‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · TR AU MATE · texte numérisé non relu

TR AU MATE

qui aurait occasioné le brisement d’une roche presque au moment de sa formation.

Le traumate-grès est toujours une production moins locale : ce sont des fragments d’anciennes roches, amenés par un agent mécanique : ils sont les indices comme le résultat d’une révolution dans la nature.

Cette origine exclut toute idée du passage des traumates au quartz grenu et à î’aphanite ou cornéenne, passage admis par quelques écrivains, et qui les a portés à confondre ces diverses substances. Dans le quartz grenu et oolidque , les grains ont été chimiquement formés dans les lieux memes où on les trouve , et nous venons de voir que ceux des traumates avaient été amenés par un agent mécanique. Dans les aphanites, ainsi que dans les cornéennes de quelques minéralogistes , il n’y a point de pareils grains. J’en dirai autant du phyllade intermédiaire , ou schiste-traumatique ; et son passage au traumate , si toutefois on peut dire qu’il en existe un , n’est que l’effet d’un simple mélange : lors de la formation du schiste, des grains ou fragments étrangers seront advenus, et ils auront été enveloppés par la substance schisteuse.

Le traumate est en général peu abondant dans les terrains intermédiaires , le pjus souvent il n’y forme que des couches assez minces , et qui son intercalées entre celles du schiste.

206 ^terrains intermédiaires.

Phyllade R 236. C’est ce dernier qui constitue la niasse

mtermediai- 0 x

re. principale des terrains traumatiques.

Une diffère en rien, ou presque en rien, sous les rapports minéralogiques , du phyllade que nous avons décrit dans le chapitre précédent. Werner observe , il est vrai , que celui des terrains intermediaires est en général d’un gris de fumée, qu’il a moins d’éclat, qu’il a un aspect plus terreux, que les paillettes de mica y sont isolées et dispersées , et qu'elles ne forment point de feuillets continus et luisants , qu’on n’y voit point de cristaux de feldspath , de tourmaline , etc. ; mais toutes ces différences ne sont que locales , car, d'ailleurs, dans les Alpes , les Pyrénées , les Ardennes , on voit des phyllades ou ardoises intermédiaires , se rapprocher par leurs caractères des plus beaux schistes talqueux , et y passer entièrement.

La variété de phyllade a feuillets très-épais , a cassure transversale , terne et terreuse , dont j’ai parlé ( § i85 ), se trouve abondamment dans les terrains intermédiaires : elle y a meme été prise souvent pour un traumate à grains très-fins.

Cette substance, que j’ai fortsouvent rencontrée dans la nature, et que j’ai toujours été embarrassé de rapporter à aucune des roches déjà dénommées , me paraît mériter un nom par ticulier ; j'ai fait connaître son essence : elle se rapproche du phyllade et paraît pétrie d’une même pâte, mais moins fine: on ne peut cependant pas la nommer phyllade compacte et grossier. Elle se rapproche beaucoup de la wacke décrite par M. Brongniart , dans son Traite' de minéralogie : mais comme

TRAUMÀTE. 207

je crois qu’il convient de ne point sortir ce nom des terrains volcaniques où il est particulièrement usité , je propose de nommer cette sorte de phyllade térénite , à cause de son peu de dureté.

§ 237. Le phyllade intermédiaire présentera encore les mêmes couches que nous avons remarquées dans le phyllade primitif ; nous aurons encore ici :

i° Des couches ou masses de talc. Je viens d’indiquer des montagnes qui en présentent assez souvent ; et je me bornerai ici à dire que les phyllades de Glaris , en Suisse, célèbres par leurs empreintes de poissons, sont accompagnés de roches talqueuses ;

20 Des couches de schiste-colicule , ou pierre à rasoir ;

3° Des couches de serpentine ;

4° Des couches de quartz . Ce minéral est aussi commun dans les phyllades intermédiaires , qu'il l’est dans ceux des terrains primitifs; il s’y trouve sous toutes les formes possibles , en veines , en filons , en rognons , en couches, etc.

5° Il y est encore sous forme de lydienne. Nous avons fait connaître la nature et le mode de formation de cette ^substance , page io3 : et je me bornerai à dire qu elle est plus abondante encore dans les terrains intermédiaires ; elle leur appartient même exclusivement, d’après quelques géognostcs. Encore ici on en trouve une multitude de

Couches

hétérogènes.

galets dans les ruisseaux ou dans les brèches, et on la voit assez rarement en place. M. de Charpentier Fa observée , dans son gissement primordial , en deux endroits différents des Pyrénées : dans l’un , elle se présente comme une grande masse faisant partie d’une couche très-puissante qui s’enfonce sous le phyllade ; elle se divise en strates de quelques pouces d’épaisseur , et est traversée par des filets de quartz blanc : dans l’autre, elle forme une couche de huit pieds d’épaisseur.

Si la présence du carbone dans les lydiennes semble les lier aux phyllades intermédiaires , son abondance dans les couches et masses suivantes les y unira indissolublement ; ces couches charbonneuses seront :

6° L’ ampelile alumineux ( alaunschiefer ). Cette substance n’est qu’un phyllade imprégné de carbone et de soufre. Ce dernier principe s’y trouve , ou dans un état particulier de combinaison avec le premier, comme le pense Klaproth, ou à Fétat de sulfure de fer, comme semblerait le dénoter la multitude de grains et de points pyriteux qu’on y remarque. Il est peu de terrains de phyllade qui ne présentent de ces couches alumineuses : j en ai vu àHuelgoat, enBretagne. Lorsqu’elles sont exposées à l’air, elles s’effleurissent , le soufre passe à l’état d’acide sulfurique , lequel se porte sur l’alumine, et forme un sulfate d’alumine : Faction du feu , opérée par un grillage , contribue beau-

TRATJMATE.

coup à accélérer et à produire une pareille combinaison. Le phyllade intermédiaire de la Suède méridionale etde laNorwége, contient une grande quanlité de ces couches : elles y sont assez riches pour èlre l'objet d'exploitations importantes.

