CHAPITRE V
Détails sur divers gîtes particuliers ^ tels que les amas, les Jilons de contact et les Jilons -couches.
SECTION I
Des amas et des stockwercks.
Nous avons défini les amas comme étant de grandes masses minérales non stratifiées, de figure irrégulière, cependant ordinairement arrondies ou elliptiques; ils sont métallifères ou stériles. Ce dernier cas, qui est le pluscommun,se rencontre fréquemmcntpour
ÉTCDES
les terrains granitiques, les porphyres, les roches serpentineuses, les ophites, et, en général, pour tous les terrains plutoniques qui ont percé à diverses époques au travers de la croûte du glohe^ en dérangeant la stratification des couches voisines et eu produisant en même temps des actions chimiques trèsévidentes. Les faits connus sous ce rapport sont trop nombreux et se multiplient de jour en jour à tel point qu’il devient inutile d’entrer dans des détails à cet égard.
Les amas métallifères les plus remarquables et les mieux décrits sont ceux qui contiennent de l’étain, du cuivre pyriteux et du fer oxidulé. Les exploitations séculaires auxquelles ils ont donné lieu ont permis d’en connaître à fond la structure et toutes les relations. Le minérai y est rarement disséminé d’une manière uniforme , mais seulement sous forme de veinules qui se croisent en divers sens et dont l’enchevêtrement réciproque a donné lieu à la dénomination particulière de 6tockwerk,qu’on peut traduire en français par les mots assemblage de veines.
Pour se faire une idée approximative de ces stockwerks, on peut, d’après M. d’Aubuisson, se figurer que la masse, avant son entière consolidation, a éprouvé un retrait, qui l’a crevassée en diverssens, et que lesparties métalliques se sont concentrées en partie dans les fentes. Cependant, quelques lois par-
ticulières se manifestent encore dans ces fractures, et nous ne pouvons mieux les faire ressortir qu’en donnant quelques descriptions détaillées de divers gîtes bien connus.
L’amas stannlfère de Geyer (fig. R) se compose d’une masse de granité à grains fins peu micacé, en forme de cône circulaire tronqué et encaissé dans le gneiss; mais sans s’y joindre, car il est entouré sur tous ses points d’une ceinture épaisse de quelques pouces à quelques pieds, que l’on désigne sous le nom de stockscheider, et qui est formée d’un granité très-différent du premier. Le quartz et le feldspath y forment des morceaux de deux à seize pouces de longueur et de largeur, etd’uu quart à deux pouces d’épaisseur. La masse prédominante est un feldspath rougeâtre. Le quartz esquilleux, cristallin ou compacte, y occupe aussi quelquefois de grands espaces, et le mica s’y trouve disséminé par nids ou en morceaux de deux à six pouces de diamètre; il est noirâtre et ressemble assez à une blende. Cette lisière est adhérente aux deux épontes, et on ne peut la supposer plus moderne que les roches voisines.
L’amas, suivant Duhamel, est traversé par des filons de quartz horizontaux et verticaux, chargés d’étain. Certaines parties E ne contiennent pas beaucoup de veines; il y en a d’autres, comme en F, qui en présentent une grande quantité, mais souvent très-étroites.
554 ÉTCDES
Les veines qui ont si peu d’épaisseur ne s’étendent pas loin, à moins qu’elles ne <ie> 4 viennent plus puissantes. Ces petites veines sortent aussi rarement de la masse du granité. Les plus larges et les mieux réglées, telles que AG, AH, AÏ et KL, se prolongent * au-dela du granité et passent dans le gneiss; mais ces veines n’y sont plus ni aussi larges, ni aussi abondantes que dans le granité. 11 y en a beaucoup qui, au lieu de passer dans le gneiss, s’y arrêtent et sont entièrement coupées; telles sont celles MN et OP; enfin, quelques veines sont presque comprises entre le granité et le gneiss; QR en est une, qui de R en 1 passe dans la dernière roche.
