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DEUXIÈME SECTION

TRAVAUX PRÉPARATOIRES POUR L'OUVERTURE DE LA TRANCHÉE. — OUYERTURE DB LA TRANCHÉE. — PREMIÈRE PARALLÈLE. — CHEMI- NEMENTS EN ARRIÈRE ET EN AVANT. — DEUXIÈME PARALLÈLE. — ÉTABLISSEMENT DE L'ARTILLERIE JUSQU'A CETTE ÉPOQUE DU SIÉGE.

Tous les préparatifs de l’assiégeant sont achevés, ses camps sont placés, ses lignes terminées; les reconnaissances ont permis d'établir un plan directeur suffisamment exact sur lequel on a discuté le choix du point d'attaque; l’emplacecement des parcs et des dépôts de tranchée est par suite déterminé ; le matériel de l'artillerie et du génie est arrivé et mis en ordre dans les parcs; les fascinages sont achevés et transportés aux dépôts : tout est donc prêt pour le commencement des travaux dont nous avons donné une idée dans le chapitre troisième. On se rappelle qu'ils se composent de cheminements et de places d'armes ou parallèles, et que le mode d'exécution varie avec la distance à la place ; les premiers, les plus éloignés, desquels nous allons d’abord nous occuper, se font à la tranchée simple. Une première parallèle enveloppe à 600",00 de distance au plus non-seulement les ouvrages que l'on veut attaquer, mais encore ceux qui ont des vues d'artillerie sur le terrain situé en avant des premiers. Vauban recommande expressément de ne pas dépasser celte distance , et de la prendre plus petite toutes les fois qu'il sera possible. Nous ne saurions trop appuyer sur cette recommandation; un exemple récent nous fournirait au besoin des preuves de l'importance de cette maxime : les premiers travaux exécutés devant Sébastopol, situés à une trop grande distance de la place, permirent aux Russes d'occuper en

avant de leurs premières fortifications des points favorables à la défense , lesquels transformés en positions des plus fortes ne purent leur être enlevés qu'après une perte considérable de temps et d'hommes. Au contraire dans les siéges faits en Espagne pendant les guerres de la Péninsule au commencement de: ce siècle, on vit toujours la première parallèle avancée à 500",00 et même quelquefois à 400",00 des ouvrages, Ce qui faisait gagner un temps précieux. En arrière de cette parallèle sont des cheminements destinés à la mettre en communication couverte avec les dépôts de tranchée ; on construit autant de cheminements que la première parallèle embrasse de capitales de bastions où de demi-lunes.

Ces travaux sont tracés à l’avance sur le plan directeur de la manière suivante (PL. XXVI, fig. {) : on prend sur les capitales des demi-lunes à partir des saillants des chemins couverts des distances de 600",00 ; en ces points on élève des perpendiculaires de 35°,00 de-‘longueur de-chaque côté, ce sont des portions de la première parallèle dont on achève le tracé en joignant leurs extrémités voisines. Si nous ne faisons qu’une attaque simple sur un bastion À et sur les deux demi-lunes voisines E et E’, la première parallèle sera prolongée environ jusque vis-à-vis la demi-lune G ; on cher. che à appuyer son extrémité à quelque obstacle naturel, comme un marais, une rivière, un escarpement, pour qu'elle ne puisse être tournée; sinon on la termine par une redoute fraisée, patissadée et armée d'artillerie de position.

Les cheminements ne doivent pas beaucoup s’écarter de la direction des capitales, tant pour rester dans les secteurs privés de feux des ouvrages que pour ne pas gêner comme nous le verrons plus {ard le tir de l'artillerie; on les maintient entre deux lignes ab et.a/b', tracées de la manière suivante : à 60,00 des saillants des chemins couverts de la demi-lune ou du bastion on élève une perpendiculaire sur la capitale , à laquelle on donne 25,00 de longueur de chaque côté ; sur la première parallèle dn prend 35",00 de.cha-

que côté de la même capitale, et on joint deux à deux les points ‘ainsi déterminés. Les cheminements, nommés aussi boyaux de tranchée, sont tracés en zigzag de manière à être défilés des coups venant des fortifications.

Il est facile de voir que la-plongée d’un projectile rasant la crête d’une tranchée simple perpendiéulairement à sa direction ne doit pas être plus raide que la pente de 14 de base pour 1 de hauteur, pour qu’un homme placé sur le revers soit couvert à 2",00 près. En effet dans le triangle A BC (Pc. XXVIII, Ég. 1), la base AB est: égale à 4",15 (1,30 + 0,30 + 0,25 + 2,30), la hauteur BC est égale à 0",30 et le rapport de la base à la hauteur, ++, est environ égal à 14. La ligne AC inclinée à 14 pour 1: représente donc la pente absolue du plan de défilement d’une tranchée simple sur le revers de laquelle un homme est couvert à 2,00, et le problème à résoudre consiste à trouver la direction à donper à la tranchée de manière que les coups partant des points les plus dangereux de la fortification passent au-dessus de ce plan après avoir rasé la crête, ou tout au plus se trouvent dans ce plan; c'est, on le voit, le problème inverse de celui que nous avons résolu dans la fortification passagère , alors que la direction des crêtes étant donnée, il fallait trouver leur hauteur, c’est-à-dire la pente du plan de défilement.