70 Si, dans le phyllade carburé , les feuillets sont assez serrés pour que la pierre ait un peu de consistance, et qu’en meme tems , elle soit tendre, elle pourra être taillée en forme de crayons pour dessiner. C'est Yampelite graphique ( zeichenschie/er).

8° Le carbone s’accumule quelquefois dans des portions du terrain de phyllade, de manière à y former des masses d’anthracite. J’en ai observé une dans les phyllades intermédiaires du petit Saint-Bernard , près le village de la Thuile ; elle a une trentaine de mètres de long et deux ou trois mètres d’épaisseur ; elle brûle difficilement , et n’est employée qu’à cuire de la chaux. 11 y en a plusieurs semblables dans cette contrée ; elles s’étendent sur le revers des montagnes qui regardent la Savoie; et M. Brochant les a décrites dans son Mémoire sur la Tarentaise : le schiste qui les entoure présente des empreintes végétales de roseaux ou plantes analogues. C’est encore au phyllade intermédiaire que nous rapporterons les couches d'anthracite que M. Héricart de Thury a observées, à de très-grandes hauteurs, dans les Alpes du Dauphiné, et qui y sont dans un terrain

de schiste et de grès ( traumate) à empreintes végétales, lequel repose immédiatement sur le sol primitif : un échantillon de ces anthracites , soumis à l’analyse chimique , a donné 97 pour cent de carbone ; le reste n’étant qu’un résidu terreux et ferrugineux , on peut en conclure que l’anthracite est un carbone pur (1). A Lischwitz , près de Géra, en Saxe, dans une montagne de phyllade , et entre deux bancs de traumate contenant des empreintes végétales et même des débris de corps marins, on aune couche d’anthracite, souvent citée par les auteurs allemands ; elle a environ un mètre d’épaisseur, et est mêlée de quartz : elle brûle difficilement, sans flamme, sans fumée et sans odeur.

Presque par-tout tes masses d’anthracite sont accompagnées d’empreintes de végétaux : la multitude de ces empreintes dans les terrains houillers , jointe à d’autres considérations , porte la plupart des naturalistes à regarder les houilles comme un produit de l’altération et de la décomposition des substances végétales , ainsi que nous le verrons dans la suite. Par une raison analogue , les anthracites des phyllades seraient d’origine végétale; le carbone, ou matière anthraciteuse qui colore ces roches en noir, aurait aussi une pareille origine; donc tous les phyllades noirs seraient postérieurs à l’existence des êtres organisés , donc ils appartiendraient tous aux terrains intermédiaires ; et la couleur seule, ou plutôt la nature de principe colorant , serait ici un indice de la classe : au reste , quelque exactes que me paraissent ces conséquences , je dois cependant

(i) Journal des Minet, tom. XIV.

TRAUMÀTE.

remarquer qu’il n’est pas complètement prouvé que tout carbone dans le règne minéral soit d’origine végétale; que le carburç de fer se trouve quelquefois erji paillettes ou cristaux , au milieu des plus anciens granités , et que ce carbure est souvent le principe colorant des ardoises ou phyllades noirâtres.

Parmi les minéraux qui se trouvent en couches dans les phyllades intermédiaires, je dois encore signaler les suivants :

90 Le feldspath compacte. Dans un terrain de phyllade incontestablement intermédiaire , près de Poullaouen, en Bretagne, j’ai vu une couche de feldspath compacte, blanc, mat, opaque, d’une cassure cireuse et d’un aspect gras , contenant de petits cristaux de quartz, et quelques paillettes de mica-argentin : elle a quelques mètres d’épaisseur et s’étend à trois mille mètres environ de distance. C’est au milieu des ardoises entremêlées de grès et de poudingues (ceux de Trient et de Valorsine) , et par suite dans un phyllade vraisemblablement intermédiaire, que Saussure a remarqué, kP/sseçache , entre Saint-Maurice et Martigni, plusieurs couches de feldspath compacte, feuilleté, dur , verdâtre, translucide aux bords, fondant en verre blanc, et contenant quelques cristaux de feldspath et des lames de mica : après avoir complètement déterminé la nature de cette roche, il l’a nommée péirosilex primitif ou palazopètre (i). M. de Char-

(i) §§ 1057 et 1194» Saussure était encore un excellent minéralogiste : l’oryctognosie lui doit la découverte et la détermination,

pentier a remarqué plusieurs de ces couches dans les phyllades des Pyrénées: quelques-unes lui ont paru passer au schiste-coticule (pierre à rasoir) : d’autres, renfermées dans le traumate meme, contenaient des filets d’asbeste : quelquefois on y voit des cristaux de feldspath , de quartz et de mica ; ils paraissent contenir les éléments du granité , et n’ètre ainsi que de vrais eurites. Un bloc de ces feldspaths compactes , trouvé dans un ruisseau , et absolument semblable à celui de Pissevache , mais entremêlé de calcaire, a présenté un fait digne de remarque : il contenait des fragments d'entroques à l’état de spath calcaire , tant dans la partie feldspathique que dans la partie calcaire.

io° La diabase et les amphibolites ( grünsteiri). Les couches ou masses de ces roches sont fort communes dans les phyllades. Je me borne à citer celles que j’ai vues en Bretagne ; leur épaisseur est très-variable ; quelquefois elle n’est que de quelques pouces , ailleurs elle atteint plusieurs mètres ; ces couches sont si nombreuses el à si peu de distance dans quelques localités , que le sol en paraît presque entièrement formé. Rarement l’amphibole et le feldspath y sont-ils distincts ; presque toujours ils sont mêlés , ou du moins le

exacte d’un grand nombre de minéraux , du jade, de la diallage , du didthène, du sphène , etc.

