DEUXIÈME SECTION
Le gouverneur a dû faire tous ses efforts pour s’assurer d’abord du point d’attaque et ensuite du jour de l'ouverture de la tranchée. Sachant quel doit être le point d'attaque, il met en place son armement de défense ; l’action de son artillerie retarde les travaux de l’assiégeant, lui fait éprouver des pertes considérables et le force peut-être à établir ses batteries dès la première parallèle; de plus, ikexécute, avant l'ouverture du feu des assiégeants, les différents travaux, tels que coupures dans les faces d'ouvrages réduits en palanques, et surtout les retranchements intérieurs; enfin , si la garnison est nombreuse, aguerrie et confiante, le gouverneur s'avance au-devant de l’assiégeant par de petits ouvrages construits au pied des glacis et nommés flêches, dont nous parlerons plus tard. 1] n’est guère moins important de ne pas se laisser surprendre par l'ouverture de la tranchée. L'armement étant préparé, et sachant d’ailleurs à peu près en quel point il faut diriger ses coups, l’assiégé pourra pendant cette nuit faire éprouver des pertes nombreuses à l’assiégeant, . retarder ses travaux et acquérir peut-être dès le commencement du siége une supériorité morale dont les résultats sont incalculables.
Supposons donc que le gouverneur bien pénétré des considérations que nous venons d'exposer n'ait rien négligé pour être au courant des desseins de l'assiégeant, et voyons quelle doit. être sa conduite pendant cette deuxième période.
Aussitôt que le gouverneur apprend que les travailleurs de l’assiégeant ouvrent la tranchée, il éclaire le terrain par des balles à feu et des fusées à parachute et on fait sur le travail et de toutes les faces qui peuvent l’apercevoir un feu nourri de toute l'artillerie en batterie, tirant à balles pendant les premières heures de la: nuit, alors que les travailleurs sont encore découverts, et-ensuite à boulets. Il dirige en même temps vers les fronts d’attaque toute l'artillerie légère dont il peut disposer ; on la met dans le terre-plein des places d’arfnes tant saillantes que rentrantes; ces pièces tirent à faible charge et sous un grand angle par-dessus le parapet, dans la direction des capitales. - Les crêtes des chemins couvérts et des ouvrages les plus -avancés sont-garnies de bons tireurs munis de carabines pour faire feu contre la garde lorsque les balles ardentes l’éclairent suffisamment, ou si elle se risquait à poursuivre une sortie.
La question des sorties a été fort controversée-de tout temps; mais les meilleurs auteurs, et Vauban à leur tête, proserivent en général les grandes sorties à cette époque du siége : « Elles ont plus d'ostentation que d’utilité, » dit Vauban. Toute sortie faite d’un peu loin est ramenée d’une manière qui cause plus de dommages que de profits, car les pertes en hommes sont beaucoup plus sensibles pour l’assiégé que pour l’assiégeant qui peut recevoir des renforts, et le résultat est toujours minime. On ne doit donc faire de sertie que si l'ennemi en fournit l’occasion en s’avançant trop vite, sans être soutenu .ou en se faisant mal garder; voici alors comment on dispose les troupes :
On commande environ moitié de la garnison en infanterie, et toute la cavalerie : l'infanterie est dans les places d'armes rentrantes et saillantes vis-à-vis des travaux, la cavalerie dans les ouvrages analogues, sur la droite et la gauche ; on joint à ces troupes quelques travailleurs munis de tourteaux, fascines goudronnées, etc. Environ deux heures avant le jour, au moment où les travailleurs doivent être fatigués,
ces troupes débouchent par tous les passages, se forment en un certain nombre de colonnes et se portent directement, en silence et au pas accéléré sur les travailleurs; la cavalerie se tient sur les ailes, prête à repousser celle des assiégeants. Les colonnes renversent la garde, tombent surles travailleurs, les mettent en déroute, mais sans s’abandonner à leur poursuite ; les travailleurs de la défense bouleversent le travail déjà fait et allument en différents points leurs tourteaux pour servir de points de visée au tir de la place. On se retire alors emportant les outils et les armes abandonnés, sans attendre les retours offensifs de l’assiégeant. Si celui-ci commet la faute de poursuivre trop loin la sortie, on le laisse s'engager, puis à un moment donné les troupes rentrent précipitamment dans les chemins couverts et laissent l'ennemi exposé au feu de. touslesouvrages ,-qui était préparé d'avance. Cette courte description fait voir combien ces sorties ont peu de chances de succès dans les circonstances ordinaires, quels risques courent les troupes qui les entreprennent, et pour quel minime résultat. L
