QUATRIÈME SECTION
CHEMINEMENTS EN AVANT DE LA TROISIÈME PARALLÈLE. — COURONNE- MENTS DES CHEMINS COUVERTS. — BATTERIES DE BRÈCHE. — CONTRE BATTERIES. — FAÇON DES. BRÈCHES. — DESCENTES KT PASSAGES DES FOSSÉS. — PRISE SUCCESSIVE DES DIFFÉRENTS DEHORS, DU CORPS DE PEACR ET'DU RÉDUIT. — CAPITULATION,
L’exécution de la troisième parallèle marque un temps d'arrêt dans les travaux. L'assiégeant arrive sux le terrain de la fortification et son rôle devient de plus en plus difficile ; nous venons d'indiquer les moyens de soutien qu il a préparés. -
Remarquons d'abord que les cheminements sur le bastion ont jusqu'ici marché à hauteur de ceux sûr les demi-lunes; mais à partir de la troisième parallèle, on ne peut continuer immédiatement à s'approcher du saillant de-cét ouvrage : car à supposer qu'on pèt y faire brèche, qn ne pourrait. donner l’assaut avant là prise des réduits de. demi-lune dont les flanes voient ces brèches à revers. En outre les réduits de places d'armes rentrantes encore intacts rendraient trop périlleux l'établissement de ces cheminements. On se contente donc d’avanter ceux qui se dirigent sur les demilunes.
On débouche en sapes 5 simples de Ja troisième parallèle des extrénrités de son pan coupé et ces deux sapes vont à la rencontre l’une de l’autre en décrivant des arcs de cercle qui se réunissent en capitale à 15 ou 18”,00 en avant du pan coupé (PL. XXIX). Ce premier logement porte par suite de sa forme le nom de portion circulaire; il est de suite
élargi et'on y met une garde avancée, Les deux sapes simples | %4
se réunissent en une sape double debout, sujvant la capitale jusqu’à 30",00 de distance du saillant des chemins couverts; si elle est prise d’enfilade par suite de sa longueur, on ménage au milieu une masse couvrante nommée traverse tournante. À son extrémité cette sape double sé sépare en deux sapes simples construites en forme d'arcs de’cercle maintenus à 30",00 du saillant.et s’arrétant aux prolongements des faces de la place d'armes; ces cheminements sont immédiatement élargis par les travailleurs d'infanterie ; l’ensemble de la sape double et des deux sapes simples porte le nom de T.
À cette distance, l’assiégeant est à portée de grenades du défenseur; les difficultés du travail augmentent et pour le continuer il faut faire évaeuer le chemin couvert, ou au moins sa place. d'armes saillante ; les feux verticaux des batteries en avant de la troisième parallèle ne suffisent point à remplir ce but, et voici le moyen employé : on construit aux extrémités des branches du T et vis-à-vis le terre-plein de la place d'armes saillante un massif en terre suffisamment élevé pour que de bons tireurs montés à sa partie supérieure et abrités par un parapet, plongent dans l’intérieur de la place d'armes qui deviendra inhabitable. On donne à ce massif le nom de cavalier de tranchée, par analogie avec les cavaliers construits dans l’intérieur des places pour dominer la’campagne ; ces plates-formes élevées étaient autrefois d’un usage constant dans les siéges, et les Turcs devant Famagouste en 1570 élevèrent de véritables montagnes sur lesquelles ils placèrent leur artillerie qui plongeait dans l’intérieur de la ville et rendait toute défense impossible. Ces ouvrages considérables demandent de grands sacrifices de temps et d’hommes pour leur construction; on leur donne aujourd’hui de moindres dimensions ce qui permet d'employer des méthodes plus expéditives. La figure 9 de la planche XXVI est un profil fait dans un cavalier de tranchée construit de la menière suivante : des sapes de 10 ou 12",00 de longueur partent des branches du T perpendiculairement à la direction
des faces de la place d'armes prolongées, puis formént un retour de 5 à 6",00; la sape terminée et élargie, on place au pied du talus au quart, sur le fond de la tranchée, une première rangée de gabions que l’on remplit de terre et que l’on çouronne d’un rang de fascines; on arrive ainsi au niveau du sol et sur’ cét arasement en place un autre ratig de gabions contre ceux qui formaient la sape; on les couronne toujours de fascines sur une seule épaisseur; les terres nécessaires sont prises sur le revers. En enlevant la troisième fascine de couronnement de la sape, on obtient à 1",00 en dessus du sol une plate-forme sur laquelle on peut établir des fusiliers garantis. par un parapet formé d’une rangée de gabions remplis: de terre ; couronnée de trois fascines et soutenant une épaisseur de terre suffisante. Des gradins de 0®,50 de largeur sur 0°,50 de hauteur, composés de terres, fascines et gabions, conduisent à cette plate-forme. Si elle n'est pas assez élevée, on lui donne 1*,00 de plus par les mêmes moyens, augmentant par des rangs de gabions posés à l’intérieur et à couvert la largeur des plates-formes successives, pour donner assez de base à la dernière qui a toujours une épaisseur de deux gabions. Le tireur est placé à 2°,00 au-dessus du sol ; il est abrité comme précédemment et son coup de fusil part de 3,30 au-dessus des glacis; des gradins lui permettent d'arriver à cette hauteur, et il tire à travers des créneaux en sacs à terre.
On ne fait généralement pas de cavaliers de tranchée plus élevés ; déjà l'exécution de celui-ci est longue et difficile : il faut y employer 40 travailleurs pendant vingt-quatre heures au moins.
Si le feu de la place mal éteint ne permet pas la Côhstruction du cavalier de tranchée, si le glacis a une pente trop raide pour que le tireur placé à 30",00 des crêtes et à 2",00 au-dessus du sol plonge dans la place d'armes, on remplace ces Cavaliers par des batteries de pierriers qui inondent les chemins couverts de pierres et de grenades.
Sous la protectron des feux les plus actifs partant des cavaliers ou des batteries de pierriers ainsi que de tous les ouvrages en arrière, les sapes continuent leur marche vers le saillant. On débouche des extrémités du T auprès des cavaliers de tranchée, au moyen de deux sapes doubles dirigées sur le saïllant à 4 ou 5”,00 duquel elles viennent se réunir par un arrondissement. Pour achever de se rendre maître des chemins couverts, il faut pousser des sapes tout le long de leurs crêtes à une distance telle qu'il reste juste l’épaisseur de parapet suffisante entre la tranchée et la crête du chemin couvert; c'est ce qui s'appelle le couronner. Dans l'hypothèse admise, les chemins couverts de la demi-lune étant à peu près abandonnés, leurs courennements peuvent se faire à la sape pleine, simple ou double, suivant les cas.
La forme du couronnement est déterminée par cette considération qu’une certaine partie doit être transformée en batteries ; il faut donc connaître à l’avance l'emplacement de ces batteries et leurs dimensions pour savoir comment on disposera le couronnement. Ces batteries sont de deux sortes : l’une dite contre-batterie doit tirer à travers le fossé de la demi-lune contre la face du bastion pour en ruiner le parapet dont le tir gênerait le passage de fossé; l’autre est Ja batterie de brèche dont le nom seul indique l’objet. Les pièces de ces batteries sont sur le sol de la tranchée, c'est-à-dire à 1,00 en dessous de la surface du glacis: elles tirent à travers des embrasures percées dans un parapet de 5 à 6,00 d'épaisseur, c’est-à-dire que la crête de la batterie est à cette distance de celle des chemins couverts. Les embrasures sont écartées de 5”,00 d’axe en axe ; elles sont généralement obliques ; si elles l'étaient trop on briserait la crête en crémaillère. La contre-batterie est placée le long de la crête de la place d'armes saillante , la batterie de brèche le long de la crête suivante ; entre ces deux crêtes et-vis-à-vis la première traverse du chemin couvert se trouve une traverse de défilement à laquelle on donne une épaisseur de 10",00 pour une
raison que nous dirons tout à l’heure. Quélquefois quamd le glacis est très-dominé, on sépare en outre de deux en deux les pièces de chaque batterie par une traverse de'4°,00 d’épaisseur ; une traverse semblable est entre la contre-batterie et la sape double dirigée vers le saillant. Au delà de la batterie de brèche, et vis-à-vis la deuxième traversé du ehemià couvert est encore une traverse de 10",00 d'épaisseur et de longueur variable; à la suite les couronnements deviennent des sapes ordinaires suivant les crêtes à 5 ou 6®,00 et défilées par des traverses de 4",00 d'épaisseur placées de distance en distance.