TRAUMÀTE.

feldspath imprégné d’amphibole ou de son principe colorant ne peut se distinguer. Les amphibolites intermédiaires abondent encore dans les Pyrénées, elles y ont été depuis long-tems l’objet des observations de M. Palassou , qui en avait désigné la substance sous le nom d ophite.

§ 238. Les phyllades intermédiaires renferment assez souvent des empreintes végétales , notam- ganiques. ment aux environs des masses anthraciteuses : ces empreintes se rapportent à des plantes monocotylédones, et ressemblent d’ordinaire à d’énormes roseaux : au Hartz , on y a trouvé , dit-on , des troncs , des feuilles , et même des fruits d’une sorte de palmier qu’on regarde comme différent de celui qui se rencontre dans les houillères.

Les vestiges d'animaux sont rares dans les phyllades , et plus rares encore dans les traumates intercalés : ce sont, d’après M. Schlottheim , des madrépores , des irilobites , notamment la trilobites paradoxus , des ammonites d’une espèce particulière , et des hystérolites que ce savant regarde comme caractéristiques pour cette formation , et qui lui semblent être des noyaux de térébratules ( terebratules vakarius et paradoxus). On y voit aussi quelques coquilles de turbinites , de camites striée. M. Brongniart a remarqué une trilobite particulière et très-bien caractérisée dans les ardoises d’Angers ; il la désigne sous le nom d'ogygie de Guettard.

Mais ce que les phyllades présentent de plus

Métaux

contenus.

2l4 TERRAINS INTERMÉDIAIRES,

remarquable , sous le rapport des indices d’êtres organiques , sont les empreintes de poisson que l’on a remarquées dans le phyllade du Plattenberg , à deux lieues au sud-est de Glaris en Suisse: elles consistent en des squelettes plus ou moins complets , et placés dans le sens des feuillets de la pierre. M. de Blainville qui s’est occupé de leur détermination , en a reconnu huit espèces , toutes marines , et dont une se rapporte au genre hareng (i) : elles sont accompagnées , dans cette localité, de vestiges de tortues ; fait bien extraordinaire dans une roche intermédiaire ; à la vérité , elle est à l’extrémité des formations de cette époque : M. de Buch l’a regardée pendant long - tems comme appartenant aux terrains secondaires ; M. Ebel la considère comme telle , et M. Escher la met dans le calcaire des hautes montagnes qu’il place entre les terrains intermédiaires et les terrains secondaires. M. Ebel fait encore mention de serpents trouvés dans le Plattenberg ; il s’agit vraisemblablement des prétendues anguilles de Glaris , que M. de Blainville a montré n’être que des poissons (2).

§ 23g. Les phyllades intermédiaires sont trèsriches en métaux. C’est au milieu d’eux, et notam-

(1) Dictionnaire d'histoire naturelle , art. poissons fossiles.

(a) Etranger à la zoologie, c’est sur la foi des auteurs et avec les noms qu’ils ont employés que je citerai les fossiles dans cet ouvrage: je n’entrerai dans aucun détail de nomenclature.

TRÀLMATE.

ment d’un traumate schisteux à très-petits grains, que sont les célèbres mines du Hartz, qui livrent annuellement soixante mille quintaux de plomb , et une quantité considérable d’argent. Une grande partie des mines de la Hesse , du pays de Nassau , des Ardennes , etc. , sont dans un terrain semblable. Il en est de meme , dit-on , des mines d’or de Yorespotack en Transilvanie. C’est encore dans un pareil terrain que sont les mines de plomb argentifère de la Bretagne , notamment celles de Poullaouen et d’Huelgoat.

Je m’arrête un instant sur ce dernier gissement. J’ai décrit, il y a plus de dix ans , la contrée où sont ces mines (i) ; elle est composée de phyllade , de quelques bancs de traumate , de plusieurs couches de grünstein et de quarlz. J’étais loin de la regarder comme étant de formation secondaire : j’avais bien signalé quelques analogies avec les ardoises à empreintes végétales d’Angers ; j’avais bien vu une couche de grès à gros grains, ou.un poudingue composé de petits galets de quartz bien arrondis , agglutinés par un ciment siliceux ; et j’avais engagé les géognostes à porter leur attention sur un fait si extraordinaire, que je n’avais pas eu le tems de constater dans tous ses détails: mais, d’un autre côté, ce terrain me paraissait tellement se lier avec le schiste-micacé et le granité qui constituent les montagnes voisines , que je n’élevai aucun doute sur l’époque de sa formation. Depuis on a revu des bancs de tranmate évidemment intercalés dans le phyllade , et dans ce traumate on a trouvé des térébratules , et cela même dans un des puits de la mine d’Huelgoat. Le filon qu’on y exploite traverse seulement

(i) Journal des Mines , tom. XX.

Étendue.

2l6 TERRAINS INTERMÉDIAIRES.

le terrain traumatique , et il s’arrête au granité ; ainsi , il est très-possible que les deux terrains constituent des formations distinctes , quoique quelques circonstances puissent porter à croire qu’ils passent l’un à l’autre.

Plusieurs des riches filons du Mexique , et en particulier le plus riche des filons connus, la veta madré , à Guanaxuato, est en partie dans un phvllade regardé d’abord comme primi tif par M. de Humboldt, mais qu’il place aujourd’hui dans les formations intermédiaires : c’est encore dans un phyllade que se trouvent les fameuses mines du Potosi. Les traumates qui sont au milieu de cette roche sont également métallifères en Amérique ; ce sont eux qui renferment la plupart des filons de Zacatecas , l’un des districts du Mexique les plus productifs.

§ 240. Le terrain de phyllade intermédiaire est très-étendu , peut-être même comprend-il tous les phyllades noirs , toutes les ardoises : il y a très-long-tems que j’étais dans cette opinion, et ce fut leur présence au milieu des amphibolites , des quartz et feldspaths de la Bretagne , qui ébranla ma croyance (1); mais ce que nous venons de rapporter est bien propre a la raffermir. Cependant je 11’oserais étendre cette conséquence jusqu'il quelques petites masses de schiste ardoisé , qu’on voit au milieu de terrains bien cristallins , et qui

(1) Description de la mine de Poullaouen , pag. 365.