Mais si les grandes sorties ne doivent pas être employées, voici une disposition indiquée par Vauban qui peut sans faire courir de grands risques à l’assiégé, retarder le travail de nuit de l’assiégeant et l'empêcher d’être couvert: au jour dans la première parallèle : on fait sortir des chemins couverts situés à la droite ou à la gauche des attaques quelques pièces légères, comme obusiers de montagné ou même obusiers de 0",15, qui sont traînées à bras d'hommes; on les conduit à 2 ou 300,00 de la plate, en des points où elles puissent baltre la parallèle d’écharpe, et elles sont protégées par quelques compagnies de grenadiers : en même temps sort une petite troupe de cavalerie légère de 80 ou 100 hommes qui se portent sur les travailleurs, les chargent à grand bruit en parcourant leurs lignes, et les mettent en désordre ; ils se retirent alors derrière les grenadiers et les obusiers dont le feu combiné avec celui des ouvrages de la place con-
tribue à augmenter le trouble parmi les assiégeants. Le terrain est en même temps éclairé par quelques balles ardentes pour donner de la sûreté à la direction du tir. Des feux allumés aux barrières voisines des chemins couverts indiquent aux troupes sorties les points de retraite, pour le cas où l’assiégeant viendrait les attaquer en force, ce qui est peu probable; car il s’exposerait trop aux feux des ouvrages préparés pour cette éventualité. Un peu avant le jour, toutes les troupes-rentrent dans les chemins couverts.
La tranchée est ouverte, le point d'attaque est déterminé d’une manière certaine, le gouverneur voit tous ses doutes à ce sujet levés, si toutefois il lui en reste encore ; il faut qu’il se hâte de mettre en état les fronts attaqués, avant que l’assiégeant ne puisse incommoder ses travaux par son artillerie. La première chose à faire est de compléter l'armement de ces fronts. Les pièces sont sur deux genres d’affûts : les affüts de place ayant 1",50 de hauteur de genouillère, et ceux de siége n’en ayant que 1°,19; il emploiera les premières pour tirer à barbette vers les saillants, ou à embrasure en des points quelconques, la crête du parapet étant à 1",82 audessus de la plate-forme; nous préférons cette seconde disposition qui donrie -un champ de tir suffisamment vaste en abritant mieux la pièce et les canonniers que dans le cas du tir à barbette. Les pièces sur affüts de siége tirent à embrasure, leurs plates-formes sont à 2",10 au-dessous des crêtes. Les canons de gros calibre sont sur les faces des bastions ou des demi-lunes , les obusiers tirent en capitale. Les flancs n’ont pas encore besoin d'être armés, et on se contente de préparer les plates-formes et les embrasures sans amener les “pièces qui seraient exposées inutilement. Les embrasures des faces sont tracées de manière que les pièces à un moment donné puissent être séparées de deux en deux ou de trois en trois par des traverses destinées à arrêter le ricochet.
Les mortiers sont sur les terre-pleins des bastions et de la tenaille, sur les terre-pleins bas des réduits de demi-lune et
dans les réduits de place d'armes; les premiers peuvent être abrités contre les feux verticaux par un blindage horizontal, les plus gros sont toujours en arrière, ceux de faible calibre dans les ouvrages les plus avancés; ceux-ci servent surtout à lancer des balles à feu.
Dans la planche. XX VI, le bastion A étant celui d'attaque, ; il faut disposer les pièces sur ses deux faces d’abord, puis sur celles des deux demi-lunes voisines E et E’; on en met aussi sur celles des bastions collatéraux qui ont vue sur les attaques, face droite du bastion B, face-gauche du bastion B’, et en outre sur les faces analogues des demi-lunes E, E’ . Les batteries de mortiers sont placées dans les bastions B'et B’, dans les réduits des demi-lunes E, F, E’, F’, et enfin dans les réduits de places d'armes compris entre ces ouvrages. On ne peut mettre .de mortiers dans le baston ‘À si on y construit un retranchement intérieur; mais rien n'empêche d'en placer en arrière du retranchement s’il est permanent.
Avant de continuer à décrire la résistance du gouverneur, parlons de la manière dont le service: mtérieur de la place est fait pendant le siége. C’est au gouverneur, qui exerce comme nous le savons le pouvoir absolu, à régler cette organisalion. Il s’occupe d'abord, du service de ‘la garnison ; parmi les soldats d'élite il choisit une réserve de quelques céntaines d'hommes auxquels il donne une haute paye et qui doivent être toujours sous sa main, prêts à se porter au secours des points menacés : il leur donne pour commandant un officier intelligent et ferme, ef les caserne à portée de son logement ; ces hommes ne font aucun autre service pendant tout le siége.