Le tracé des couronnements étant fait à l’avance sur le plan directeur, on en conclut celui des sapes que l’on exécute sur le terrain à la manière ordinaire en ménageant toutes les traverses et les dimensions dont nous vénôns de parler; des travailleurs d'infanterie suivent les sapeurs pour donner la largeur habituelle. L'emplacement des batteries est ensuite livré aux travailleurs d’artilierie.
Telle est la marche du travail la plus favorable à l’assiégeant ; elle est lente, mais méthodique et sûre. Malheureusement elle n’est pas toujours possible, et les considérations suivantes peuvent amener à suivre une marche plus rapide, mais en même temps beaucoup plus meurtrière : la raideur du glacis ne permet pas-que les coups des cavaliers plongent suffisamment dans les places d'armes ; ceux-ci ont pu être enlevés par les fourneaux de l’assiégé et le terrain si bouleversé qu’il est impossible de les rétablir ; l'artillerie de la place, dont les feux sont mal éteints, arrête leur construction; les batteries de pierriers destinées à remplacer les cavaliers ne suffisent pas pour décider à l’abandon de la position un défenseur opiniâtre et courageux qui s’obstine à se maintenir dans les chemins couverts et arrête les têtes de sape par la vivacité de son feu, le jet des grenades et de continuelles sorties ; enfin, -dans certains cas, on redoute les lenteurs du couronnement à la sape pleine : des circonstan-
ces particulières obligent à brusquer les attaques, pour gagner du temps au risque d'éprouver de grandes pertes. On exécute alors le couronnement de vive force, v'est-à-dire à la sape volante.
La troisième parallèle, qui sert de point de départ aux troupes chargées de l’exécution de cette attaque, est mise en état de contenir ces troupes avec tous les matériaux dont elles auront besoin, comme outils, sacs à terre, gabions, fascines, etc.; on construit des gradins de franchissement le long de toutes les parties voisines du saillant, et des gradins de fusillade sur tout le reste; sa largeur est portée à 3=,00 dans le fond, et on l’approfondit sur le revers, si cela est nécessaire pour le défilenrent complet. Les batteries en avant sont augmentées ; enfin, si l’attaque de vive force a été prévue à l’avance, la parallèle est rapprochée autant que possible des saillants à attaquer.
Quand tous ces travaux sont perfectionnés, on arrête ainsi l'ordre et le moment de l'attaque : il est rare que l’on veuille exécuter à la fois le couronnement complet de tous les chemins couverts ; on exposerait trop de monde pour un résultat proportionnellement minime, car la nuit ne suffirait point pour achever le travail dans les parties rentrantes, il faudrait abandonner au jour ces travaux imparfaits, et l’assiégé les détruirait. On se contente généralément de couronner les saillants des chemins couverts des demi-lunes sur l'emplacement des contre-batteries et des batteries de brèche, c'est-à-dire jusqu’à la deuxième traverse des chemins couverts. Ce travail ayant été dessiné sur le plan directeur, comme nous l’avons dit précédemment, on calcule le nombre de travailleurs nécessaire pour l’exécuter à la sape vo- Jante, à raison d’un homme par gabion, et on en commande un quart en sus à cause des pertes probables. Ces travailleurs doivent être précédés de combattants pour déloger l’ennemi des chemins couverts : il en faut-une quantité suffisante pour le culbuter dans le cas où il chercherait à se maintenir en
force ; on estime en général qu’il suffit de 200 grenadiers par saiHant , suivis d'autant de voltigeurs mis en réserve dans la troisième parallèle : ces troupes sont en sus de la garde ordinaife. Les travailleurs et les combattants sont réunis dans la parallèle environ une heure avant le moment de l’attaque, les p'emiers en tenue de travail, sans armes, les autres en tenue de combat ; ceux-ci sont en bataille aù pied des gradins, prêts à escalader le parapet, les travailleurs sont rangés derrière ; sur le revèrs sont placés tous les matériaux et outils dont nous parlions tout à l'heure.
Ce travail à la sape volante sous un feu rapproché ne peut évidemment s’exécuter que la nuit; mais; pour ne pas commettre d’erreurs dans la pose des gabions, on le commence environ un quart d'heure avant la chute du jour. Pendant toute la journée, les batteries réunies ont fait sur le chemin couvert et les ouvrages en. arrière le-feu le plus violent pour en écarter les défenseurs et briser les palissades.
À un signal généralement donné par trois fusées’ lancées successivement, les batteries cessent leur feu, et au départ de la troisième, les combattants s’élancent brusquement de la parallèle, précédés par un petit détachement de sapeurs du génie armés de haches et de sacs à poudre pour briser les barrières ‘et les palissades, de quelques gabions pour encombrer les crochets de chemins couverts, et de pioches pour rechercher et détruire les saucissons de mine. Ces troupes se portent vers les chemins couverts, font leur décharge à bout portant sur les défenseurs et s’y précipitent pour les en chasser. A leur suite sont sortis les travailleurs portant chacun un gabion, une pelle et une pioche et dirigés par un certain nombre d'officiers du génie; ceux de chaque capitale sont à l’avance divisés en trois colonnes de 100 hommes chacune environ ; deux sont chargées de faire les couronnements à droite et à gauche, la troisième exécute les communications avec la parallèle. Le tracé est fait rapidement, mais avec calme et sang-froid par les officiers du
génie, aidés par quelques sous-officiers de la même arme ; chaque homme se met au travail dès que son gabion est placé et se hâte de le remplir en s’approfondissant pour être mieux couvert : Vauban demande même pour-que le travailleur soit plus tôt abrité, qu’on lui passe des sacs à terre dont il remplit son gabion; mais cette méthode exige trop de sacs, et d’ailleurs pour les faire passer il faut commander d’autres travailleurs, exposer par suite encore plus de monde. |
Aussitôt que l'asciégé e est chassé du chemin couvert, les combatlants viennent se rallier derrière les travailleurs, un genou en terre, prêts à repousser l'ennemi s’il tentait de rentrer dans l'ouvrage ; ils s’abritent dans le couronnement aussitôt qu'il est capable de les recevoir.
Il est de la plus haute importance que les travailleurs ne s’écartent sous aucun, prétexte, même celui d’emporter des camarades tués. ou blessés ; leurs officiers et sous-officiers doivent maintenir cet ordre avec rigueur : des hommes sont commandés avec des civières pour venir chercher les blessés. Si les assiégés tentent une grande sortie contre les travailleurs, il faut chercher à les maintenir au travail et envoyer contre la sortie les troupes massées dans la parallèle, tandis que les premiers combattants rentrent dans les chemins couverts pour en chasser encore une fois le défenseur. 1] est bien entendu que tes batteries qui ne gênent. point le travail continuent leur tir avec activité.
On le voit, ce mode d'attaque des chemins couverts est toujours fort sanglant : 1l faut au moins deux ou trois heures pour que les hommes soient couverts, et pendant ce temps combattants et travailleurs sont soumis à un feu rapproché, exposés à des sorties et peut-être aussi au feu d’un certain nombre de fourneaux de mine. Il faudra donc préférer l’attaque pied à pied. Pour se résoudre à se porter à découvert contre des hommes abrités par des remparts, il faut avoir un puissant motif de gagner du temps : dans lattaque d'une
place, s’H est un principe dont il ne faut jamais s’écarter, c'est celui d’être très-avare du sang du soldat et de ne l’exposer que dans un intérêt majeur ét quand on ne peul faire autrement : prodigue de sa: vie, Vauban s’occupait toujours de ménager celle des autres. C'est donç d’une manière générale que nous dirons que les attaques brusquées et de vive force ne doivent être employées qu'à ‘la dernière extrémité et quand les autres moyens ont été épuisés. Nous aurons occasion de rappeler cette prescription, cette règle trop souvent négligée et dont l’inobservation conduit quelquefois à des résultats déplorables.
