis sans les soutenir par des lunettes ; ils n’ont pas alors une grande valeur, et sont trop loin de la place pour en recevoir une protection suffisante ; mais on leur rend leur efficacité en ajoutant des réduits dans leurs places d'armes, et creusant en arrière des fossés nommés avant-fossés. Ceux-ci doivent être pleins d’eau, sinon ils fourniraient un abri à l’assiégeant et seraient par suite à rejeter d'une manière absolue. Ces ouvrages ne sont bons que devant les grandes places ;,: car ils exigent une garnison dont le chiffre serait en disproportion avec la capacité intérieure des petites.

Pour conserver une position plus considérable, on peut construire suivant son étendue et son importance un ouvrage d cornes, à couronne, où même & double couronne; en étudiant la fortification passagère, nous avons vu quelle était la forme de ces ouvrages; elle est la même en fortification permanente, seulement ils sont plus fortement organisés ; leurs escarpes, leurs contrescarpes sont revêtues ; devant chaque front se trouvent des demi-lunes et des chemins couverts avec traverses et places d'armes; c’est en un mot de la forlification permunente ordinaire. Les branches qui terminent l'ouvrage ont leurs fossés battus par les faces des ouvrages en arrière ; les gorges sont assurées contre les tentatives de surprise par les moyens employés pour les lunettes. Ces ouvrages servent encore à couvrir des faubourgs ou des ponts, ou bien à agrandir la capacité intérieure d’une place; on y renferme ajors tous les établissements militaires. Quelquefois

ils redoublent la défense d’un point faible, comme la double couronne de Bellecroix, à Metz, située en avant de vieilles fortifications. |

Les ouvrages à cornes ont souvent encore été employés comme dehors pour renforcer immédiatement tel ou tel point de la fortification; on les place alors soit en avant d'une demi-lune, soit mieux encore en avant d’un bastion. Dans le premier cas, les fossés des branches viennent aboutir à ceux des faces des bastions voisins; dans le second (PL. XXI, pièces 10 et 11), à ceux des faces des demi-lunes voisines ; en avant du front est une petite demi-lune. L'ouvrage est entouré par le chemin couvert général; une hauteur d’escarpe de 8”,00 lui suffit; les fossés de ses longues branches sont flanqués par les faces des demi-lunes ou des bastions ; des pas-de-souris sont établis pour les communications.

Tous les ouvrages dont nous venons de parler sont défendus directement par les fortifications de la ville dont les feux siHonnent leurs terre-pleins, leurs fossés et leurs glacis; ils en tirent par conséquent leur protection la plus efficace, défense d'autant meilleure qu'ils seront plus rapprochés. Mais il existe souvent certains points dont l'occupation est d'une haute importance malgré leur éloignement; les ouvrages que l’on y établit doivent être capables de se défendre par eux-mêmes : ce sont des ouvrages ou forts détachés.

Les forts pouvant être attaqués de tous les côtés ne présentent point de gorge, mais sont munis d'une escarpe continue suffisamment haute pour résister à l'escalade; en avant est la contrescarpe revèêtue en maçonnerie, puis un chemin couvert ordinaire.

Lorsque les forts détachés sont construits en plaine, on leur donne la forme d'un quadrilatère ou d’un pentagone bastionné ; la longueur du côté extérieur est toujours calculée de manière à ce que les fossés soient bien battus, en ayant égard à la hauteur-d'escarpe. Le profil est le même que celui

du corps de place, sauf la hauteur de l’escarpe réduite quelquefois à 8”,00, mais à laquelle il est préférable d'en donner 10°,00 pour soustraire autant que possible au danger de l'escalade un ouvrage si éloigné et défendu par une faible garnison.

On peut réduire considérablement la dépense pour les fronts qui regardent la place, lorsqu'ils en sont assez rapprochés pour n’avoir pas à craindre une attaque en règle placée entre deux feux. On n’y met point de parapets en terre, inules puisqu'il n’y a pas à craindre d'artillerie, et on termine l’escarpe par un mur crénelé de 2",00 de hauteur sur 0",60 à 0°,80 d'épaisseur ; quelques créneaux plus larges, nommés embrasures, sont ouverts sur les flancs pour permettre le flanquement par les pièces d'artillerie de campagne. Ce mode de construction permet de réduire les dimensions du front, sans perdre cependant le bénéfice du tracé bastionné.

