‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 7 sur 46 · ARTICLE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE CINQUIÈME

DU PORPHYRE

Saxum Jaspide et spatho scintillante mixtum PorphyV. W al.

Porj)hyr des Allemands , des Anglais , etc.

§ 192. Le nom de porphyre , ou plutôt de porphyrite, qui signifie couleur de pourpre , a été donné par les anciens à une pierre rouge renfermant des points ou taches blanches, susceptible de poli, et que l’on tirait principalement d’Egypte (1).

Les naturalistes des seizième et dix-septième siècles ont continué d’employer ce nom dans le même sens. Agricola , sans rien prononcer sur sa nature , l’a rangé , comme Pline , parmi les marbres, nom par lequel on désignait alors toutes les pierres polissables.

Les artistes italiens ont ensuite étendu l’acception du mot porphyre ; ils l’ont donné aux pierres dures , opaques , qui renfermaient des particules blanches bien distinctes du reste de la masse , et ils ont eu autant de porphyres différents que cette masse avait de couleurs diverses ; de là leurs porjido rosso , porjido rtero , porjido verde antico , etc. Cette acception a été généralement conservée : Linné , Croustedt , Walle-

(1) Rubet porphyrites in eâdem Ægypto : ex eo candidis intervenientibus punctis leucostîctos vel leuptusephos vocatur» Plin., liy, 36.

PORPHYRE. Il3

rius, Romé-de-Lisle, Saussure, etc. , l’ont adoptée. On a cependant toujours conservé le nom de porphyre proprement dit , à celui de couleur rouge.

Werner a distingué les roches à structure porphyrique , ou poiphyroïdes , des porphyres . Il a placé parmi les premières , toutes celles qui présentent , au milieu d’une masse principale , des cristaux ou grains cristallins qui en sont distincts, et qui ont été formés en même tems qu’elle (§ i o4). Il réserve le nom de porphyres à des roches porphyroïdes qui appartiennent à une même suite de formations , dont la pâte est homogène , et qui contiennent principalement des cristaux de feldspath.

§ iq3. Dès le dernier siècle , les minéralogistes s’étaient aperçus que les taches blanches qui sont dans les porphyres n’étaient que des cristaux de feldspath plus ou moins parfaits ; mais ils ne furent pas également d’accord sur la nature de la pâte qui les entourait dans les porphyres ordinaires , ceux de couleur rouge ou même verte : les uns la regardèrent comme quartzeuse ; d’autres , tels que Cronstedt , W allérius , Gerhard , Romé-de-Lisle , la prirent pour une sorte de jaspe. Saussure partagea d’abord cette opinion ( Sauss. , §§ i56, 157); mais il reconnut ensuite qu’elle était erronée, et il regarda très-justement cette pâte comme la terre du feldspath non cristal - 2. 8

Nature des porphyre.

TERRAINS PRIMITIFS

Usée ( § 1 136 ). M. Faujas , frappé également de la différence quil y avait entre la base des porphyres et le jaspe, sous le rapport de la fusibilité, se prononça, en 1788, sur leurnon-identité. (Essai sur les roches de trapp. ) Ensuite , Dolomieu détermina la nature de cette base , il établit ses rapports avec le feldspath , et il lui affecta le nom de pétrosüex, ou de roche pétrosiliceuse.

Werner regardant cette substance , avec tous les naturalistes , comme une sorte de jaspe , la plaça parmi ses hornsteia (lapides comei ) , c’està-dire , parmi les quartz ternes ou non vitreux , que Lamétherie a nommés kératites; mais ensuite il s’aperçut qu’un grand nombre d’échantillons qu’il en examina n’appartenaient point aux espèces de la famille des quartz , mais qu’ils étaient feldspathiques , et il les regarda comme d esfeldspaths compactes ; de sorte qu’une partie de ses horstein-porphyr prit le nom de feldspath porphyr.

D’après les observations que j’ai eu occasion de faire, je suis persuadé que non-seulement une partie des horstein-porphyr , mais encore presque tous sont de nature feldspathique , et de plus , que leur base n’est pas un simple feldspath compacte , mais bien un granité compacte . Arrêtons-nous quelques instants sur ce fait , qui nous indique la vraie nature, et en quelque sorte la génération des Rapports porphyres.

duporphy- 1 1 J

re au bra- § iq4- Le rapport qu’il y a entre le granité elle

ni te.

PORPHYRE

porphyre a été connu et signalé par plusieurs observateurs. Saussure , remarquant des roches formées de petits grains ou points brillants, voyait en elles un intermédiaire entre les vrais granités et les vrais porphyres : pour peu que les grains eussent été plus atténués , observe-t-il, on aurait eu des porphyres proprement dits : « Je suis d’au- » tant plus porté à admettre cette transition , » ajoute-t-il , que j’ai vu la nature la suivre dans » les montagnes mêmes. ( Sauss . , § i55.) Dolomieu a très-bien développé cette transition dans son Mémoire sur les roches composées ; il y remarque que les porphyres ne sont fréquemment que des granités déguisés. « Souventla nature, dit-il » encore ,. comme si elle voulait montrer l’iden- » tité de ces deux roches, opère elle-même, dans j» certains blocs , la transformation successive du » granité en porphy re , en ôtant et rendant par in- » tervalle au feldspath son tissu lamelleux ; et elle 3> produit des masses qui, d’après l’expression des » définitions, pourraient se placer en partie parmi » les granités, enpartie dans legenre desporphy- » res ». Werner, en traitant de la formation de cette roche, observe que/lorsque la précipitation d’où elle est résultée a pu se faire avec tranquillité, les éléments se sont séparés et ont produit une siénite, c’est-à-dire une roche granitique , composée de grains de feldspath , d’amphibole , de quartz et de mica.

TERRAINS PRIMITIFS

Bientôt après avoir ouï Werner , j’ai cru pouvoir étendre à la formation du granité en général , ce qu’il disait du granité siénitique en particulier. J’y ai été porté en voyant , aux environs de Meissen, des veines d’une belle siénitese fondre insensiblement dans une masse de porphyre , et puis cette même siénite se lier indissolublement avec un pur granité ; en voyant, entre Altenberg et Zinnwalde , ainsi que dans le Pviesengebirge en Silésie, la roche sur laquelle je marchais, être tantôt un granité , tantôt un porphyre, sans qu’on pût apercevoir aucune solution de continuité.

M. d’Andrada, énumérant les diverses manières dont les roches passent les unes aux autres, remarque que le granité passe au porphyre par une simple diminution dans la grosseur du grain. M. Heim, dans sa description du Thiiringerwald , entre la Saxe et la Franconie , insiste beaucoup sur ce passage , et il le développe avec tous ses détails : dans cette contrée où le porphyre abonde, il a vu de tous côtés le granité montrer une tendance manifeste à se changer en cette roche. « On ne doit pas oublier , dit M. Buch , que la masse de tout porphyre n’est jamais un minéral simple, et que si on n’en voit point la composition minéralogique , c’est que nos yeux ne peuvent plus distinguer les différentes parties qui la constituent lorsqu’elles ont dépassé un certain degré de ténuité. » ( Reise durch Norwegen , tom. i , p. i3y.)

PORPHYRE. 117

Ainsi les porphyres , ou plutôt les bases des porphyres ne sont que des roches granitiques compactes : elles sont à ces roches , ainsi que nous l’avons remarqué , ce que le calcaire compacte est au calcaire grenu. Les cristaux qu’elles renferment y auront été formés de la manière que nous avons indiquée (§ 104), et ils nous présenteront les principales parties intégrantes de la pâte dans toute leur pureté.

§ 195. Dans le porphyre ordinaire , celui qui correspond au granité proprement dit , cette pâte aura le feldspath pour principe principal : nous lui donnons le nom d 'eurite, et nous la définissons en disant : L ’eurite est un granité compacte, ou plus généralement, Veurite est une roche composée , mais (T apparence homogène , dans laquelle le feldspath est le principe dominant , et dont les divers principes sont comme fondus les uns dans les autres. S’il était possible de la redissoudre , et de faire cristalliser tranquillement la solution, de manière à ce que les principes intégrants pussent se former en cristaux distincts , elle produirait un granité.

Cette substance n’étant point décrite dans les traités de minéralogie, je vais en donner ici la caractéristique. L’eurite (feldpathum eurites ) est une pierre dure ( mais moins que le quartz ) , à cassure mate et compacte , fusible en émail blanc nu peu coloré , et non effervescente dans les acides ( lorsqu’elle n’est pas accidentellement mêlée de calcaire ). Sa couleur laplus

Masse du porphyre.

Eurite.

TERRAINS PRIMITIFS

ordinaire est le rouge grisâtre, allant quelquefois jusqu’au rouge ; souvent encore elle est d’un vert grisâtre , rarement elle est blanche ou jaunâtre ( la couleur est ici une suite de celle des minéraux composants J. Sa pesanteur spécifique est de 2,6 à 2,7.