Revenons maintenant à la succession : du travail. Aussitôt que le couronnement est livré à l'artillerie, elle y construit ses batteries en portant à 7 on 8°,00 la largeur de leurs terre-pleins, élevant les traverses nécessaires au moyen des terres fournies par cet élargissement et préparant les plates. formes et embrasures. La contre-batterie est armée de quatre pièces de 16 ou de 24; on préfère généralement ces dernières, à moins que les difficultés du transport ne fassent choisir les premières qui sent plus légères. La batterie de brèche est aussi armée de quatre pièces; on préfère encore celles de 24 qui peuvent avoir un double emploi comme nous le verrons tout à l'heure. On ne construit pas de magasins pour ces batteries; la consommation journalière est abritée sous quelques bouts ‘de madriers. Le temps nécessaire pour leur construction est de vingt-quatre heures. La figure 5 de la- planche XXVIIT est une eoupe faite dans une batterie de brèche perpendieulairement à sa crête; les fossés ont été supposés pleins d'eau.
Aussitôt que les contre-batteries sont prêtes, elles ouvrent leur feu contre les faces opposées du bastion, tirant de plein fouet contre les pièces qui se trouveraient encore vis-à-vis d'elles dans le prolongement du fossé; ces pièces rieochées par les batteries de deuxième parallèle, atteintes directement par les contre-batteries, inondées d'ailleurs de feux
verticaux, auront bientôt le dessous dans cette lutte inégale ; la contre-batterie après avoir ruiné les embrasures et bouleversé le parapet , dirigera son feu plus bas, contre l’escarpe, à travers le fossé de la demi-lune, battant la muraille en brèche suivant les règles que nous indiquerons tout. à l'heure. |
Nous avons. établi deux contre-batteries, mais une seule batterie de brèche dirigée contre la face de la demi-lune qui regarde lé bastion d’altaque, parce que les ouvrages qui défendent cette face ont eu plus à souffrir de nos projectiles ; il suffit en général d'ouvrir une seule brèche à un ouvrage extérieur ; cependant si on craignait une résistance trop vive, on pourrait en faire deux symétriques de chaque côté de la capitale afin d'aborder la demi-lurñe par deux points à la fois. Les brèches ne se font point au saillant ; la maconnerie-en est trop épaisse ; on les ouvre à 8 ou 10m,00 de distance sur une longueur de 20",00 environ; il ne faut pas disséminer ses coups et tirer au hasard, mais suivre une marche régulière que voici : on fait d'abord une coupure horizontale au tiers de la hauteur de la muraille à partir du fond du fossé s’il est see, un peu au-dessus du niveau de l’eau dans le cas contraire; les quatre pièces y contribuent chacune pour une longueur de 5";00. Quand les terres se montrent sur tout ee développement, c'est signe que le mur est tränché; alors les deux pièces extrêmes exécutent chacune une coupure verticale aux extrémités de la coupure horizontale et en commençant par le bas; les deux autres pièces font deux coupures intermédiaires que l’on tient”en retard sur les extrêmes. La muraille s'écroule habituellement avant que ces coupures ne soient achevées ;-s’il reste des piédroits, on continue à les battre en brèche.
Les terres se maintiennent après la chute de la muraille sous des talus t'ès-raides et tout à fait impraticables ; pour les adoucir on peut y envoyer encore quelques boulets, tirant par salves pour produire un plus grand ébranlement ;
ce moyen réussira probablement dans les terres légères: mais dans les terres argileuses- et compaetes, il faudra employer les obus. Celui de 0*,15 peut être envoyé avec la pièce de 24; on pourra donc essayer ce genre de tir, mais avec une charge très-faible si on ne veut pas que l’obus se brise en arrivant sur les terres; il vaudra mieux se servir de l’obusier court de 0®,22 qui a le même affût que la pièce de 24.
Quelquefois par suite de la grande profondeur du fossé ou de la largeur trop considérable des chemins éouverts, le sommet de ka contrescarpe empêche les-pièces de la batterie de brèche de battre le mur-suffisamment bas ; alors on renverse cette contrescarpe par l'explosion d’un fourneau de mine placé en arrière, ou on descend la batterie dans le terre-plein du chemin couvert. Dans ce dernier cas les coups plongeants rendent la construction longue et difficile.
Pendant que l'artillerie s'occupe de ces différents travaux, le génie continue les siens; aux extrémités des couronnements à droite et à gauche des attaques, il a tracé une sape en retour organisée en place d'armes pour résister aux sorties ; du côté du bastion d'attaque on continue kes couronnements, et pour soutenir ces travaux trop éloignés de la troisième parallèle quand le bastion est dans un rentrant, on en construit une quatrième partant des points du couronnement situés en arrière de la batterie de brèche : elle communique avec la troisième par des cheminements exécutés en même temps et composés alternativément de sapes simples parallèles à la place pour les défiler et de sapes doubles debout.
1} faut aussi descendre sur le terre-plein de la place d’armes saillante pour établir un cheminement en arrière de l'arrondissement de contrescarpe, ce qui s’appelle couronner cet arrondissement, et prévenir ainsi toute tentative de retour offensif débouchant des escaliers permanents ou provisoires qui se trouvent en ce point. Si la demi-lune a peu de commandement sur son chemin couvert, la descente de chemin couvert s'exécute au moyen d’une sape double diri-
gée dans le massif de la grosse traverse ménagée entre la contre-batterie et la batterie de brèche, traverse à laquélle nous avons laissé à cause de cela 10°,00 au moins d’épaisseur. Cette sape double descend suivant une pente qui ne doit pas dépasser 4 pour 1, et vient déboucher à 1",00 audessous du sol du passage dans le mur qui soutient le glacis en arrière de la première traverse; un semblable passage est construit-au delà de la traverse de 4,00 d'épaisseur qui défile la contre-batterie du côté opposé aux attaques. Deux sapes simples partent en même temps des deux débouchés et marchent à la rencontre l’une de l’âutre en suivant d’abord les pieds des talus extérieurs des premières traverses, puis contournant la contrescarpe à 4 ou 5",00 de distance.
Mais si la demi-lune domine suffisamment ses glacis, l’intérieur de cette descente sera soumis à des feux plongeants partant du saillant de cet ouvrage, et cette communication sera impraticable. I} faut alors la b/rrder, c’est-à-dire la recouvrir de fascines et de terre sur une épaisseur suffisante pour arrêter les projectiles; on soutient ce bAndage au moyen de châssis rectangulaires en -bois nommés blndes, qui ont les dimensions indiquées à la figure 6 de la planche XXVIIT. Lés blindes sont placées verticales, leur plan parallèle à l’axe de la descente et deux à deux dans une position symétrique par-rapport à cet axe, laissant entre elles un espace de 2®,00 qui donne la largeur du passage (PL. XXX, fig. 1 et 2). Deux systèmes successifs de blindes verticales sont réunis par une blinde placée horizontalement à leur partie supérieure. Les fascines de blindages qui ont 2",60 de longueur reposent sur cette espèce de charpente ; on en met au moins trois épaisseurs recouvertes d’une couche de terre de 0,50 à 0",60 d'épaisseur. Les terres de droite et de gauche sont soutenues par des fascines maintenues per les blindes. La sape ne doit avoir que 2°,35 de largeur au fond, son palier de départ est à 0w,50 au-dessous du sol de la tranchée. Le travail de la descente blindée s'exécute successivement à
mesure que la sape double avance. les sapeurs travaillant toujours à couvert.