Considérons le boyau arrivant au point 72; il doit laisser la place à sa gauche, de manière à ne pas être enfilé par les projectiles venant des fortifications. Supposons que le point le plus dangereux pour lui soit le saillant des chemins couverts de la demi-lune F ; il faut que le coup partant de ce point / soit au-dessus du plan de défilement du boyau, ou tout au plus dans ce plan à 14 pour 1; donc inversement lé plan de défilement à 14 pour 1 doit passer par le point /. Mais la crête du boyau est une horizontale de ce plan située à 1®,30 âu-dessus du so]; elle devra donc passer à une distance de / égale à 14 fois la différence de niveau entre elle et ce point, et par conséquent eHe sera langente à un arc de

cercle décrit du point / comme centre avec 14 fois cette différence de niveau. Pour voir si le saillant de la demi-lune F est plus dangereux que celui de ses chemins couverts, on fait la même construction pour le point F : on le prend pour centre d’un arc. de cercle dont le rayon est égal à 14 fois la différence de niveäu qui existe entre lui et la crête du cheminement ; la tangente menée à cet arc de cercle par le point »# est la direction d’un boyau défilé du point F; on choisit entre les deux celle qui s’écarte le plus des fortifications. La direction n0’ du boyau en arrière a été obtenue de la même manière, en se défilant au quatorzième du saillant des chemins couverts de la demi-lune F’. |

Chacun des boyaux recouvre toujours le précédent sur une longueur de 10 à 12°,00 : on abrite mieux aïnsi le revers de la tranchée, de plus on peut se garer dans ces prolongements pour laisser la circulation libre, et on y abrite aussi de petits postes destinés à la protection immédiate des travailleurs. a

Quand ce tracé est fai sur le plan directeur, il faut l'exécuter sur le sol, ce qui exige que les capitales soient jalonnées au moyen de piquets. On peut aligner tout simplement le säillant de l'ouvrage sur celui de son Chemin couvert, et jalonner cette direction en se tenant à 12 ou 1,500 mètres de la place. Cette opération est presque toujours suffisamment exacte; mais, si les fossés et les chemins couverts sont d’inégale largeur, il faut avoir recours à d’autres procédés. On détermine d’abord les prolongements des faces de l'ouvrage, soit en alignant le coïdon en maçonnerie, si on l’aperçoit, soit en ‘alignant la crête extérieure au moment où le talus extérieur est dans l’ombre pendant que la plongée est éclairée ; l’arête se dessine parfaitement, et on peut jalonner son prolongement. 1l faut ensuite diviser en deux l'angle formé par ces lignes en opérant toujours à la distance de 12 à 1,500 mètres des fortifications : supposons que l’on ait à sa disposition une boussole avec alidade. On se met en

station sur.un des prolongements en À (PL. XX VIII, /g. 8) et on lit l’angle S A N ou a que cette direction fait avec la ligne nord-sud; de même en un point B quelconque de l’autre prolongement, on cherche l'angle à formé par cette ligne avec l'aiguille aimantée. Supposons maintenant que la capitale ou bissectrice S F soit tracée, il est facile de prouver que l’angle / qu'elle fait avec la ligne nord-sud est égal a+ . en elfet, dans le triangle SDE, on a :

SDNoub=DSE+SED…: s+/.

Dans le triangle S A E, on a aussi :

SED ouf ASE +SAE on : S+ a.

Retranchons la seconde égalité de la première , il vient : G—ff—a; ou bien : f = et?

On se promène alors sur le terrain avec la boussole, se mettant en station de ternps à autre jusqu'à ce que l’on trouve un point F tel que SF N soit égal à +; il suffit d’aligner SF et de le jalonner ou de le piqueter.

On pourrait aussi se servir de l'équerre d’arpenteur ; mais il nous suffit d’avoir donné la méthode précédente; on trouvera les autres dans les traités de topographie.

On cherche ensuite sur la capitale un point situé à 600,00 du saillant des chemins couverts, pour avoir sa rencontre avec la première parallèle : le problème revient à chercher la distance d’un point quelconque À de cette capitale au saillant inaccessible S (PL. XXVIII, Ag. 4); il est facile à résoudre par la trigonométrie. Voici le moyen donné par Vauban pour opérer directement sur le terrain en se servant de l’équerre d’arpenteur : on élève au point À une perpendi- ‘culaire À B d’une longueur variable, soit 140°,00 ; on prend BC égal à une fraction quelconque, un quart par exemple, de AB, soit 35",00 ; on élève la perpendiculaire indéfinie BD

et on jalonne la direction S C que l’on prolonge jusqu'à sa rencontre avec BD. Les deux triangles SAC et BCD sont semblables, d’où il résulte que BC étant le quart de AB ‘ou le tiers de AC, BD que }’on peut mesurer est le tiers de la distance cherchée AS.