Quelquefois, sans créneler le mur, on en fait un parapet de 1",20 à 1°,30 de hauteur, par-dessus lequel le soldat peut tirer .monté sur une banquette ordinaire (PL. XXII, fig. 3); on dit ‘alors que l’escarpe est terminée en mur à bahut. Cette construction abrite moins les hommes, mais elle offre plus de facilité pour la défense ; il est facile de lancer, contre un assaillant massé dans le fossé, des bombes, des obus, des grenades, puis la surveillance est mieux faite.

Les chemins couverts sont presque toujours les seuls dehors d’un fort détaché; en capitale de chaque front est une place d'armes rentrante avec un réduit fermé d’un simple mur crénelé précédé d’un petit fossé, pour que l’on ne puisse pas emboucher les créneaux. C'est ainsi que sont organisées les places d'armes des fronts 2-3 et 18-19 dans l'exemple donné à la planche XXI. Un pas-de-souris amène du fond du fossé dans le réduit, et des portes percées dans le mur trénelé donnent ensuite accès dans la place d'armes, dont la crête doit couvrir la maçonnerie du réduit. Cette disposition est au moins adoptée vis-à-vis la grande entrée

du fort, qui est analogue aux portes de ville dont nous parlerons plus tard. Des poternes ordinaires existent sous le milieu de chaque courtine pour conduire de l’intérieur du fort dans le fond du fossé.

Telle est l’organisation préférée par les ingénieurs français quand la forme du terrain s’y prête, c’est-à-dire quand il n’est pas trop accidenté. Mais en pays de montagne il faut savoir tirer parti du terrain, y plier sa fortification et se créer un avantage d'accidents qui pourraient à première vue sembler des obstacles. On est contraint alors d'abandonner le tracé bastionné et d’en choisir un tout à fait irrégulier et variable suivant les circonstances, mais satisfaisant toujours à un certain nombre de conditions indispensables parmi lesquelles nous signalerons en première ligne la conservation d’une hauteur suffisante d’escarpe et le flanquement de leur pied. La seconde condition pourra seule présenter quelque difficulté, car on ne peut employer le tracé bastionné, et les angles alternativement saillants et rentrants ne donnent point de flanquement quand les escarpes sont terrassées ; mais il est rare que l'artillerie ennemie puisse voir tous les points, et l’on dispose dans les angles qu’elle ne peut battre des murs à bahut qui permettent au défenseur de flanquer le pied du mur sinon à coûps de fusil, au moins en jetant par-dessus des obus, des grenades, des artifices de tout genre, ou même simplement des pierres ou des pavés. On peut aussi revenir aux mâchicoulis employés au moyen âge et qui avaient disparu devant l’action puissante du canon. D'autres moyens consistant dans l'existence de galeries souterraines crénelées sont aussi employés; enfin on peut même se passer du flanquement en reportant l’escarpe jusque sur le bord d’un escarpement suffisamment élevé, ou prenant quelque rapide torrent pour fossé.

Libre alors de plier sa fortification au terrain, l'ingénieur retourne contre l’assiégeant les obstacles que lui présentait naguère un site tourmenté, et il occupe à peu de frais des

positions presque inaccessibles et cependant d'une haute importance.

Ces espèces de forts sontsouvent employés comme ouvrages indépendants pour observer les cours d’eau et barrer les défilés en pays de montagne. C’est alors surtout que ce genre de fortification pourra s’écarter du tracé régulier sans manquer aux principes posés jusqu'ici, et l’on n'aura pas besoin d’ouvrages considérables ; la force naturelle de la position dispense de mettre beaucoup d'hommes pour la défendre. Une simple batterie placée sur un point peu accessible et entourée d’un mur crénelé peut arrêter toute une armée. ,

Pour augmenter la résistance d’une place, on peut encore y construire une citadelle. Ces ouvrages datent du moyen âge ; c'était d'abord le château féodal autour duquel les habitations des colons venaient se grouper pour en tirer aide et protection; ces groupes d'habitations formèrent des villes plus ou moins importantes qui s’entourèrent de murailles, et le château féodal servit de réduit aux défenseurs: en même temps qu’il permettait au seigneur de maintenir les habitants sous son obéissance. Dans les siècles qui suivirent, époque de formation pour les grands États de l’Europe, alors que les souverains cherchaient à conserver les grandes villes qu'ils venaient de conquérir, le but des citadelles fut surtout de contenir les habitants et de les empêcher de retourner à leurs anciens maîtres ou à leurs habitudes de liberté. C’est de cette époque que datent presque toutes les citadelles construites suivant les principes modernes de la fortification.

