DEVOIRS DU COMMANDANT DANS LES PLACES DE GUERRE
point à garder une place mal approvisionnée : leur perte serait inévitable. Le gouverneur dresse à l’avance un état général de tout le matériel dont il a besoin, consultant à cet effet les tables données par les meilleurs ingénieurs, comme Vauban et Cormontaingne : 1l met en tête les apmes de main ou de jet, la poudre, les projectiles de toute espèce, en un mot tout le matériel d'artillerie ; ensuite viennent les bois dont il n’y a jamais assez au moment du siége, comrhe nous le verrons quand il s'agira de la mise en état de défense, bois en grume, bois préparés à l'avance pour des usages particuliers et bois de fascinage ; puis les outils de toutes espèces pour les terrassiers, maçons, ouvriers en bois ou en fer, et les machines, comme pompes à incendie, moulins à bras, etc. Cet état doit comprendre tout ce qui est nécessaire au servicé des hôpitaux : les vivres sont placés à la suite, leur quantité calculée dans la prévision du siège le plus long possible : enfin, viennent les approvisionnements en vêtements, chauffages et fourrages. Quand ce tableau est dressé, le gouverneur se fait remettre par les commandants du génie et de l'artillerie, ainsi que par l’intendance militaire, les états du matériel existant : l'autorité civile lui fournit aussi des renseignements sur les ressources offertes par les magasins particuliers. Le gouverneur peut alors, connaissant ce qu'il lui faudrait et ce qu’il possède, dresser un état général de tout ce dont il a besoin, et il en fait la demande au gouvernement ou aux généraux dans la division desquels il se trouve.
Tout ce matériel est rangé et tenu en bon état sous la direction du gouverneur, qui en passe la visite aussi souvent qu'il le juge convenable. Il ne faut pas oublier la caisse militaire ; l’argent est le nerf de la guerre , et cela est encore vrai pour la défense d’une place.
Ces soins divers et importants ne doivent point absorber toute l'attention d’un gouverneur qui craint une attaque prochaine ; il doit en outre déployer la plus grande vigilance
pour ne pas se laisser surprendre ; il établira les postes et les sentinelles et les visitera souvent lui-même, parlant au soldat, l'encourageant et captant sa confiance par tous les moyens possibles. De fréquentes patrouilles seront envoyées à l'extérieur ou parcourront les remparts, et des petits corps de cavalerie bien montés établiront des relations avec les places voisines. On peut employer à cet usage des compagnies formées au moment du besoin d'hommes du pays, de bonne volonté, lestes, actifs, entreprenants et surtout fort au courant de tout le terrain en avant de la place. On leur donne une haute paye, et on met à leur tête de bons officiers de partisans.
- C'est au milieu de tous ces soins, c’est en s’occupant de donner l'impulsion et l’activité nécessaires à un service aussi compliqué que le gouverneur attendra avec confiance et fermeté le moment où il sera attaqué.