Les mineurs ont observé que les meilleures veines de ce stockwerk ont leur direction de l’orient à l’occident, et que celles qui prennent une autre route sont très-inférieures et ^ moins constantes. Les différences que nous
avons déjà signalées entre les divers systèmes de filon d’une contrée, semblent donc se soutenir dans ce minutieux détail.
Quand plusieurs veinesse réunissent, comme en A, ces points sont les plus abondants en ' minerais.
Le granité lui -même est imprégné de minéral, mais en moindre quantité que les veines, et quoiqu’on E, par exemple, on n’aperçoive aucune veine, la roche n'en est pas moins stannifère.
Ce stockwerck a produit de l’étain dès la surface, et l’on a meme assuré à Duliamel qu’il y était plus abondant qu’à la profondeur de 38o pieds, où on l’exploitait en 1757.
L’amas stannifère d’Allenbery ((ig. S), d’après la description de klipstein, présente une bien plus grande complication. 11 est formé par un porphyre gris foncé, rarement gris clair, passant au gris rougeâtre, et dont la structure n’est pas homogène, mais il renferme souvent du quartz. Sa longueur est d’environ aoo toises sur une largeur de i5o.
Il est traversé dans toutes les directions par une multitude de petits liions en serpenteaux, qui se croisent fréquemment. Leur puissance varie d’un pied à plusieurs pieds; ceux orientaux et occidentaux sont les plus nobles et les plus puissants, et ceux qui sont verticaux et horizontaux, sont trop remplis d’argile et perdent de leur teneur en métal.
Tout le système est coupé dans sou milieu par un filon plus puissant, à peu près vertical, rempli en partie par des débris de la roche encaissante, et en partie par de l’argile ferrugineuse, et il est évidemment plus moderne que les autres, puisqu’il les croise tous.
La roche qui encaisse tous ces filous est toujours plus ou moins imprégnée de particules d’étain, lesquelles s’étendent quelquefois à la distance de plusieurs toises au-delà de leurs salbandes, en sorte quepresque toute la masse
Digf'/ ’-i by
ÉTODES
Je l’amas est stannifère et peut être employée comme minerai à trier et à bocarder ; mais la richesse de la roche est constamment plus grande près des intersections des liions. Quelquefois même le minerai s’est concentré principalement autour de ces points.
Plus la roche porphyrique a absorbé d’étaiu dans sa pâte, plus aussi elle parait riche eu quartz; elle prend donc un caractère spécial , qui est d’autant plus saillant que les mélanges quartzeux ne se séparent plus nettement de la masse principale, mais y sont toujours plus ou moins imperceptiblement fondus. Cette circonstance a fait désigner la roche sous le nom de hornstein porphyrique.
La richesse en minérai est réellement en rapport avec l’abondance en quartz , et il abonde surtout dans les parties où le quartz est plus marqué. Quelquefois même l’étain s’est montré si abondant dans la roche porphyrique, que sa teneur s’est élevée de 6o à 70 pour 100.
Vers le nord-ouest, l’amas porphyrique passe à un granité porphyrique, par suite de la séparation dufeldspath,quise manifeste en gros cristaux. Â cette modifîcation correspond une diminution dans la richesseet dansla puissance des filons stannifères. Ils y poursuivent leur route, mais ne s’y présentent plus qu’en filets minces ou sous forme de simples fissures. La roche encaissante est en même temps bien appauvrie.