TRÀUMATE.

pourraient être colorés par du carbure de fer.

Il serait superflu de faire rénumération des lieux où se trouve le phyllade ; il est , en quelque sorte, partie constituante essentielle de tous les terrains intermédiaires , et je me borne aux localités les mieux connues.

En Flandre et dans les Ardennes , le phyllade fait partie d’une large bande de terrain intermédiaire qui borde la France au nord, s’étend jusqu'au Rhin vers Coblentz , et se continue au-delà de ce fleuve jusqu’au Hartz : il y alterne avec des traumates et des calcaires noirâtres. A l’ouest du royaume , en Bretagne et dans les provinces adjacentes , il constitue une portion considérable d’un sol autrefois regardé comme primitif, et il se joint avec les ardoisières d’Angers. Au midi , dans les Pyrénées , il se trouve en couches alternant avec du calcaire , du quartz et des amphibo- 11 tes ; il forme deux bandes qui bordent , au nord et au sud , le terrain primitif, en suivant la direction de la chaîne , et qui sont, en surface , d’après M. de Charpentier , les deux tiers des Pyrénées.

Dans les Alpes , les terrains intermédiaires ont une disposition analogue : sur la bande septentrionale , le phyllade , alternant avec un calcaire noir , des traumates et des lydiennes , forme une lisière d’environ six à dix lieues de large , qui règne tout le long de la chaîne , et

2î8 terrains intermédiaires.

qui repose immédiatement sur le sol primitif (i).

. Nous avons déjà vu qu’en Allemagne le phyllade occupe des espaces très-considérables ; toute la région comprise entre le Hartz et le Rhin en est principalement composée ; il se retrouve encore dans la Thuringe , en Franconie , etc.

En Angleterre, il paraît former une bande dirigée du nord au sud , qui gît sur les terrains primitifs de la partie occidentale de cette île , et qui d'ailleurs éprouve de fréquentes et fortes interruptions. Au reste, il est possible qu’on ait classé parmi les schistes-traumatesdesphyllades qui appartiennent aux terrains primitifs; et je partage pleinement l’opinion de M. Conybeare, qui pense qu’on a trop abusé du nom de granwackenschie jer , et que souvent on n’a pas assez motivé les raisons qui ont porté à le donner à certaines roches : comme lui , je ne vois pas trop pourquoi on placerait parmi les traumates les phyllades de Cornouailles, appelés killas dans le pays, qui reposent immédiatement sur le granité, qui contiennent, comme lui, de l’étain et d’autres métaux*-' qui alternent peut-être meme avec lui, et qui sont traversés par des fdons de cette roche: ces filons sont d’un granité à très-petits grains, passant au porphyre , et appelé ehan dans cette province (2).

(1) Ebel. CJeberden Bau der Erde in den Alpen-Gebirge. (a) Trans. of 'the geol. soc. , tora. IV.

CALCAIRE INTERMÉDIAIRE. 2ïQ

C’est encore sous forme d’une lisière de trois cents lieues de long sur une largeur qui ne dépasse guère quinzelieues, que les terrains intermédiaires des Etats - Unis d’Amérique sont placés entre le sol primitif des Alleghanys et le calcaire secondaire des vastes plaines du Mississipi. Ces terrains consistent principalement en phyllade , en calcaire de diverses couleurs , en traumate , en poudingues , dont quelques-uns présentent , d’après M. Maclure , un ciment euritique contenant des cristaux de feldspath (i).

ARTICLE SECOND

Ucbergang S kalkstein des Allemands.

Transition- Limestone des Anglais.

§ 241. Le calcaire intermédiaire se distingue essentiellement des autres calcaires par son gissement ; car il peut d’ailleurs présenter les mêmes caractères minéralogiques. Cependant on peut dire qu en général son grain quoique cristallin est fort petit, et qu’il est même rare d’en trouver, sur une grande étendue, qui soit d’une texture décidément grenue. Le plus souvent sa cassure est écailleuse et se rapproche du compacte , et souvent même elle l’est entièrement. Il est habituellement translucide sur les bords , à moins qu’il ne

Caractères#

(1) Observations on ihe géologie of the United- State s.

soit mêlé d’une trop grande quantité de matières

étrangères.

Sa couleur éprouve de grandes variations ; très-souvent elle est noirâlre ; en général , lorsque le calcaire est entremêlé de schiste , ce qui a fréquemment lieu dans les terrains intermédiaires, ses teintes dépendent de celles du schiste ; et selon que celles-ci sont grises, rouges , jaunes, vertes ou noires, on a des masses ou marbres gris, rouges , jaunes , verts ou noirs ; ils sont en outre traversés par un grand nombre de veines blanches , ou petits fdons de spath calcaire , formés avant que la masse fût entièrement consolidée, et de la partie la plus pure de sa substance , ainsi que nous l’avons dit ailleurs. La plupart des marbres que l’on emploie en architecture viennent des terrains intermédiaires : le calcaire primitif étant d’un plus beau grain et incolore est le marbre des statuaires ; quant au calcaire secondaire, soit mélange de matières étrangères , soit défaut de cristallinité dans le grain , il ne prend pas un poli convenable , et ne peut ainsi servir comme marbre.

Nous avons vu ( § 188 ) que, dans les mélanges de schiste et de calcaire, chacune des deux substances se formait isolément , et que le calcaire se présentait comme masses aplaties, ovoïdes ou lenticulaires , disposées sur des plans à-peu-près parallèles , séparées et enveloppées par la masse

schisteuse. Les carrières du beau marbre de Campan, dans les Pyrénées, m’ont présenté de la manière la plus distincte ce fait, que j’avais eu occasion de voir dans celles de Wildenfels , en Saxe. Dans la vallée de Campan , le marbre est tantôt vert , tantôt rouge , et le schiste-phyllade ou talqueux qui l’accompagne est habituellement de meme couleur; ils ont le même principe colorant. Au reste , le tout forme une masse assez confusément feuilletée et stratifiée : elle contient beaucoup de pyrites ; et M. de Charpentier y a trouvé des fragments d’entroques.