Le reste de la garnison est divisé en trois parties qui seront de service successivement pendant vingt-quatre heures : le premiertiers fournit les gardes et les travailleurs; le second tiers est au bivouac sans fournir-aucun homme pour le travail; il se tient en arrière des attaques, prêt à se porter aux endroits menacés ; enfin le dernier tiers jouit
d'un repos complet dans le casernement. Les hommes n’ont donc qu’un jour de repos sur trois : c’est une grande fatigue, et si la garnison est assez nombreuse, si les habitants concourent à la défense, on tâchera de donner un jour de repos sur deux : les troupes sont alors divisées en deux parties, dont une se repose ; moitié de l’autre est au bivouac, le reste fournit la garde et les travailleurs. Les officiers généraux et les colonels présents dans la ville concourent ensemble pour le commandement de ces différentes fräâctions : un major de place est chargé spécialement du service des travailleurs ; un officier supérieur commande la garde des dehors, un autre celle intérieure : les officiers supérieurs font ce service à tour de rôle.
Nous avons déjà dit que les habitants pouvaient et devaient rendre de grands services dans un siége, surtout quand leur patriotisme les empêche d’être spectateurs indifférents d’une lutte dans laquelle l'honneur et-la prospérité du pays sont engagés. Mais leur bonne volonté demande à être réglementée, et voici comment : le gouverneur a d'abord sous ses ordres directs la garde nationale ; il la charge du maintien de la tranquillité intérieure concurremment avec quelques détachements de cavalerie, et: même de la garde d’une partie des remparts intérieurs, ceux du côté opposé aux attaques, lui adjoignant toutefois quelques détachements de troupes régulières. Le service sera organisé par compagnies, de manière que les gardes nationaux aient au moins un jour de repos sur deux. Le commandement appartient toujours à des officiers de l’armée. Les pompiers ,. divisés par quartiers comme nous l'avons déjà indiqué, auront un service de surveillance continuelle, et dans chaque quartier il y aura toujours un piquet de garde, de nuit comme de jour.
On choisit en outre parmi les habitants des travailleurs qui sont enrégimentés et soldés; on leur donne des chefs, et ils sont sous les ordres ‘directs du major de place dont nous
parlions tout à l’heure, qui est déjà chargé des travailleurs de Ja troupé. Ces hommes sont occupés aux travaux de terrassernent les moins périlleux, ainsi qu'aux travaux d'art : les travailleurs de cette dernière catégorie sont plus particulièrement sous les ordres des commandants de l'artillerie et du génie, qui les emploient aux réparations.
Le gouverneur fait en même temps un appel au dévouement si connu des femmes, pour les employer au service des hôpitaux et des ambulances. Dans la défense de Lille, en 1792 , les enfants eux-mêmes ne restaient pas inutiles ; ils se chargeaient d'indiquer les endroits où tombaient les bombes, obus et boulets rouges.
Tous les habitants employés reçoivent une solde légère et le pain de munition; les distributions de viande, légumes, vin, eau-de-vie et autres comestibles, ne se font qu'aux troupes réglées, dont on doit en outre augmenter la ration de pain, s’il est possible, à cause des lourdes fatigues qui leur sont imposées.
Pour employer ainsi les habitants, le gouverneur doit être en rapport constant avec l’administration municipale qu'il a laissée subsister, mais qui n’agit que d’après ses ordres. Cette administration, réformée par lui s’il est nécessaire, est en permanence pendant tout le temps du siége, afin de pouvoir communiquer aux habitants les décisions de l'autorité. On l'appelle, si les vivres sont en petite quantité, à faire le recensement de ceux possédés par les habitants, afin qu’on puisse les mettre en réquisition pour le service de la défense. :
Si l'esprit des habitants est hostile, il faut en opérer le désarmement complet et les effrayer par un déploiement de forces intérieures considérables, et même par quelques rigueurs. ls doivent toujours faire le service en cas d'incendie, et ils fournissent des corvées pour les différents travaux.