' Les deux tiers environ de l’amas sont entourés par un porphyre syénitique, qui renferme dans sa pâte feldspathiqu^e des cristaux abondants d’amphibole et de feldspath. Sa puissance, connue par les travaux d’exploitation, est au moins de 6o toises, et les filons de l’amas porphyrique s’y perdent aussi, comme dans leur passage dans le granité précédent; mais ils reprennent une puissance remarquable quand le porphyre syénitique a été remplacé de nouveau par le porphyre quartzifère ordinaire. Ici sa couleur est rouge clair ou rouge brunâtre. Le quartz y est mélangé sous forme de petits cristaux ou de grains, qui disparaissent quelquefois complètement
La gangue de ceux d’entre les filons qui ont repris le plus de pi^ipsance dans ce porphyre, se compose d’une argUe en partie rouge, en partie blanche; ils contiennent en outre des débris de la roche encaissante et beaucoup d’étain. Ce minérai est aussi disséminé dans le porphyre au toit et au mur, à une distance variable de i X pied à a toises.
L’exploitation de ces filons a fait reconnaître le contact du gneisf et du porphyre; il est' nettement tranché, ou bien on y voit un fendillement. di^ deux roches, duquel résulèë une apparejicé assez semblable à une accumulation dé conglomérat, passant insensiblement à des masses pl^s so^lides, d’une part dans le gneiss et de l’autre düiÿie porphyre;
ÉTODES
enfin, en d’autres points les deux roches se fondent imperceptiblement l’une avec l’autre. La transition se manifeste d’abord par l’isolement de petites stries feldspathiques; elles deviennent insensiblement plus abondantes; le mica commence à paraître; il prend ensuite une assiette déterminée, et le gneiss est formé.
Ordinairement les filons stannifères s’arrêtent au gneiss; cependant on en Toltqnelquesuns dans cette roche; mais ils ne sont pas en liaison avec les précédents.
Le contact du gneiss et du porphyre a encore présenté sur l’un de ses points un fait bien remarquable. On y tronve une roche peu puissante, que l’on pourrait prendre au premier coup d’oeil pour un schiste argileux, fortement carburé. En ^fel, l’anthracite y est disséminée, tantôt *sous forme schisteuse, tantôt compacte, avec des grains quartzeux noirs, et forme encore des masses pures, disposées en veinules et en rognons. Cette présence de l’anthracite dans des terrains de cette nature est un fait excessivement rare.
Du reste, les filons d’étain de tout ce système contiennent divers minérais remarquables: ce sont principalement des fers oligistes, de la chaux lluatée, du calcaire spalhique et fibreux, de l’iiranc phosphatée, du quartz livaiin etdu gypse; enfin, l’amas porphyrique renferme encore nn nid de pinite d’une dimension remarquable. » • .
Digilized by Googifl
•UR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. 55g
Le gîte de Zinawald (Hg. T)vn’esl pas moins intéressant que le précédent; il est formé par Une masse hémisphérique, aplatie sur le sommet, composée d'un granité à gros grains et porphyi’oïde, entouré par un porpliyre feldspathique. Dans le granité se trouvent des es> paces présentant une apparence de slratiGcation, dont les assises ont une puissance d’un pied environ et renferment l’étain.
Ces couches sont coupées et rejetées d’une manière variable par i5 à 14 liions plus mo,* dernes, constamment stériles ou remplis de fragments granitiques.
Les phénomènes produits par ces rejets sont très-remarquables. Le déplacement a eu lieu quelquefois jusqu’à une distance de 4 ou 5 toises, et de plus deux couches superposées n’ont pas conservé leurs distances respectives dans les portions disloquées; mais celles du toit ou du mur se sont quelquefois rapprochées ou écartées, en sorte que les épaisseurs intermédiaires ont varié. Ce phénomène est dilTicile à expliquer. Doit-on donner pour 'raison de celle irrégularité les ébranlements puissants elles fendillements qui eurent lieu lors de la formation des liions les plus modernes? ou bien doit-on admettre qu’elle est due à l’état pâteux de la roche lorsqu’elle, a été fracturée? Dans ce cas, l’étain devrait être contemporain à la roche encaissante.'