Sous le rapport de la texture, nous pouvonsen distinguer trois variétés principales: i° La commune ou compacte: quelquefois elle est e'cailleuùe ; sa cassure est plus ou moins parfaitement concoVde, ses fragments sont aigus et très-faiblement translucides sur les bords : en pourrait la soudiviser en deux variétés d’un ordre inférieur , la rouge et la verte. 20 La terreuse : sa cassure est terreuse à grains fins ; elle est opaque , et d’autant moins dure que l’aspect en estplus terreux. 3° ha schisteuse : ses feuillets sont épais , serrés , leur cassure transversale est compacte et souvent écailleuse.

Si, dans le granité qui a produit l’eurite, ou qui est censé l’avoir produit, en devenant compacte , le feldspath était en trèsgrande quantité , l’eurite se rapprochera beaucoup du feldspath compacte, sans cependant lui être identique; j’ai vu souvent des couches de cette dernière substance , blanchâtres , à cassure céroïde , translucides sur les bords , et qui n’étaient point de l’eurite. Mais si le quartz est abondant dans le granité , la roche deviendra plus dure . plus difficile à fondre , et se rapprochera du quartz compacte ( hornstein ) ou kératite : c’est ainsi que M. Hausmann a vu , dans les gneis de la Suède, le mica ou la chlorîte se séparer, le feldspath et le quartz former une masse homogène à l’œil nu , et qui participait du caractère de ces deux minéraux : c’est, dit-il, V haellejlinta des Suédois. Enfin , si le granité contenait beaucoup de mica ou d’amphibole , elle sera d’un vert prononcé, se fondra en un émail coloré ou tacheté de points noirs ; elle se rapprochera de Yaphanite , et finira même par y passer et par fondre en émail noir , dans le cas où le granité, d’où elle dérive , serait passé à la diabase.

L’eurite avait été nommé pétrosilex par Dolomieu ; mais ce

PORPHYRE. 119

nom ne peut être conservé : i° parce qu’il est faux dans son essence; car il n’y a en réalité aucun rapport entre ce pétrosilex et le silex : il importe d’éloigner ,même dans la dénomination, toute idée d’analogie entre ces substances , vu qu’elle a été cause de la confusion qui a eu lieu jusque dans ces derniers tems à leur égard. 2 • Parce que ce nom a été employé avec des acceptions différentes par divers auteurs: le pétrosilex des anciens minéralogistes , de Cronstedt, de Wallérius, etc. , n’était qu’un quartz ou jaspe grossier qui se trouvait en filons , et ne constituait jamais des roches (1) , tandis que c’est le gissement presque unique de notre éurite ou pétrosilex de Dolomieu. Saussure prenait ce mot dans un sens encore différent ou au moins plus étendu. Or , il est dans les principes d’une bonne nomenclature , lorsqu’un nom a été donné à plusieurs choses différentes, et qu’il a ainsi occasioné des erreurs, de le changer plutôt que de le restreindre, même en fixant avec précision, l’acception qu’on entend lui donner : la restriction n’obvie point au mal ; le public l’oublie, et il n’en confond pas moins les choses qui ont porté le même nom : on n’a pu remédier efficacement au désordre occasioné par les noms de schorl , schiste , cornéenne , qu’en les supprimant. Saussure, il est vrai , avait proposé de désigner le pétrosilex primitif, celui de Dolomieu , par le mot de palàiopetre ; mais outre que ce nom se rapportait plutôt au feldspath compacte qu’au granité compacte , il est si long, et il est resté dans un oubli si complet, qu’il nous a paru plus convenable d’en employer un autre ; nous avons pris eurite , qui présente le caractère principal de notre roche , celui de fondre au feu.

§ 196. Les diverses sortes de porphyres se dis- g®t1J®rs®® tinguèrent par les différences dans leur masse porphyres, principale ; et sous ce rapport nous aurons :

(1) Petrosïlices. . . in rupium venis , glandulis vel slratis hospitant, rupes autem ipsas nullibi constiluunt, WalL

1*20 TERRAINS PRIMITIFS

i° Le porphyre à base d’eurite , où porphyre euritique : c’est le porphyre proprement dit , et c’est celui qui se trouve le plus abondamment répandu dans la nature. C’est lui qui constitue les terrains porphyriques de la Silésie , de la Saxe , du Thüringerwald , des Vosges, etc. Nous pouvons lui rapporter le porphyre antique de couleur purpurine que l’on désigne souvent sous le nom de porphyre oriental , et que les anciens tiraient principalement d’Egypte; M. Rozière pense que les carrières en étaient près du mont Sinaï : sa pâte est un eurite d’un rouge brun parsemé d’une multitude de points noirs presque invisibles , et qui paraissent être de l’amphibole : elle renferme , en outre , quelques aiguilles de cette même substance , ainsi qu’un très-grand nombre de petits cristaux de feldspath : au chalumeau , elle fond en un émail légèrement grisâtre , et 1 es points amphiboliques en émail noir : sa pesanteur spécifique est 2,75.

20 Le porphyre à base d 'homstein ou de kératite : sa pâte est très-chargée de quartz , et fond ainsi plus difficilement que l’eurite. D’ailleurs , la ressemblance entre ces deux variétés , sous le rapport des caractères extérieurs, est ou peut être parfaite ; et ce n’est que par l’essai au chalumeau que l’on peut reconnaître ce qui est vraiment eurite ou kératite. Au reste , je rappelle que , d’après l’essence de ces deux porphyres , il

PORPHYRE

y a un passage parfait de l’un à l’autre ; que les caractères qui les différencient varient du plus au moins ; et par suite , que l’application du nom convenable est quelquefois fort difficile à faire.

3° Le porphyre siénitique ( sienit - porphyr de Werner) : il dériverait d’un granité contenant beaucoup d’amphibole , c’est-à-dire d’un granité siénitique. lise distinguerait en ce que sa pâte (eurite imprégné d’amphibole ) fondrait en émail coloré , sans être cependant entièrement noir ; par suite , sa couleur serait intense et habituellement d’un vert bien prononcé. Au reste , nous ne donnons pas la couleur comme caractère distinctif de ce porphyre , nous prenons ce caractère dans l’essence même de la roche ; nous remarquerons même que la couleur, quoique ayant quelque rapport avec cette essence , n’en est pas un signe bien positif : un granité presque entièrement feldspathique , mais à feldspath blanc , lors même qu’il ne contiendrait point d’amphibole , pourrait encore produire un porphyre vert , lequel serait coloré par les éléments du mica ou du talc : tout comme une vraie siénite pourrait donner un porphyre rouge ; par exemple , si le feldspath avait une très-forte teinte de cette couleur , et que l’amphibole , restant en grains réunis, ne répandît pas dans la masse son principe colorant : tel est peut-être le cas du porphyre oriental.

TERRAINS PRIMITIFS

En résumé , sous le rapport de l’essence , ou de l’influence exercée plus particulièrement par chacun des trois principes intégrants du granité , nous aurons trois sortes de porphyres : i° le porphyre euritique , correspondant au granité ordinaire , celui où le feldspath domine notablement; 2° le porphyre kératique , correspondant à un granité chargé de beaucoup de quartz ; 3° le porphyre siénitique , dérivant d’un granité trèschargé d’amphibole , ou de mica , ou de talc. La considération de la texture nous donne encore :

4° Le poiphyre terreux , ou à base d’eurite terreux. C’est le thonporphyr ( ou porphyre à base thonstein ) de Werner et de son école. Les observations que j’ai faites sur des terrains porphyriques m’ont convaincu que l'eurite , dans une même masse ou montagne , pouvait être tantôt compacte , et tantôt d’un grain terreux , c’est-àdire d’un grain grossier , terne et lâche, à-peuprès comme celui d’une masse terreuse fortement endurcie ; et qu’ ainsi la pierre que Werner désignait sous le nom de thonstein , et que M. Brongniart a nommé argüolite , tout en indiquant sa nature , n’était qu’une simple variété d’eurite; que l’aspect terreux était quelquefois dû à un relâchement de tissu produit ou par l’action décomposante des éléments atmosphériques, fait si commun dans toutes les roches feldspathiques , ou par quelque circonstance de la formation

PORPHYRE

primitive , ou par quelque mouvement intestin survenu dans la masse générale de la roche.