§ 242. Parmi les minéraux que contient le calcaire intermédiaire, nous distinguerons :

i° Le quartz hyalin. Il s’y trouve très-fréquemment en grains, en cristaux et en veines.

20 La lydienne. M. Omalius l’a vue en grande quantité dans les calcaires bituminifères du nord de la France ; elle y est le plus souvent en masses arrondies et disposées comme les silex dans la craie ; d’autres fois elle forme de petites plaques ou tables ; enfin , quoique rarement, elle constitue de vraies couches, dans lesquelles elle est très-schisteuse; elle n’est alors qu’un phyllade fortement imprégné de silice. J’ai observé dans les filons quartzeux de Poullaouen , des fragments de phyllade qui , s’étant imbibés de silice lors de la formation des filons, ont pris l’aspect et tous les caractères des lydiennes ordinaires. Quant aux rognons,

Minéraux

contenus.

Vestiges

organiques.

ce sont des concrétions de matière siliceuse , pareilles à celles qui ont formé les tubercules de silex ; mais ici les particules siliceuses, en se pelotonnant , auront entraîné une portion de principe colorant, et la masse sera noire. Ces divers faits se reproduisent dans un grand nombre de calcaires intermédiaires : les Pyrénées, les Alpes, les Alleghanys , etc. , en offrent des exemples.

3° Le mica , et plus souvent encore le talc , passant quelquefois à la stéatite.

On trouve fréquemment encore dans les calcaires de cette classe des pyrites et du fer hydraté. Dans ceux qui sont noirs et colorés par une matière charbonneuse , cette matière s’y accumule au point d y former des masses anthraciteuses , qui se rapprochent meme quelquefois de la houille : les calcaires du nord de la France en offrent des exemples.

§ 243. Les débris d’animaux sont assez rares dans les premiers calcaires intermédiaires , ou du moins de grandes étendues de cette roche n’en renferment point ou presque point , tandis qu’ils s’accumulent dans quelques localités.

Dans les plus anciens calcaires de la Flandre , ceux qui avoisinent les terrains primitifs, M. Q rnalius a trouvé une grande quantité de zoophy tes, et très-peu de mollusques : ce fait, qui se représente en plusieurs autres lieux , avait déjà été remarqué. Les zoophy tes, madrépores et millépores sont

quelquefois en si grande abondance dans quelques calcaires intermédiaires, que M. de Schlottheim serait tenté de les regarder comme étant l'ouvrage de ces animaux , ainsi que le sont incontestablement plusieurs calcaires de la mer du Sud (§ 37 ). Les orthocératites , qui se rapprochent de cet ordre d’animaux , s’y trouvent encore en assez grande quantité : on y voit aussi des entroques ou fragments d’encrinites : les coquilles qu’on y a trouvées le plus souvent , sont des térébratules , des turbinites, quelques ammoniteset bélemnites; mais celles qui paraissent caractéristiques pour le calcaire intermédiaire, sont les trilobites, et principalement, d’après M. Brongniart, les callmènes et les paradoxites de Linné.

§ 244* Nous allons faire connaître quelques localités où le calcaire intermédiaire a été principalement observé.

Au Hartz, en un grand nombre de points, notamment du côté de Blankenburg , il fournit un beau marbre pareil à celui que les Italiens nomment rosso corallino.

En Saxe , il se trouve dans les environs de Kalkgrün et de Wildenfels, d’ou ils’étend jusque dans le pays de Bareuth : il y forme divers marbres, dont un est noir et approche beaucoup de celui qui est connu en Italie sous le nom de nerod'Egitto ; il est plein de fragments d’enlroques. Werner observe à ce dernier sujet, que ce fossile se voit particu-

Localitcs*

lièrement dans les marbres de cette couleur , tandis que les coraux sont plus communs dans les marbres rouges.

Dans le midi de la France , aux Pyrénées , le calcaire est très-abondant : il forme la portion principale des terrains intermédiaires de ces montagnes. Dans le nord , il fait partie de la grande bande intermédiaire qui s’étend depuis la Flandre jusqu’au Hartz : il y alterne , à diverses reprises , avec les ardoises ; c’est lui qui fournit à Paris les marbres noirs (de Namur et de Dinant) , et ce marbre noirâtre , parsemé d’une multitude de taches blanches, qui est si répandu dans toute la France , et que les artistes nomment marbre granité , ou petit granité ; il vient des Ecaussines , à quatre lieues au nord de Mons : les taches blanches sont des fragments de coquilles , et sur-tout d’encrines convertis en spath calcaire. Ce terrain intermédiaire sert de base au terrain houiller de la Flandre.

Les Alpes sont bordées au nord par une énorme bande calcaire, qui s’étend depuis la France jusqu’en Hongrie, qui a de huit à quinze lieues de large, et qui constitue des montagnes dont la hauteur est de quatre mille mètres. Les ge'ognostes , MM. Escher et Ebel en particulier , la soudivisent en des bandes partielles , et ils regardent comme appartenant aux terrains intermédiaires celles qui confinent immédiatement au terrain primitif,

qui alternent avec le pbyllade , et qui consistent en un calcaire noir , mélangé d’alumine et de silice , d’une cassure grenue et souvent écailleuse , contenant quelques pétrifications , et principalement des trochites et des encrines. M. Escher désigne une partie de cette bande sous le nom de Hochgebirgskalkstein (calcaire des hautes montagnes) , et il y voit comme un terme moyen entre le vrai calcaire intermédiaire , et le vrai calcaire alpin.