Ou a 1 econnu environ sept couches d’étain.,-
ÉTÜDES
qui se courbent en quelque sorte parâllélc' ment à la surface extérieure de la masse encaissante, et leur inflexion est à son maximum près du contact du granité et du porphyre, contre lequel elles s’arrêtent. Leurtoitet leur sole sont presque généralement accompagnés de beaux cristaux de quartz, qui pénètrent dans la rocbe encaissante, et les druses sont remplies de -wolfram et de plusieurs autres minérais que l’on rencontre ordinairement associés à l’étain.
Qu’il nous soit permis d’ajouter ici quelques réflexions sur cette apparente stratification de l’étain. Elle semble, au premier coup d’œil , contraire à tous les faits que présentent les terrains non stratifiés, dontla structure est généralement homogène. Cependant, les anomalies analogues ne sont pas absolument sans exemples. M. Dufrénoy a déjà signalé, dans son Mémoire sur le plateau central de la France, un granité particulier des environs de .Chanteloube, qu’il propose de désigner par le nom caractéristique de granité à grandes par-^ ties. Il est formé de masses irrégulières, plus ou moins puissantes, de quartz hyalin blanc, gris ou brun, sublamellaire ou compacte; de feldspath blanc rose ou rougeâtre, laminaire, et quelquefois en cristaux volumineux; enfin de mica laminaire ou testacé , dont la couleur varie du blanc argentin au noir éclatant et au rouge foncé. Cet isolement de chacun des
Digitizea t «
l<ll
8ÜR LES DÉPÔrS MÉTALLIFÈRES. 5Gl
éléments du granité, sous forme de gros rognons, adhérents les uns aux autres, est déjà une première preuve de l’énergie que les forces d’attraction de cristallisation sont susceptibles d’acquérir dans certains cas; celles-ci peuvent encore déterminer une certaine régularité dans la distribution de ces mêmes principes. M. Roulin a observéauCastillo, à moitié chemin entre l’embouchure du Méta et de la Conception de Uruana,sur la rive droite de rOrénoque , dans la tranche d'un rameau d’une des Cordillières, un granité composé essentiellement d’un quartz blanc, d’un feldspath rose et d’un mica noir, dont l’ensemble présentait au premier aperçu une apparence de stratification; mais, vu de près, il était aisé de reconnaître qu’il se composait d’alternances périodiques de zones quartzeuses, épaisses'de 2 à 5 pouces, suivies d’une bande de mica épaisse de 8 à 9 lignes, auxquelles succédait la couche feldspathique, dont la puissance surpassais celle du quartz et du mica réunis.
Quelques-unes de ces sortes de couches s’amincissaient peu à peu en forme de coin et se perdaient dans la masse du rocher; d’autres, au contraire, présentaient des Renflements de près d’un pied d’épaisseur, qui se remplissaient de cristaux, ét anéantissaient dans leur voisinage la série des autres éléments.
Dansquelqueèçouches on voyait la réunion, du feldspath et du mica enchevêtrés l’un dans
ÉTUDES
l’autre, ou bien auprès d’une coucbe de feldspath bien pur, venait une autre couche qui renfermait les lames du mica; mais jamais ce minéral n’élait renfermé dans les bandes quartzeuses; enfin, l’inclinaison générale de ces strates était de i5" environ vers l’E. S.-E. ; or, tou tes ces irrégularités de détail qui régnent au milieu de la symétrie de l’ensemble, repoussent natui'cllement toute idée de stratification réelle, et ne peuvent s’expliquer que par une disposition particulière des cristaux que l’on peut comparer à celle de l’amas de Zinnwald.
Si l’on compare entre eux les amas d’Altemberg et de Zinnwald, on voit encore qu’à une aussi petite distance que celle qui les sépare l’un de l’autre, le porphyre et le granité ont cependant montré, sous le rapport de leur teneur en minérais, des relations tout-à-fait opposées; car à Altemherg l’étain disparaît dans le granité , quoique les filons continuent à y avoir leur cours; tandis qu’au «ontraire, cette roche est slannifère à Zinnwald.