1 faut er même temps s occuper d'arriver dans le fossé, et ensuite sur le talus de la brèche ; on construit successivement pour cela une descente de fossé , Puis-un passage de fossé. La descente -de fossé est dirigée dans lé massif de la grosse traverse qui-défile la batterie de brèche; elle peut être à ciel ouvert, comme-nous l'avons dit pour la descente de chemins couverts ; maisle plus souvent elle est blindée pour la garantir des coups plongeants, et quand elle s’enfonce à plus de 3,50 au-dessous du sol, on la continue souterrainement afin de ne pas être obligé d'ouvrir une tranchée sur une profondeur aussi considérable; elle devient alors semblable pour la forme et le mode d'exécution aux galeries de mine dont nous parlerons au chapitre VII. La pente du sol de la descente est toujours fixée à #4 pour 1; le point d’arrivée varie avec la nature du fond du fossé. S'il est en bonne terre jusqu’à 1”,00 de profondeur, comme le passage de fossé ne sera autre chose qu’une. sape ordinaire, la descente doit arriver à 1°,00 au-dessous du sol (PL. XXX, fig. 3); mais si plus haut se rericontre eau ou le roc, la descente arrive à 0",30 au-dessus de l’eau ou au niveau du roc. Si on connaît le point d'arrivée et la pente, la distance du point de départ à la contrescarpe s’eñ déduira (1); il faut done qu'une reconnaissance nocturne préalable ait instruit l’assiégeant de la profondeur des fossés, de la nature du sol, etc. L'origine de la descente détermine la longueur de la grosse traverse qui défile la batterie de brèche. Les descentes étant des ouvrages très-longs à exécuter, il faut les commencer aussitôt que possible ; la marche du travail général, c'est-àdire l'avancement du siége peut dépendre à un moment
(4) Cette distance est égale À quatre fois au moins la différence de niveau entre le point de départ situé à 4,50 en dessous du glacis, et le point d'arrivée.
donné de cette opération de détail : ainsi les couronnements des places d'armes rentrantes ne peuvent s’exécuter qu'après la prise des demi-lunes, que le travail des descentes retarde souvent.
Les passages de fossé s’exécutent différemment suivant les cas qui peuvent se présenter. Nous avons déjà dit que dans le cas des fossés-secs et quand leur sol est en bonne terre au moins jusqu’à 1”,00 de profondeur le passage de fossé se fait au moyen d’une sape simple ordinaire dirigée vers la partie d’escarpe restée debout du côté de l'angle d'épaule; comme le travail est. très-dominé, le premier sapeur s'enfonce de suite à 1°,00 ; il est protégé d’abord par le tir des contre-bat- . teries, par le tir de mousqueterie partant des couronnements, et quelquefois aussi contre les petites sorties par les créneaux d’une galerie souterraine ouverte le long et en arrière de la contrescarpe (1).
Si on rencontre l’eau ou le roc an moins de 1",00 au-dessous du fond du fossé, le passage s'arrête au niveau du fond, et il est garanti par un épaulement ou gabionnade formé de la manière suivante : deux files de gabions remplis de sacs à terre sont placées jointives. sur le sol et couronnées d’une épaisseur de faseines; sur cette plate-forme de 1",00 de hauteur on place un troisième rang de gabions remplis de la même manière et couronnés comme d'habitude de trois fascines; les joints sont bouchés par des fagots de sape; des peaux d'animaux fraîchement tués recouvrent le tout pour éviter l’incendie.. Ce parapet de 2°,30 de hauteur suffit pour abriter contre la mousqueterie ; le feu d’artillerie de la place doit être à peu près éteint pour que l’on puisse faire ces censtructions difficiles et fragiles à la fois. La tête du travail est protégée contre les coups de face ‘par une cloison en
(4) On voit ici l’inconvénient des galeries de contrescarpe qui: donnent à l'assiégeant une excellente pusition pour protéger le passage de fossé.
madriers épais, suffisamment haute et large, montée sur un châssis à roulettes et manœuvrée par les sapeurs,
Quand le roc ou l'eau dormante existent à une certaine distance au-dessus du fond du fossé, la descente s'arrête à cette bauteur, et on.le traverse sur une digue en fascines qui s'élève au niveau du roc ou à 0",30 au-dessus de l'eau; les fascines sont remplies de pierres pour les faire couler à fond. La digue offre à sa partie supérieure une largeur de 5,00 environ; elle supporte du côté de la place une gabionnade ou un parapet en faseines qui laisse encore au passage une largeur de 3",00 environ. Les travailleurs sont couverts de face par un masque en madriers porté sur un radeau (PL. XXX, fig. 4 et-5), dans le cas des fossés pleins d’eau. . | |
Si l’eau a du courant, la digue ainsi construite sera emportée ou au moins submergée; on ménage alors un écoulement dans l’intérieur, au moyen de conduits en bois posés pendant la construction; on arrange les fascines par lHs successifs piqués les uns sur les autres; on les ‘surcharge de pierres. Si le courant est fort, ces moyens sont insuffisants ; on a essayé d'employer des gabions au lieu de fascines, disposant leurs axes suivant le courant; on a proposé aussi l'emploi de ponts sur radeaux ouwsur chexalets. Ces moyens ne peuvent réussir que si l’assiégé n’a plus d'àrtillerie, et encore seront-ils toujours d’une exécution longue et périlleuse, Quand on attaque per de pareils points, il faut donc avoir une supériorité d'artillerie telle que celle de l’assiégé ne puisse plus paraître sur ses parapets, et en outre on activera son feu de manière à annuler presque complétement le tir de mousqueterie,
L'assiégeant à force de persévérance touche enfin au talus de la brèche; pour se rendre maître de la demi-lune il peut employer deux méthodes bien différentes, soit l’attaque de vive force en donnant l'assaut à l'ouvrage, soit celle pied à pied qui consiste à cheminer à la sape d’abord sur le talus
des brèches, puis à leur partie supérieure sous la protection des feux des batteries et des logements en arrière.
Sauf des eas très-rares comme celui où la place peut exposer une très-graide quantité de monde sans crainte d'en manquer pour les dernières opérations, Vauban ne conseille que l’emploi du second moyen. On ne-se presse point d’attaquer, mais quand la brèche est suffisamment adoucie, quand le parapet a été renversé jusqu’au pied du talus de banquette, on procède à cette opération de la manière suivante : tous les logements qui ont vue sur la brèche sont occupés par des hommes .adroits tirant à travers des créneaux en sacs à terre; les batteries de toutes espèces font pleuvoir des projectiles dans la -demi-lune et sur le haut de la brèche ; à un signal donné par l’enlèvement d’un drapeau placé en vue de tous, ordinairement sur les couronnements du saillant, tous les feux -qui pourratent atteindre la brèche cessent, et deux ou trois sapeurs se glissent contre la partie du mur restant debout du côté de l'angle d'épaule et y préparent un logement ; ils se couvrent en tête par un sac à laine , et-sur le côté par des gabions calés avec des fagots de sape. D’autres sapeurs se joignent à eux pour approfondir le logement, l’augmenter et le pousser en avant. Si l'ennemi se montre en haut de la brèche pour les chasser, ils se retirent, et aussitôt le drapeau relevé donne le signal pour recommencer les feux avec vivacité ; au bout d’un certain temps on baisse de nouveau le drapeau, les feux cessent et les sapeurs reprennent leur travail. En répétant cette manœuvre, 1ls finissent par arriver en haut de la brèche ; si la demi-lune est complétement abandonnée, ils ‘couronnent le sommet de la brèche par une sape, sans s'étendre sur le terre-plein ; mais s’il reste encore quelques défenseurs, on les fait chasser par de petits détachements de grenadiers sous la protection desquels on exécute le couronnement.
On voit que cette méthode n’expose que peu de monde à la fois, et ne livre rien au hasard: il ne faut donc y renon-
cer que si le défenseur s’obstine à se maintenir en force dans l'ouvrage, malgré les pértes qu'il éprouve, «et si par les moyens dont il dispose il parvient à arrêter la marche des cheminements : on a recours alors à la première méthode, il faut donner l'assaut.
On lance des colonnes d'attaque qui gravissent les brèches, s'élancent sur le terre-pléin et en chassent le défenseur ; à leur suite viennent des travailleurs qui exécutent à-la sape volante le couronnement de la brèche en même temps que la communication sur son talus. Le couronnement s'appelle aussi n2d de pre; aussitôt que son parapet ‘est suffisant les colonnes d'attaque qui-étaient restées en avant un genou en terre prêtes à repousser les retours offensifs, viennent s'y mettre à l'abri, et on l'organise pour la fusillade. - ; = Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'emploi de ce
procédé, sur lequel nous aurons à revenir au moment de l'attaque du bastion.