Au commencement du siége le gouverneur établit Îles
hôpitaux dans des bâtiments à l'épreuve, ou au moins dans les parties de la ville éloignées des attaques. Il écarte aussi . de ce point les munitions, le matériel, les vivres et surtout les dépôts de poudre, de crainte d’accidents. Tous ces approvisionnements sont disposés par petits groupes, pour que la destruction de l’un d’eux. n’entraîne pas la perte des autres, ce qui pourrait entraver complétement la défense. Un major de place est spécialement chargé de tout ce matériel ; aucune distribution ne peut se faire sans ses ordres; il est responsable et tient une note exacte de ce qui existe en magasin à tous les moments du siége.
Le gouverneur se loge à portée des attaques dans quelque magasiri à poudre évacué: tous les jours à une heure donnée les différents chefs de service viennent lui faire leurs rapports; il se tient ainsi au courant des progrès de l’assiégeant, des pertes éprouvées par la garnison, de l'avancement des travaux de défense , de la consommation journalière en poudre et en vivres, de l’état des magasins, de l'esprit des habitanis, etc. Il vérifie tous ces rapports en visitant souvent lui-même les différentes parties de la ville, les magasins, les arsenaux et surtout les fronts attaqués et les travaux que l’on y exécute. Dans ces visites il entretient. la confiance du soldat, et récompense publiquement les ‘actions d’éclat par des éloges, des secours pécuniaires, ou des distinctions henorifiques, suivant les cas. 11 anime aussi l'esprit militaire et patriotique des habitants par tous les moyens en son pouvoir. D’une bravoure froide et réfléchie, le gouverneur ne doit pas s’exposer sans nécessité, car sa conservation est nécessaire au salut de la. patrie; mais il doit partager les fatigues et les privations de la garnison, et savoir. au besoin payer de sa personne. : =
Comme ces soins occupent le gouverneur pendant toute la durée du siége, nous n’aurons pas à y revenir. Nous allons continuer maintenant la description de la résistance successive de l'assiégé. Pendant les premiers jours, il. ménage son
feu, æ contentant de tirer sur les parties de tranchée inachevées. et sur les rassemblements d'hommes. Les obusiers des places d’armes tirent toujours à ricochet et à faible charge par-dessus.les crêtes, dans la direction des capitales. * Les gardes conservent les positions que nous avons déjà indiquées ; seulement celles des chemins couverts attaqués sont renforcées : elles se répartissent le long des crêtes, surtout la nuit, prêtes à faire feu sur l’assiégeant qui aurait l’imprudence de s’oublier à la poursuite d’une sortié. Quelques bons tireurs armés de carabines ou de fusils -de rempart sont dans les chemins couverts et les demi-lunes pour tirer sur les hommes isolés ou les petits groupes. | Pendant les deuxième et troisième nuits on peut encore faire sortir des chemins couverts quelques obusiers de petit calibre pour tirer sur les cheminements et parties de parallèle inachevés; mais il ne faut pas renouveler la course de cavalerie de la première nuit, car il est probable que l’assiégeant. est préparé à la recevoir. On active les feux en capitale, c’est-à-dire sur les directions des cheminements. On peut essayer de faire sortir une vingtäine d'hommes résolus qui s’avancent en silence, fondent sur les travailleurs et se retirent aussitôt que l’ennemi revient en force : leur retraite se fait par la droite ou la gauche vers des sorties de chemins couverts écluirées par des feux; on la protége par quelques coups de canon où par l'envoi de quelques cavaliers. On paurra répéler cette attaque deux ou trois fois dans la nuit, tantôt sur un point ,. tantôt sur un aütre, avec plus ou moins de monde, observant de ne pas faire cesser les feux sur les points opposés ; on retarde ainsi le travail sur-l’avancement duquel on obtient en outre.des renseignements précieux. . Cependant les officiers du génie activent tous les différents travaux dont nous avons parlé et s'occupent aussi des travaux de mine. L’artillerie construit les plates-formes, dégorge les embrasures , amène les pièces et commence en même temps la construction des batteries blindées. On les dispose
sur les faces du bastion de manière à voir les travaux de l'ennemi sur les glacis, vers les saillants des demi-lunes; elles sont en général pour deux pièces qui tirent à embrasure. Le blindage est formé (PL. XXX1{, fig. 2 et 3) d'une couche horizontale de pièces de bois équarries surmontée de deux couches de fascines ou de bois en grume, et d'une autre de terre de 0",50 à 0",60 d'épaisseur. Cette toiture est soutenue à droite et à gauche par des poutres jointives et par une ligne de poteaux placés entre les deux plèces. Un parapet en terre suffisamment épais garantit la paroi verticale . du côté du saillant contre les coups à ricochet ou de plein fouet ; à l’intérieur la batterie est ouverte pour la circulation de la fumée. | |
Chaque jour les officiers du génie relèvent tous les travaux faits par l’assiégeant, et les rapportent sur le plan directeur d’après lequel le gouverneur règle ensuite ses dispositifs de défense ; cela se continue jusqu’à la fin du siége.
