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CHAPITRE VI

ÉTABLISSEMENT DE LA FORTIFICATION SUR LE TERRAIN. — NOTIONS SUR LE DÉFILÉMENT. — DES ACCESSOIRES DANS UNE PLACE DE GUERRE : PORTES DE VILLE, CASERNES ; MAGASINS A POUDRE, ETC. DES PLACES MARITIMES, — BATTERIES DE CÔTES. — GRANDES PLACES INTÉBIEURES. |

. Nous avons indiqué dans le deuxième chapitre les positions les plus convenables pour y asseoir les fortifications; si la construction de places neuves est chose rare aujourd’hui, il n'un est pas moins utile de pouvoir pénétrer les motifs qui ont dicté le choix de telle position, de telle forme d’ouvräge : on acquiert ainsi des notions précieuses sur la manière de les faire valoir, de les défendre en un mot. Mettre-un officier arrivant dans une place à même d'en comprendre les -fortifications et de distinguer l'utilité des différents ouvrages, tel est le but de tout ce que nous avons dit dans les chapitres précédents. Nous compléterons ces notions en donnant une idée générale du défilement dans le cas de la fortification permänente. Pour organiser la fortification sur un sol horizontal, on entoure d’abord le terrain à fortifier d’un polygone dont les côtés représentent les côtés extérieurs des différents fronts; chaque front se construit en-

272 FORTIPFICATION PERMANENTE.

suite séparément, et suivant les cas on augmente sa force par les ouvrages accessoires que nous connaissons. Ainsi, en arrière de terrains marécageux ou inondés, en arrière d'un escarpement abrupte, on pourra se contenter d’une enceinte sans dehors; la position est déjà forte par elle-même. Sur les fronts exposés aux attaques, où manquent les fortifications naturelles, on accumulera au contraire les ouvrages, le sol sera miné, des chasses d’eau balayeront les fossés, etc. On peut affirmer en général que dans une place bien construite la partie faible est indiquée par. une grande accumulation d'ouvrages. : .

Un terrain horizontal, tel que nous venons de le supposer, se rencontre fort rarement. L'établissement de la fortification sur un terrain accidenté se fait à peu près de même, mais en disposant les ouvrages de manière à profiter de ces accidents. Savoir ainsi plier la fortification aux exigences du sol est une des parties les plus importantes de l’art de Fingénieur ; c’est pour ainsi dire un don de la nature que Vauban, notre grand maître, possédait au plus haut degré. Un nouvel. élément de difficulté se rencontre en outre dans ce cas : c’est la nécessité de défiler l’intérieur des ouvrages des vues des hauteurs situées en avant, dans la limite de la portée des armes. Nous savons que l’on y arrivé en fortification passagère, soit en relevant et inclinant les crêtes, soit par des.traverses. Les moyens que l’on emploie pour la fortification permanente sont exactement les mêmes, mais moins limités, car on n’est plus arrêté par les considérations impérieuses d'une trop grandè durée d'exécution ou d’une trop grande augmentation de travail. -

Le plan des crêtes des différents ouvrages sera donc relevé de manière à passer à 2",00 au moins au-dessus du terrain dangereux. Si on est obligé de construire des travérses, ce seront des massifs en terre de £# à 6,00 d'épaisseur, soutedus par des talus à terres coulantes; quelquefois, pour ménager l'emplacement intérieur, le talus est remplacé par un

mur du côté opposé aux coups dangereux. On peut aussi organiser dans l’intérieur de ce massif des casemates ou souterrains pour abriter le matériel.

Nous ne dongerons pas sur le défilement de notions plus étendues; nous voulions seulement signaler son existence et énoncer les moyens employés dans la pratique. Nous allons maintenant nous occuper de quelques parties accessoires essentielles pour une défense énergique.

En étudiant les fronts bastionnés, nous avons parlé des communications ; mais celles que nous avons décrites bonnes pour les défenseurs en temps de siège, ne peuvent servir aux habitants pour les relations ordinaires de la vie. Il faut donc disposer, sur le pourtour des fortifications d’une ville, un certain nombre d'ouvertures suffisamment larges et commodes qui permettent la circulâtion habituelle des piétons et des voitures, et soient en même temps protégées contre les tentatives de surprise. Ces ouvertures nécessaires pour les habitants le sont aussi pour faciliter les approvisionnements de la garnison; il en faudra donc dans les plus petits forts comme dans les grandes places.