Quand le couronnement est perfectionné J'assiégé est obligé d'abandonner complétement la demi-lune, à moins qu'il n’ait établi dans les faces des coupures à l'abri desquelles il puisse encore se maintenir. Dans tous les cas, il faut venir couronner Ja contrescarpe du réduit de demilune pour préparer l'attaque de ce dernier ouvrage; on débouche en sape double du couronnement de Ja brèche, se dirigeant vers l'arrondissement de contrescarpe, à 4£",00 duquel on s'arrête; puis la sape double se divise en deux sapes simples, suivant à 4",00 de distance les bords de cette contrescarpe, et on ménage de distance en distance des traverses pour le défilement. Sur les faces des demi-lunes qui regardent le bastion d'attaque, on prolonge ces cheminements jusqu’à l'extrémité pour empêcher les retours offensifs. Sur les faces opposées, on se contente d'arriver jusque vis-àvis le point extrême de la brèche que l’on sera obligé de faire au réduit.
On continue en même temps le couronnement des chemins couverts au delà de la deuxième traverse, comme nous l’avons déjà indiqué, et pour soutenir ces travaux on construit la quatrième parallèle, qui doit être maintenue hors de la portée des grenades lancées des chemins couverts, c'est-àdire qui est éloignée de leurs saïllants de 30",00 au moins. Tout son développement est organisé partie pour la fusillade, partie pour le franchissement ; les crêtes sont garnies de créneaux en sacs à terre, à travers lesquels de bons tireurs guettent constamment l'ennemi.
Si l’assiégé se maintient avec opiniâtrèté dans les chemins couverts, les places d'armes et leurs réduits, on établit encore, en avant de cette quatrième parallèle, quelques batteries de mortiers et surtout de pierriers, pour achever sous leur protection le couronnement pied à pied. On débouche en même temps de la quatrième parallèle, cheminant vers les saillants des places d'armes en sapes alternativément simples et doubles; des travaux analogues sont dirigés vers le saillant de la place d'armes du bastion (PL. XXIX). Pour chasser l'ennemi de cette dernière position, on sera peutêtre obligé de construire, à droite et à gauche de ces derniers cheminements, soit des cavaliers de tranchée, soit des batteries de pierriers, quelquefois tous les deux en même temps, comme nous l’avons indiqué sur le plan. Les couronnements sont d’ailleurs tracés à la sape de manière à ménager l'emplacement des batteries et traverses nécessaires, prévues à l'avance sur le plan directeur et dont nous parlerons tout à l'heure; on organise pour la fusillade tous ceux qui ne sont pas sur l'emplacement des batteries, et on les garnit de troupes.
L’assiégé , refoulé successivement de position en position, ne possède plus au delà du grand fossé que les réduits de place d'armes et de demi-lune. Nous allons nous occuper de la prise de ces ouvrages, et d'abord de celle du réduit de demi-lune. On se rappelle que l’assiégeant en a couronné la
contrescarpe : il faut qu'il y fasse brèche pour pouvoir y pénétrer. Il peut le faire à la manière ordinaire, avec le canon, le couronnement étant transformé en batterie; mais cette opération, facile à comprendre, est d’une exécution lente et périlleuse. L’élargissement de la tranchée nécessite d’abord des déblais considérables, car le revers de la batterie est reporté environ jusqu’à la crête intérieure par suite de la faible largeur du terre-plein, et il fant en sus du déblai ordinaire , sur 7°”,00 de largeur et 1",00 de hauteur, enlever le massif de la banquette avec son talus, et peut-être une partie de celui du parapet. De plus, l’armement offre de grandes difficultés; il faut -que chaque pièce amenée dans les couronnements de chemins couverts arrive daàs les fossés par la descente souterraine, étroite et raide, franchisse le passage de fossé quelquefois peu solide, et enfin gravisse le talus des brèches, et tout cela sous des feux très-rapprochés. On peut cependant réussir en prenant lee moyens que nous imdiquerons plus tard, à l'époque de l’attaque du retranchement intérieur ; mais on recule presque toujours devant ces difficultés quand il s’agit d’un ouvrage de peu d'importance, d’un ouvrage extérieur, et on fait brèche au moyen de la mine. On arrive d’abord dans le fossé du réduit, soit par une descente blindée, soit par une descente souterraine, partant des couronnements: on peut encore renverser la contrescarpe par un fourneau de mine, c’est-à-dire au moyen d’une certaine quantité de poudre dépose dans la terre en arrière de la contrescarpe ; l'explosion de la poudre renverse la muraille et la remplace par un talus sur lequel on construit une descente à ciel ouvert; cette opération se fait en même temps à droite et à gauche du saïllant. On traverse le fossé suivant deux sapes simples, continuations des descentes et qui arrivent au pied des escarpes des faces, à 15",00 environ du saillant ; on attache le mineur en ces deux points, c’est-à-dire que l’on fait percer la maçonnerie ; on pénètre jusque sous le massif du saillant par des galeries de miné, de
Ja construction desquelles nous donnerons une idée au chapitre VII, et on dispose des fourneaux dans les piédroits en maçonnerie et dans les terres en arrière. Un blindage formé de madriers épais, garnis de fer-blanc pour éviter l'incendie, couvre l'entrée en galerie du‘ mineur contre les matières incendiaires ou pesantes que l’assiégé fait rouler sur lui du baut du parapet. Les charges de poudre sont calculées pour que leur explosion enlève tout le saillant sur une longueur de 12 à 15",00 de chaque côté.
Habituellement ces brèches ne sont pas praticables, les talus sont trop escarpés ; après avoir réparé les dégâts causés dans les cheminements par l’explosion, on y établit des fusiliers tirant derrière des.créneauxen sacs à terre, et sous leur protection des sapeurs-en pelit nombre adoucissent la rampe ; en même temps on accable de feux verticaux l'intérieur des réduils pour en chasser le défenseur, Si celui-ci n’y conserve qu'un faible détachement, on fait le .couronnement pied à pied, comme nous l'avons dit pour la demi-lune : deux sapes simples gravissent la brèche à droite el à gauche, la contournent et viennent se rencontrer en capitale. Mais si l’assiégé oppose une grande résistance, s’il se maintient en force dans l'ouvrage, on envoie vers le soir un petit détachement composé d'hommes d'élite qui abordent franchement la garnison de l'ouvrage à la baïonnette et la culbutent dans le fossé ; sous leur protection des travailleurs exécutent le couronnement à la sape volante, et le délachement s’y met à l'abri aussitôt qu'il est assez avancé. Ensuite pour enlever à l’assiégé ‘la possibilité des rètours offensifs et pour rester définitivement maître du réduit, on débouche du couronnement et on chemine sur le terre-plein haut d’abord, puis sur le terre-plein bas, comme l'indique la planche XXIX, pour venir couronner la gorge de l'ouvrage. |
L'attaque des réduits de place d'armes se fait en même temps que celle des réduits de demi-lune. Pour forcer le défenseur à abandonner cet ouvrage, on conduit dans le
massif du parapet de la demi-lune une sape demi-double, enfoncée de 1°,50 ;.elle part des cheminements déjà exécutés. Pris à revers par la garde de ces logements, le terreplein des réduits n’est plus tenable, et il faut que l’assiégé les abandonne au moins pendant le jour (1).- Pour éviter qu'il n’y rentre pendant la nuit et que de cette position il ne domine des cheminements plus avancés, comme les batteries dressées contre les bastions, il faut y pénétrer et en courorner la gorge. On a d'abord construit des descentes de chemins couverts pour pénétrer dans les places d'armes rentrantes vers leurs extrémités; deux sapes simples en débouchent et viennent se rencontrer vis-à-vis de l’arrondissement de la contrescarpe du réduit ; ensuite on renverse une partie de cette contrescarpe vis-à-vis des poternes par un fourneau de mine, et une sape simple descendant la brèche ainsi pratiquée conduit à la porte de la poterne du réduit placée du côté de la demi-lune. On traverse la poterne en la désencombrant, s’il est nécessaire, et on débouche sur le terre-plein du réduit par une sape qui contourne la gorge à 3 ou 4, 00 de distance.
Si la poterne était murée ou par trop obstruée, il faudrait attacher le mineur à Fescarpe et en enlever une partie pour pénétrer dans le réduit; on pourrait aussi exécuter cette brèche avec une petite batterie de deux pièces, placée dans les couronnements de la place d'armes du côté de Ia demilune. On sera encore obligé d'en venir là si l’assiégé peut s’abriter par une gabionnade des coups partant du cheminement fait dans le parapet de la demi-lune, ou bien si une coupure dans la face de ce dernier ouvrage a empêché l'exécution du cheminement. On attaque la coupure en même temps que les réduits de demi-lune et de place d'armes, après avoir comblé son fossé.