Une fois cette longueur AS connue, le point M situé à 600"00 de S se détermine en mesurant AM qui est égal à ÀS diminué de 600",00. On le piquete avec soin, et le piquet coiffé de paille est numéroté pour le reconnaître. Il est alors facile au moyen du plan directeur de piqueter aussi les. points où les boyaux viennent couper la capitale et de déterminer leur direction. Ces dernières opérations se font au petit jour ou même par les nuits un peu claires.

: La description de tous ces travaux préparatoires a dû être successive ; mais en réalité ils marchent tous simultanément : établissement des camps, des parcs et des lignes, confection des fascinages, reconnaïssances, tracé du plan directeur, choix du point d’attaque, tracé des travaux sur le papier, puis sur le sol, toutes-ces opérations s’exécutent ensemble, avec le concours de l’armée entière, et elles ne doivent pas durer plus de neuf à dix jours. Alors peuvent réellement commencer les travaux d'attaque.

Nous avons déjà dit que les premiers travaux étaient exécutés à la tranchée simple, c’est-à-dire à découvert par des hommes trayaillant simultanément à 1",30 de distance les uns des autres; on commence ce travail la nuit, ce qui s'appelle ouvrir la tranchée. Le moment de l'ouverture est fixé par le général en chef sur l'avis qu’il reçoit du commandant du génie que tous les travaux préliminairés sont achevés. Celui-ci. a déterminé la quantité de travail que l'on entreprendra la-première nuit d’après le ndmbre de travailleurs que la force de l’armée assiégeante permet de mettre à sa disposition. Ce travail comprend toujours une certaine portion de première parallèle , et tous les cheminements en arrière jusqu'aux dépôts de tranchée. La longueur totale des

tranchées entreprises doit être d'autant de fois 1",30 qu’il y a de travailleurs.

Pour que ces hommes travaillent avec tranquillité, 1l faut les protéger par des troupes de garde assez nombreuses pour résister aux sorties de la garnison; or, on ne pense pas qu’un gouverneur hasarde jamais à une si grande distance plus de la moitié de ses troupes et la garde sera prise supérieure à ce chiffre ; généralement elle est égale aux trois quarts de la garnison. |] doit en outre y avoir un ou deux postes de cavalerie abrités par un pli de terrain et prêts à se porter contre les sorties quand ils en recevront l’ordre. Ces postes sont situés à droite et à gauche du terrain des attaques:

Le commandant du génie a donné ses ordresaux ingénieurs, qui le jour précédant l'ouverture ont tracé toute la partie à entreprendre avec du cordeau blanchi à la craie. Quelques sapeurs du génie sont laissés couchés à plat ventre dans les points les plus importants, comme à la rencontre des capitales avec la première parallèle, afin d’être sûr de les retrouver. Chaque ingénieur trace la partie qu'il aura à exécuter. Les dépôts de tranchée sont approvisionnés de tous les matétiaux et outils néeessaires. |

Le jour de l'ouverture les gardes et travailleurs se réunissent dans l'après-midi aux dépôts de tranchée, les premiers en tenue de combat, sans le sac, les autres en veste et bonnet de police, la capote roulée. Ces derniers sont armés seulement du fusil avec sa baïonnette ; ils n'ont point de buffleterie, mais portent un paquet de cartouches dans la. poche. Les travailleurs sont d’abord divisés en deux parties, ceux de la parallèle, et ceux des cheminements; puis chacune des parties forme autant de colonnes qu'il y a de capitales. Les hommes sont toujours commandés par leurs officiers, mais la direction de chaque colonne appartient à des officiers du génie auxquels sont adjoints des sous-officiers de la même arme. On distribue à chaque homme une pelle , une pioche et une fascine à tracer; les sous-officiers reçoivent des ba-

ATTAQUE EN RÈGLE D'UNE PLACE FORTE. 351 guettes sur. lesquelles sont marquées les dimensions de la

. tâche imposée à chaque homme; les caporaux travaillent

avec les hommes.