11 y a en Angleterre, principalement dans le Derbyshire et le Northumberland, un terrain composé de calcaire , de grès , d’argile schisteuse et de houille , qui renferme , sur-tout dans la partie calcaire , un grand nombre de filons de plomb et d’autres substances métalliques , et qui sert de support au terrain houiller de Newcastle. Quelques auteurs, tels que M. Thomson, le regardent comme membre de la grande formation houillère (i); d’autres, tels que M. Winch , à qui l’on doit une description très - circonstanciée de la partie qui est dans le Northumberland (2), le désignent sous le nom de teirain plombifire , ou de calcaire montagneux ( mountain - limestone ). Il a de grands rapports de gissement, et meme de composition, avec le calcaire bituminifère du nord de laFrance :

(1) Thomson, Annals of phïlosophy, lom. IV.

(2) Winch, Transactions of the geological societjr, tom. IV»

W ferner en place une partie, celle qui contient les mines du Derbyshire , dans les terrains intermédiaires. La roche caractéristique, dit M. Winch , est ici le calcaire : il y est en couches , qui vont jusqu’à dix et douze mètres d’épaisseur ; la pierre en est d’un brun noirâtre ou bleu foncé ; elle est dure , et forme un assez beau marbre avec des encrines : on y trouve encore des madrépores ( junci lapidei ), des millépores , des pectinites et de grandes huîtres. Il est à remarquer que les filons qui traversent ce terrain sont plus larges et plus riches dans le calcaire que dans les grès et autres couches adjacentes.

ARTICLE TROISIÈME

Le fait le plus intéressant qui ait été porté à notre connaissance , depuis bien des années, celui qui apporte les plus grandes modifications dans les conséquences que nous avions tirées , et dû tirer des faits connus jusqu’alors, est l’existence d’un granité, ou roche granitique, superposé à du calcaire coquillier. Nous n’avons qu’un seul exemple direct de cette superposition, et il convient de le faire connaître avec quelques détails ; nous le ferons en suivant les descriptions qu’en ont données les deux savants géognostes, MM. deBuch et Hausmann(i), qui l’ont observé à-peu-près à

(i) Reise durch Norwegen und Lappland , von Léopold von

la meme époque, en 1806 et 1807 , aux environs de Christiania, en Norwége.

§ 24a. Le sol de la contrée y est formé par le Granité et gneis, que nous avons vu être la roche dominante cimsUania. dans le nord, et par un granité qui paraît en être indépendant. Au-dessus se trouve un terrain de phyllade entremêlé de calcaire. Le phyllade est noirâtre, chargé de carbone ; il renferme des couchesalumineusesetquelquesrognons d’anthracite : ailleurs, et principalement dans ses parties supérieures, il contient beaucoup de silice, et passe au schiste-siliceux ou lydien : on y a trouvé quelques empreintes végétales qui paraissent appartenir au lycopodium. Le calcaire est noir , compacte ; il contient des orthocératites qui ont plusieurs pieds de long, ainsi que des pectinites, des camites, des trilobites, etc. ; et il forme des couches qui ont rarement plus dun pied d’épaisseur. La stratification de ce terrain est très-tourmentée, les couches sont tantôt horizontales, tantôt verticales.

Pie marquons encore, comme une particularité de ce terrain, que, dans un point, il présente un beau calcaire blanc, grenu, renfermant de la trémolite, de l épidole, des grenats, du zinc sulfuré, etc. Sur le schiste, on trouve , en quelques endroits , une couche de grès ou traumate souvent fort épaisse ,

Euch , 1810 : on en a une traduction française sous le titre de V oyage en Norwége et en Laponie.

Jxeise durch Scandinavien, von J. Hausmann.

et dont la partie supérieure présente des galets de la grosseur d’un œuf de pigeon.

Ce terrain , qui ne s’élève qu’à quelques centaines de mètres au-dessus de la mer , est recouvert par une énorme assise d'un porphyre qui atteint jusqu’à cinq ou six cenLs mètres de hauteur. Sa masse est d’un gris de fumée foncé , quelquefois rougeâtre , compacte , semi-dure , écailleuse; elle contient des cristaux de feldspath blanc , de quartz , d’épidote , d’amphibole , de pyrite , de fer magnétique, et quelques veinules de sulfure de plomb et de zinc. En plusieurs endroits , la superposition est évidente , on pourrait , dit M. de Buch , couvrir le joint avec deux doigts. Le porphyre se retrouve près de Christiania, sur les bords de la mer, dans le terrain schisto - calcaire, en gros filons qui ont jusqu’à trente mètres d’épaisseur : leur masse est la meme que celle des hauteurs ; il paraît cependant que le grain en est plus développé , et qu’elle approche du grünstein ( diabase) : l’amphibole et le feldspath y sont quelquefois très-distincts ; et l’on a une siénite à petits grains , contenant de gros cristaux de feldspath.

Dans quelques endroits , notamment dans sa partie inférieure , la masse porphyrique devient bulleuse , et forme une amygdaloïde ; la pâte en est aphanitique, et les nœuds qui remplissent les cavités sont de spath calcaire : la roche est quelquefois plus compacte et prend l’aspect d’un basalte ;

elle contient, dit M. Hausmann, des cristaux d’augite , noirs , verdâtres , de la forme la plus distincte ; et à leur aspect tout doute sur la nature basaltique de la roche se dissipe. Ce savant l a vue reposer sur le grès ; mais, comme elle n’ est pas recouverte, il n’ose prononcer sur son âge relatif; elle lui paraît faire partie de l’assise porphyrique et passer au porphyre par des nuances insensibles : elle est à ses yeux un vrai basalte intermédiaire, qu’il croit d’ailleurs d’origine neptunienne. — Dans la même contrée , mais sur un autre point, à Holmestrand , au bord de la mer , M. de Buch a vu, de la manière la plus évidente , le porphyre superposé au grès et passer , par les nuances les plus insensibles, à un basalte très -noir, à grains fins , contenant des cristaux d’augite brillants , d’un noir verdâtre , et que leurs sommets bien distincts ne permettaient pas de confondre avec l’amphibole. Quelquefois ce basalte devient bulleux , et prend même un aspect rouge et scorifié au contact du porphyre. D’autres fois il passe à une wacke d’un rouge brun , a texture amygdaloïde , renfermant encore de trèsbeaux cristaux d’augite , contenant de plus de petites boules de spath calcaire , de stéatite , et des druses de quartz : et, ce qui est encore bien extraordinaire , ces basaltes poreux reposent sur des poudingues ( conglomérat ). Suis-je en Italie ou en Auvergne ? s'est écrié M. de Buch a une pa-

reille vue. Un peu plus loin il trouvait ces masses problématiques recouvertes par un porphyre euritique , rempli de grands cristaux de quartz.