Il est inutile de s’étendre davantage sur la description de gîtes analogues, dont nous pourrions puiser des exemples dans le Cor> nouailles. 11 nous suffira d'observer que le granité et l’elvan porphyrique s’y sont montrés également stanniferes et produisent des phénomènes à peu près pareils a ceux que l’on voit dans la Saxe.
Le fer oxidulé présente encore des exemples positifs de cette corrélation intime des métaux avec les roches cristallines en amas dans l’acception que nous donnons à ce mot; mais, au lieu de se rencontrer dans des roches riches en silice et en alumine, .comme le sont les précédentes, il se trouve dans les roches éminemment magnésiennes et ifep'ii^ineuses ou très-chargées de hases, que^. d’Aubuisson propose de désigner sous le nom de sidéritiques , à cause de leur disposition à se surcharger de protoxide de fer.
' K Si cet oxide, dit-il, a augmenté au-delà du terme de saturation, ils’esttrouvé en excès, et ses molécules, en se réunissant, ont formé les grains, veines et masses de cet oxide ou fer oxidulé des minéralogistes, qu’on voit si fréquemment dans les masses talqueuses, et, par conséquent, dans les serpentines.”
< Le même fait se remarque encore dausles basaltes; mais le fer y est plus spécialement titané.
Ce fer se dissémine quelquefois en grains imperceptibles à la vue et il donne à la roche cette propriétémagnétique,quia été observée par M. deHumboldt et Guy ton dans des amas de serpeutine et des prismes de basalte; mais il se réunit aussi en masses exploitables d’une extrême richesse; c’est ainsi qu’au pied méridional du Moût- Rose, entre les vallées de Gressoney et de la Sesia, ou voit une énorme
ÉfLÜliS
nssisc de'sei j>enline lellement charf^ée de res filefs et de ces ttrains, (|u’il suffit d’exploiter ])our le service des fonderies de fer les blocs <[ui s’en détachent et qui tombent dans le "vallofi d’Olent.
. A Traverselle, en Piémont , dans un terrain de schiste micacé , se trouve une énorme masse granitique, contenant un amas de fer oxidulé, granulaire, ayant près de 5oo nôtres de long, 400 de large et 5oo de haut. Il est associé à du talc, de la stéatite, du spath calcaire et quelquefois entremêlé de pyrites. Ces diverses substances sont encore souvent disposées par veines et par bandes.
L’amas serpentineux de (.ogne, inclus dans une montagne de schiste micacé culcarifère, forme aussi une masse puissante ohlongue, de mille mètres de longueur et de plus de 5o mètres ti’épaissenr, dans laquelle le minéral compacte est concentré sur une trentaine de mètres d’épaisseur.
Mais aucun de ces exemples ne surpasse en puissance'et en célébrité le mont Taherg en Suède; il forme un monticule de »a5 mètres de hauteur et de 5 à 600 mètres de longueur; composé d’une diabase ou roche feldspalliique et amphiholique encaissée dans le gneiss.
Il est loin d’être pénétré uniformément de . fer; mais ce minérui est concentré spécialement dans des.lilous étroits et parallèles , ordinairement verticaux, et dirigés du nord au sud, à peu près comme la montagne.
SUR LES DÉPÔTS MÉTALLlFÈnES. 565
lis sont cnx-mêraes remplis de feldspath et d’amphibole, mélangésinlimemcnt au minerai de fer, et leur puissance est très-faible.
Sur le j)eiichant occidental de la montagne on trouve encore ce qu’on appelle le minerai rubanné , parce qu’il présente dans sa cassure alternativement des raies blanches et noires, provenant d’un mélange de spath et d’oxidule.
Ou rencontre des m.asses plus ou moins analogues dans la Sibérie et dans la Laponie, où M. Léopold de Biich cite l’amas de Kirnnavara, qui est reconnu sur une épaisseur de 800 pieds.
