CHAPITRE III
TRAVAUX À EXÉCUTER DANS UN SIÉGE EN RÈGLE. -— CHEMINEMENTS ET PARALLÈLES.—— TRANCHÉE SIMPLE, — SAPE VOLANTE. — SAPE PLEINE, DOUBLE ET DEMI-DOUBLE.
Nous avons dit dans le deuxième chapitre que faire le siége d’une place n'était autre chose que chercher à s’en emparer par des moyens lents mais sûrs et soumis à certaines règles déterminées. Nous exposerons cette marche en détail dans le chapitre suivant; mais avant et pour ne pas être arrêtés à chaque instant par la description des procédés à employer, nous allons décrire les principaux. Il faut pouvoir s'approcher des fortifications à couvert contre le canon des défenseurs, pour pénétrer dans les différents ouvrages après en avoir renversé les murailles, et arriver ainsi toujours abrité jusqu’au dernier retranchement. C’est au moyen de nombreux travaux de terrassement appelés aussi travaux de sape, que l’on atteindra ce but (1). Ces travaux se com-
(4) Autrefois des paysans, des pionniers, exécutaient ces travaux sous la protection des troupes, qui employaient plus souvent leurs armes pour contraindre ces hommes au travail que pour les protéger contre l'ennemi : à la première alarme nocturne , au premier désordre , les travailleurs s'enfuyaient, #baudounañt leurs outils et mettant le troubte parmi les assaillants. Pour éviter ces inconvénients, on a rejeté cette méthode peu en harmonie d'ailleurs avec les progrès de la civilisation , et les travailleurs sont pris maintenant parmi les soldats. .
si
posent presque toujours de tranchées faites dans le sol, sur une largeur variable ; les terres rejetées du côté de l'ennemi forment parapet. On voit la ressemblance qui existe entre ces ouvrages et ceux de la fortification de campagne à exécution rapide. Ces franchées qui se dirigent vers la fortification portent aussi le nom de cheminements, parce qu'elles sont en réalité les routes abritées par lesquelles l’assaillant cemaine Vers la place. Les cheminements partent de points hors de la portée du canon des ouvrages et cachés en outre de la vue s’il est possible par des mouvements de terre ou des rideaux d'arbres; ils ne se dirigent pas en ligne droite sur la fortification dont les feux les enfileraient sur toute leur longueur, mais sont tracés en zigzag (P1. XXVI, fig. 1), ayant leur parapet tantôt à droite, tantôt à gauche, et se rapprochant toujours du point attaqué. L'ensemble des cheminements se dirigeant sur un saillant forme ce que l’on appelle une attaque; et il y a autant d'attaques qu’il y a de saillants attaqués. Elles élaient autrefois isolées les unes des autres, et par suite mal soutenues à une certaine distance du point de départ ; on ne pouvait d’ailleurs les élargir assez pour y placer des troupes qui auraient gêné la circulation. Aussi arrivait-il souvent que des troupes assiégées se glissaient la nuit entre deux cheminements, surprenaient les travailleurs, Jes tuaient ou les mettaient en fuite, bouleversaient les travaux et se retiraient après avoir en quelques heures détruit les résultats obtenus par plusieurs journées de travail. L'attaque avait alors l’infériorité sur la défense. Le maréchal de Vauban, dont nous avons déjà cité les travaux dans la deuxième partie du cours, eut l’idée de relier toutes ces attaques par de vastes tranchées concentriques à la fortification, ce qui leur fit donner le nom de parallèles, de préférence à celui de lignes ou de places d'armes employé par leur inventeur. Elles ont pour but de relier entre eux les cheminements et de contenir la garde destinée à protéger lestravailleurs; de plus, elles resserrent lagarnison, et l’assié-
geant peut déposer sur le revers des amas de matériaux nécessaires pour les constructions en avant. Vauban employa pour la première fois les parallèles au siége de Maëéstricht en 1673; il faut en construire plusieurs et de plus en plus près de la place, pour que les cheminements soient toujours suffisamment protégés (1).
