‹ Traite de fortificationChapitre 54 sur 99 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

CHEMINEMENTS DEPUIS LA DEUXIÈME PARALLÈLE. — CONSTRUCTION DE LA TROISIÈME PARALLÈLE ET DE SES BATTERIES.

Pendant que l'artillerie construit et arme ses batteries, l'assiégeant ne reste pas inactif, mais il continue à s’avancer en cheminant à la sape volante : on se rapproche trop de la place pour employer encore la tranchée simple. Ces cheminements se réduisent à trois dans l’attaque simple que nous considérons, suivant les capitales du bastion .et des demilunes d'attaque ; il faut toujours par leur direction les défiler des ouvrages de la place, c’est-à-dire que leur prolongement doit passer à une certaine distance des saillants dangereux. Cette distance dépendante de la pente du plan de défilement et du relief de l'ouvrage dangereux était fixée dans le cas de la tranchée simple à quatorze fois la différence de niveau entre le saillant dont on se défile et la crête de la tranchée à défiler , afin qu’un homme fût couvert à 2",00 sur le revers. Dans une tranchée en sape, la pente du plan de défilement doit être seulement de + comme il est facile de le voir sur la figure À de la planche XX VII, pour arriver au même résultat ; en effet, dans le triangle À BC, la base AB est égale à 0,33 + 0,30 + 0,25 + 2,30 — 3,18 et la hauteur est toujours de 0",30, ce qui donne pour la ligne AC ou la direction la plus raide du projectile une pente de 11 pour 1 environ. Les prolongements des cheminements doivent donc passer à une distance du saillant dangereux égale à onze fois Ja différence de niveau entre ce saillant et la crêté du boyau. On les trace sur le plan directeur d'après cette condition ;

mais souvent au lieu de rapporter ce tracé sur le terrain, on le fait directement et à vue, se contentant d'approfondir un peu la tranchée sur le revers, si on n’y était pas couvert tout à fait à 2",00 ; chaque boyau recouvre toujours le précédent de 10 à 12",00. Le travail se mène du reste comme celui de la deuxième parallèle et on en entreprend chaque nuit une quantité qui dépend du nombre de travailleurs fourni par les troupes. La garde se tient dans la deuxième parallèle ; quelques hommes déterminés sont placés en avant pour donper l'alarme en cas de sortie ; il faut bien entendu les couvrir au moins par quelques sacs à terre, si le sol ne présente pas une position favorable.

Dans le cas où une batterie occupe la position de ces cheminements, on les reporte sur la droite ou sur la gauche pour qu'ils ne gênent pas son tir; la figure 1 de la planche XXVI nous en offre un exemple. On regagne aussitôt que possible la direction de la capitale.

Cependant, vers le sixième jour, le septième au plus tard, les batteries seront probablement achevées, et elles engageront le combat avec l’artillerie de la défense, comme nous l'avons indiqué; si leur feu est bien dirigé, il est probable que l’assiégé aura le dessous et cessera ce combat inégal, dans lequel il ne peut battre que de plein fouet, tandis qu'il est en même temps battu de plein. fouet. et à ricochet. L’artillerie de l'attaque ralentit en même temps l’activité de son feu mais sans le cesser complétement, pour ne donner aucun repos au défenseur ; elle ne se servira presque alors que du tir à ricochet, dont nous avons déjà expliqué tous les avanlages.

Les cheminements avancent sous la protection de l’artillerie, et vers la septième ou la huitième nuit on sera à 130 ou 150",00 de la deuxième parallèle, c’est-à-dire à 180 ou 200,00 des chemins couverts; à cette distance, la garde trop éloignée soutient mal les travailleurs. On construit à droite et à gauche des cheminements des portions de tran-

chée parallèles à la deuxième place d’armes; elles sont exécutées à la sape volante et terminées par un retour de 10 à 12°,00 pour faire tête plus facilement aux sorties qui tenteraient de les tourner. On les nomme demi-places d'armes ou demi-parallèles. 1 ne faut point qu’elles gênent le tir des batteries en arrière; on les arrête aux prolongements de la direction de ce tir; des gradins de fusillade et de franchissement sont élevés sur tout leur développement. Aussitôt qu'elles sont terminées, la garde les occupe pour protéger plus efficacement les travaux en avant ; ja réserve se tient dans la deuxième parallèle. La première n’est plus alors occupée qu’à ses extrémités; mais la nuit surtout il faut y mettre des factionnaires de distance en distance, ainsi que dans les cheminements en avant et en arrière, et y faire circuler de fréquentes patrouilles pour arrêter les maraudeurs et les gens suspects, et recueillir les hommes blessés ou égarés.