Je crois, d’après cela, qu’en géognosie on doit faire disparaître le nom de thonporphyr , tout comme celui de ihonstein. Lorsque Werner fit son premier système de minéralogie, il y a quarante ans, on donnait le nom d’argile à une substance qu’on croyait simple , et être à son plus grand degré de pureté dans le kaolin provenant de la décomposition ou désagrégation totale dufeîdspath : d’après cette opinion, Werner, en divisant la classe des pierres en genres, établit un genre argileux , à la tête duquel se trouvait le feldspath de la même manière que le quartz était à la tête du genre siliceux. Le kaolin , en se durcissant fortement , c’est-à-dire en passant à l'état de pierre , formait un feldspath : par suite de l’opinion alors reçue , l’argile en se durcissant dut former une pierre moins pure , mais du même genre. Werner la nomma d’abord verhœrteter thon ( argilla indurata ), et puis thonsleîn ( lapis-argilla ). Mais aujourd'hui que nous savons que l’argile n’est qu un mélange de diverses substances provenant de la destruction de roches préexistantes, ces dénominations ne sauraient être conservées ; et en suivant les idées de Werner sur la génération de son thonstein , il est évident que celte pierre n’est que V eurite terreux , et qu’elle ne saurait être plus convenablement désignée que par cette dénomination.

Nous avons un bel exemple de cette variété , ainsi que du porphyre siénitique en général, dans le terrain métallifère delà Hongrie, notamment dans celui qui renferme les fameuses mines d’argent et d’or de Schemnitz ; terrain que Boni nommait Saxurn metallifemm , qui a été pris pour un produit volcanique par les uns, et pour une

siénite décomposée par les autres. M. Beudant , après l’avoir examiné dans toutes ses circonstances et dans ses rapports tant avec les terrains environnants qu’avec ceux de meme nature qui existent en d’autres contrées , vient d’éclaircir cet objet dans un des plus intéressants mémoires qu’il y ait encore en géognosie. — Sur un schiste-talqueux entremêlé de calcaire gris, on a un terrain porphyrique dont la partie inférieure est une siénite composée de feldspath blanc , tantôt compacte, tantôt lamelleux , d’un amphibole tendre, peu lamelleux et presque stéatiteux , de mica et de quelques grains de fer oxidulé ; quelquefois il s’y mêle du quartz, l’amphibole reprend sa dureté, et la siénite passe au granité proprement dit , et même au gneis ; d’autres fois , par une augmentation , elle passe d’amphibole à la diabase. Audessus , et alternant quelquefois avec elle, on a la même roche , mais à l’état compacte , et formant ainsi un eurite vert , tantôt homogène , tantôt contenant des cristaux de feldspath lamelleux , et quelques cristaux d’amphibole ; le quartz y est rare, il s’y trouve plutôt en petites masses et en veines qu’en cristaux ; on y voit une plus ou moins grande quantité de points pyriteux. De même que quelques variétés de la siénite passent ici à la diabase , quelques variétés de l’eurite passeront à l’aphanite : nous reviendrons sur ce passage dans l’article suivant,

PORPHYRE

Cet eurite, notamment dansla partie supérieure, dans celle qui constitue la superficie du sol, présente un tissu lâche , un grain grossier et mat , qui le rapproche beaucoup de l’eurite terreux , et que M. Beudant désigne aussi sous le nom de porphyre terreux; des échantillons vus à la loupe, lui ont paru un composé de substances différentes, altérées et confusément réunies , de l’amphibole terreux , du feldspath à l’état de kaolin ou trèstendre ; le mica seul avait conservé sa fraîcheur : quelquefois toutes ces substances se fondent entièrement les unes dans les autres, et il en résulte un vrai eurite. Au reste, M. Beudant établit trèsbien que l’aspect terreux , ainsi que l’altération des minéraux, ne saurait être 1 effet d’une décomposition due à l’action de l’atmosphère, et qu’elle paraît un effet immédiat de la formation primitive. Cet eurite est d’un vert clair, quelquefois cependant il est gris ou rougeâtre : il contient des cristaux de feldspath , d’amphibole , de mica de laumonite, il est traversé par quelques veines de jaspe. Tout ce terrain porphyrique , remar-^ quable par la rareté du quartz , l abondance de l'amphibole et d’un principe stéatiteux , l’est encore plus par la terre calcaire dont il est comme imprégné, et qui s’élève jusqu’àvingtpour cent(i).

(i) M. Beudant observe très-justement que le caractère de la fusibilité sur de pareils échantillons ne peut être essayé qu’après les avoir laissé digérer dans l’acide nitrique.

TERRAINS PRIMITIFS

C’est dans un porphyre semblable , de couleur généralement verte, que M. de Humboldt a vu , en partie , les filons du Mexique , les plus considérables et les plus riches de l’univers.

Nous devons encore faire mention du porphyre rétinitique ( pechstein-porphyr des Allemands). Sa base est la substance décrite par M. Brongniart , sous le nom de rétinite ; elle a un éclat qui approche de celui de la résine , sa couleur la plus ordinaire est le vert , mais quelquefois elle est rouge, brune et meme noire ; elle est en pièces séparées grenues ; elleseboursouffleau chalumeau et donne un émail blanc : elle renferme habituellement des cristaux de feldspath et des grains de quartz.

Ce porphyre est remarquable, non - seulement par sa composition, car il contient une quantité d’eau qui est quelquefois le douzième de son poids, mais encore parce qu’il se trouve fréquemment dans des terrains volcaniques , et qu'il y forme de vraies laves vitreuses , ainsi que nous le verrons dans la suite. Aussi, sa position dans les terrains primitifs est-elle un fait à bien constater dans toutes ses circonstances. A l’époque où j’ai observé celui de la vallée de Triebisch en Saxe , je ne connaissais pas toute l'importance d’un pareil gissement , et par suite je n’y ai pas donné toute l’attention qu’il méritait ; je puis cependant dire que je l’y ai vu entremêlé avec le porphyre euritique ordinaire , lequel , un peu plus loin , était mé-

PORPHYRE. I27

langé avec le porphyre terreux, et qu’il est d’ailleurs identique , au moins sous les rapports de la composition , avec celui qui, dans la meme contrée, auprès de Freyberg, est en couches dans le gneis : il renfermait une grande quantité de cristaux de feldspath et de quartz, et il contenait encore cette dernière substance à l’état calcédonieux , sous forme de plaques et de boules. M. Voigt a trouvé encore du pechstein dans les montagnes porphyriques du Thüringerwald.

M. Brongniart a cru devoir désigner par des noms différents les diverses sortes de porphyres , ou même de porphyroïdes à pâte homogène ; il a laissé au seul porphyre rouge le nom de porphyre , et il a donné celui d 'ophite au porphyre vert , celui de mélaphyre au porphyre noir, celui d argilophyre au porphyre terreux , et son stigmite comprend le pechstein porphyr.

§ 197. Les minéraux en cristaux, ou grains cristallins , renfermés dans les masses dont nous venons de parler , sont :

i° Le feldspath. Il s’y trouve toujours en quantité plus ou moins considérable , le plus souvent meme il y est seul , et on peut dire qu’il y est essentiel ; c’est en quelque sorte lui qui constitue une roche à l’état de porphyre , meme dans l’acception que les artistes donnent à ce nom. Les porphyres rouges, noirs , bruns, verts , contiennent tous des cristaux de feldspath : les taches blanches du porphyre oriental, auquel elles ont fait donner le nom de leucostictos , c’est-à-

Cristaux contenus dans Je$ porphyres.

128 TERRAINS PRIMITIFS

dire tacheté de blanc , ne sont que de pareils cristaux.

Ils sont habituellement blancs ou blanchâtres , quoique la pâte qui les entoure soit souvent trèsfoncée en couleur ; mais nous avons fait observer (§ io4) que lorsque les cristaux renfermés dans les porphyres se sont formés , leurs molécules ont abandonné, dans la pâte , la presque totalité des impuretés avec lesquelles elles étaient mêlées. Quelquefois cependant elles ont entraîné une petite portion du principe colorant ; de là vient qu'on voit , dans quelques porphyres , des cristaux rougeâtres ou verdâtres , selon que la base est rouge ou verte : c’est ordinairement le milieu qui est le plus coloré ; il est entouré d’un bord blanc. M. Beudant , dans ses intéressantes observations sur les cristaux mélangés , a remarqué que la partie centrale était toujours celle qui renfermait le plus de substances hétérogènes. Nous avons vu encore que dans les roches à structure globuleuse , c’est le milieu des globules qui était la partie la plus confusément cristallisée, ou la moins dure (§§ 108 et 109). J’ai encore observé qu’en général les cristaux , dans les porphyres, étaient d’autant plus parfaits qu’ils étaient plus gros : les petits ne sont fréquemment que des grains informes , et même de simples lames qui paraissent naître du milieu de la masse compacte. Quelquefois même il semble, ou que

PORPHYRE

les molécules sollicitées à former un cristal n’ont pu venir à bout de se réunir entièrement , ou que le cristal, déjà formé, a été en partie dissous par la pâte environnante ; car on le voit se fondre de tous côtés dans cette masse ; ce n’est même souvent qu’une tache de même couleur que la pâte , mais plus claire, qui se perd d’une manière diffuse au milieu d’elle , et dont la forme allongée , ainsi que la fréquence et la disposition , décèlent l’origine.