Ces différents travaux, places d'armes ou cheminements, qui ont un développement immense, sont donc exécutés successivement et à découvert sous des feux de plus en plus redoutables à cause de leur proximité. Le mode de construction varie nécessairement suivant les dangers à courir par les travailleurs ; on en distingue trois principaux : le travail à la tranchée simple, le travail à la sape volante et cel à la sape pleine ; ce dernier se subdivise en sape pleine simple, sape pleine double, sape demi-double et sape demipleine : nous allons les examiner successivement.
Tranchée simple. — On n’emploie ce genre de travail que sur le terrain silué en dehors de la bonne portée de la mitraille. I] consiste en une tranchée faite dans le sol, dont les terres rejetées du côté de l'ennemi forment parapet; les talus du déblai sont taillés au quart environ; le côté opposé au remblai porte le nom de revers de la tranchée ; la profondeur de l’excavation est de 1°,00 ; le talus intérieur du remblai est à 45°, la crête est à 1",30 au-dessus du sol, et l'épaisseur du parapet doit être suffisante pour arrêter le boulet. La figure 1 de la planche XXVIIT donne ‘un profil droit d’une tranchée simple. Le travail est exécuté par des soldats d’in-
(4) On a voulu contester à Vauban l'honneur d’avuir inventé les parallèles, et on a prétendu qu'elles étaient décrites dans les ouvrages d’un Italien du xvit siècle. Mais ce fait me paraît inexact; les auteurs qui contestent cette invention à notre grand ingénieur ne citent pas l’auteur italien, et je suppose qu’ils auront eu en vue un passage où celui-ci décrit les lignes que l’armée de siége élève pour garantir ses camps contre les sorties de la garnison, lignes qui à cette époque, lorsque l'artillerie était encore dans l'enfance, se construisaient très-près de la place.
fanterie rangés à côté les uns des autres sur l'emplacement du déblai et travaillant simultanément. Une petite fascine dite fascine à tracer, de 0",15 de diamètre sur 1",30 de longueur marque le pied du talus intérieur; une berme de 0",30 règne entre ce pied et l’excävation, dont la largeur au fond varie suivant le but de la tranchée. Les hommes y sont couverts à 2",30 d’après ce que nous venons de dire.
La hauteur 1",30 du parapet n’a pas été prise arbitrairement ; il faut que les hommes montés sur la berme comme sur une banquette puissent faire feu par-dessus la crête en restant sûffisamment couverts, de là cette hauteur de 1",30. Nous n’avons donné que 0*,30 de largeur à la berme afin de ne pas trop écarter la crête ou le point couvrant du revers qui est le point extrême à couvrir; mais dans les endroits organisés pour la fusillade, elle n'aurait pas assez de largeur, le combattant y. serait mal à l'aise, et d’ailleurs il ne franchirait que difficilement le talus au quart de 1",00 de hauteur qui sépare la berme du fond de la tranchée. On construit alors en ces points (Pz. XXVI, #g. 2) un gradin intermédiaire de 0",50 de largeur sur la même hauteur, c’est-à-dire divisant en deux parties égales le ressaut à franchir; les terres sont soutenues par un revêtement en fascines incliné au quart; elles sont prises sur le revers de la tranchée qui doit être élargie pour avoir toujours la même dimension dans le ford. Puis en arrière de la berme et contre l’ancien talus au quart on place aussi deux rangées de fascines formant revétement pour la partie supérieure de ce talus, et portant la largeur de la berme à 0",50 environ. Pour que le premier gradin ait 0",50 de largeur après la pose de ces dernières fascines, il faut qu’il en ait 0",72 à partir ‘du talus au quart, les fascines ayant 0°,22 de diamètre; la première fascine qui soutient ce gradin sera donc placée sur le fond de la tranchée à 0",72 du pied du talus au quart. On maintient solidement les fascines avec des piquets.