Les colonnes sont formées par le flanc, sur un seul rang pour celles qui doivent exécuter les cheminements et sur deux pour celles qui travaillent à la parallèle. Les hommes ont le fusil en- bandoulière ; ils portent la pioche et la-pelle d'une main, la fascine à tracer de l’autre : les officiers et les sous-officiers sont sur les flancs’, les ingénieurs en tête. Les gardes sont rangées en autant de colonnes qu'il y a de capitales. Il est important que les hommes soient instruits de ce qu'ils auront à faire. Quand le jour eommence à tomber, les colonnes se mettent en marche suivant les capitales, les travailleurs de la parallèle précédant ceux des cheminements : arrivés à la hauteur de la parallèle, les premiers qui sont sur deux rangs font respectivement'sur la droite ou sur la gauche par file en bataille, de manière à venir se mettre suçcessivement sur l’alignement tracé. À mesure que chaque homme y arrive, il donne sa fascine à l'officier du génie qui la pose sur le cordeau contre la précédente, puis il se couche en arrière à plat ventre, face à la place, ayant d’un côté sa pelle et sa pioche et de l’autre côté son fusil. On pose de même les travailleurs des cheminements en commençant par la partie la plus éloignée de la ville et prévenant bien les hommes du côté vers lequel ils doivent jeter la terre. Le général en chef et le commandant du génie assistent généralement à cette première opération et se font un honneur de poser les deux premières fascines.

En même temps on a disposé la garde de la manière-sul- . vante : les bataillons sont espacés de distance en distance, à vingt pas en avant de la parallèle ; les rangs sont ouverts et les hommes couchés à plat ventre le long de leurs fusils. Les compagnies de grenadiers ont été détachées à vingt pas en avant des bataillons, et les hommes sont aussi couehés à plat ventre; enfin ces compagnies fournissent un cordon de

seritinelles po$ées vingt pas au delà et qui se tiennent un genou en terre. Une- réserve plus ou moins forte reste en arrière des travailleurs.

Quand toutes ces dispositions sont prises, quand le tracé

a'été vérifié avec soin par les officiers du génie, ils font à

voix basse le commandement de haut les bras, qui se transmet de travailleur en travailleur. Chaque homme se lève, dépose son fusil à plat du côté du revers et se met à travailler en silence, commençant à piocher à 0",30 en arrière de la fascine pour méfager la berme. Les officiers des troupes activent le travail, empêchent les travailleurs de se réunir pour creuser un trou dans lequel ils se mettraient à l'abri, et leur font jeter la terre du côté convenable. Au bout de deux ou trois heures de temps, suivant la nature du sol, les travailleurs doivent être couverts contre la mitraille ; à la fin de la nuit, dans un sol ordinaire et s’ils-n’ont pas été dérangés, la tranchée devrait avoir atteint une largeur de 1",00, mais on sera rarement aussi avancé ; le terrain est souvent dur, rocâilleux , sillonné de racines; des hommes blessés n’ont pu être remplacés; enfin une sortie a peut-être mis s le désordre dans les travailleurs.

Si l’assiégé a recours à ce dernier moyen, voici la conduite à tenir par ses adversaires : aussitôt que les sentinelles aperçoivent l’ennemi, elles se replient sur les grenadiers et ceux-ci sur les bataillons; tous ensemble fondent à la baïlonnette sur la sortie, que la cavalerie attaque par le flanc; il faut autant que possible ne se servir que de l'arme blanche. Si l’on réussit à mettre les assiégés en déroute, on se garde bien de les poursuivre, de peur de tomber dans une embüche ou de se laisser emporter dans la poursuite jusque sous les parapets de la place. La cavalerie seule peut achever la déroute pour se retirer ensuite dans sa première position, tandis que les bataillons, grenadiers et sentinelles, reprennent leurs postes ; les travailleurs n’ont pas interrompu leurs travaux. Si les bataillons qui sont en avant de la parallèle ont

le dessous , la réserve qui est en arrière vient à leur secours; enfin les travailleurs ne quittent la pioche pour le fusil que dans le cas où toutes ces troupes réunies seraient encore trop faibles. La sortie repoussée, chacun reprend sa place avec le plus d'ordre possible et se remet au travail.

Au petit jour, la garde se retire dans la tranchée et s’abrite sur le revers dans toutes les parties suffisamment avancées ; les travailleurs sont relevés par d’autres qui arrivent dans la mème tenue que Îles premiers, mais sans pelles, piothes ni fascines. Ceux-ci doivent, avec les outils des premiers travailleurs, porter la tranchée à sa largeur définitive.

Les détails que nous venons de donner sur ces premiers travaux montrent l'importance que l’assiegeant doit attacher à maintenir le gouverneur dans l'ignorance du point d’attaque et à lui cacher le jour de l'ouverture. Il faudra donc choisir une nuit sombre et pluvieuse, et en outre on pourra chercher à l’induire en erreur par quelque fausse démonstration ou quelques tentatives d'escalade faites du côté opposé. Le silence le plus profond doit aussi être gardé par les troupes, et il est bon de leur faire comprendre l'importance de l'observation de cette règle au point de vue de leur sécu- : rité pour ne point attirer l’attention de l'ennemi, et par suite ses projectiles. Elle subsiste au reste pour tous les travaux à exécuter, et son importance croît en raison de leur rapprochement de la place.