Les formes des cristaux de feldspath dans les porphyres , sont en général assez simples ; ce sont celles que nous avons observées dans les granités : elles sont ordinairement hémitropes.

Le feldspath de ces cristaux est ordinairement inaltéré , ayant son éclat nacré ; quelquefois cependant il a un aspect terreux , de sorte qu’il paraît sous forme de taches blanches et comme farineuses au milieu de la masse. Enfin , lorsque la décomposition l’a entièrement détruit , les espaces qu’il occupait restent vides , et le porphyre présente un aspect bulleux qui lui donne l’apparence de certaines laves , et qui l’a quelquefois fait prendre pour elles.

20 Le quartz est , dans les porphyres , en grains qui montrent presque toujours une tendance à la double pyramide hexaèdre ; quelquefois ils prennent entièrement cette forme , et certains porphyres de Hongrie la présentent dans toute sa perfection j mais le plus souvent les arêtes sont 2. 9

TET» R AIN S PRIMITIFS

oblitérées et comme émoussées , et les grains sont entièrement amorphes. Leur couleur est habituellement grise et leur aspect vitreux.

Le quartz est bien moins fréquent que le feldspath dans les porphyres ; il est cependant assez abondant dans ceux à hase d’eurite compacte. Nous avons vu qu’il était rare dans le porphyre terreux de Schemnitz, et comme il Test extrêmement dans ceux d’origine volcanique , les observateurs doivent signaler sa présence , afin de la faire servir à la détermination des formations.

3° L’amphibole est rare dans les porphyres euritiques , il est plus commun dans ceux de nature siénitique , et plus encore dans ceux à hase d’aphanite : on a, dans ce fait , une nouvelle preuve de l’analogie entre la pâte des porphyres et celle des cristaux qu’elle renferme. Nous avons vu que l’amphibole était en assez grande quantité dans les porphyres de Schemnitz , et nous avons noté la singulière altération qu’il y avait éprouvé : dans les granités de cette formation , il a sa dureté ordinaire ; dans les siénites , cette dureté diminue ; enfin, dans les porphyres, « l’am- » phibole , dit M. Beudant , est extrêmement tcn- » dre , sa cassure transversale a un éclat céroïde, » sa cassure longitudinale n’est plus distincte- » ment lamelleuse , souvent même il est tout- » à-fait terreux , et sa forme seule peut le faire » reconnaître. »

PORPHYRE

4° Enfin , dans quelques porphyres , principalement dans ceux d’aspect terreux , on a remarqué des lames de, mica , le plus fréquemment noires.

Les porphyres euritiques renferment souvent des boules de leur propre substance , mais plus dures et plus compactes : on dirait que les particules siliceuses y sont en plus grande quantité, sur-tout vers la partie centrale , qui est souvent du quartz ou de la calcédoine : ce sont des formations globuleuses dues a un pelotonnement des molécules de la masse ( § 1 19 ). Au reste , il serait possible que quelques-uns des noyaux quartzeux eussent une origine pareille à celle des noyaux des roches amygdaloïdes : c’est ainsi que dans divers endroits du Thimngei'wald , le porphyre euritique est rempli de petites cavités ayant tantôt quelques lignes, et tantôt quelques pouces de diamètre , lesquelles sont entièrement remplies de calcédoine , ou présentent seulement un revêtement de cette substance 4 avec de petits cristaux de quartz, etc. Ce porphyre forme une excellente pierre meulière. La partie qui entoure le nœud quartzeux est elle -même imprégnée de silice ; et elle résiste, par conséquent , plus à la décomposition que la masse environnante, de sorte que dans les ruisseaux de la contrée, on trouve une grande quantité de boules de porphyre dont l’intérieur est un noyau de calcédoine, ouune petite géode. Cette

TERRAINS PRIMITIFS

Stratification et division.

roche porte, dans le pays, le nomd zkugelporphyr ( porphyre en boules ).

Les taches que Ton remarque dans quelques porphyres et qui les ont quelquefois fait prendre pour des brèches ( irümer-porphyr des Allemands , porfidi breciati des artistes italiens), ne sont peut-être encore que des effets du groupement des molécules similaires. Lors de la coagulation de la roche , en se réunissant , elles auront laissé dans le reste de la masse , une portion de leur principe colorant , et formeront ainsi des taches de teinte claire sur un fond plus foncé. Dolomieu a même observé qu’il suffisait que quelques parties prissent un commencement de structure granitique , pour qu’il en résultât une différence dans la teinte , et pour donner à la masse une apparence de brèche ; au reste , ce que nous venons de dire n’empêche pas que les montagnes de porphyre ne puissent quelquefois présenter de vraies brèches et des fragments de roches préexistantes agglutinés par un ciment porphyrique.

§ 198. Les porphyres que j’ai été à même d’observer ne m’ont présenté absolument aucun indice de stratification.

Lorsqu’on en trouve diverses variétés dans un même terrain, leur superposition les unes aux autres, si elles sont sous forme de couches, peut bien indiquer le sens de la stratification; mais le plus souvent j’ai vu ces variétés en masses

PORPHYRE

n’ayant encore aucune forme déterminée , et se fondant, pour ainsi dire, les unes dans les autres. Au reste , le fait n’est pas général , et le porphyre de Hongrie, dont nous avons parlé, est très-distinctement stratifié , d’après le témoignage de M. Beudant.

Les porphyres sont quelquefois divisés en prismes : j’ai vu un exemple de ce fait à Grunde , entre Freyberg et Dresde : la masse euritique y est partagée , sur une étendue de quelques mètres carrés , en prismes à cinq ou six pieds , ayant environ un pied d’épaisseur , et présentant exactement le même aspect qu’un groupe de prismes basaltiques. M. Heim signale, au milieu des porphyres du Thüringerwald, unbeau groupe de prismes quadrangulaires verticaux, de vingt pieds de long sur deux de large, et dont les faces sont parfaitement planes.

La division en plaques se retrouve plus fréquemment dans les porphyres : sur le Petersberg, près de Hall, elle présente des plaques entièrement planes , ayant plus d’un demi-mètre d’épaisseur et de trois à quatre mètres de long et de large.

§ 199. Les terrains porphyriques sont tout aussi peu composés, c’est-à-dire qu’ils renferment tout aussi peu de couches étrangères que le granité. Je n’en ai point vu dans les porphyres que j’ai eu occasion d’observer , abstraction faite des masses de granité , de gneis , de diabase , d’a-

Couches

étrangères..

TERRAINS primitifs.

phanite , etc. , qui leur sont entremêlées et qui ne paraissent être qu’une modification différente de la même substance. Les descriptions géognos tiques donnent peu d’exemples de couches réellement hétérogènes contenues dans les terrains porphyriques. Un des plus remarquables est celui , rapporté par M. Beudant, de trois sortes de couches dans le porphyre siénitique des environs de Schemnitz ; ce sont : i° des couches peu étendues* mais bien caractérisées de schiste-micacé, qui alternent principalement avec les siénites à petits grains; 2° des couches de quartz ordinaire, tantôt compacte , tantôt grenu , et quelquefois se divisant en plaques séparées par des lames de mica ; 3° des couches de calcaire compacte, imprégnées de stéatite , d’un jaune -serin, mêlées de serpentine contenant de l’asbeste et même quelques grenats rouges.

§ 200. Werncr, considérant les porphyres sous le rapport de leur âge relatif, les comprend sous trois formations principales.

i° La première , ou la plus ancienne , est antérieure aux phyllades ; elle se trouve dans les schistes micacés, les gneis, et vraisemblablement aussi dans les granités ; elle ne consiste guère qu en porphyre à hase d'eurite compacte , et se trouve en assises plus ou moins considérables dans les roches que nous venons de citer , et principalement dans les gneis. Elles y sont, dans

PORPHYRE

ma manière de voir , un gneis passé, par quelques circonstances particulières de formation , à l’état compacte. M. de Buch a vu au centre des Alpes un eurite de structure porphyrique passer à un gneis à feuillets épais (1).

2° La seconde formation est beaucoup plus étendue et plus considérable ; c’est elle qui constitue , dans l’époque primitive , les terrains de porphyre proprement dits. Sa masse principale est l’eurite ordinairement compacte , et quelquefois terreux ; elle est accompagnée de granité siénitique , auquel elle tient et elle passe de la manière la plus évidente en plusieurs endroits, ainsi que Font bien constaté MM. de Raumer et de Bonnard. On y trouve aussi quelquefois du pechstein , comme en Saxe et dans le Thürin gerwald.

Werner remarquant que ce porphyre repose, ou semble reposer sur la tranche des couches de roches placées au-dessous, en conclut qu’il appartient à une formation entièrement différente , et qu’il constitue une de ces formations particulières dont nous avons parlé (§ peut-être est-elle, dit-il, le

produit d’une dissolution particulière, à-peu-près comme celle des trapps secondaires. Je ne discuterai pas cette opinion, à laquelle les observations dernièrement faites sur le porphyre de Christiania, en Norwége, semblent prêter une nouvelle force, et je me bornerai à dire que ce second porphyre , comme le premier, ne me paraît qu’une roche formée des mêmes éléments que le granité , mais dans un état d’agrégation confuse.