(4) L'emploi de cette méthode suppose qu’il n'existe point do coupures daus les faces de la demi-lune. :
L'assiégé a vu successivement tous ses dehors tomber au pouvoir de l’assiégeant ; les tenailles seules lui restent : mais nous verrons qu'on ne s'en inquiète pas; elles tombent en même temps que le bastion de l’attaque duquel nous allons nous occuper. Pendant tous les combats, pendant tous les travaux que nous venons de décrire’, les couronnements de la place d'armes saillante ont été transformés en batteries de brèche et en contre-batteries de manière à développer la plus grande quantité de feux possible et en .ménageant cepen:dant les traverses nécessaires pour le défilement. Les contrebatteries sont destinées à ruiner les flancs des bastions collatéraux dont les feux arrêteraient la construction des passages de fossé, ou verraient à revers les talus des brèches; ces batteries sont armées de six pièces chacune, et tirent dans le prolongement du fossé ; leur construction ne demande que vingt-quatre heures. Aidées dans leur œuvre de destruction par les batteries -à. ricochet de la deuxième parallèle qui peuvent reprendre leur feu en faisant évacuer les parties dela troisième parallèle qui en seraient gênées, ainsi que par les feux verticaux, elles ne doivent pas tarder à détruire l'artillerie des flancs et à bouleverser leurs parapets; pour que l’assiégé ne puisse même plus garnir ces flancs de mousqueterie, les contre-batteries les battent en brèche au niveau des crêtes des tenailles. : |
Les batteries de brèche placées à la suite des contrebatteries doivent ouvrir dans chaque face du bastion une brèche de 30",00 de largeur, située à 10 ou 12",00 de l’angle saillant qu'on laisse subsister,. d'abord parce que son épaisseur le rend. plus difficile à renverser, et ensuite parce qu'il abrite la montée des brèches contre les coups de revers venant des bastions voisins. On suivra pour exécuter la brèche les règles indiquées plus haut en parlant de la prise de la demi-lune ; d’après ce que nous avons dit, il faudrait que la batterie de brèche fût armée de six pièces, à raison de 5",00 de brèche à exécuter par chaque pièce; si la longueur
des crêtes de la place d'armes saillante ne le permet pas, on change la direction des embrasures des dernières pièces de la contre-batterie quand celle-ci a suffisamment pris le dessus, pour que les pièces restantes à elles seules empêchent le réarmement des flancs.
On a commencé aussitôt que possible les descentes de fossés toujours très-longues à faire et qui souvent arrêtent la-marche en avant. On peut les faire partir de différents points du couronnement ; nous avons préféré comme point de départ une sape arrivant dans le fossé du réduit de place d'armes, afin d’avoir une hauteur moindre à franchir. Le palier de départ étant à 1",50 en dessous du sol dans lequel on creuse la sape, sera coté 7",20, d’après les hauteurs adoptées et 10",00 étant la cote du sol : en fossé ordinaire la descente débouche à 1",00 au-dessous du fond, c’est-à-dire à la cote 3; il y a donc à descendre 4",20 ,-ce-qui donne avec la pente choisie de £ de base pour 1 de hauteur, une longueur de 16",80 ou environ de 18",00 en admettant un palier horizdntal de 1,20 au point d'arrivée. À raison de 4=,00 courants de descente exécutés par vingt-quatre heures, on voit qu’il faudra encore quatre jours et demi pour l'achever. Son débouché doit se trouver vis-à-vis les extrémités de la brèche du côté des angles d'épaule; H est protégé par une galerie souterraine exécutée en arrière de la contrescarpe , à droite et à gauche de la descente et crénelée. Si le sol du fond du fossé était de roc ou si on trouvait l’eau, le débouché de la descente s’arrêterait bien entendu au niveau du-roc ou à 0",30 au-dessus du niveau de l'eau.
Les passages de fossé s’exécutent comme nous l'avons indiqué pour la demi-lune et suivant les cas qui se présentent.
Les contre-bafteries construites en avant des crêtes de la place d’armes saillante de la demi-lune, après avoir détruit le parapet des faces du bastion, ont ouvert aux escarpes à travers le fossé de la demi-lune deux brèches d’une vingtame
de mètres de longueur chacune, de telle sorte que le bastion a quatre brèches qui peuvent être rendues praticables. Si les fossés sont pleins d’eau, on ne peut arriver aux deux dernières brèches dont nous venons de parler; elles ne seront donc pas d’une grande importance ; mais si les fossés sont secs et en bonneterre, on y parvient de la manière suivante : on construit d’abord dans les fossés de la demi-lune des cheminements en zigzag qui partent du passage de fossé ; on vient ainsi couronner la crête de la caponnière simple, puis suivant la rampe qui est le long de la.contrescarpe, on se dirige vers l’angle d'épaule de la demi-lune ; c’est de ce point que part le passage de fossé dirigé toujours sur la partie de la brèche qui avoisine-l’angle d'épaule du bastion, que l'on aborde par quatre points à la fois.
Les passages de fossé sont. prêts; les brèches sont rendues praticables par les moyens dont nous avons parlé en traitant de la prise de la demi-lune : avant de tenter une attaque de la réussite de laquelle il n’est pas toujours sûr, et qui dans tous les cas doit lut coûter beaucoup de monde, le commandant en chef cherchera à cntrer en conférence avec l’assiégé. Les propositions qu'il offrira au gouverneur varieront suivant l'état respectif des corps assiégeants et assiégés : si la garnison est encore nombreuse et bien munie de provisions de toutes espèces, si la mauvaise saison arrive, si l’armée assiégeante est décimée par la maladie, ou bien si l’on craint l’arrivée d'une armée de secours, on pourra offrir des avantages considérables, laissant la garnison se retirer librement et sous escorte en un Heu choisi par elle, avec ses armes, ses drapeaux et quelques pièces de canon; on garantira aux babitants la conservation de leurs privilèges et libertés, avec l'oubli complet du passé; le commandant en chef accompagnera ses propositions de menaces pour le cas où elles ne seraient pas acceptées, avertissant le gouverneur que toute demande postérieure de capitulation faite par lui sera nulle, à moins qu’il ne se rende à discrétion ; il sera d'autant plus
ATTAQUE EN RÈGLE D'UNE PLACE FORTE. 393 menaçant que sa faiblesse est plus grande. Mais si la garnison est considérablement réduite, si- elle.est découragée ou privée d’approvisionnements, ce n’est pas à l'assiégeant à offrir de composition, à moins qu'il ne redoute une lutte désespérée dela part de gens disposés à tout platôt qu’à se rendre. C’est au gouverneur à connaître sa position et à savoir jusqu'où il peut pousser sæ résistance.
Si le gouverneur ne fait pas de propositions, ous à refuse celles de l’assiégeant, celui-ci se décide à l’attaque du bastion. il faut d’abord avoir des notions suffisantes sur l'ouvrage que l’on veut attaquer et surtout savoir s'il est muni ou non de retranchement intérieur; on comprend facilement que les dispositions à prendre ne seront pas les mêmes suivant que le bastion -est retranché ou non, et que dans le premier cas. la force de l'ouvrage intérieur influera beaucoup sur le mode d'attaque. Si en effet l’assiégé n'a aucun retranchement.en arrière des brèches, le combat qui s’engagera sera pour lui une question de vie ou de mort, sa résistance sera désespérée et il y emploiera toutes les ressources qu'il possède encore ; il devra en être de même s’il n’a pour refuge en cas d'insuccès et comme dernier obstacle à opposer à un assiégeant victorieux et exalté par la victoire ,- qu’un retranchement passager faible, souvent inachevé ou imparfait. L'armée de siége n’a plus à faire qu'un dernier effort, tout doit être disposé pour qu'il soit décisif.
Si au contraire en arrière des brèches se trouvent des retranchements permanents fortement organisés et que l’on ne puisse enlever par un coup de main, la prise de la partie saillante du bastion ne sera qu un. épisode du siége, sans en être la conclusion.
Pour savoir s’il y a un retranchement intérieur ‘et comment il est organisé, on consulte les espions, les déserteurs, les prisonniers, on observe directement et avec de bonnes lunettes en se plaçant sur des lieux élevés ; enfin on tente une reconnaissance directe faite par quelques hommes
hardis et entreprenants qui se coulent la nuit le long des brèches et observent les dispositions prises par le défenseur.