Avant de poursuivre, il faut savoir comment est réglé le service de la tranchée : voici à cet égard les prescriptions de l'ordonnance du 3 mai 1832 sur le service des armées en campagne, au titre XIX. Toutes les troupes commandées pour la tranchée, travailleurs ou autres, sont sous les ordres d’un officier général nommé général de tranchée; les officiers généraux concourent entre eux pour ce service, on leur adjoint des colonels s'ils ne sont pas assez nombreux. Un officier supérieur commande les troupes de chaque attaque,

sous les ordres du général de tranchée. Un officier supérieur ss

nommé ”4ajor de tranchée est chargé par le général en chef pour toute la durée du siége de tous les détails du service de tranchée; il est l'intermédiaire entre les officiers d'artillerie et du génie, et la troupe pour le service général, et il règle la répartition des gardes et travailleurs suivant les demandes de ces officiers et d’après les ordres du général de tranchée. Le service des blessés est spécialement sous sa direction, ainsi que la distribution aux dépôts de tranchée des outils et fascinages. . |

La garde de tranchée est de vingt-quatre heures et se monte par bataillons : on se rassemble sans bruit de caisse ni de clairon, et on entre dans la tranchée par le flanc, les armes descendues. Le service de travail est de douze heures et se règle habituellement par compagnies. Les gardes sont relevées à des heures variables, déterminées par le général en chef suivant les besoins du service; les travailleurs le sont le matin et le soir. Il n’est point rendu d’honneurs dans la tranchée ; quand le général en chef la visite, les troupes se tiennent en haïe.sur le revers, l'arme au pied.

Les officiers du génie sont divisés en autant de brigades qu'il y a de capitales ou d'attaques. Le service dans chaque attaque roule alternativement sur chaque officier de la brigade : il est de vingt-quatre heures; mais l'officier doit arriver deux ou trois heures avant le moment fixé pour bien prendre connaissance du travail fait, son service est donc en réalité de vingt-six à vingt-huit heures. L'officier du génie de tranchée fait un rapport au commandant du génie sur l'avancement des travaux ; il remet au général de tranchée l'état des pertes des troupes du génie dans les vingt-quatre heures, et en outre un rapport sur les travaux si le général l'exige; celui-ci en reçoit un aussi du major de tranchée; le double en est envoyé au chef d'état-major général.

L'ensemble des batteries dépendant d’une attaque est sous les ordres d'un officier supérieur d'artillerie. Chaque batterie est commandée par un capitaine ayant sous ses ordres des

lieutenants ou sous-lieutenants. Le commandant d'une batterie doit fournir des rapports analognes à ceux fournis par les officiers du génie.

Les officiers supérieurs chefs d'attaque doivent déférer autant que possible aux demandes et recommandations des officiers de l'artillerie et du génie : ces derniers sont chargés de la disposition des travailleurs et des gardes, suivant les ordres du général de tranchée, qui ne peut cependant de sa propre autorité changer les travaux proposés par les commandants de l'artillerie et du génie et approuvés par le général en chef, s’il y a discussion, il faut en référer à celui-ci, sauf le cas d'urgence. Chaque jour le général de tranchée ainsi que les commandants de l'artillerie et du génie adressent leur rapport au général en chef. - |

Revenons maintenant aux travaux d'attaque. On exécute pendant la deuxième nuit la partie de parallèle qui n’avait pu être entreprise la première, avec les cheminements en arrière; on termine aussi les portions commencées mais inachevées par suite de la difficulté du terrain, et enfin on commence les cheminements en avant, tracés de la même manière que ceux en arrière. Les hommes commandés pour ces travaux sont réunis comme la veille, et leur disposition est la même ; la garde se tient dans la partie de parallèle déjà exécütée. Le lendemain au jour les cheminements et la parallèle sont portés à largeur par des travailleurs d'infanterie, et les sapeurs du génie construisent dans les endroits désignés les gradins de fusillade et de franchissement. Puis, si les extrémités de la parallèle ne s’appuient pas à un terrain inaccessible, on élève les redoutes dont nous avons déjà parlé en tenant leurs faces défilées des feux de la place.

On continue ainsi entreprenant chaque nuit de nouveaux cheminements et perfectionnant ceux entrepris la nuit précédente, et l'on se hâte d’arriver jusqu’à l'emplacement de la deuxième parallèle que l’on amorce dès la troisième nuit. Elle a d’abord été tracée sur le plan directeur à 325°,00 de

la place ou à 275,00 de la première parallèle, distance comptée sur les capitales des demi-lunes. Le travailleur est ainsi plus rapproché de la garde qui le protége que de la sortie qui vient l’attaqner. On la prolonge jusqu’à l’alignement des dernières faces d'ouvrages ayant vue sur le terrain des attaques; on la rejoint alors à la première parallèle par une tranchée défilée dont l'extrémité limite cette première place d'armes. Le tracé est exécuté au cordeau sur le terrain par les méthodes déjà connues.