(i) Magazin der naturjorchender Freunde , 1809, p. n5.

TERRAINS PRIMITIFS

Décompo-

sition.

li est d’ailleurs très-possible qu’il soit de formation postérieure à la masse générale des granités de la contrée ; à-peu-près comme la grande masse des calcaires compactes est postérieure à celle des calcaires grenus

3° Werner reconnaît encore , en Saxe , une troisième formation de porphyre , dans laquelle l’eurite terreux domine considérablement. Elle est d’une époque postérieure à la précédente, et peut- être appartient-elle aux terrains secondaires, car elle se trouve souvent avec et même sur les terrains houillers ; sa pâte renferme des cristaux de feldspath et quelques paillettes de mica : on n’y voit point ou presque point de quartz : elle contient en outre des boules calcédonieuses et des géodes , et présente ainsi une structure amygdaloïde. C’est principalement avec le porphyre de cette troisième formation que l’on a souvent con* fondu des porphyres à base de trachyte , qui apr partiennent aux terrains volcaniques.

§ 201. Le porphyre, ainsi que toutes les roches feldspathiques, est sujet à la décomposition. Les nombreuses fissures qui le traversent , favorisent singulièrement cette action et lui servent comme de véhicule : lorsqu’on brise ces roches , on voit que les parties adjacentes aux fissures sont beaucoup plus altérées que le reste de la masse. Au reste , ici comme dans les granités , il y a d’assez grandes différences dans l’aptitude à la décomposition des divers porphyres ; cependant,

PORPHYRE

il y en a un peu moins ; la texture compacte mettant jusqu’à un certain point plus d’obstacle à l’action des agents destructeurs , semble en mettre aussi aux grandes inégalités.D’après cela, les montagnes porphyriques ne présenteront pas autant de dentelures et autant de déchirements; Elles affectent , dans un grand nombre d’endroits , en Silésie et en Saxe , par exemple , la forme conique ; d’autres fois , semblables à des cônes tronqués , elles constituent la sommité de quelques autres proéminences du terrain. Ailleurs , leur sommet s’arrondit et se présente sous l’image d’un dôme plus ou moins parfait et plus ou moins surhaussé : c’est ainsi queDolomieu a vu les principales sommités porphyriques des ^ osges , et de Born celles de la Hongrie.

La plupart des terrains de porphyre que j’ai été a même d’observer sont arides. Aucun ne m’a paru moins propre à la végétation : peut-être ce tait n’est-il particulier qu’à ceux que j’ai vus.

§ 202. Les terrains porphyriques renferment beaucoup de substances métalliques. Elles y sont plus fréquemment en fdons qu’en couches; cependant, comme le porphyre n’est point ordinairement stratifié , et que la surface de superposition ne peut être que très-rarement observée , il est souvent fort difficile de décider à laquelle de ces deux classes appartiennent les gîtes de minerai.

Métaux

renfermes

TERRAINS PRIMITIFS

Etendue.

Les mines les plus riches que nous connaissions, celles du Mexique , sont en énormes filons dans un porphyre siénitique. Celles de la Hongrie , les plus considérables de l’Europe , qui livrent annuellement cinq ou six millions d'or et d’argent, se trouvent de la meme manière dans un pareil porphyre , lequel justifie bien ainsi le nom de saœum metalliferum qui lui avait été donné. Il paraît que c’était dans des roches porphyriques que les anciens avaient leurs fameuses mines de cuivre dans l’île de Chypre (i). En Saxe , c’est dans un porphyre euritique que sont les exploitations de Môhorn : je ne parlerai pas de celles d’Altenberg , qui fournissent une quantité considérable d’étain , le porphyre qui les renferme étant d’une nature particulière. Les nombreux filons de plomb, cuivre et argent qu’on a exploités ou reconnus à Giromagny , dans les Vosges , sont encore dans un terrain porphyrique (2).

§ 2o3. Quoique le porphyre , sous le rapport de son essence , puisse être regardé comme une simple modification du granité , il est cependant loin d’occuper sur notre globe , dans les terrains primitifs, une aussi grande étendue que lui. Il

(1) C’ostdei’îledeChypre que le cuivre a pris son nom (cuprum). TJ. Buch , d’après des échantillons d’euphotide venant de Faraagusta dans cette île, pense que les gîtes cuprifères y étaient dans cette roche.

(2) Journal des Mines, nos 39 et 4<>.

porphyre. i3g

semble restreint à certaines localités particulières. Pris dans son ensemble , et d’après les observations faites jusqu’ici , il se trouve en moindre quantité que les roches dont nous avons déjà parlé; mais plus abondamment que celles dont il va être question dans la suite de ce chapitre.

L’indication des lieux où il existe, présente bien des difficultés. Les porphyres primitifs ressemblent complètement à des porphyres intermédiaires , et même secondaires ; et il est presque impossible de classer convenablement ceux qu’on trouve et qui n’ont pas été étudiés sous tous les rapports de gissement. De plus la ressemblance avec certains produits de la voie ignée vient encore augmenter ici l’embarras. Aussi n’est-ce point avec pleine certitude que nous plaçons tous les porphyres suivants dans les terrains primitifs.

En France, le porphyre constitue la partie des Y osges voisine de Ciromagny , et il est en général assez fréquent dans cette chaîne : il forme encore des montagnes au milieu des granités du Forez , et il se représente , en Provence , au nord de Fréjus. Je n’en ai point vu dans lesJPyrénées , et je ne sache pas qu’on y en ait trouvé. Il manque également dans les Alpes suisses, et sur le revers septentrional de la grande chaîne alpine ; mais il occupe un espace considérable sur le versant méridional , depuis le lac de Corne jusqu’en Carinthie et en Carniole ; et peut-être encore cç

ï4o TERRAINS PRIMITIFS.

porphyre appartient - il aux terrains intermédiaires ou secondaires.

Il en sera de même de celui qui forme , en Silésie , plusieurs montagnes dans les environs de Landshutt et de Schweidnilz (i). Avec probabilité , nous rapporterons aux terrains primitifs celui qui se trouve dans le 'Thüringerwald , en si grande quantité , que M. Hoff croit pouvoir appeler montagnes de porphyre celles qui constituent le sol de cette contrée : le porphyre y tient indissolublement au granité ; et ici, comme par-tout ailleurs , cette roche doit être laissée dans les terrains primitifs , jusqu’à ce que la présence des débris d'êtres organiques ait été constatée dans le terrain qu’elle constitue , ou dans celui qui lui sert immédiatement de support. J’en dirai autant de la grande masse de porphyre de YErzgebirge , qui se lie au granité superposé au phylîade (§ 1 58), quoique quelques brèches trouvées dans cette roche aient porté

(i) Il consiste en un eurite compacte, d’un rouge brun, contenant des cristaux de feldspath , quelques grains de quartz et même d’amphibole. Lorsque je l’ai vu il était regardé comme une formation primitive , et encore aujourd’hui il n’est pas bien prouvé qu’il en soit autrement. M. de Buch, qui en a donné une description , en le plaçant dans les terrains primitifs , remarquait en même tems que les circonstances de sa superposition n’etaient pas connues. Depuis, ce savant a dit que rien ne s’opposait a ce qu il fut regarde comme de formation intermédiaire ; et depuis encore , on a cru pouvoir le placer dans les terrains secondaires , ainsi que nous le verrons par la suite.

AMPlllBOLIÏES. l^t

des géognostes d’un mérite distingué à le placer dans les terrains intermédiaires. C’est à ce meme porphyre , et par conséquent à ce même granité, que M. Beudant croit devoir rapporter le porphyre sie'nitique de Schemnitz. M. Jameson met encore dans la classe des porphyres primitifs plusieurs de ceux des îles d’Arran , de Sky et autres îles de l’Ecosse.

ARTICLE SIXIÈME

DES AMPHIBOLITES.

U rtrapp (trapp primitif), ou Hornblendgesteïn et Urgrüns tein de Werner.

Plusieurs variétés du saxum trapezium 3 saxum Jerreum , cor neus spathosus yCorneus fissilis durior. Ophites. Wall.

Primitive trapp et greenstone des Anglais.

Gramtelles , trapp s , cornéennes , ophites de Saussure et autres minéralogistes français.

§ 204. Le mot trapp , qui signifie escalier en suédois a été donné à des roches qui , se brisant en fragments rhomboïdaux, ou même par la retraite de leurs couches les unes sur les autres, présenten t réellement l’image d’un escalier.