Supposons d'abord que celui-ci ait un retranchement intérieur terrassé, en bon état et assez fort pour n’être pas escaladé. L'assiégeant a deux genres d’attaque à sa disposition, celle pied à pied et celle de vive force; la première, qui expose moins les hommes, est, comme nous le savons, préférable : nous en avons parlé à propos de l'attaque de la demi-lune ; nous avons dit qu'après avoir écrasé l'ouvrage de feux de toutes sortes, pour en écarter Île défenseur, quelques sapeurs, protégés par ces feux-et ceux de mousqueterie préparés dans les couronnements, exécutaient une sape le long du talus de la brèche dont ils eouronnaient ensuite pied à pied la partie supérieure.
Cette méthode, excellente pour des ouvrages extérieurs ou contre une garnison démoralisée et réduite par les fatigues et les dangers du siége, aura peu de chances de réussite si le défenseur résiste avec opiniâtreté. 11 faut alors attaquer de vive force et donner l'assaut.
L'assiégeant s’y dispose de la manière suivante : on commande en sus de la garde ordinaire des tranchées ce qu'il faut de troupe-d’élite pour accabler les défenseurs de la partic que l’on veut attaquer, et on les forme en autant de colonnes qu’il y a de brèches abordables ; d’autres colonnes sont placées en réserve, prêtes à porter secours aux premières. Pendant la matinée on redouble la vivacité des feux de toutes espèces ; deux heures environ avant l'attaque, les colonnes se rassemblent, massées dans les cheminements les plus rapprochés des brèches; elles ont en tête chacune un petit détachement de sapeurs du génie commandés par un officier de la même arme et munis dé haches, de pinces, de sacs à poudre, pour rompre les obstacles opposés par l’ennemi, et de quelques échelles pour franchir les ressauts dont on n’a pas eu connaissance. En arrière des colonnes d’assaut, dans
les éouronnements, sont des tirailleurs en quantité suffisante pour. exécuter les logements des brèches; ils sont formés en autant de colonnes qu'il y a de brèches, dirigées chacune par un officier du génie; les hommes portent un gabion, une pelle et une pioche. Enfin viennent les réserves.
Une heure à peine avant la chute du jour, à un signal donné, les colgnnes s’élancent en même temps, gravissent les brèches sur le plus grand front possible, surmontant les obstacles opposés par le défenseur, l’abordent à la baïonnette, et secourues par les réserves, s’il en est besoin, le forcent enfin à évacuer le terre-plein. On le poursuit jusque dans les fossés, on se mêle avec lui afin de profiter de la faute qu'il aura peut-être faite de laisser les poternes du retranchement ouvertes ; on entrerait alors immédiatement dans la ville : dans tous les cas, au milieu de cette mêlée, les sapeurs détruisent les communicalions destinées à mettre le feu aux mines, et les officiers du génie reconnaissent les fossés du retranchement.
Les travailleurs ont suivi les colonnes; les officiers du génie tracent les couronneménts en laissant quelques espaees libres pour la retraite des combattants, et le travail s'exécute rapidement. Quand il est suffisamment avancé, c’est-àdire au bout d'une demi-heure ou trois quarts d'heure de travail, alors que le parapet est à l’épreuve de la balle, les colonnes dont les hommes étaient restés en avant, un genou en terre, prêtes à repousser l'ennemi, rentrent dans le couronnement et s’y mettent à l'abri de manière à ne pas gèner les travailleurs qui élargissent et approfondissent le logement : si le défenseur tente un retour offensif, ils s’élancent sur lui à la baïonnette pour le- rejeter encore uné fois dans le retranchement.
Nous ne pouvons donner ici tous les détails, toutes les péripéties diverses d'une lutte loujours très-vive et sanglante de part et d'autre; en étudiant lés moyens de défense de l’assiégé, en connaissant tous les obstacles qu'il
oppose à l'assiégeant, on se fera une juste idée du courage, de l’intelligence , de l’opiniâtreté que celui-ci doit déployer pour les surmonter, arriver en haut de la brèche-et s’y mainnir, On verra alors que pour réussir il faut avoir sous la main de nombreuses réserves, les lancer à- propos pour soutenir les premières troupes engagées, remplacer les pertes et résister aux attaques furieuses d’un ennemi qui voit tomber ses dérniers retranchements. .
Aussitôt que les logements ont reçu leur organisation définitive, on y construit des gradins de fusillade, on les couronne de créneaux en sacs à terre, et on y place une garde suffisante pour les mettre à l’abri de toute tentative ; puis on commence les travaux dirigés contre le retranchement intérieur. La position de celui-ci, .par rapport au bastion, est la même que celle du réduit de demi-lune par rapport à la demi-lune ; aussi les travaux à exécuter sont-ils dans le même genre : on débouche des nids de pie, s’avançant en sape double pour faire le couronnement de la contrescarpe du retranchement ; il est composé de sapes simples ou doublessituées à 4 ou 5°,00 du mur pour ménager une épaisseur de parapet suffisante ; de distance en distance on laisse des traverses pour le défilement. Ces travaux sont protégés par un tir de mousqueterie lrès-actif organisé dans les sapes en arrière, et par les feux verticaux de toutes les batteries.
Pour faire brèche au retranchement, on peut tenter l’emploi de la mine; mais 1 est proboble que le défenseur a préparé les moyens de déjouer ces tentatives par des contremines dont nous parlerons plus tard : sinon de continuelles sorties ne permettront peut-être pas au mineur de s’enfoncer. Il faut alors avoir recours au canon et vaincre par suite loutes les difficultés dont nous avons déjà parlé, difficultés plus grandes encore, car le fossé est plus large et le talus de la brèche plus élevé. On enlève-d’abord les pièces de dessus leurs affüts et on les fait arriver au bas des, descentes de fossé en les retenant par des cordages solidement amarrés à
de forts piquets. La pièce glisse ensuite à force de bras sur une plate-forme en madriers suffisamment unie, disposée sur le passage de fossé et qui se continue tout le long du talus de la brèche. Pour lui faire gravir cette pente, on se sert de mouflles et de poulies fixées à de forts -piquets; enfin il faut par une autre manœuvre de force replacer la pièce sur l’affôt. Du reste, la transformation du couronnement en batterie se fait à la manière ordinaire ; il faut exécuter deux brèches, une sur chaque face, aussi larges et aussi douces que possible; chacune des -batteries est armée de quatre pièces au moins. On construit en même temps deux descentes pour arriver dans le fossé.
Tous ces travaux demandent un \erñps assez long ; mais enfin l’assiégeant les termine, les perfectionne et il se trouve alors dans la position où noûs l’avons laissé précédemment, lorsque l'assiégé n’avait pas de retranchement intérieur permanent dans le bastion. Si celui-ci ne parle pas de capitulation, si le gouverneur, - confiant dans le courage de ses troupes, protégé par quelque retranchement fait au moyen des maisons de la ville, ou bien ayant une retraite assurée pour lui et la garnison dans une citadelle, veut tenter encore le hasard d’un dernier assaut, l’assiégeant s’y prépare comme nous allons l'indiquer, traitant en même temps ce dernier cas et celui où il n’y a point de retranchement intérieur au moins suffisant pour résister à l'escalade.
Dans cette situation , il est évident que l’assiégeant ne peut songer à une attaque des brèches pied à pied; la résistance du défenseur rendrait inutile toute tentativé de ce genre. Pour vaincre cette résistance, il faut une attaque de vive force, il faut en un mot donner l'assaut. .
Les préparatifs de l'attaque sont les mêmes que ceux indiqués précédemment; il faut donc commander autant de celonnes qu’il y de brèches à escalader, et avee chaque colonne un certain nombre de travailleurs. Pour cette action décisive à laquelle prendra part toute la garnison, les colon-
nes seront fortes, les réserves nombreuses. Des détachements de sapeurs du géme munis de tous les instruments et outils nécessaires pour briser les différents obstacles ou les escalader sont joints aux colonnes. Pour recevoir ces troupes on donne aux couronnements et aux descentes toute la largeur possible. Tous les officiers sont munis d'instructions précises pour indiquer la marche à suivre en cas de réussite; nous y reviendrons tout à l’heure.