La conduite de l’assiégé pendant l’exécution de la deuxième parallèle est anälogue à celle qu'il a tenue la nuit de l’ouverture de la tranchée, seulement il ne peut y avoir aucun tâtonnement. Les. travaux étant reconnus par quelques petites sorties sont éclairés par des balles ardentes, et Fartillerie qui a pu préparer son tir pendant le jour ’sillonne de ses feux tout cet emplacement ; le tir de mousqueterie des chemins couverts peut aussi avoir une action dans les premières heures. L’artillerie tire d’abord à mitraille, puis à boulet quand on suppose le parapet susceptible d'arrêter les premiers projectiles; en ce moment cessent aussi les feux d’infanterie. | ;
Les grandes sorties ont plus de chances de succès contre ce travail que contre celui de la première nuit; car d’un côté les troupes plus rapprochées de la place sont moins exposées à être coupées, et de l’autre les travailleurs sont moins bien gardés, comme nous l'avons vu. Si la garnison est nombreuse, on pourra donc tenter ce mode de défense :
la disposition des troupes est semblable à celle dont nous avons déjà parlé, seulement on augmente le nombre des travailleurs. Les colonnes sortent deux heures avant le jour, lorsque l’assiégeant est fatigué ; elles tombent sur les travailleurs, les mettent en déroute et rasent tout ce qu'il y a de fait, rassemblant les gabions et y.mettant le feu a. moyen des tourteaux goudronnés dont on s’est muni. On se retire aussitôt que l’assiégeant revient en force, sous la protection de la cavalerie et des ouyrages, On retarde ainsi les travaux de l’assiégeant, mais assez peu, et au prix de sacrifices toujours lourds pour la garnison. Nous ne pouvons done faire un précepte des sorties dirigées contre l'établissement de la deuxième parallèle ; mais elles valent mieux que celles exécutées dans les moments du siége qui précèdent.
Peut-être vaudrait-il mieux encore si l’assiégeant marche méthodiquement et avee prudence se contenter de faire sortir un peu d’artillerie sur la droite et sur la gauche du travail, comme nous l’avons indiqué pour la première parallèle, en ne faisant attaquer les travailleurs que par de faibles détachements. Le résultat serait plus certain, puisque l'assiégeant s'éloigne de ses gardes, et on exposerait moins de monde.
Au jour on tire contre les parties de parallèle inachevées et contre les groupes; le feu de mousqueterie se continue quand l’occasion s’en présente,
Voyons maintenant les obstacles que l'assiégé oppose à la construction des batteries; ce que nous dirons sera applicable à celles que l'assiégeant construit dès la première parallèle, comme à celles placées seulement en avant de la seconde, sauf qu'il sera plus difficile d'entraver l’exécution des premières qui sont plus éloignées de la place. Pour fixer les idées, Supposons qu’ils’agisse des batteries mises en avant de la deuxième parallèle (Pz. XXVI). L’assiégé qui connaît à l'avance la position de ces batteries prépare son tir pendant le jour de manière à le diriger avec exactitude pendant
la nuit sur leurs emplacements où seront réunis un grand nombre de travailleurs à découvert; il les éclaire par des balles ardentes, et lance quelques bombes dans’ces directions. C’est la première fois qu’il se sert de ses mortiers, tir qu’il ne doit employer qu'avec réserve, car les bombes n'ont d'effet que sur :les rassemblements d'hommes un peu nombreux ou sur un matériel resserré dans un étroit espace, et ce genre de projectile consomme beaucoup de poudre; l’assiégé ne sen servira domc que contre les batteries. Le tir de. toute espèce: continue avec activité pendant le temps de la construction, mais surtout vers la fin de la deuxième nuit, alors que l’on suppose les pièces arrivéés.
Ce moment est favorable aussi pour entreprendre quelque sortie destinée à enclouer les pièces, briser leë affüts, renverser les épaulements, mettre le feu aux magasins, etc. Mais comme la deuxième parallèle est déjà achevée, que lo garde y est renfermée à proximité de la batterie attaquée, ce sera encore une opération hasardeuse et qui demandera de mûres réflexions ; seulement les résultats auront au moins quelque-importance en cas de réussite. ‘On suivra toutes les règles que nous avons déjà données au sujet des grandes sorties. - : |