Il paraît que c’est Piinmann qui le premier en a fait usage dans un mémoire sur les pierres ferrifères qui parut en i754 ; il y cite , parmi les cornecnnes, un trapp qui se trouve, dit-il, avec d’autres minerais dans les filons, qui se brise en fragments rhomboïdaux, se fond en un verre noir, et donne de 14 à i5 pour cent de fer.

Origine et acception du

mot trapp.

142 terrains primitifs.

Quatre ans après , Cronstedt reproduisit ce nom dans sa Minéralogie , et il définit la roche à laquelle il le donne saocum compositum, jaspide martiali molle , seu argillâ molli induraiâ. Il donne pour ses caractères , de fondre en un verre compacte noir , de se décomposer à l’air en prenant une couleur brune. 11 ajoute qu’elle se trouve en filons , et en ouLre qu’elle forme des masses de montagnes, parmi lesquelles il cite le Henneberg et la sommité du Kinnekulle, dans la Westrogotbie , où elle se délite de manière a présenter l’aspect d’un escalier : il fait observer encore que ce n’est pas une roche homogène (i).

Bergmann , dans sa Géographie physique , a donné le même nom aux mêmes masses.

Linné, dans l’édition de son Systema naiurœ , qu’il publia en 1768 , conserve le nom de saxum irapedum , et il donne celui de grünstein (grœns/en ) à une sorte de trapp qui lui paraît contenir de l’amphibole et du mica, et qui forme , dit-il , la sommité du Kinnekulle.

Wallérius , dans la seconde édition de sa Minéralogie, admet également parmi les roches un saxum trapedum dont la base lui paraît être le corneus Irapezius (2). Il le regarde comme composé

(1) Cronstedt,1 2 § 267.

(2) Wallérius, tom. I, pag. 4*S et 36i,

AMPHIBOLITES.

de particules d’amphibole ( particulis basalticis ) enlacées les unes dans les autres ; et il donne encore le Henneberg et le Kinnekulle comme exemple de localités.

D’après ce que les auteurs suédois ont dit du trapp , et surtout d’après les exemples qu’ils en ont cités , tels que les cimes du Kinnekulle, du Henneberg, il paraît que cette roche appartient aux terrains volcaniques , et que ces cimes isolées sont les restes d’anciennes coulées de laves, comme le sont celles de l’Auvergne et de la Saxe ( § 87 ). Cette roche , dit M. Hausmann , qui l’a soigneusement examinée sur les lieux , ressemble beaucoup , en certains endroits , à la dolérite ( griinstein ) du mont Meisner, dans la Hesse; elle consiste en grains extrêmement petits d’augite et de feldspath compacte. Elle repose sur un terrain composé de couches de grès , de phyllade , et de calcaire renfermant des orthocératites : M. Hausmann la regarde comme appartenant aux terrains intermédiaires (1).

Dolomieu désignait sous le nom de trapp , des roches qui appartiennent réellement aux terrains primitifs , et qui portent les caractères que W allérius donne au corneus trapezius : c’étaient des cornéennes dures. Son exemple a été suivi par M. Brongniart.

Quant à Saussure , il avait formellement désigné sous ce nom une pierre composée , appartenant aux terrains primitifs , et qui me paraît tenir le milieu entre la diabase et l’aphanite , dont nous parlerons incessamment.

(0 Reise durch Scandinavien , tom, I, ch. V.

l44 TERRAINS PRIMITIFS.

Werner a conservé le nom de trapp , mais il en a généralisé l’acception ; il l’emploie pour désigner, non une seule roche, mais une grande classe de masses minérales. D’après lui, les trapps sont des roches qui appartiennent à une même suite de formations, et qui sont principalement caractérisées par l amphibole : ce minéral s'y trouve presque pur dans les formations les plus anciennes , il diminue dans les subséquentes , et dans les dernières il dégénère en une argile ferrugineuse , formant une masse noirâtre et compacte : quelques grains ou cristaux d’amphibole contenus dans ces dernières formations , leur impriment encore le caractère de cette grande classe.

Werner avait ainsi des trapps dans les terrains primitifs, intermédiaires et secondaires : ces derniers étaient les basaltes avec les roches de la même formation (j). En nous bornant aux seüls * terrains primitifs, nous pourrions très-bien adopter le nom de trapp dans l’acception que lui donne ce savant, c’est-à-dire en le restreignant aux roches amphiboliques ; mais outre l’inconvénient attaché aux anciennes dénominations que l’on conserve , en modifiant leur acception ( § 195 ) , ce nom est très-naturellement remplacé par un mot usité dans notre minéralogie , et qui , expri-

(1) Voyez 1* chapitre des Terrains volcaniques »

ÀMPHIBOLITES.

mant Tesscnce minéralogique des substances auxquelles on l’applique , est très-convenable ; c’est celui d ' arriphibolites pris dans toute son étendue , c’est-à-dire comme synonyme de roches amphibo licfues.

§ 2o5. Ces roches sont ou de l’amphibole presque pur, ou de l’amphibole mêlé avec du feldspath, et formant ainsi la diabase. D’après les observations faites jusqu’ici , le géognoste peut, avec W erner, les diviser et soudiviser ainsi qu'il suit :

i° Amphibolite ( hornblende gestein )

1) grenue ou lamellaire ;

2) compacte , avec indices de cristallisât. ;

a) commune ;

b) schisteuse.

20 Diabase ( grünstein )

1) granit oïde ;

2) schisteuse ( grünsteinschiefer ) ;

3) compacte ;

a) commune ;

b) porphyroïde ( grün porphyr ).

Faisons quelques courtes observations sur ces

diverses roches. L’amphibolite grenue ou lamellaire n’est que l’amphibole ordinaire mêlé de quelques autres minéraux. L’amphibolite schisteuse est une roche mélangée et à parties difficilement discernables : l’amphibole y domine , ou du moins il masque les autres substances ; il se reconnaît par ses rayons et ses fibres , qu’on

Diverses sortes d’am> phibolites.

IO

j '(J TERRAINS PRIMITIFS,

voit dans la pierre et principalement sur la surface des feuillets : cette roche contient fréquemment des paillettes de mica et des grains de feldspath , et elle se rapproche alors de la diabase schisteuse.

La diabase , dit Werner , est une roche à structure granitique , principalement composée de grains d’amphibole et de feldspath; l’amphibole y est habituellement la partie dominante. Outre ces deux minéraux . on y trouve assez souvent des paillettes de mica et quelques grains de quartz. Elle contient encore , presque toujours , ainsi que toutes les variétés de roches amphiboliques , une quantité plus ou moins considérable de pyrites martiales, en petits grains disséminés : ce fait, digne de remarque, est donné comme un des caractères qui servent a distinguer les trapps pnmitifs. Werner , qui , le premier , a séparé la diabase des autres roches granitoïdes, lui a donné le nom allemand de grünstein ( pierre verte ) : mais comme cenomne peut être admis dans notre langue, nous lui avons substitué celui de diabase, introduit par M. Brongniart , et dont nous nous servons depuis plusieurs années. M. Haiiy a dernièrement donné à cette même roche le nom de diorite.

La diabase schisteuse, d’après Werner, est composée de feldspath compacte et d’amphibole; elle renferme quelquefois un peu de mica , et

AMPHIBOLITES. l/fy

rarement des grains de quartz Le feldspath y est , ainsi que nous ^ enons de le remarquer , à 1 état compacte ; il est mélangé avec 1 amphibole , sans aucune régularité , et tantôt l une tantôt 1 autre de ces substances domine. Les feuillets sont épais et serrés , de sorte que la texture schisteuse est quelquefois difficile à reconnaître.

Lorsque la diabase passe à l’état compacte , soit par une extrême diminution dans la grosseur des grains d’amphibole et de feldspath , soit même par une fusion complète de leurs éléments les uns dans les autres, elle produit l’aphanite , de la même manière que nous avons vu le granité produire l’eurite.

J entre dans quelques détailssur celte roche, qui a été jusqu’ici , et qui sera encore long-tems une des plus embarrassantes a bien reconnaître et à bien distinguer.

§ 206. D’après ce que nous venons de dire, Yapha ni te est une roche composée, mais (T apparence homogène, dans laquelle l amphibole est le principe dominant ou caractéristique . Elle se présente comme une pierre d'un vert noirâtre , fusible en un verre noir , demi- dure et d'une cassure mate. Ses variétés principales seront : t° la compacte , à cassure concoïdc et lisse ; elle est rare, et forme la base de quelques porphyres noirs : a0 la commune ( le grünstein , à parties indiscernables ) ; sa cassure est grenue , à grain terne et grossier ,

io.

A plia ni te.

J g terrains primitifs.

sa couleur est verte : 3° la terreuse; à grain encore plus grossier que la précédente, et ayant moins de consistance ; c’est la base de plusieurs amygdaloïdes : 4° la schisteuse.