Les gradins pour la fusillade ne se construisent pas dans les cheminements, exclusivement réservés aux communications, mais seulement dans les parallèles, de distance en distance. On organise aussi une partie de ces places d’armes de manière que l’assaillant puisse franchir le parapet pour se porter à la rencontre de l'ennemi déjà ébranlé par ses feux ; on construit pour cela des gradins de franchissement. On exécute les gradins d'abord comme pour la fusillade ; les hommes arrivent donc sur le sol par deux gradins de 0®,50 de hauteur sur 0°,50 de largeur; on entaille ensuite dans le talus intérieur du parapet deux gradins de mêmes dimensions (PL. XXVI, fig. 3), toujours soutenus par des fascines placées suivant des talus au quart, et qui conduisent à 1",00 audessus du sol; les 0,30 de hauteur de terre qui doivent compléter celle du parapet sont soutenus par une seule fascine placée à 0°,50 en avant du dernier gradin.
Comme nous l’avons dit tout à l’heure, l'exécution de la tranchée simple se fait à découvert, et ce n'est qu'au bout d’un certain temps que les travailleurs qui s’approfondissent en élevant le parapet seront abrités contre les coups du défenseur ; quelque rapide que soit l'exécution, ils resteraient encore trop longtemps exposés pour que ce moyen fût praticable à une distance des remparts égale à la bonne portée de mitraille, c'est-à-dire à 300 ou 350",00 environ; on ferait des pertes trop considérables. 11 faut alors avoir recours à la deuxième méthode.
Tranchée à la sape volante. — Le travail consiste toujours dans l’excavation d’une tranchée de 1",00 de profondeur, limitée par des talus au quart et d’une largeur variable, suivant le but auquel elle est destinée. La différence consiste dans la manière de former le parapet ; dans la tranchée simple, les terres abandonnées à leur talus naturel doivent occuper une large base avant d’acquérir une hauteur et une épaisseur en haut suffisantes pour couvrir même contre la
mitraille ; il en faut donc une grande quantité, le travail dure longtemps. On l’accélère dans la sape volante au moyen d'un genre de revêtement particulier formé de gabions.
Un gabion est un panier cylindrique sans fond composé de menus branchages clayonnés autour de piquets dont le nombre varie de 7 à 9 suivant la grosseur du clayonnage. Ces piquets ont 0",95 de longueur ct dépassent de 0®,15 le clayonnage qui n’a que 0",80 de hauteur ; les extrémités qui dépassent le clayonnage sont appointées. Le diamètre exténeur du gabion est de 0",65 ; il est placé sur le sol la pointe des piquets en l’air.
‘ Pour former le revêtement on dispose les gabions à côté les uns des autres sur une ligne à 0",30 en avant du bord de la tranchée et avant le travail de l’excavation. Les travailleurs, placés en arrière, remplissent d’abord les gabions avec les terres provenant du déblai ; puis quand les gabions sont pleins, les terres sont lancées en avant, le moins loin possible. Au bout de très-peu de temps on a devant soi un parapet d’une épaisseur suffisante pour arrêter les balles et même la mitraille. On continue l’excavation jusqu'à ce qu’elle atteigne sa largeur définitive et en jetant toujours les terres en avant pour épaissir le parapet. La figure 4 de la planche XXVI donne un profil droit de ce genre de travail. On porte la hauteur du remblai à 1,30 en mettant au-dessus des gabions d’abord deux cours de fascines enfoncées dans les pointes des piquets, puis un troisième rang en dessus. Ce travail qui porte le nom de couronnement de la gabionnade est exécuté par les sapeurs du génie. Les terres du remblai sont soutenues ensuite par le couronnement.