D'après ce que nous avons dit plus haut, on ne peut employer la tranchée simple pour cette parallèle sans exposer inutilement un grand nombre de travailleurs ; on la fait à la sape volante, et on l’entreprend en général sur tout son développement. Comme chaque travailleur: apporte son gabion, on aura le nombre de travailleurs nécessaires en divisant la longueur de la parallèle par le diamètre d’un gabion qui est de 0",65. Ces travailleurs sont réunis aux dépôts de tranchée le jour qui précède, car on emplpie toujours la nuit pour l'exécution de ce travail. Ils reçoivent chacun une pelle, une pioche et un gabion. On en forme autant de colonnes qu'il y a de capitales; chaque colonne est sur deux rangs par le flanc ; les hommes portent le fusil en bandoulière , le gabion sur la tête et les outils à la main; les officiers et les sousofficiers sont sur les côtés. Chaque colonne est sous la direction de deux officiers du génie et de quelques sous-officiers de la même arme.

Elles partent un peu avant la chute du jour, en suivant les cheminements : arrivés à hauteur de la deuxième parallèle les hommes de chaque rang font sur Ja droite ou sur la gauche par file en bataille, et viennent successivement se développer sur la ligne. Chaque homme en arrivant dépose son gabion qui est mis en place contre le cordeau par l’officier du géaie, puis il se couche en arrière, faisant face à la place, ayant à côté de lui son arme et ses outils.

Une partie de la garde se tient dans les cheminements,

l’autre dans la première parallèle ; quelques hommes déterminés peuvent se blottir en avant des travailleurs, dans de petits couverts, pour mieux surveiller les sorties. La cavalerie est à son poste.

Aussitôt le tracé achevé, les officiers du génie le vérifient, puis ils font le commandement de haut les bras. Ce commandement se communique à voix basse ; les hommes se lèvent, déposent leurs-fusils sur le revers à trois ou quatre pas de distance et se mettent à travailler à 0°,30 en arrière du gabion dans lequel ils jettent d’abord les terres ; ils les envoient ensuite en avant et vis-à-vis des intervalles, le moins loin possible. On leur permet de se réunir deux ensemble ; l’un ameublit la terre à la pioche, l’autre la jette à la pelle : aü bout de trente à quarante minutes ils doivent être à couvert contre la mousqueterie. Les officiers veillent à ce que les travailleurs ne perdent pas de temps, suivent bien les dimensions prescrites et ne s’écartent sous aucun prétexte, même pour enlever des camarades blessés. En cas de sortie, ils réunissent leurs hommes pour permettre à la garde de franchir la ligne de trävail et de se porter au-devant de l’ennemi : les travailleurs ne se mêlent au combat que si l’action de la garde n’est pas suffisante. Aussitôt la sortie repoussée, ils reviennent à leurs travaux.

À la fin de la nuit la tranchée doit être à la profondeur de 1",00 sur une largeur de 1°,30. Le travail de chaque homme est donc moitié de celui qu’il exécute pour ouvrir une tranchée simple, puisque le gabion n’a que 0",65 de diamètre ; mais le danger est plus grand en premier lieu par la proximité de l'ennemi, ensuite parce que l’assiégeant a eu le temps d'établir son artillerie : la tâche est donc encore assez forte, et les hommes auront même de la peine à l'achever si la terre est dure ou rocailleuse.

Aussi, quand l'artillerie ennemie est trop dangereuse, on prend quelquefois la précaution suivante : aussitôt après la pose des gabions et la vérification de leur position par l'offi-

cier du génie, les travailleurs se retirent dans la première parallèle ; puis au bout d’une heure ou une heure et demie, quand la place ralentit son feu, ils reviennent, et chaque bomme est replacé derrière un gabion; le travail se mène alors à la manièfe ordinaire. Quelquefois même on ne fait revenir qu'un homme pour deux gabions : les travailleurs ont alors plus de besogne, mais ils ne se gênent pas mutuellement, et,-comme ils sont rapidement couverts, ils peuvent travailler avec assez de tranquillité.

Les travailleurs de nuit ‘sont relevés au jour, et leurs successeurs reprennent tes parties inachevées et élargissent la parallèle dont les dimensions définitives sont les mêmes que celles de la première. Elle ne les atteindra souvent qu’au: bout de trente-six à quarante-huit heures. On construit de distance en distance des gradins de fusillade et de franchissement avec un gradin sur le revers.

L'usage de cette ligne, comme celui de la première, sera, dit Vauban :

i° De protéger les tranchées qui se poussent en avant ;

2° De flanquer et dégager les cheminements qui appartiennent alors tout entiers à la circulation ;

3° De garder les premières batteries ; -

4° De contenir tous les bataillons de la garde ;

5° De leur faire toujours faire front à la place sur deux ou trois rangs de hauteur ;

6° De faire communiquer entre eux les cheminements des différentes attaques :

7° Enfin de produire l'effet d'excellentes contrevallations qui contiennent et resserrent de plus en plus la garnison.