L’aphanile a de grands rapports avec l’eurite ; elle y passe, comme le granité ou la siénite passe à la diabase granitoïde ; elle s’en distingue principalement par sa couleur plus foncée , au moins relativement au verre obtenu au chalumeau , par sa moindre dureté, et par un peu plus de pesanteur. D une autre part , elle a aussi beaucoup de ressemblance avec le basalte ou certaines dolérites compactes ; quelquefois même elle leur ressemble entièrement par ses caractères minéralogiques , et ne peut plus en etre distinguée que par les circonstances de son gissement , ou en ce qu’elle ne contient point d’olivine et d’augite.

Je ferai à ce sujet une remarque : l’aphanite est un mélange de feldspath et d’amphibole à l’état compacte ; la dolérite compacte est , de son côté , un pareil mélange de feldspath et d augite : or , les caractères géométriques qui seuls établissent la différence essentielle entre l’amphibole et l’augite ayant disparu , il n’y a plus de moyen de distinguer les deux roches, elles auront tous les mêmes caractères. Cependant l’intérêt de la science exige qu’on leur conserve un nom différent. 11 faut élever un mur de séparation entre les produits volcaniques et ceux qui ne le sont pas : il vaut mieux que l’observateur , lorsque les caractères tirés du gissement ne lui permettront pas de prononcer , dise , par exemple , que la roche qu’il signale est une

AMPHIBOLITES.

«liabasc compacte , ou une dolérite compacte , et qu’il tienne ainsi dans le doute, que de confondre dans un seul nom, les choses qu’il importe le plus à la géognosie de tenir distinctes.

L’aphanite est comprise parmi les roches que les anciens minéralogistes nommaient pierres de corne ou cornéennes. Mais ces noms ont été donnés à tant de substances différentes , ils ont occasioné tant de confusion , que l’on doit les bannir entièrement de la minéralogie. Les minéralogistes allemands les ont donnés et les donnent encore à des pierres purement quartzeuses ( horrntein ou lapis corneus ). Wallérius en a beaucoup étendu et généralisé l’acception : il a fait quatre espèces de cornéennes qui comprennent des minéraux entièrement différents. Ayant eu occasion d’étudier, dans le cabinet de minéralogie de M. le Lièvre , une suite de roches étiquetées d’après la méthode du savant suédois, et vraisemblablement sous ses yeux, j’ai vu, i° que sa cornéenne luisante {corneus nitens') contenait principalement des phyllades à feuillets durs et épais, et des schistes chloritiques ; 2° que sa cornéenne schisteuse dure (corneus fissilis durior ) n’était que la diabase compacte et schisteuse , et que la variété tendre ( mollior ) renfermait beaucoup de phyllades et de .schistes talqueux ; 3° que la cornéenne spathique ( corneus spathosus ) n’était qu’une amphibole lamellaire ) 4° enfin que le corneus trapezius comprenait des aphanites , des dolérites , des basaltes et des lydiennes. Saussure , après avoir pris le mot de cornéenne avec toute la latitude que lui avait donnée Wallérius, avait fini par le restreindre aux roches amphiboliques , soit schisteuses , soit compactes, qui étaient homogènes en apparence et qui ne présentaient aucun indice de cristallisation : et c’est la roche nommée très-convenablement, sous tous les rapports , aphanite par M. Haiiy. Certainement on a fait faire à la science un pas vers sa perfection , en caractérisant l’aphanite et en la séparant de la dolérite, qui porte aussi le nom de grünstein en allemand : mais toutes les diffi-

Gissement, Rapport avec les autres terrains

100 TERRAINS PRIMITIFS

cultes, toutes les incertitudes 11e sont pas levées, et c’est encore ici le point de la minéralogie géognostique où il y aura le plus de confusion : c’est la roche sous le nom de laquelle on confondra le plus de substances différentes. Autrefois on rejetait parmi les coniéennes un grand nombre de roches qu’on ne savait pas caractériser ; l’école Wernérienne en a rejeté plusieurs parmi ses grünstein , et nous serons obligés d’en laisser aussi parmi nos aphanites : le mal tient en partie à la nature même des choses; là où les caractères manquent , il est impossible de nommer avec précision.

§ 207. Les diverses sorles d’amphibolites dont nous venons de parler nonl pas été trouvées jusqu ici sur des espaces assez étendus , et avec des caractères distinctifs assez prononcés , pour être regardées comme constituant des terrains particuliers d une étendue pareille à ceux que nous avons déjà cités. Elles peuvent être regardées comme faisant partie de ces derniers : chacune d'elles semble en outre se trouver plus habituellement dans un d’entre eux.

Les variétés granitoïdes , l’amphibole lamellaire et la diabase proprement dite , se voient principalement dans les granités ; et le plus souvent elles semblent n’en être qu'une variété, dans laquelle l'amphibole aurait pris momentanément le dessus : c’est ainsi que m’a paru être la diabase des environs du lac d’Aida , en Auvergne. Ailleurs , notamment en Piémont , auprès de Tavigliano , au nord de Bielle , et aux environs d Ivrée , de belles diabases occupent bien des es-

AMPHIBOLITES.

paces de quelques lieues carrées ; mais elles y sont entourées de toutes parts du granité ordinaire a cette partie des Alpes, elles se fondent en quelque sorte en lui : ce sont des portions d’une grande assise granitique, et je ne saurais les regarder comme en étant géognostiquement distinctes. Dans la partie méridionale de la Suède , dans le Sinoland , M. Hausmann a bien vu dominer un grünsiein , composé d’amphibole et de feldspath , tantôt granitoïde , tantôt schisteux , et contenant des couches de chlorite : mais encore, d’après les observations de ce savant et de M. de Buch , ce ne serait qu un membre subordonné du terrain de gneis qui règne dans toute la Scandinavie.

Les couches de diabase et notamment de diabase schisteuse ( grünsleinschiefer ), mélanges de feldspath compacte et d’amphibole qu’on voit en Saxe, dans le Fichtelberg et dans plusieurs aulres contrées , au milieu des phyllades , se présentent avec des caractères particuliers : elles m’ont réellement paru être des membres distincts , quoique d’ailleurs elles eussent avec les phyllades bien des rapports , et qu’elles fussent positivement des couches subordonnées dans leur terrain. Ce sont ces diabases qui m’ont semblé appartenir plus particulièrement que toute autre aux trapps primitifs.

Quant à l’amphibolite - schisteuse , composée d’amphibole plus ou moins mêlée de diverses

lJ)2

TERRAINS PRIMITIFS

autres substances, et que l’on trouve très-souvent en couches dans les gneis et les schistes-micacés , elle appartient aux terrains propres à ces roches : elle y est fréquemment mélangée avec elles , et forme ainsi comme des couches mixtes. Il y a peu de minéralogistes qui n’aient eu occasion d’en observer. Quelques-unes des exploitations de fer oxidulé que l’on a en Saxe , et dans certaines parties de la Suède , sont dans de pareilles amphibolites.

La diabase compacte , ou aphanite , se trouve dans les terrains primitifs , moins en assises considérables , qu’en portions d’assises, qui consistent, soit en porphyre, soit en diabase, soiten granité , etc. Ce que nous avons dit sur la nature de l’aphanite le fait aisément concevoir ; il indique ses rapports avec les autres roches , notamment avec le porphyre euri tique ; ces deux masses passent continuellement de l’une à l’autre , et ont la plus grande connexion.

On a un exemple de ces faits dans le Thiïrm gerwald , où le porphyre forme la majeure partie du sol de cette contrée , ainsi que nous l’avons vu. Il y dégénère souvent en un porphyre aphanitique , lequel est en général d’un vert foncé, quelquefois noirâtre ; il contient des cristaux de feldspath , d’amphibole et de mica. Sa base , qui est mêlée d’une quantité assez considérable de terre calcaire , est assez souvent compacte , plus sou-

AMPHIBOLITES.

vent terreuse , et quelquefois cellulaire ou bulleuse ; d’un point à un autre , elle présente les plus grandes variations à cet égard. Les variétés compactes sont celles qui contiennent le plus de cristaux de feldspath et meme quelques grains de quartz ; elles présentent des porphyres qui ont l’aspect du porfido nero , lequel , au milieu d’un aphanite noir et compacte , présente des cristaux ou points feldspathiques blancs. Ailleurs , elles ressemblent au porphyre ophitique dont nous parlerons dans peu. Dans les variétés terreuses , le quartz disparaît , le feldspath diminue , et le mica et l’amphibole augmentent. Ce sont ces variétés qui présentent souvent la structure amygdaloïde : les cavités sont quelquefois très-petites , d’autres fois elles sont comme de grosses noix ; elles sont tantôt vides, tantôt pleines, en tout ou en partie , de spath calcaire , de terre verte , et assez rarement de calcédoine. M. Heim remarque que de pareilles roches , en se décomposant , prennent un aspect sale , ferrugineux ; ce qui , joint aux vacuoles vides qu’elles présentent , leur donne l’apparence de laves , et qu’elles ont même été prises pour des produits volcaniques ; mais il remarque aussi que, malgré cette apparence, malgré l’aspect terreux et altéré qui les ferait prendre souvent pour des irass , il est impossible de ne pas les placer à côté du granité bien cristallin et à gros grains , auquel elles tiennent in-

TERRAINS PRIMITIFS

contestablement (1). Ces roches, ou plutôt ces montagnes dont elles font partie , sont-elles primitives? Malgré quelques apparences, regardonsles comme telles , jusqu’à ce que des faits positifs les fassent passer dans une autre classe.