Les routes sont de plein pied avec le sol naturel; on leur donne de 8 à 10,00 de largeur pour que deux voitures puis sent facilement s’y croiser, sauf aux points où elles coupent les parapets ; elles se réduisent alors à 3 ou 4*,00. Elles traversent successivement les diverses pièces de la fortification et leurs fossés; on construit $ur ces derniers des ponts de la largeur ci-dessus, avec des trottoirs pour les piétons. Autrefois, pour que ces ponts pussent se démonter plus facilement, tout le tablier était en:bois (PL. XXIV, fig. 3 et 4); les piles étaient en maçonnerie ou même formées de rangées de pilots. Mais ce système très-coûteux à établir, l'était encore beaucoup à entretenir ; on le remplaça par des ponts avec voûtes en maçonnerie, moins favorables peut-être pour la défense, mais d’un entretien moins dispendieux. On revient quelquefois maintenant au premier système en remplaçant une partie

du bois par de la fonte de fer qui est moins chère et dure plus longtemps. Les ponts ainsi placés à poste fixe sur les fossés se nomment ponts dormants.

La route traverse le parapet des ouvrages au moyen de coupures à ciel ouvert ou sous des voûtes. Dans la première méthode employée généralement pour la traversée des ouvrages extérieurs (PL. XXIV, fig. 3 et 4), les terres du rempart sont soutenues à gauche et à droite par des murs de profil verticaux ; la dépense est faible, mais il n'y a plus continuité dans le terre-plein, la défense est morcelée.et par suite plus difficile. Aussi le parapet du corps de place est-il presque toujours traversé souterrainement pour éviter les interruptions sur le terre-plein (PL. XXIIT, £g. 1). Une ornementation architecturale décore ces différents passages.

Cherchons mainténant quels sont les points où l’on doit les placer de préférence, en ayant surtout égard aux'conditions défensives. Ces espèces de trouées faites dans les parapets sont évidemment des points faibles ; il faut donc les exécuter dans les parties déjà fortes par elles-mêmes ; de plus, comme souvent elles suppriment une portion de crête, il ne faut pas les mettre sur les faces les plus importantes. D'après cela, la traversée du corps de place se fait habituellement au milieu d’une courtine (PL. XXI); on traverse aussi la tenaille, puis le grand fossé toujours en suivant la perpendiculaire sur Île milieu du front. Arrivé sur le terre-plein du réduit de demilune, le passage s’infléchit en courbe pour traverser successivement et d’équerre sur leur direction les faces du réduit et de la demi-lune avec leurs fossés ; au delà il se continue jusque dans la campagne à travers une tranchée faite dans le glacis et dessinée en courbe pour que les projectiles ne puissent l’enfiler. De fortes portes interrompent ces passages de distance en distance; on en met une à chaque pièce de fortification, et presque toujours deux au corps de place. Mais cela n’est pas considéré comme une précaution suffisante, el pour mettre les portes à l'abri du pétard, on rétablit en

avant la continuité du fossé sur une certaine largeur ; voici par quel moyen :

On arrête le pont dormant à 4 ou 5”,00 de distance du mur d’escarpe, à l’aplomb de la dernière pile; cet intervalle est franchi sur un tablier en bois nommé pont-levis, mobile autour d'un axe horizontal qui repose sur l’escarpe ; il a de 3 à 4”,00 de largeur. Quand le pont-levis est horizontal, 8 ‘appuyant d’un côté sur son axe et de l’autre sur l'extrémité du pont dormant, la communication est établie; pour l’interrompre il suffit de le relever en le faisant tourner autour de l'axe, et de l’amener à peu près dans la position verticale ; par le même mouvement l'ouverture pratiquée dans l’escarpe est fermée par le tablier du pont-levis.

Rien n’est en apparence plus simple qu’un pareil système, et cependant, quand on en vient à la pratique, on voit surgir de nombreuses difficultés dont la solution dépend de problèmes de mécanique compliqués. Il-faut en effet que la-manœuvre soit facile à exécuter par peu de monde, quatre hommes au plus, placés à l’intérieur et abrités des vues de l'ennemi, et en outre que cette manœuvre ne puisse s’apercevoir de la campagne. On est parvenu de différentes manières à satisfaire à ces conditions. Notre intention n’est pas d'entrer dans de grands détails à ce sujet; nous dirons seu- Jement un mot des méthodes les plus employées.