Aujourd’hui, dans les pays où les nationalités sont organisées, et en France surtout où les habitants des villes fortes sont animés d’un grand esprit patriotique, les citadelles sont revenues à leur destination primitive, celle de servir de réduit à une garnison au moment d’un siége, ce qui lui permet de résister d’abord dans la place en s'aidant de toutes les ressources qu’une grande ville peut présenter pour prolonger

cette résistance jusqu'aux dernières limites. Puis elle se retire dans Ja citadelle, nouvelle place forte non encore entamée, et pour laquelle l'ennemi doit recommencer un siége. C'est ainsi qu'à Lille, en 1708, le marquis de Boufflers, gouverneur de la place, se défendit d’abord pendant soixantedix-huit jours dans la ville, puis-tint encore dans la citadelle pendant quarante jours.

Voyons comment un pareil ouvrage doit être organisé : pour être capable de rendre d'aussi grands services. Une citadelle est en général une espèce de fort à 4, 5 ou 6 bastions, placé à l’une des extrémités de la ville ; deux ou trois de ses fronts sont tournés vers l’intérieur, séparés des maisons de la ville par un espace libre nommé esplanade, de telle sorte que l’assiégeant ne puisse profiter des constructions en maçonnerie pour s'approcher à couvert des fortifications. Les fronts tournés vers la campagne sont assez fortement organisés pour que l'ennemi ne soit pas tenté de les attaquer avant les ouvrages beaucoup moins forts de la ville; on accumule en avant les dehors et ouvrages avancés dont nous avons parlé. Les points de jonction des fortifications de la ville et de celles de la citadelle sont placés dans des rentrants prononcés pour les mettre à l’abri de toute tentative.

Devant servir de réduit à la fin du siége, la citadelle renferme tous les batiments nécessaires à une garnison d’une certaine importance, bâtiments dont nous parlerons plus tard. Il serait aussi à désirer que l’on y construisit de nombreux abris voûtés à l’épreuve de la bombe, car dans cet espace étroit la garnison sera très-tourmentée par les projectiles verticaux de l’assiégeant.

Une citadelle a deux portes organisées à la manière ordinaire ; l’une sert pour la communication avec la ville, l’autre conduit dans la campagne. Cette dernière s'appelle porte de secours, parce qu’elle est destinée à permettre l'introduction dans la place des secours et des convois; elle pourrait encore servir à une garnison qni voudrait abandonner la place en

s’ouvrant un passage les armes à la main, après avoir épuisé tous ses moyens de résistance.

Les citadelles ne sont pas toujours organisées d'une manière aussi régulière, surtout quand elles sont placées sur un terrain accidenté et souvent dominant la ville, ou qu’elles ont pour origine un ancien château dont elles conservent les traces. Dans ce cas, celui-ci forme le centre de la position ; ses épaisses murailles sont protégées par des terrassements disposés en avant d'une manière irrégulière. Ici il n’est point de règle fixe, tout dépend de la forme du terrain et de celle des anciens ouvrages. Aucune description n’est possible que dans des cas particuliers, et chacun pourra alors se réndre compte sur les lieux du but et de la valeur des ouvrages.

Les moyens que nous venons d'indiquer pour accroître la force des places ne sont pas toujours suffisants, surtout depuis les améliorations apportées à l’art de l'attaque par Vauban. Ce grand ingénieur vers la fin de sa vie et à la suite‘des désastres qui. signalèrent les dernières années du règne de Louis XIV, frappé de la facilité avec laquelle l'ennemi surmontait tous ces obstacles accumulés à grands frais sur nos frontières, chercha un moyen de s’opposer aux progrès si rapides de l’assiégeant ; il proposa les camps retranchés sous les places, de capacité à pouvoir contenir au moins 10-ou 12,000 hommes en sus de la garnison ordinaire. Ce moyen est consacré aujourd’hui par l'approbation du plus grand homme de guerre des temps modernes, de l’empereur Napoléon I‘. L'espace occupé par le camp en dehors des glacis de la ville a plus ou moins de profondeur suivant l’importance qu’on veut lui donner et la forme du terrain sur lequel on construit les retranchements qui le couvrent: On l’établit presque toujours en avant du côté le plus faible’ de l’enceinte ; il est entouré de parapets en terre, appropriant le tracé à la forme du terrain, mais tonservant toujours un flanquement suffisant. Comme ce parapet doit résister à des altaques autrement