L’incertitude qui règne à cet égard se reproduit, lorsqu’il s’agit de classer la plupart des porphyres aphanitiques , par exemple , le beau porphyre antique connu des artistes sous le nom de serpentino verde antico , appelé ophite par Wallérius et la plupart des minéralogistes, et désigné par W erner sous le nom de g? ünpojphyr{ porphyre vert). Sa hase est une aphanite compacte , à cassure égale et quelquefois écailleuse , d’un vert foncé, et contenant des cristaux allongés d’un feldspath presque compacte , vert clair , ayant toutes sortes de directions , et se croisant en différents sens ( ce croisement se fait vraisemblablement sous un angle dépendant des lois de la cristallisation ; et l’apparence compacte des cristaux provient de ce que leurs lames très-serrées les unes contre les autres , ne sont pas discernables). Werner et la plupart des minéralogistes le placent dans les terrains primitifs , et malgré les pyrites qu’il contient et qui semblent caractériser les amphibolites de ces terrains :

(i)Geologische Beschreibung der Thiiringerwaldgebûges, t. III, pag. n3 et ny.

AM PÏÎ1B0MTF.S.

cc n’est qu’avec défiance que je suis l’exemple de ces savants : il serait possible qu'il fût du domaine volcanique. J ai vu, dans les monts Cantals , en Auvergne , des masses porphyroïdes d’un vert noirâtre , renfermant des cristaux d’un vert clair et ayant la plus grande ressemblance avec l'ophite. Ces masses, comme tout ce qui constitue lesCantals,me paraissaient volcaniques: mais M. Beudant présume que la base de ces monts est de nature analogue au porphyre siénitique de Hongrie , et que c’est à un porphyre analogue qu'appartiennent les masses sus - mentionnées. 1) un au Ire côté , M. Cordier croi t avoir des raisons minéralogiques de regarder la pâte de l’ophite comme appartenant à la dolérite , et non à Faphanite ou à la diabase.

Non - seulement le premier de ces deux minéraux constitue la base de quelques amygdaloïdes et de quelques porphyroïdes, mais encore celle de plusieurs variolites , et en particulier de celle de la Durance , donnée habituellement comme le type de ces sortes de roches (§ 104 ). Sa pâte est d’un vert noirâtre , d’une cassure compacte et écailleuse, assez dure, pesant 2,9, et fondant au chalumeau en émail noir: elle contient des noyaux de feldspath â rayons divergents et quelquefois à couches concentriques, d’un blanc verdâtre , d’un éclat un peu gras et qui fond en un verre blanchâtre. Saussure après avoir porté une attention

TERRAINS PRIMITIFS

particulière sur cette pierre , a donné à sa pâte , qu’il regardait comme analogue à celle de l’ophite , le nom à'ophibase. ( Saussure , § 153g. ) Je l’avais adopté, il y a quelques années (i), pour désigner l’aphanite , mais ce dernier nom, récemment introduit en géognosie, me paraît plus convenable. ^sition*0" § 208. ^es arnpt|it>olites , ainsi que toutes les roches contenant une quantité notable de feldspath , se décomposent aisément. Elles se recouvrent , par l’effet de la décomposition , d’une croûte terreuse , roussâtre , dont la couleur est due à l’oxide de fer passant à l’état d’hydrate. Quelquefois des roches noires, et qu’à leur aspect on eût pris pour de l’amphibole pur ou presque pur, se décomposent en une terre grisâtre comme le feraient des eurites : ce sont effectivement de vrais eurites , mais ils étaient , en quelque sorte , masqués par un principe colorant particulier et qui est étranger à l’amphibole , peut-être par le carbone : ces pierres essayées au chalumeau y blanchissent et se fondent en un verre blanc ou peu coloré.

L’amphibole cède, en général, moins facilement à la décomposition que le feldspath; et cette différence met quelquefois à même de distinguer ces deux éléments, dans des amphibolitesouaphanites qui se présentent sous une apparence par-

(ï ) Journal des Mines , tom. XXIX, pag. 3io. 1811.

ÀMPHIBOLITES. l$7

faite ment homogène et sous une couleur verte uniforme. Dans les échantillons qui ont resté longtems exposés à l'action de l’atmosphère , le feldspath a pâli, et l’amphibole paraît , au milieu de la masse , sous forme de taches plus foncées. Au reste , il est des variétés où le feldspath , par l’effet d’une formation particulière , résiste plus à la décomposition : c’est le cas de plusieurs variolites ; les globules blancs de feldspath restant alors en saillie sur une masse plus colorée , présentent l’image de grains de petite-vérole ; de là le nom de variolite.

Les amphiboles , en se décomposant, prennent très-souvent la forme de boules. J’en ai vu un exemple assez singulier en Bretagne , à trois ou quatre lieues au nord de Poullaouen : le sol y est formé par un aphanite d’un tissu peu serré, les chemins semblent pavés de petites boules de cette pierre, ayant trois ou quatre pouces de diamètre: j’ai cru même pendant un instant qu’il en était ainsi ; mais un examen plus attentif m’a évidemment montré que je marchais sur la roche en place , et que c’était la décomposition qui , en pénétrant par les fissures , l’avait ainsi divisée et façonnée. En traitant des diabases globuleuses , dans le chapitre suivant, nous verrons de nouveaux exemples de cette division. Je me borne à citer un fait très-remarquable observé par M. de Humboldt aux environs de Venezuela. Dans un

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filon d’un gneis très-altéré , au milieu de schistes-micacés, on voit des boules de diabase composées d’amphibole et de feldspath lamellaire , ayant depuis trois pouces jusqu’à quatre pieds de diamètre , présentant des couches concentriques, et renfermant de beaux grenats rouges, lesquels ne se trouvent pas dans les roches environnantes.

Quelquefois la diabase est convertie, par la décomposition , en une terre douce et onctueuse au toucher, dont on peut se servir, et dont on se sert effectivement comme d’une terre à foulon. Telle est celle de Roswein , en Saxe ; la roche dont elle provient est en place ; c’est une diabase granitoïde ; j’ai vu distinctement , dans une carrière , les grains d’amphibole et de feldspath; les premiers étaient verts , et les seconds blancs ; les uns et les autres étaient absolument terreux, et formaient comme une pâte ( car le terrain était hu-

mide) : les parties vertes étaient les plus douces

au toucher. M. de Buch a vu , en Silésie , près de Warthaetde Riegelsclorff, une terreàfoulonpro-

venant également de la décomposition d’une diabase (euphotide), et quoique le feldspath fût coloré par l’amphibole, il distinguait fort bien ces deux substances ( 1).

§ 209. Nous n’avons rien de particulier à dire sur la stratification des amphibolites; celles à struc-

(1) Geognostiche beobacklungen , tom. J, pag. 71.

ÀMPHIB0L1TES.

turc granitique sont clans le meme cas que les grani tes, et celles à struc ture schisteuse sont comme les gncis et les schistes-micacés qui les contiennent; je remarquerai seulement qu’elles se divisent moins facilement en feuillets que ces roches ; les feuillets en sont habituellement plans et épais , leur surface présente des rayons , ou un aspect strié et soyeux, qui y fait encore reconnaître la présence de l'amphibole.

Les amphibolites, au moins d’après les documents parvenus à ma connaissance , s’étant plutôt trouvées comme portions des autres terrains que constituant elles-mêmes de grands terrains , nous n’aurons aucune remarque particulière à faire relativement aux substances métalliques qu’elles peuvent renfermer : elles seront dans les cas des roches qui les contiennent. Je ferai seulement observer que les fdons qui traversent ces roches se poursuivent dans les couches amphiboliques sans varier de richesse , et même que dans quelques cas ils paraissent augmenter. Je rappellerai encore l’affinité géologique qu'il paraît y avoir entre ces couches et le fer oxidulé.

Par une cause semblable à celle que nous venons de donner , nous ne nous arrêterons pas sur l’énumération des lieux où l’on a trouvé des masses amphiboliques d’une étendue assez considérable , d’autant plus qu’une partie d’entre elles, regardées comme primitives jusque dans ces der-

Substances

qu’elle

contient.

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niers tems , sont aujourd’hui classées dans les terrains intermédiaires. Nous reviendrons sur cet objet dans le chapitre suivant, et nous y ajouterons quelques considérations particulières à certains amphibolites.

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