Si l’on se contentait d’attacher aux extrémités À du tablier (PL. XXIV, fig. 1) des chaînes que l’on ferait: ensuite passer sur des poulies de renvoi B situées au-dessus du passage, et auxquelles on appliquerait directement les hommes, l'effort à faire pour déterminer le tablier à commencer son mouvement serait très-considérable, et ilirait en diminuant à mesure que le tablier s’approcherait de la position verticale. En effet, la résistance à vaincre dépend du poids à soulever, puis de l’obliquité plus ou moins grande de l'effort exercé ; or, cette obliquité est la plus grande possible au commencement du mouvement, et elle diminue à mesure que

le tablier s'élève, comme le fait voir la coupe représentée à la figure 1 : l’angle BAC est plus petit que l’angle BA/C. Quant au poids à soulever, il dépend non-seulement du poids réel du tablier, mais aussi de la grandeur du bras de levier auquel ce poids est appliqué ; or, en supposant le poids réuni au centre de gravité G du tabliér, le bras de levier, qui est CG dans la position horizontale, devient CD dans une position intermédiaire CA/, puisque le bras de levier est toujours perpendiculaire à la direction de la force qui agit à son extrémité (ici c’est la pesanteur); autre raison pour que l’effort nécessaire pour lever le pont aille toujours en diminuant. Inversement, en baissant le pont-levis, la force nécessaire pour le retenir, très-faible à l'origine du mouvement, devrait être considérable à la fin, sinon:-le tablier prendrait un mouvement accéléré et viendrait frapper avec violence contre la partie extérieure, ce qui est une cause de destruction et même d'accident. Ce système simple, applicable dans -des limites restreintes à des tabliers très-légers, est donc inadmissible pour les grands ponts-levis. Voici comment on a remédié aux difficultés que nous venons de signaler.

Les chaînes situées à l'extrémité du pont-levis viennent s’attacher à deux longues poutres nommées flêches, qui sont dans la position‘horizontale quand le tablier est baissé (PL. XXIV, fig. 3, 4 et 5). Ces flèches sont suspendues environ à moitié de leur longueur à un axe horizontal parallèle à celui du pont-levis et situé à ane hauteur suffisante au-dessus du sol pour ne pas gêner la circulation des voitures: Les parties intérieures des flèches, réunies par de fortes entretoises en bois et surchargées, s’il est nécessaire, de morceaux de plomb ou de fonte, forment le contre-poids; la figure 5 en donne le plan. Pour lever le pont, les hommes s'appliquent au contre-poids au moyen de chaînes et l’abaissent ; la partie antérieure des flèches s'élève et entraîne le tablier. On comprendra, par les mêmes raisons que tout à l'heure, que la force exercée par le contre-poids ira en diminuant en même

temps que la résistance opposée par le tablier, et. on choisira ce contre-poids de manière qu’il fasse équilibre au tablier dans toutes les positions. Alors les hommes n’ont à exercer qu’un effort constant capable de vaincre les résistances dues aux frottements, et par conséquent peu considérable.

Ce genre de pont-levis, nommé pont-levis à flèches, est le plus anciennement employé; on le connaissait déjà au moyen âge. Il est simple et d’une construction facile; mais ses longues flèches ne permettent pas de dissimuler sa manœuvre à l’ennemi et offrent ‘un but à ses projéctiles; de plus, cette masse considérable , suspendue au-dessus du passage , effraye l'imagination et non sans quelque raison.