À mesure que tous ces travaux s’exécutent, on les relève pour les rapporter sur le plan directeur, où les travaux projetés avaient été tracés seulement au crayon. Pour faire ce lever on reprend avec soin les directions des capitales, et on piquete leurs points de rencontre avec les parallèles, on mesure ensuite les distances à la chaîne, et les angles à la

boussole. Ce que nous disons de tous les travaux exécutés jusqu'ici serait à dire de tous ceux dont nous parlerons plus lard ; ils doivent toujours être reportés sur le plan directeur après leur exécution.

Il est temps mainténant de nous occuper de l'action de l'artillerie de la place: dont l’attaque a cependant peut-être été obligée de tenir compte plus tôt. Il faut que l’assiégeant établisse des batteries pour répondre au feu des assiégés, démonter les pièces, ruiner les parapets et protéger ainsi le travail. Leur position est d’ailleurs variable suivant les différents cas : si le gouverneur a pu connaître à l’avance le point d'attaque et y placer tout son armement, son artillerie inquiétera tellement les premiers travaux que lassiégeant ferait des pertes énormes s’il ne lui répondait immédiatement; on doit donc entreprendre la construction des batteries dès le lendemain de l'ouverture de la tranchée, c’est-à-dire qu’on doit les placer À hauteur de la première parallèle. Si au contraire l’assiégé, dans l'ignorance où il était du point d'attaque, n’a pu armer à l'avance ses parapets, son artillerie ne sera prête à tirer que vers le troisième ou quatrième jour: déjà l’assiégeant en est à sa deuxième parallèle, qui masquerait le feu des batteries placées en arrière ; si elles existaient déjà il faudrait donc les reconstruire , ce qui occasionnerait une perte de temps considérable; il vaut mieux ne les élever qu’à ce-moment, et on les met à hauteur de la deuxième parallèle. |

Les batteries ne se construisent jamais dans les places d'armes dont les crêtes n’ont généralement pas la direction convenable et où de plus elles gèneraient les communications ; on ne peut les placer en arrière que si une élévation de terrain suffisante leur permet de tirer par-dessus la parallèle, sans gêner les défenseurs ; leur position est alors excellente, car elles sont bien abritées contre les sorties. Leur emplacement habituel est en avant de la parallèle à 25 ou 30",00 de distance; des boyaux défilés conduisent de la

parallèle dans les batleries. On ne doit jamais les placer à plus de 600 ou 650",00 de la place, à moins qu'un mamelon ne leur donne une position dominante et avantageuse.

Le principal but de ces batteries est de ruiner l'artillerie des parapets; on peut y arriver de deux manières : en la contrehattant directement, ou en se servant du tir à ricochet. Or il est facile de voir que la batterie n° 10 (Pr. XXVI, fig. 1 )par exemple, qui pour ricocher la face droite de la demilune F est placée dans son prolongement, contrebat directement la face gauche du même ouvrage ; il en est de même de la batterie n° 7 par rapport aux faces du bastion A ; il résulte de là qu’il suffit de construire des batteries dans le prolongement des faces des ouvrages; elles ricochent une face et contrebattent l’autre. On voit de plus que les batteries qui ricochent les faces d’un baslion prennent à dos les flancs voisins, et peuvent ricocher en même temps les chemins couverts de ces faces.

11 faut contrebattre l'artillerie de tous les ouvrages qui ont vue sur le terrain des attaques; ces ouvrages sont dans l'attaque simple qui nous occupe, en premier lieu le bastion d'attaque À avec les deux demi-lunes voisines E et E’, puis la face de chacun des deux bastions voisins B et B/ qui a vue sur les attaques (1), enfin celles des deux demi-lunes collatérales F et F’ qui battent le même terrain; ce qui fait en tout dix batteries de canons à établir. On y ajoute un certain nombre de batteries de mortiers que l’on place à côté des premières, ce qui diminue la quantité de travail, puisque les mêmes communications avec la parallèle servent pour les deux batteries réunies; leur but est de lancer constamment des bombes dans les ouvrages attaqués pour ajouter à l'effet produit par le tir du canon et gêner les défenseurs dans l'établissement des retranchements intérieurs. On peut encore

(4) On verra plus loin pourquoi la batterie destinée à ricocher la face droite du bastion B n'est pas indiquée sur la figure.

construire des batteries de mortiers dans un but particulier, tel que celui de démolir des casernes voûtées, de faire sauter un magasin à poudre, de brûler des dépôts d’approvisionnement, de couler des bâtiments situés dans un port intérieur, etc. Leur position varie alors suivant le but que l’on se propose.