Enlin, c’est dans de la serpentine qu’on a trouvé eu Provence le fer chromatci il y est en veinules et en rognons.
Les gîtes de minérais de cuivre en amas paraissent devoir se rapporter à des faits du même ordre; mais leur dilliision dansdes roches non stratifiées ne nous a pas para aussi clairement établie que les exemples de l’étain et du fer. lisse trouvent, en général, dans des parties de ces mêmes terrains, brisées et morcelées par des agents qui les ont laissés pour traces de leur action.
Un des exemples les plus frappants sous ce rapport est celui de l’île d’Anglesey. D’après la description de M. Erère-Jean, la montagne qui renferme ce gîte est plus vaste que celles environnantes. Sa superficie a au moins 2000 mètres carrés, et c’est sur cette plate-forme.
ÉTLDE*
qui n'a aucun contour régulier, que l’on a ouvert l’exploitation comme celle d’une carrière.
Les dilTérentes roches qui composent la masse sont des schistes ardoises, des grau- ■wackcs schisteuses, des schistes argileux verdâtres ou rougeâtres, passant au schiste talqueux, et elles sont associées à la serpentine et à l’euphotide. On y trouve encore d’abondantes couches de quartz très- imprégnées de sulfure de fer et de hornstein (quartz néopètre).
Mais la disposition des couches est tellement irrégulière et leur inclinaison réciproque tellement variable, qu’on ne peut douter qu’elles ne soient le résultat d’un grand bouleversement.
Le cuivre pyrileux forme au milieu de ce désordre des systèmes de petits filons entrelacés, avant pour gangue le quartz, la serpentine et la lydienne; ils n’ont ni direction, ni inclinaison constantes, et quand ils se réunissent, c’esten forme d’étoiles, dont le centre est une agglomération de minérais. On en a rencontré une pareille qui avait jusqu’à 20 mètres d’épaisseur sur son petit axe, et divers filons ayant jusqu’à 2 mètres de puissance, s’en détachaient en divergeant; mais leur puissance ordinaire est d’environ 2 décimètres. Ces filonssontsouventpeuhomogènes, et la gangue en occupe quelquefois toute la puis-
SIR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. SG’j
sance; ils se perdent aussi insensiblement et semblent, pour ainsi dire, faire partie de la l'oclie encaissante. Outre le sulfure de cuivre, la pyrite ordinaire y est encore très-abondante, et l’on y voit un peu de sidfure de zi n c.
Le gîte de Fablun, dans la Dalccarlie, paraît avoir quelque analogie avec le précédent.
La masse se trouve dans un vallon dirigé du nord-ouest au sud-est et borné par un granité rougeâtre, dont le grain s’atténue de plus en plus, à mesure qu’il se rapproche de ce point central; il finit par se changer en une roche talqueuse et amphibulique , à structure rhomboïdale et à texture ondulée, qui contient le dépôt.
L’étendue de celui-ci est d’environ 400 mètres sur a5o de large; sa longueur est dirigée dans le sens de la vallée, et il descend verticalement dans la profondeur.
Son centre est composé de pyrites ferrugineuses. Toute sa longueur est traversée par des veines de la roche; et il est cuprifère à'ia « circonférence. Il projette au sud-est deux grosses branches sinueuses et séparées par un rocher qui contient aussi du minéral, mais dans une direction à angle droit, relativement aux autres. Enfin, du côté occidental de cette gi'ande masse et sur la majeure partie de sa circonférence, se replient en arc de cercle
tTLÜES
* • ^ trois a unes filous parallèles, <jui pourraient
olre considérés comme n'en formant qu’un seul; car ils ne sontséparés que par de minces cloisons de la roche lalqueuse.
Les lorrains de dilFéreuls âges sont encore assez fréquemment sujets à être percés par des amas quarlzeux qui s’élèvent au-dessus du sol çncaissant, en formant des massesconiques ou oblongues, qu’on prendrait h une certaine distance pour des huttes volcaniques.