Il faut aussi construire dans les places d'armes exécutées à la sape volante des gradins pour la fusillade:et le franchissement. Les premiers se font exactement comme les gradins de fusillade dans la tranchée simple; un gradin de 0",50 de hauteur sur 0",50 de largeur permet d'arriver sur la berme élargie par deux cours de fascines et sur laquelle se tient le
combattant. Voici comment on construit les gradins de franchissement : leurs dimensions sont toujours les mêmes, savoir, 0,50 de hauteur sur 0",50 de largeur et on les soutient par des fascines posées suivant un talus au quart. Or si nous retirons la troisième fascine de couronnement et que nous la reportions à 0",50 ‘en avant, les deux fascines inférieures formeront le dessus d’un gradin situé à 1*,00 audessus du sol, ou à 2",00 au-dessus du fond de la tranchée ; cette différence de niveau représente quatre hauteurs de marche, ou trois largeurs de 0",50 chacune (PL. XX VI, #g. 5); on peut les dessiner en tenant compte bien entendu des trois talus au quart qui les limitent, et on trouve que la distance du pied du gradin inférieur au gabion est égale à trois largeurs de marche, c'est-à-dire à 1",50, plus à trois fois la base d’un talus au quart de 0”,50 de hauteur, c’est-à-dire à 0,38 environ, soit en tout 1",88 ; mais il est facile de voir que le pied du talus au quart de la tranchée est à 0",55 du gabion ; la fascine qui dessine le pied du dernier gradin est donc à 1”,88 moins 0",55, ou à 1",33 de la base du talus au quart.
Cela posé, pour exécuter ces gradins on pléce une première ligne de fascines à 1",33 du pied du talus de la tranchée, et on la maintient par des piquets; on remblaie en avant en prenant les terres sur le revers de la tranchée, qu'il faut élargir de 1°,33 pour lui conserver la même largeur au fond ; on dame ce remblai avec soin, et on pose la seconde ligne de fascines piquetée sur la première en ménageant le talus au quart ; on remblaie et on dame de manière à obtenir les 0,50 de hauteur. Le deuxième gradin s'obtient en posant sur cette plate-forme les fascines qui doivent soutenir les terres à 0,50 en avant, et remblayant de manière à obtenir une seconde plate-forme affleurant le sol; enfin, la construction du troisième gradin est la même.
Dans le travail de la sape volante les hommes se couvrent assez rapidement, mais restent toujours exposés pendant un
certain temps àux feux de la place. Si pendant la nuit on peut exécuter ce travail, même à bonne portée de mitraille sans éprouver de grandes pertes, il n’en est plus ainsi quand on est soumis à un feu vif de mousqueterie, c'est-à-dire quand les travaux arrivent à 200°,00 environ des chemins couverts; on change alors le mode de travail et on emploie le suivant.
Sape pleine simple. — Ce qui distingue essentiellement le travail à la sape pleine d’avec ceux dont nous venons de parler, c’est que dans l’exécution de ceux-ci on entreprend toujours à la fois, avec le nombre voulu de travailleurs, une longueur variable de tranchée, et ils travaillent pendant un temps plus ou moins long exposés aux feux du défenseur ; dans la sape pleine, au contraire, les travailleurs en nombre déterminé sont toujours à couvert et leur travail n’est point simultané, mais successif, de telle sorte que les cheminements avancent vers la place d’une manière lente, mais continue. Disons d’abord que le profil d'une sape pleine terminée ne diffère en rien de celui d'une sape volante ; nous le connaissons donc ainsi que la manière de construire les gradins de fusillade et de franchissement.
Il faut décrire seulement le mode de travail; pour cela nous supposerons la sape en cours d'exécution (Pz. XXVII, fig. 1,2 et 3). Le travail est fait par des sapeurs du génie ; il en faut huit, qui composent une brigade et qui occupent successivement toutes les positions en se relayant. La brigade est divisée en quatre sapeurs travailleurs et quatre sapeurs servants qui sont respectivements désignés, suivant leurs fonctions, comme premier, deuxième, troisième et quatrième sapeur ou servant. Ces derniers, qui doivent relayer les sapeurs à tour de rôle, comme nous l’indiquerons tout à l'heure, sont en outre chargés d de leur fournir les matériaux nécessaires.