Aussi a-t-on cherché d’autres combinaisons. Nous venons de reconnaître la nécessité d’opposer au poids du tablier un certain contre-poids qui soulage les hommes chargés de.la manœuvre. On a cherché à l'appliquer directement à l’extrémité des chaînes de traction, suivant un système analogue à celui de la figure 1 de la planche XXIV. Mais si le contre-poids était constant et calculé pour le point de départ du mouvement, il seräit bientôt trop considérable, puisque la résistance opposée par le tablier va en diminuant; le mouvement s’accélérerait, de là des secousses et peut-être des accidents : puis, pour abaisser le tablier, il faudrait vaincre la résistance opposée par le contre-poids, ce qui serait une difficulté souvent insurmontable. M. le général du génie Poncelet est parvenu à faire varier le contre-poids de la manière suivante : il se compose d’une lourde chaîne formée de masselottes en fonte (PL. XXIIT, Âg. 2 et 3); cette chaîne vient à la suite de celle qui, partant de l’extrémité du tablier, passè ensuite sur les poulies de renvoi (PL. XXITI, #g. 1) : il fixe en 0 l'extrémité inférieure de cette chaîne. Dans cette position, le tablier étant horizontal, l'équilibre existe ; un léger effort exercé sur la chaîne suffira pour le rompre, le tâblier va s’élever et arriver en C A’. La chaîne contre-poids a pris alors la position E’ D’ O, dans laquelle la partieOD'’ ,

supportée par le point O, n’a plus d'action. On comprend facilement que l’on puisse arriver à ce que la quantité de poids perdue ainsi par la chaîne équivaille à chaque instant du mouvement à la diminution de la résistance opposée par le tablier. L'équilibre existe-alers dans toutes les positions, la manœuvre est facile, exige peu de monde et ne s'aperçoit pas de loin. Tel est le principe si net et d’une application si facile d’après lequel on construit maintenant la plupart des ponis-levis. On les nomme ponts-levis à la -Poncelet, d'après le nom de l'ingénieur éminent auquel nous les devons. Au reste nous n’entrerons dans aucun des détails de la construction ; il nous suffit d'en avoir indiqué le principe.

Nous ne mentionnerons pas non plus les autres systèmes de ponts-levis, tous basés sur la nécessité d’équilibrer le tablier dans ses différentes positions. Dans les uns, le contrepoids est constant, sa position seule varie (ponts-levis à flèches); dans les autres, le contre-poids varie avec la position du tablier (ponts-levis à la Poncelet). 11 sera toujours facile en les voyant de se rendre compte de la manière dont l'équilibre est établi.

Occupons-nous maintenant des bâtiments destinés à loger les troupes, bâtiments nommés casernes. Dans une place forte il doit y avoir du logement pour les trois quarts au moins de la garnison en temps de siége, et il vaudrait mieux en avoir suffisamment pour loger toutes les troupes. Les casernes ne sont pas toutes construites sur des.plans réguliers ; mais voici ke type d’après lequel on les dispose maintenant autant que possible : chaque bâtiment, de forme rectangulaire, a trois ou quatre étages, les murs de façade sont espacés de 10 à 15",00 ; les chambres sont formées par des murs de refend placés environ à 6",50 les-uns des autres. Les chambres ont donc une largeur moyenne de 6°,50, sur une longueur de 12°,00. De deux en deux chambres se trouve l'escalier (PL. XXII, Âg. 5) qui ne prend que la moitié de la largeur du bâtiment; une cloison le sépare de l’autre moitié

qui forme des chambres de sous-officiers. Les lits sont placés sur deux rangs, le long des murs de refend, la tête à 0",25 de la muraille, ils ont 2°,00 de long sur 0",70 de large, et entre chacun se trouve une ruelle de 0",30 : une rue de 2°,00-. de largeur se trouve au milieu de la chambre, entre les deux rangées.

ll résulte de cette disposition que chaque chambre peut contenir 20 ou 22 hommes, caporaux ou soldats ; quatre ou cinq chambres, c’est-à-dire un côté de l’escalier sur toute la hauteur du bâtiment, suffisent donc pour loger une compagnie, et deux compagnies occupent un escalier.

Les bataillons et compagnies sont disposés suivant leur ordre de bataille, de manière qu’en se rangeant devant leurs escaliers, elles soient encore dans cet ordre.

La hauteur des étages est-calculée de manière que chaque homme d'infanterie ait 12",000 d'air : dans les quartiers de cavalerie, on donne 14°,000 par homme à cause du surcroît de bagage qu’il dépose dans la chambre et de l'odeur 'exhalée par les bottes et les effets de harnachement. L’ameublement des chambres se compose de planches à bagages situées le long des murs de-refend à 1",60 au-dessus du sol; en dessous sont des crochets pour les souliers <t les buffleteries ; une table et deux bancs par dix hommes sont disposés dans le milieu de la chambre entre les pieds des lits ; au-dessus, à 2°,00 au-dessus du sol sont des planches à . pain accrochées au plafond, des râteliers d’armes sont à côté

de la porte.