Aux environs de Pontgihaud il en existe un très-remarquahle, qui est connu sous le nom de roche Cornet. Son élévation est de 8ii meti es au-dessus du niveau de la mer et d’environ Go mètres au-dessus du plateau environnant; il est alongé du nord-ouest au sud-est, et il parait se rattacher à un sjstème de filons quartzeux et de chaux flualée qui se renconlient en divers points des environs et notamment à iMarlineiche. l’eut-étrela roche Cornet occupe-t-elle le jioint piincipal d’application de 1 eliort qui a jiroduit tous ces filons.
Le quartz sy présente à divers états depuis , l’opaque et amorphe jusqu’à l’état hjalin et cristallisé; il présente de nombreuses zones ^ entrelacées et concrétionnées, indiquant une forte et longue infiltration; enfin, la chaux Ouatée, violette ou verdâti e, y abonde comme minéral contemporain. IJ esta lemarquei que cette espèce a toujours cristallisé en octaèdres Irès uets ou curvilignes, quelquefois frès-gi os;
SUR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES, 56g
cependant cette forme est ge'néralement peu fréquente.
, Cette formation d’amas quarizeux, saillants à la surface des micaschistes, s'étend encore très au loin et sur tous les points de la contrée; mais ils sont loin de présenter une dimension aussi colossale.
Les géologues connaissent depuis longtemps la colline de Saint-Priest, qui surmonte le terrain houiller de Saint-Etienne. Les nouveaux détails que M. Dufrénoy a publiés à son sujet, sont trop intéressants et rentrent d’ailleurs trop naturellement dansnotresujet, pour que nous puit:sions les passer sous silence.
Le bas de la butte est formé par un véritable grès bouiller, peu micacé et rarement schisteux, comme celui du reste du bassin, ün y volt des empreintes de calamites , etc. Vers le milieu de la colline les caractères du grès s’elfacentun peu, quoiqu’ils soientencore sensibles.
La roche se surcharge d’un quartz noir et gris clair, tantôt disséminé en fragments, tantôt contemporain à la pâte, qui en est comme imbibée. Le mica reste dans la roche comme témoin de son identité avec le grès houiller inférieur; enfin le tout est caverneux et les vacuoles sont irrégulières et quelquefois tapissées de petits cristaux de quartz et baryte sulfatée.
ÉTUDES
Vers le sommet de la colline les caractères du grès ont disparu presque entièrement; iis • ne se montrent que par places isolées, et l’on y retrouve les empreintes de tiges.
La roche principale est alors un quartz silex qui se casse avec une grande facilité et qui est étonné dans tous les sens. Toutes les fissures sont tapissées de cristallisations quartzeuses et quelquefois harytiques. Ce quartz est généralement gris bleuâtre et ressemble assez à la calcédoine. On y retrouve aussi des empreintes de calamites et de fougères.
Ces diverses gradations ne permettent pas de douter que la butte de Saint-Priest ne soit une modification du terrain houillcr, due à une s puissante action chimique, analogue à celle que nous avons déjà citée, d’après M. ]\auinann, pour les environs de Tœplitz, où elle s’est exercée sousl’influence des porphyres sur * les calcaires coquilliers. INous en verrons de nouveaux exemples quand nous traiterons des liions de contact desenvirons de Badenweiler, en Brisgau, et de ceux de Bergheim, près de Colmar, dans le département du Haut-Bhin.