Le premier sapeur creuse en avant de lui et dans la direc-
tion donnée une excavation nommée forme, qui a 0",50 de largeur en haut sur une même profondeur ; du côté du parapet, à gauche dans notre dessin, les terres sont recoupées au quart; elles sont à pic sur le revers, de sorte que la largeur de la forme du premier sapeur, au fond, est de 0,37. Ce travailleur est couvert sur le côté par des gabions qu’il place successivement dans l’alignement donné, au fur et à mesure de l’avancement du travail; les dimensions de la forme sont telles que le déblai qui en provient, et qui est jeté dans les gabions par le premier sapeur, est juste suffisant pour les remplir avec une terre ordinaire. 1l se tient un peu en arrière, vis-à-vis du dernier gabion rempli, se collant autant que possible contre le parapet, et travaille à genoux, couvert d’une cuifasse en tôle épaisse ou en acier et d’un casque nommé pot-en-tête. Pour que les balles ne pénètrent pas à travers les joints des gabions, il les recouvre avec des fascines très-serrées, de 0,80 de hauteur sur 0",22 de diamètre, placées debout ‘et nommées /agots de sape. Quand un gabion est plein, il le couronne avec deux petites fascines de 0°,65- de longueur, nommées fascines de couronnement provisotre. Le sapeur est couvert en tête par un gabion de 2",30 de longueur sur 1",30 de diamètre reposant sur le clayonnage, d’équerre sur la direction de la sape et ayant une de ses extrémités alignée sur la ligne des centres des gabions ordinaires; il est bourré de fascines de même longueur, dites fascines d farcir, et à cause de cela il porte le nom de gabion farci. Un fagot de sape bouche le joint qui existe entre.le gabion farci et le dernier gabion de la sape.
Le deuxième sapeur, armé comme le prémier d'une Ccuirasse et d’un pot-en-tête, travaille aussi à genoux à ‘une distance du premier égale à deux gabions et demi, e’est-à-dire à 1",65 environ. Il approfondit ka forme-du premier de 0",17 et l’élargit d'autant du côté du revers, de sorte que sa forme à 0®,67 de profondeur, 0",67 de largeur en haut et 0",50 de
largeur en bas; il jette les terres au delà des gabions, le moins loin possible et vis-à-vis les joints.
Le troisième sapeur, sans cuirasse ni pot-en-tête, travaille courbé; il augmente encore la forme du second de 0",17, tant en largeur qu’en hauteur, de sorte que sa forme a 0",84 de largeur en haut, autant de profondeur, et 0",63 de largeur au fond. L'élârgissement se fait bien entendu du côté .du revers. |
Enfin, le quatrième sapeur, travaillant comme le troisième , approfondit et élargit de 0",16, de sorte que sa forme acquiert une dimension définitive de 1",00 de largeur, aulant de profondeur, et 0",75 de largeur dans le fond. Le talus du revers est vertical, celui du côté de la tranchée est incliné au quart; la berme a toujours 0",30 de largeur.
Les sapeurs servants, qui se tiennent en arrière du quatrième sapeur, remplacent les fascines de couronnement provisoire par des fascines de couronnement ordinaire de 2°,00 de longueur. Dans cet état, la sape est livrée aux travailleurs d'infanterie, qui la portent à la longueur voulue.
Quand.le premier sapeur a poussé son excavation jusque vis-à-vis du milieu du dernier gabion placé, celui-ci doit être plein de terre; il. le couronne de fascines, et il faut en poser un autre, qu'on lui passe en le faisant rouler sur le revers. Alors les sapeurs et les servants poussent le gabion farci en avant, et quand il est assez avancé le premier sapeur pose le gabion vide dans l'alignement des autres, en s’effaçant le- plus possible; le gabion farci est ramené contre le gabion vide à l’aide de crochets, et le travail recommence. :
La position du premier sapeur est fatigante et périlleuse ; il faut le ehanger quand il a rempli trois gabions; voici comment se fait le changement : les trois premiers sapeurs reculent d’une forme, le premier devenant deuxième, le deuxième devenant troisième, et le troisième devenant quatrième ; le quatrième sapeur devient quatrième servant, et
le premier servant revêtu à l’avance du pot-en-tête et de la cuirasse devient premier sapeur.