- Supposons. que l’on établisse les batteries en avant de la deuxième parallèle et disons un mot de leur construction. Les prolongements des faces ont été repérés avec soin; la crête de la batterie est perpendiculaire à cette direction, et à 25 ou 30",00 en avant de la parallèle. La première pièce est mise dans le prolongement de la crête intérieure, les autres à la suite et à 6 ou 7”,00 de distance du côté du terréplein ; la batterie n’a guère moins de six pièces et elle en a souvent davantage; de l’autre côté de la crête intérieure sont deux ou trois pièces pour ricocher les chemins couverts. Vauban recommande d'élever les plates-formes au-dessus du sol ; cette élévation rend le tir à ricochet plus facile, mâis le remblai qu'elle exige n’a pas assez de consistance et les plates-formes en bois sur lesquelles reposent la pièce ne peuvent être solides ; on dispose donc ces plates-formes sur le sol. Les pièces tirent à embrasure; l’épaulement a 6,00 d’épaisseur sur 2",30 de hauteur; il est revêtu à l’intérieur de saucissons et de gabions; les terres nécessaires sont prises dans un fossé creusé en avant qui protége-en outre la batterie contre les sorties. La figure 7 de la planche XXVI donne le profil d’une batterie de canon; il passe par l’axe d’une embrasure. Les mortiers n'ont pas besoin d’être sur le sol; on les met dans une tranchée de 0,74 de profondeur, ce qui permet d'activer la construction de l’épaulement, puisque les terres arrivent en même temps de -cétte tranchée et du fossé en avant (PL. XX VI, fig. 8). |

La construction de ces batteries exige trente-six heures environ; on les commence en. général la cinquième nuit, quelquefois la quatrième, c’est-à-dire en même temps que

la deuxième parallèle; au jour le parapet doit déjà être assez haut et assez épais pour couvrir le travail intérieur, et le fossé doit être assez profond pour que les travailleurs ne soient pas vus de la place. Pendant qu'ils continuent leur travail, on fait les revêtements intérieurs, on construit les plates-formes, et à la seconde nuit on arme la batterie et on dégorge les embrasures. Les pièces sont quelquefois amenées par les cheminements, trainées à bras; mais le plus souvent elles arrivent à découvert par la campagne en comblant les tranchées qu’il faut traverser. L’artillerie de terre emploie généralement des pièces de 24.en bronze et pour le tir à ricochet des obusiers courts de 0",22. Mais si la place est armée de plus forts calibres, il faudra s’en servir aussi pour ne pas avoir l'infériorité, comme il arriva dans les premiers temps à Sébastopol. On emploie alors les pièces en fonte de fer, et surtout les obusiers longs de 0",22 dont le projectile est assez lourd pour produire par le choc direct de grands effets, et qui agira ensuite par ses éclats. Les mortiers sont généralement du calibre de 0®,22 ou de 0",27 : on n’emploie ceux de 0",32 qui sont lourds et difficiles à manier que pour les grandes distances.

De pelits magasins blindés suffisants pour l’approvisionne-

ment de vingt-quatre heures sont placés sous les parapets des communications; celles-ci ont été exécutées à la sape volante et défilées comme nous le dirons dans la section suivante.

Rarement toutes les batteries sont prêtes à tirer à la fin de la seconde nuit de leur construction; il faut attendre qu'elles soient toutes achevées pour ouvrir leur feu en même temps; on divisé ainsi l’action de l'artillerie de la place qui ne peut concentrer son feu sur upe seule batterie pour l’écraser. On préférera le tir à ricochet à celui de plein fouet ; soir action est plus grande, puisqu'il atteint les pièces en dessous de la ligne de feu et qu'il s'adresse à toute la ligne de celles qui bordent une face. En outre ce tir a l'avantage de consom-

mer moins de poudre , de ne pas user les pièces, de pouvoir se continuer la nuit une fois qu’il a été bien réglé, puisqu'il y a peu ou point de recul, et enfin de ne pas gêner les travailleurs en avant, car le projectile s'élève au-dessus de leur tête. 11 faut avoir soin de ne pas tirer en salve, mais coup à coup pour occuper constamment l'ennemi.

On n'emploie le tir de plein fouet que dans le cas où les pièces sont abritées contre le ricochet par des traverses bien disposées , ou si la direction d’une face est masquée par un ouvrage en avant. Ainsi dans l'exemple “choisi à la planche XXVI, ne pouvant ricocher la face droite du bastion B, dont la direction rencontre la demi-lune F', nous avons construit la batterie n° 8 destinée à contrebattie directement cette face. Des volets en bois ou portières d'embrasure garantissent les canonniers contre le tir des armes de précision. Ce sera le moment d'employer ce tir contre les canonniers de la place; on embusquerà dans différentes parties de la parallèle des tireurs adroits abrités par des sacs’ à terre. Quelques-uns pôurront même se rapprocher de la place pendant la nuit, se faire rapidement un abri en creusant un trou dans le sol, et se couvrant par quelques sacs à terre ; ils emportent des vivres pour la journée qu'ils passent dans ces espèces d’embuscades à guetter tous les hommes et surtout les officiers qui se montreraient au-dessus des parapets. Ce moyen fut employé avec succès au siége de Rome, et les chasseurs à pied avec leurs carabines se rendirent très-redoutables aux défenseurs.

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