Les roches quartzeuses du Brésil, que M. d’Eschwege désigne sous les noms d’ilacolu- I mite et d’itabirite, et que l’on décrit dans tous les ouvrages comme subordonnées en stratification concordante aux schistes argileux, nous paraissent devoir se rapporter à de grandes actions analogue^. A la vérité, le géologue qui
HDigitiZod b>
SIR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. Syi
nous en a donne la connaissance, insiste fréquemment sur la concordance de stratification et la contemporanéité des deux formations; mais d’un autre cô'é, si l’on consulte avec attention ses écrits, on verra qu’il les assimile complètement aux roclies non stratifiées, quand il dit: «de même que dans la précédente formation Wimphibote a formé des trapps en s’accumulant vers les parties supérieures, de même ici nous voyons des sommets et des dos de montagnes composés de fer oxidulé et oligiste micacé; assemblage que je décrirai sous le nom général d’itahlrite. Le talc, la clilorite schisteuse et la pierre ollaire, sont également accumulés à la partie supérieure du thonschlefer, où ils forment des couches et aussi des montagnes entières. ”
Achevons de confirmer ces premières données par l’exposé complet des caractères essentiels de ces roches. L’itacolumitc est schisteuse ; elle se compose essentiellement de quartz blanc, grenu, entremêlé de talc et de chlorite, et les minéraux accidentelsy sont le fer oxidulé, des pyrites, du fer oligiste naicacé,dumlca, du ferarsénical,de l’antimoine, et enfin, du soufre libre. Divers feuilletsy sont aurifères, et tout le système est traversé par une grande quantité de filons quartzeux, contenant les mêmes substances. Dans l’itabirite on retrouve les mêmes minérais, seulement
KTCDES
en propoi'lion tlilTô’enlc; mais l’cnsomble en est solide on compacte, et quelquefois d’une, texture grenue, schisteuse.
Ces deux roches se trouvent souvent adossées l'une à l’autre, de manière que l itabirile repose sur l’itacolumite, et elles forment des masses informes, saillantes énormément audessus du sol , puisque entre autres, à la.Serrada-Piedade, la masse d’itabirite a plus de looo pieds de puissanee. Enlin, dans leur contact avec les roebes schisteuses, celles-ci sont devenues ferrugineuses, talqueuses, chloriteuses ou ampbiboliques; modifications qui leur ont valu le nom de schistes ferrugineux. L’or y est disséminé dans les points qui reposent sur l'ilacolumite; ce qui n’a pas lieu dans les parties en contact avec le .schiste argileux.
11 est impossible de ne pas voir dans celte gradation de la texture schisteuse prononcée tians lesschislesfcrrugineux et l’itacolumite, à celle confuse de l’ilabirite, qui lui estsuperposée, ainsi que dans l’ensemble des modifications opérées sur la roche encaissante, des actions chimiques du même ordre que celles que nous avons vues pour la butte de Saint-Priest, près de Saint-Etienne, cl si elles ont échappé au géologue distingué à qui nous devons ces descriptions, il faut se rappeler qu’à l’époque de ses observations la partie chimique de la géologie n’avait pas encore pris le développement qu’ellea acquis depuis. Il nous suflit, au
reste, que les descriptions locales soient assez exactes pour qu’on puisse les entrevoir, et la science saura toujours en tirer parti à mesure que ses progrès en auront besoin.
Nous passerons sous silence un grand nombre d’autres gîtes, considérés comme des amas^ mais outre que leur détail n’ajouterait rien aux descriptions précédentes, la plupart paraissent devoir rentrer dans les catégories suivantes, en vertu de leur structure et de leurs relations tontes spéciales.
SECTION IL
Des filons de contact.
Les nombreuses modifications que les roches sédimenlaires ont subies sous rinfliience des roches cristallines, telles que leur conversion en dolomies, en sulfates de chaux, en quartz; l’intercalation des masses de sel gemme entre leurs strates et une foule d’autres actions analogues, devaient naturellement nous amener à penser que l’apparition des métaux pouvait se rattacher dans bien des cas à des phénomènes chimiques du mémo ordre.
D’un antre coté l’association constante qui existe entre les roches non stratifiées et les dépôts métallifères, sur laquelle nous avons 'déjà tant de fois fixé l’attention, nous con-« duisait encore à les unir plus intimement les