La sape ne se dirige pas toujours suivant la même ligne ; après avoir cheminé un certain temps dans une direction, ayant par exemple le parapet et la place à sa gauche, on se retourne pour marcher dans l’autre sens, c’est-à-dire en ayant le parapet et la fortification à sa droite. Ces changements de direction portent le nom de retours de sape; les figures 4 et 5 de la planche XX VII indiquent la marche du travail. Quand on a placé le dernier gabion de la première direction qui doit servir de point de départ au parapet du retour, on arrête le travail d'avancement à 0*,60 du gabion farci, et on porte la sape à ses dimerisions définitives de 1°,00 de largeur sur 1,00 de profondeur ; en méme temps le premier sapeur fait un retour d’équerre le long du gabion farci, et le prolonge au delà sur une longueur de trois gabions. On amène ensuite un second gabion farci qui doit couvrir. la tête du débouché ; on lui fait franchir le parapet sur un plan incliné formé par deux poutrelles, comme l'indique la figure 5; les sapeurs pläcés dans le retour le poussent avec des crochets, puis le retiennent avec des cordages pour qu'il ne s’écarte pas en roulant sur le talus extérieur. On renverse aussitôt dans la tranchée le deuxième et le troisième gabion de la sape primitive, et on commence la nouvelle sape à la manière ordinaire , $e dirigeant d’abord perpendiculairement à l'ancienne direction, et arrivant petit à petit dans la nouvelle au moyen d'un arc de cercle.
Sape double. — Quand on marche directement sur les fortifications de la place, ou quand on est dans une position rentrante, on craint des coups venant de droite et de gauche en outre des coups de face ; on chemine alors en sape double. Ce travail se compose de la réunion de deux sapes simples, dont l’une a son parapet à gauche, et l’autre à droite. Les gabions farcis se touchent (P1. XXVI, #g. 6) et garantissent
des coups de face. L'écartement des parapets est de 4",00 environ ; la masse de terre qui reste entre les deux sapes et que l’on nomme dame est enlevée par des travailleurs d’infanterie, et la largeur de la tranchée est alors de 3°,35 en haut et de 2",85 en bas. Le joint entre les deux gabions farcis est fermé par un fagot de sape ou un sac de laine. Le travail des sapes est exécuté par deux brigades marchant de concert.
Sape demi-double. — Si le terrain sur lequel on chemine n’a pas la largeur nécessaire pour y établir une sape double, comme serait une chaussée étroite ou la plongée d’un parapet, on construit une sape demi-double. La figure 2 de la planche XXVIL en donne un profil perpendiculaire à sa direction. Ce n’est autre chose qu’une sape simple sur le revers de laquelle on établit pour se couvrir une ligne de gabions remplis avec des sacs à terre ou de petites fascines ; cette sape n’a jamais qu’un mètre de largeur en haut. Les gabions sur le revers sont posés par le premier sapeur en même temps que ceux du parapet ; leurs joints sont recouverts par des fagots de sape. Les parapets de ce chemineinent d’ailleurs très-étroit et. peu commode, mettent à peine à l’abri de la mitraille ; it ne faut donc l’employer que rarement et dans des cas tout à fait particuliers.
Sape demi-pleine. — C’est une sape dans laquelle les travailleurs ne craignent aucun coup de face; on peut alors supprimer le gabion farci destiné à les abriter de ce côté, et le travail marche plus rapidement. |
Il y a dans l'exécution de ces différents travaux .de nombreuses manœuvres qui font l’objet d’une étude particulière de la part des soldats du génie : déjà nous avons parlé des retours de sape simple en sape simple; on pourrait avoir à déboucher d’une sape simple en sape double, d’une sape double en sape simple, d’une tranchée élargie en sape simple
ou double, à exécuter la réunion de deux sapes simples en une double, etc. Souvent aussi un accident dérange le gabion farci de sa position; il faut savoir l'y ramener. Nous ne pouvons nous étendre sur toutes ces opérations ;'le cadre de cet ouvrage ne le permet pas, et ce que nous avons dit suffit pour comprendre comment on pourrait les exécuter.