Ce porphyre passe, principalement dans sa partie supérieure , à un granité siénilique qui est d’une rare beauté dans quelques endroits : le feldspath y est tantôt rouge , tantôt blanc , à grandes lames brillantes comme l’adulaire ou la pierre de Labrador ; l’amphibole est d’un beau noir à lamelles très-éclatantes ; le quartz est en grains ordinaires : presque toujours la roche renferme des zircons habituellement bruns, en cristaux prismatiques , et qui se trouvent principalement dans les petites druses qu’elle présente ; de là le nom de siénite - zirconienne qui lui a été donné. On y trouve encore du spath-calcaire que l’on prendrait pour du feldspath , mais que son peu de dureté fait bientôt reconnaître, des paillettes de mica, de la cornaline en gouttelettes dans les druses , de i’épidote, de lawernérite, de l’émeraude, etc., elle forme des rochers fendillés et d’un aspect hérissé : M. Hausmann, se trouvant au milieu d’eux, près de Laurvig, par un beau soleil, était comme ébloui des reflets de toutes les grandes lames de cette belle pierre ; le règne minéral ne lui avait encore présenté rien (Je plus beau. Cette roche contient des lits de porphyre, et alterne avec eux , et cela de manière qu’on peut en détacher des échantillons qui sont porphyre d’un côté et siénite de

l’aulre : en examinant la première de ces roches à une forte lumière, dit M. de Buch, ony voitune multitude de petits cristaux de feldspath avec peu d’amphibole : et dans le fait , ajoute-t-il, ce porphyre n’est autre chose qu’une siénite à grains d’une extrême petitesse (1).

Enfin la siênite-zirconienne passe à son tour à un granité ordinaire.

En résumé , nous avons ici , sur la formation générale du gneis primitif, i° une formation de phyllade intermédiaire, contenant des couches de calcaire coquillier et de lydienne : le grès qui la recouvre en est peut-être dépendant. 2° Une formation de porphyre tantôt euritique , tantôt aphanitique ( et peut-être doléritique ) , passant, d’une part, à la plus belle des roches granitiques, et même à un vrai granité ; et , de l’autre , à un basalte des mieux caractérisés , et à une wacke poreuse. Cette dernière formation est évidemment superposée au grès ; elle l’est aussi au terrain coquillier, les localités l’indiquent 5 et les énormes filons qu’elle pousse comme des racines dans ce terrain , ne laissent aucun doute à cet égard.

Voilà des faits qui confondent tous les résultats de nos observations antérieures , et qui mêlent tout ce qu’avec beaucoup de peines et de travaux nous pensions être venus à bout de distinguer ; qui nous montrent le granité , la roche antique par

(1) Voyage en Norvège, tom. I, pag. i3$ de i’éd. allemande.

Autres granités intermédiaires.

iz32 TERRAINS INTERMEDIAIRES.

excellence , postérieure à l’existence des êtres organisés , formée après un grès , et recouvrant des masses d’apparence volcanique ; qui nous montrent un basalte rempli de cristaux d’augite tenant à un porphyre plein de cristaux de quartz; et l’augite nous paraissait caractéristique pour les produits volcaniques , et le quartz pour les produits neptuniens. Mais, je l’ai dit , ces faits ont été observés à deux reprises différentes , par deux de nos plus habiles géognostes qui les ont décrits avec détail , et il me semble que le scepticisme le plus complet ne saurait élever de doute sur leur existence.

§ 246. Peu après qu’ils furent connus, M. Brongniart eut occasion d’observer les terrains des environs de Cherbourg : il y vit des phyllades contenant des impressions végétales, et alternant avec un calcaire noirâtre et de formation intermédiaire : un peu plus loin , il vit des phyllades, des quartz grenus , des aphanites , des eurites , des diabases , des siénites et des granités alterner ensemble : il regarda ces roches granitiques comme de formation postérieure au phyllade , et il les rapporta au granité siénitique de Meissen et de Dohna, en Saxe (§ i55). Bientôt après, M. Omalius observa ce meme terrain , et il le suivit jusqu’aux environs de Morlaix , en Bretagne : il y remarqua encore une alternative de couches de schiste-phyllade , de quartz grenu, d’eurite etde siénite ; auprès de Morlaix, on avait trouvé un fragment d’entroque dans 1 n de ces schistes. De ces faits , on peut conclure la superposition des roches granitiques à des phyllades; et, si ceux-ci sont identiques avec les phyl-

lades qui, dans la meme contrée, contiennent des débris d’êtres organiques , et alternent avec un calcaire renfermant des zoophyles et destérébratules , on aura encore ici des granités intermédiaires. Au reste , je dois dire que l’identité n’est pas entièrement prouvée , et meme que M. Bron^ gniart a indiqué des différences entre les deux sortes de phyllades.

Nous avons déjà fait connaître ( § 1 55 ) le granité de la Saxe , qui est superposé au phyllade. M. de Raumer , après avoir très-bien constaté sa superposition, et mis hors de doute son identité de formation avec le porphyre de la meme contrée , a indiqué ses rapports avec les granités du Hartz , de la Thuringe , etc. : ils lui ont semblé appartenir tous à une même formation , et à une formation intermédiaire.