énergiques que celles dirigées contre la fortification passa-

gère, on exagère toutes ses dimensions, portant sa hauteur à 4°,00 au moins et son épaisseur à 6",00, afin qu’elle puisse résister aux boulets de gros calibre ; le fossé aura 4",00 de profondeur et 8 ou 10",00 de largeur. Un petit chemin couvert régnera en avant de la contrescarpe; enfin on accumulera vers les points accessibles toutes les défenses accessoires que nous connaissons. Des lunettes construites d’après les mêmes principes seront -jetées en avant pour mieux découvrir le terrain, ou pour oceuper quelques points importants. ,

Ces ouvrages sont exécutés par les troupes chargées de les défendre et au moment où la place est menacée d’une attaque. Un exemple récent prouve qu’il ne faut pas plus de dix à douze jours pour les mettre en état de faire une première résistance; on les perfectionne ensuite pendant le siége.

* Voici, d'après Vauban, les avantages que présentent ces camps retranchés : d'abord il faut que-l’ennemi augmente son armée de siége, et assez peut-être pour qu'il ne puisse avoir en même temps une armée d’observation, armée bien utile cependant, comme nous le verrons dans la troisième partie, pour protéger l'armée de siége contre une armée de secours. Le développement de ses travaux tant pour couvrir ses camps que pour les attaques sera beaucoup plus considérable. La résistance de la garnison sera plus énergique, parce que les troupes sont plus nombreuses. Peut-être pourrait-on reprocher à ces ouvrages d'affaiblir l’armée principale : mais d’abord ce n’est que pour un temps médiocre et pendant que l’armée ennemie est elle-même fort réduite par la formation d’une armée de siége aussi considérable ; puis ce moyen ne doit pas être employé inconsidérément et devant toutes les places fortes; il faut en premier lieu que leur importance en rende la conservation d'un intérêt majeur, et en second lieu que ses établissements milkaires puissent suffire aux besoins du corps d'armée de 10 à 12,000 hommes qui vient renforcer sa garnison. 11 n’amëne en effet avec lui

que son artillerie de campagne et aucun approvisionnement ; il doit les trouver dans la ville. Tous les bâtiments militaires comme manutention, hôpital, arsenal, tout le maténel en artillerie, pièces de gros calibre, poudre, etc., sont donc construits ou rassemblés dans cette prévision. Sinon ce moyen de défense serait plus nuisible qu'utile; le matériel serait insuffisant pour une gàrnison trop nombreuse, et on ne ferait que précipiter l’époque de la reddition.

Cet ouvrage a quelquefois été construit à l'avance, comme de la fortification permanente; il devient alors susceptible d’une organisation plus forte, d’une résistance plus vigoureuse. Les escarpes sont en maçonnerie, terrassées et ayant de 5 à 7,00 de hauteur ; le fossé a 10 ou 12”,00 de largeur ; la contrescarpe est habituellement en terre. Ainsi était construit autrefois le camp retranché de Sainte-Anne placé vers la partie nord de la ville de Toulon et compris aujourd’hui daris l'enceinte agrandie. Les camps retranchés permanents ne doivent pas être confondus avec les grands ouvrages dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre et qui servent comme tête de pont ou pour couvrir une partie faible de la ville. Ces derniers n’ont que peu de profondeur, car ils doivent seulement renfermer la garnison nécessaire à leur défense; ou bien si l’on augmente leur capacité; c’est pour y mettre à l’abri un certain nombre de bâtiments militaires que ne peut contenir l’enceinte trop resserrée d’une petite place. Aucun bâtiment ne doit exister au contraire dans l’intérieur d’un camp retranché.

On pourrait citer plusieurs exemples de la mise en pratique de ce conseil du maréchal de Vauban et des bons résultats que l’on en a retirés. Nul n'est aussi frappant, n'a un aussi grand intérêt d'actualité et ne prouve mieux la justesse des vues de ce grand homme que ce qui s’est passé dans la défense de Sébastopol. Cette ville, dépourvue de fortifications régulières, peut être considérée comme un vaste camp retranché élevé sous les

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yeux de l’assiégeant et défendu par une armée manie d'un matériel immense. Il serait facile à ce point de vue de lui appliquer les idées que Yauban émet sur l'utilité des camps retranchés dans son Traité de la défense des places.

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