” Une caserne pour un régiment se compose de plusieurs bâtiments semblables: on doit en outre y trouver de nombreux accessoires, tels que cuisines, magasins d'armement, d'habillement, de munitions, ateliers pour la compagnie hors rang, salle d'armes, salle d’escrime, salle de rapport, salles de police, salles pour les écoles régimentaires, infirmerie régimentaire, cantines, logements pour les adjudants et pour les capitaines adjudants-majors, etc.

La toiture de ces casernes ressemble le plus souvent à celle des autres bâtiments, mais il serait à désirer qu'elles fussent toutes voûtées à l'épreuve de la bombe. La crainte de tomber dans d’excessives dépenses empêche seule de construire toutes les casernes suivant celte méthode qui les rend si utiles en cas de siége. On conserve pour ces bâtiments voûtés la même disposition; les voûtes sont jetées d’un mur de refend à l’autre ; leur épaisseur doit être de'1",00 au moins. ..

Les casernes pour la cavalerie ont les mêmes dispositions, sauf que le rez-de-chaussée était autrefois réservé pour les écuries. Maintenant on dispose souvent pour celles-ci des bâtiments particuliers composés d’un rez-de-chaussée où les chevaux sont placés sur deux ou quatre rangs, et de greniers à fourrages. Les chevaux et les hommes s’en trouvent mieux, mais la dépense est plus considérable.

Une place forte doit encore renfermer les établissements militaires suivants, dont nous nous contenterons de donner la nomenclature : une manutention avec tous ses accessoires ;.un hôpital organisé pour recevoir un nombre de malades égal au quinzième environ du chiffre de la garnison; une salle d'armes; des magasins d'artillerie et du génie. Dans quelques grandes places sont des arsenaux de construction pour l’artillerie-et le génie, des fonderies, des manufactures d'armes, etc.

Chaque place renferme un certain nombre de magasins à poudre en rapport avec la quantité de poudre qu'elle doit avoir-en, approvisionnement. Ces dépôts considérables dont la proximité inquiète toujours les habitants sont construits avec le plus grand soin. La figure € de la planche XXII donne une coupe faite perpendiculairement à leur longueur ; ils ont la forme d’un rectangle recouvert d’une voûte à l’épreuve de la bombe, de 1",00 à 1",20 d'épaisseur. Par-dessus cette voûte est une couche de terre de 1°,00, puis un toit construit à la manière ordinaire pour garantir contre les eaux de

pluie. Une ou deux ouvertures au plus donnent accès dans l'intérieur; elles sont formées par deux portes en chène, dont la première doublée extérieurement de tôle de fer a trois serrures dont les ‘clefs sont confiées à trois personnes différentes. Dans les murs sont percés des évents d’aérage garnis de toiles métalliques pour que l’air seul puisse pénétrer. Le plancher est supporté par deux petites voûtes pour éviter l'humidité. L'emploi du fer est sévèrement proscrit à l’intérieur ; il est remplacé par le cuivre. Les barils de poudre qui sont de 50 ou de 100 kHogrammes sont engerbés sur cinq ou six de hauteur et sur quatre ou six rangs; ils ne reposent pas directement sur le plancher, mais sur des chantiers en bois. La grandeur de ces magasins varie suivant leur capacité quiest de 40,000 à 120,000 kilogrammes; les plus grands se composent d’un rez-de-chaussée et d’un étage. -

Il serait à désirer que ces bâtiments fussent toujours isolés; on les construit ordinairement au centre des bastions vides. Un petit mur de 2°,00 de hauteur forme autour d'eux une cour de-2",00 de largeur. Ils sont surmontés d’un paratonnerre.