On élève quelquefois, aux extrémités des demi-places d'armes, des batteriès d’obusiers mises dans le prolongement des faces du bastion et des demi-lunes; elles remplacent les batteries en arrière si leur tir était rendu impossible par la présence de ces travaux.

Pour continuer les cheminements en avant des demi-places d'armes, il faut abandonner la sape volante qui expose trop les hommes à l’action de la mousqueterie rapprochée des chemins couverts; on les construit à la sape pleine. ‘Nous avons donc trois têtes de sape marchant jour et nuit; des travailleurs d'infanterie suivent les brigades de sapeurs pour donner aux cheminements la largeur définitive de 2°,30 au fond. La pente du plan de défilement est du reste toujours à 11 pour 1. Si le feu de la place conserve de la vivacité, les sapes ne peuvent se continuer pendant le jour; on s'occupe seulement du travail d'élargissement. On se dédommage pendant la nuit en dérobant à l’ennemi la pose de quelques gabions à la sape volante dans les

moments où le tir de mousqueterie se ralentit; c’est aux officiers du génie qui dirigent les sapes à saisir ces moments avec à-propos.

Les cheminements en capitale des demi-lunes arrivent ainsi à 60",00 des saillants des chemins couverts, c’est-àdire à peu près aux pieds des glacis; il est temps alors de relier ces travaux par une troisième parallèle. que l’on trace sur le plan directeur de la manière suivante : les lignes de 50®,00 de longueur menées. perpendiculairement aux capitales des demi-lunes et à 60,00: de distance des saillants de leurs chemins couverts, font partie de cette troisième place d'armes; les deux extrémités intérieures sont jointes par deux tranchées défilées à 11 pour 1, et qui se rencontrent en capitale du bastion, à une distance du saillant de ses chemins couverts variable avec l’ouverture du saillant, d’autant moindre que l’angle est plus aigu, mais qui ne peut descendre au-dessous de 40 à 50",00, car cette portion de la troisième parallèle serait trop exposée ; des extrémités exténeures partent des portions de parallèle longues de 100 à 150*,00 et terminées par un retour.

Sur le sol voici Comment se fait le travail : on arrive à la distance voulue sur les trois cheminements (celle en capitale du bastion est calculée sur le plan directeur) en ‘sape double debout ; ehacune de ces trois sapes se divise en deux sapes simples, marchant en s’écartant l'une de l’autre. Nous avons donc à un moment donné six têtes de sape marchant de concert; quatre d’entre elles vont deux à deux à la rencontre l'une de l’autre, les deux autres exécutent les parties extérieures. Immédiatement en arrière des brigades de sapeurs viennent les travailleurs d'infanterie qui portent la tranchée à la largeur voulue, puis des sapeurs qui construisent tout le long des gradins de fusillade et de franchissement. La parallèle est occupée par la garde au fur et à mesure de son avancement ; de bons tireurs, protégés par des créneaux en sacs à terre, garnissent les crêtes. La largeur de cette place

d'armes est de 2",30 au fond; si on la veut un peu plus vaste, il faut l’approfondir sur le revers pour que les hommes \ soient toujours couverts à 2”,00.

L'existence de la troisième parallèle gène le tir des batteries numérotées sur le plan 3, 4, 5, 6, 7 et 9; on les remplace par des batteries situées en avant de la troisième parallèle, armées de mortiers, car les feux verticaux seuls peuvent être employés à cette faible distance de la place; la masse du glacis arrête le tir de plein fouet, et le ricochet ne serait pas assez tendu pour avoir de l'effet. Ces batteries, au nombre de six (PL. XXIX), dont deux tirant contre le bastion et les autres contre les demi-lunes. voisines et les places d'armes intermédiaires, ont leur plate-forme à 1",00 audessous du sol, et l’épaulement se masse avec la terre retirée de la tranchée dans laquelle elles sont placées. Leur crête est parallèle à celle de la place d'armes et à 25w,00 de distance environ. Le travail est commencé par les sapeurs du génie, qui exécutent la crête en sape simple et les communications en sape double ; l'artillerie fait ensuite élargir avec des travailleurs d’infanterie. Ces batteries ne demandent que vingt-quatre heures pour leur construction; leur armement consiste en mortiers de 0",22 ou de 0",27 et en pierriers qui lancent des grenades dans les places d'armes. En outre, dans la troisième parallèle sont disposés de distance en distance de petits mortiers de 0,15, que leur légèreté permet de changer souvent de position ; leur tir inquiète beaucoup la garnison, qui ne peut d’ailleurs y répondre à cause de leurs faciles et fréquents déplacements.

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