§ 247. Je l’ai déjà dit , une brèche de phyllade, dans le terrain phylladique de la Saxe , comme de toute autre contrée, n est pas à mes yeux une preuve que ce terrain et ceux qui le recouvrent sont de formation intermédiaire. M. Weaver, élève de l'école de Freyberg , a émis la même opinion , dans la description qu’il vient de donner de la partie orientale de 1 Irlande. Au milieu d’un terrain de phyllade, dans lequel on a un grand nombre de couches de quartz, de granité, de diabaseï de porphyre et d’une aphanite ( grünstein ) approchant du basalte, il a trouvé des brèches consistant en fragments souvent très-gros de phyllade, en grains anguleux et même arrondis de quartz , en paillettes de mica , en parcelles de feldspath , etc. , contenus dans un phyllade , lequel, dans le même

Observations relatives à l’identité d’époque.

234 terrains intermédiaires.

lieu , comprenait des bancs de granité. Mais n’y ayant vu aucun vestige ni indice d’êtres organiques, il n’a pu , dit-il , souscrire à la dénomination de terrain de transition que quelques personnes voudraient donner à cette contrée (i).

De simples ressemblances ne suffisent pas encore pour conclure à l’identité d’époque. La nature, dans sa marche oscillatoire (§ 14.0 ), a reproduit, après l’existence des êtres organisés , des masses minérales , en petit nombre à la vérité , semblables à celles qu’elle avait formées antérieurement ; ainsi , lors même que le phyllade de Saxe serait postérieur à cette existence , je ne vois pas pourquoi il en serait de même de celui de la vallée du Terek , dans le Caucase , par exemple : d’après les observations de M. d’Engelhardt , le sol de cette contrée est formé de phyllade de diverses variétés , dans lequel on a des couches de calcaire, quelques bancs ou masses d’amphibolite , de diabase, de granité siénitique , de gneis , et d’un porphyre tantôt rougeâtre, tantôt noirâtre, contenant des cristaux de feldspath vitreux et même de quartz (2). M. d’Engelhardt, qui a coopéré au travail de M. de Raumer sur le granité siénitique de Dohna , a remarqué qu’il y avait une grande analogie entre le terrain de cette contrée et celui du Terek ; en conséquence , plusieurs géognostes placent déjà ce dernier dans les terrains intermédiaires ; et cependant rien n’y indique la présence des êtres organisés ; il n’y a même point, dit M. d’Engelhardt , de ces brèches ( grauwacke ) qu’on a remarquées dans celui de la Saxe. S’il m’était permis d’avoir un avis sur une formation si éloignée , je n’y verrais qu’un simple terrain de phyllade, où la roche dominante est passée, dans quelques parties , à l’amphibolite , et de là graduellement à la diabase , à la siénite et au granité : il faut observer que ces roches granitoïdes sont ici en quantité peu

(1) Transactions of the geological society, tom. V.

(2) Reise in die Krrm und den Caucasus, par MM. d’Eügelhardfc et Parrot. i8i5.

considérable. Quant au porphyre à feldspath vitreux , je n’ose rien dire, quoique, d’après le récit de M. d’Engelhardt , il paraisse bien être intercalé dans le phyllade.

§ 248. En résumant tout ce qui a été dit sur le granité des divers âges , et en admettant la division qui nous paraît la plus convenable dans la période primitive (§ i48)* Nous rapporterons les granités à cinq époques principales , et nous aurons :

i° Les granités formant les terrains granitiques proprement dits ;

20 Les granités renfermés dans les terrains de gneis ;

3* Les granités compris dans les terrains de schiste -micacé; tel est vraisemblablement le granité talqueux du Mont-Blanc;

4e Les granités des terrains de phyllade ; comme cette dernière roche , ils pourront être en partie dans les terrains intermédiaires , tel est peut-être celui de Dohna (1) ;

5° Enfin les granités de formation décidément intermédiaire, c’est-à-dire postérieure à l’existence des êtres organiques. Le seul granité de Christiania nous offre une preuve directe de ce fait.

Au reste , en distinguant ces granités de diverses époques , je n’en rappelle pas moins que c’est uniquement pour prendre quelques points de repère dans la série d’ailleurs continue que présentent les granités ; et en les prenant je ne parle qu’en général , car il est très - possible que dans un terrain de gneis, il se trouve une mince couche de phyllade; et l’on pourra avoir un granité de la seconde époque , postérieur à cette couche, quoique le phyllade, en général, appartienne à la quatrième époque.

(1) Quoique l’amphibole se trouve souvent dans ces derniers granités , elle n’y est pas exclusive : c’est ainsi que M. de Buch a vu en Laponie un granité de première formation contenant une grande quantité de lames de ce minéral. ( V oj'âge, etc. , tom. II, r*g- 23i.)

Grandes des diverses époques.

Quant aux porphyres , ils paraissent descendre plus bas encore dans la série des roches. M. de Humboîdt , après avoir étendu considérablement la grande formation des porphyres delà Saxe et des coutrées voisines, après y avoir rapporté les porphyres de la Hongrie ( saxum metalliferum) et de Guanaxuato, la lie à celui de Christiania, et elle lui paraît être le centre des plus anciennes révolutions volcaniques (i . Quoi qu il en soit de cette dernière opinion , il n’en est pas moins très- remarquable de voir toutes les masses de porphyre d’une grande étendue prendre , sur quelques points , une couleur sombre , verte ou noire, perdre de leur compacité, abandonner leur quartz , devenir amygdaloïdes , présenter des parties rétinitiques (pechstein ), contenir de l’augite , et se diviser en prismes; caractères qui semblent tous plus particuliers aux produits volcaniques; tandis que d’un autre côté , ces mêmes porphyres tiennent aux granités et à toute la série des roches primitives.

ARTICLE QUATRIÈME

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