Nous disions dans le chapitre premier de cette seconde partie que pour défendre les frontières maritimes d’un Etat, il faut d’abord fortifier les grands ports militaires, ensuite les grands ports marchands ainsi que leurs rades et leurs abords, puis dans un certain rayon autour de ces places construire des forts et batteries pour interdire à l'ennemi les mouillages et les débarquements : ces derniers ouvrages seuls suffisent pour protéger les ports de cabotage. Voici quelques détails sur ce genre de défense :

Les grands ports auront d’abord une enceinte continue pour les mettre à l’abri d’une surprise. Cette enceinte généralement baslionnée sera d’ailleurs organisée comme celles dont nous avons déjà parlé, et précédée, s’il est nécessaire, d'un certain nombre d’ouvrages extérieurs; du côté de la mer elle enfermera un port intérieur ou au moins des docks

et des bassins. Les parapets de ce côté seront organisés de manière à pouvoir être armés d’une artillerie formidable placée à découvert ou sous des casemates. Tous les établissements importants sont compris dans cette enceinte.

Pour soustraire aux chances d’un bombardement les immenses dépôts qui forment la richesse navale d'une nation, des forts détachés situés à 1,200 ou 1,500",00 de la place forment une première ligne de défense. D’autres forts sont placés près des mouillages et des points importants de débarquement; leur construction ést généralement irrégulière ; les conditions de flanquement n'ont pas besoin d’être observées rigoureusement, et le tracé surtout du côté de la plage dépend de la forme du terrain. De ce côté on dispose des batteries dirigées vers les points de mouillage et de débarquement ; elles sont armées de pièces en fonte de fort calibre montées sur affüts de côte : le profil qu’on leur donne habituellement est indiqué à la figure 6 de la planche XXII. Sous la batterie supérieure est quelquefois une batterie casematée.

On défend les points moins importants par de simples batteries ayant le même profil que celui que-nous venons d'indiquer. On les protége quelquefois par un mur crénelé précédé d’un petit fossé; maïs souvent elles n’ont point d'enceinte. On construit en arrière un réduit voûté à l'épreuve et crénelé, généralement en forme de tour carrée, dans lequel les défenseurs se retirent peur attendre du secours en cas de débarquement. Le profil précédemment cité indique aussi la forme de ces réduits. Il est abrité des vues de la mer par le parapet de la batterie, et il protège le terre-plein de celle-ci afin d'empêcher s’il est possible l'enclouage des pièces. . -

On multiplie ces batteries le long des passes ou des goulets qui conduisent aux postes importants; mais il faut se garder d'en placer ailleurs que dans cette zone de défense rapprochée; ainsi on négligera les points de débarquement ou de

mouillage trop éloignés. On ne peut avoir la prétention de protéger immédiatement tous les points d’un développement de côte aussi étendu que-celui que possède la France, surtout depuis les progrès de la nrarine à vapeur. Il faudrait employer un personnel excessif et un mätériel trop considérable, pour arriver au faible résultat de protéger contre les courses et le pillage quelques propriétés privées dont la ruine ne rapporte à l'ennemi ni honneur ni profit. Les grands débarquements sont peu à craindre en ces points éloignés, et la présence de troupes mobiles pouvant par de bonnes routes se transporter rapidement vers les points menacés, suffira probablement pour arrêter l’ennemi. Quant à ceux de peu d'importance, ils pourront presque toujours êtres repoussés par les habitants eux-mêmes réunis en compagnies de gardes-côtes ; nous pourrions en citer plus d’un exemple tiré de nos longues guerres avec les Anglais.

Outre le système de furtification dont nous avons environné les frontières d’un Etat, il faut encore avoir dans le cœur du pays quelques places intérieures. On choisit ordinairement poar les fortfier des villes importantes par leur position, leur grandeur et l'influence morale qu’elles exercent sur le reste du pays. Divers systèmes de fortification ont été longtemps en présence : il y âvait les partisans des enceintes continues, et ceux des forts détachés situés en avant de la ville et à peu de distance les uns des autres pour se protéger mutuellement. Si on ne tient pas compte de la dépense, il vaut mieux évidemment réunir ces deux systèmes, et construire autour de la ville une enceinte bastionnée précédée de forts détachés. De cette manière l'enceinte garantit contre les surprises, les forts contre le bombardement, et le siége en règle d’une place d’un aussi grand développement, impossible par conséquent à investir, défendue d’ailleurs paf une garnison considérable, devient pour ainsi dire inexécutable, surtout par une armée campée au milieu d’un paÿs hostile et loin de sa base d'opérations,

L’enceinte, dans une pareille place, n'a pas besoin d’ouvrages extérieurs : un tracé bastionné, précédé d’un large fossé, est suffisant. L'organisation des forts ne diffère point de ce que nous avons dit précédemment.

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