L'armée entière prend les armes le jour de l'assaut: tous les corps qui ne sont pas commandés pour -pénétrer dans la ville ou pour le service des tranchées bordent les lignes de contrevallation afin d'arrêter la garnison ou les fractions de garnison qui tenteraient de s'ouvrir un passage les armes à la main.
Les jours précédents, et pendent toute la matinée du jour de l'assaut, toute l'artillerie en batterie inonde la place de projectiles de toutes espèces pour démoraliser la garnison, Jui faire perdre du monde et l'empêcher de construire d’autres retranchements. Vers le milieu du jour, le signal est donné et les colonnes abordent vivement les brèches sur six ou huit hommes de front ; secondées successivement par les réserves placées en arrière, leurs efforts sont couronnés de succès, elles-arrivent au sommet de la brèche et parviennent à s'y maintenir. Elles attaquent de vive force les retranchements passagers qui se trouvent devant elles et s’en emparent par les moyens indiqués dans la fortification passagère. A ce moment il est de la plus haute importance que les troupes emporlées par leur ardeur ne s’oublient pas à poursuivre l'ennemi dans les rues de la ville; elles pourraient ainsi tomber dans quelque embuscade et perdre le fruit de leur victoire : elles ne doivent pas quitter les fortifications; mais secourues et renforcées par les réserves elles s'étendent successivement le long des remparts jusqu'aux portes les plus voisines qu'elles ouvrent à des colonnes disposées dans ce but. C’est alors seulement , lorsque l’on est suffisamment
fort, que l’on peut s'engager dans les rues, mais toujours avec précaution, se rendant maître d'abord des places principales et des grandes voies de communication.
Pour faire diversion au moment de l'assaut, il convient de menacer d'escalade plusieurs points de l'enceinte; on commande à cet effet deux ou trois petites colonnes munies d'échelles, de cordages, en un mot.de tous les instruments nécessaires ; il faut. choisir pour ces expéditions des hommes d'élite, lestes, adroits et que l’on allége autant que possible. On a vu réussir ces attaques secondaires, et la garnison succomber au moment où elle- se croyait victorieuse. C’est ce qui arriva au second siège de Badajoz; tous les efforts des Anglais avaient été impuissants; les colonnes du général Wellington n'avaient pu forcer les brèches, il faisait sonner la retraite, lorsque la garnison lâcha pied subitement. C'est qu’un faible détachement anglais avait.escaladé le haut des murailles en un point du château mal gardé ; une des brèches dégarnie de .ses défenseurs füt alors enlevée, et les autres prises en même temps de front et à dos furent abandonnées forcément par la garnison.
Si l’assiégé veut se défendre dans les maisons, s'il a organisé à l'avance des barricades, la marche de l’assiégeant doit être encore plus circonspecte, Il fait attaquer de suite ces barricades par des corps de 50 à 100 hommes lancés successivement, ayant que le défenseur ait eu le temps de se reconnaitre et d'organiser complétement la défense de ces positions. Si ces petites colonnes qui emploient du reste les moyens indiqués dans la première partie de cet ouvrage, échouent devant une résistance trop énergique, il faut avoir recours au canon ou à l'incendie pour chasser le défenseur de ces dernières positions. Dans certains cas, comme à Saragosse , lorsque les maisons sont solidement construites etformées de murs très-épais, on est obligé d'employer la mine, ce qui exige un temps considérable ; on n’arrive à la possession complète de la ville qu'après une suite d'opérations de
détail longues et sanglantes. Ainsi on ne mit que vingl-huit jours (du 29 décembre 1808 au 26 janvier 1809) pour s’emparer des dehors et de l’enceinte fortifiée de Saragosse, et il en fallut vingt-six autres (du 26 janvier au 21 février) pour conquérir les maisons de la ville.
Eorsque la ville est emportée d'assaut après une résistance aussi énergique, il est bien difficile de retenir le soldat, et les lois de la guerre autorisent le pillage ; on a même vu des généraux réglementer cette liberté en imposant à l'avance une limite .à ce temps de licence immodérée. Les annales modernes pourraient fournir plusieurs ‘exemples de ces faits ; ainsi les Anglais à Badajoz livrèrent au pillage une vilte amie cependant et avec-un acharnement tel qu'un écrivain de la même nation, le général Napier, flétrit en termes sévères la conduite de ses compatriotes. H faut l'avouer, les mœurs actuelles répugnent à de pareilles extrémités et un général en chef doit tout faire pour les éviter ; ce ne sera pas seulement un bienfait pour l'humanité, mais le vainqueur recueillera les fruits de sa conduite généreuse, car il conserverä des approvisionnements préeieux qui auraient disparu au milieu de ce tumulte. Ainsi le maréchal Suchet en 1811 arrêta ses soldats qui commençaient à piller. la ville da Tarragone dans laquelle ils étaient entrés après cinq semaines de siége (du 21 mai au 28 juin) et après avoir livré cinq assauts meurtriers. Mais si le général en chef n’a pas assez d’influence sur des troupes irritées d’une longue résistance pour défendre absolument le pillage, il doit au moins y soustraire tout ce qu'il est possible; il fera donc entrer dans la. ville une troupe d’élite qui occupera les principaux bâtiments et établissements publics, les collèges, les couvents, les églises, les maisons de banque, les caïsses publiques ou privées, les magasins nécessaires à l’armée, etc: ; de plus, tous ces points seront des lieux de refuge inviolables pour les habitants. Tels sont les moyens d'adoucir un mal que l'on ne peut empêcher.
Mais il est peu probable que l’on soit obligé d’en venir à de pareilles extrémités; le gouverneur voudra éviter ces malheurs aux habitants comme à la garnison, et quand il verra que toute résistance est devenue'‘impossible et n’aurait d'autre résultat que celui de répandre beaucoup de sang, sans profit pour la défense, il demandera à capituler. Le commandant en chef de l’armée de siége règle les articles de la capitulation ; il est plus ou moins sévère suivant sa position, suivant celle de lassiégé; souvent il accorde de belles conditions à une garnison dont il veut honorer la courageuse résistance. Quelquefois tout se réduit à un seul article : l’assiégé est obligé de se rendre à discrétion. Dans tous les cas, il faut toujours qu’il commence par céder une ou plusieurs portes de la ville comme gages pour l’assiégeant. Ce dernier s’empresse aussitôt de prendre possession de tout ce qui ressort du domaine militaire : l’artillerie fait rassembler les armes et les munitions; le génie s’occupe des bâtiments et terrains militaires, ainsi que de la fortification qu’il remet en état si on tient à la conserver, ou dont il commence au contraire la démolition; l’intendant en chef de l’armée recueille tous les approvisionnements divers autres que les munitions, comme grains, farines, bois de chauffage, matériel d'hôpital et de manutention, et enfin la caisse militaire. Le général en chef s'occupe de l’administration intérieure de la ville, de la police des habitants, etc.
Quelquefois l’assiégeant n’est pas aussi heureux ; la résistance du gouverneur a duré assez longtemps pour permettre l’arrivée d’une armée de secours, ou bien la mauvaise saison arrête les travaux et détermine des maladies nombreuses dans l’armée de siége; peut-être aussi la présence de cette armée est-elle nécessaire en un autre point : dans ces différents cas, il faut se résoudre à lever le siége. C’est une opération d'autant plus délicate qu'il faut la faire sous les yeux d’un ennemi exalté par le succès, peut-être en face
d'une armée de secours, et traîner après soi un matériel
considérable. Si l’on n’a pas une armée d'observation pour tenir en respect l’armée de secours, on charge de ce soin un des corps de l’armée de siége; un autre est échelonné sur la route qui mène au point de retraite, afin de protéger les convois , enfin le reste tient tête à la garnison et exécute les travaux nécessaires. On évacue d’abord les malades et les blessés, puis le matériel d'artillerie de siége, les vivres, le campement, etc. ; on détruit tout ce que l’on ne peut emporter ; on brûle les affüts et les bois de toutes espèces, on noie les poudres, on met les pièces hors de service en brisant les tourillons, etc. Le gros de l’armée se met ensuite en route protégé contre les entreprises de la garnison par une forte arrière-garde composée de troupes légères.