B. LE GRAND ERG OCCIDENTAL AU SUD DE TAGHIT (SAHARA ALGÉRIEN
La merde sable laisse reconnaître un alignement de crêtes recourbées en rapport avec les vents dominants. Au premier plan, indices de remaniements dus à une saute de vent temporaire.
Planche XXX.
Martonne. Géographie Plujsiqi
Dunes mouvantes et Dunes fixées
Cliché Choli
A. BARKHAN DU DELIBLAT ( HONGRIE).
Le mouvement du sable est rendu sensible par les rides de la surface de la dune.
Cliché Cl.. V,.];
SABLES MORTS, PRÈS DE VIMEREUX (.BOULONNAIS). Dunes fixées par les oyais.
Planche XXXI.
E. DE Martonne. Géographie Pliijsiqite
La topographie confuse des dunes maritimes et fluviatiles résulte de l'association de formes élémentaires, dont la connaissance dérive surtout de l'étude des régions désertiques. Il est facile cependant de reconnaître une loi constante dans leur relief : on constate partout l'existence d'ondulations parallèles séparées par des dépressions. Ces ondulations ont un profil dissymétrique, la pente douce étant tournée du côté d'où souffle le vent dominant. Par des jours de forte brise, on voit, dans les dunes non fixées, le sable remonter cette pente en formant des ondulations parallèles, comme de petites vagues (pi. XXXI) et se disperser en poussière du côté de la pente raide; on dit que la dune fume. Les crêtes et les dépressions se déplacent ainsi lentement dans le sens des vents dominants. Il en résulte qu'elles doivent être disposées perpendiculairement à cette direction. Mais il faut tenir compte du point de départ du mouvement. Nécessairement, les ondulations sont toujours, au moins au début, parallèles à la ligne du rivage, qui est la source productrice des sables. C'est ce qu'on remarque nettement dans les dunes de Gascogne et du bas Danube. Dans les deltas, les lignes de dunes marquent la disposition de l'ancien littoral; il en est de même partout où l'on observe un accroissement rapide du continent.
Les dimensions des dunes maritimes sont très variables. Leur formation est liée à la présence d'une côte basse, ayant des marées assez sensibles pour découvrir et livrer à l'action du vent des plages sableuses. Aussi les côtes des mers intérieures ont-elles rarement de grandes dunes. Celles de la côte du Languedoc atteignent à peine 7 m. de haut, celles delà Baltique ne dépassent pas 30 m. ; tandis que sur le littoral de l'océan Atlantique, on connaît des massifs de dunes s'élevant jusqu'à 60 et 80 m. La pente des versants est généralement plus forte dans les grandes dunes, mais ne dépasse jamais 10° du côté du vent et 30° du côté opposé.
Déplacements et consolidation des dunes. — Le mécanisme du déplacement des dunes a été étudié avec un soin qu'expliquent ses dangers. Il a toujours lieu dans le sens des vents dominants, du côté de la pente raide. Sa rapidité est d'autant plus grande que les dimensions des dunes sont plus faibles ; par des temps de forte brise, on a observé une avancée de un mètre par jour pour des dunes de moins de 5 m. de haut [Baschin, 2]. Il s'agit non pas d'un déplacement d'ensemble de la dune, mais d'un remaniement graduel de son profil. La couche superficielle de sable exposée au vent est poussée grain à grain jusqu'au haut de la pente où le sable s'éboule ou se disperse en poussière, suivant la force du vent.
On voit par suite qu'il suffit, pour arrêter l'avancée de la dune, de fixer la pente douce, en y établissant artificiellement un tapis végétal; le problème
a été résolu pour les Landes de Gascogne, grâce à Brémontier, et les procédés en sont entrés dans la pratique courante. Les semis de plantes herbacées à racines traçantes [Oyat dans le Nord, Goubet en Gascogne) préparent la voie aux plantations de conifères : pins maritimes dans le Sud, pins sylvestres dans le Nord. L'afflux des nouveaux sables, capable d'empêcher la croissance des jeunes pousses, est arrêté par une digue littorale artificielle, qu'on crée au bord de la mer en retenant le sable par des palissades et qu'on plante d'oyats.
Les dunes fixées sont une forme morte en quelque sorte. Le peuple l'exprime en distinguant les sables blancs, encore en mouvement, des sables morts (Boulonnais), ou encore les sables blancs et les sables gris (Baltique).
La possibilité de la consolidation prouve que les dunes ne sont pas une nécessité climatique, les précipitations suffisent à donner une nappe d'eau souterraine assez voisine de la surface pour permettre à la végétation de s'établir. La plupart des dunes mouvantes ont été autrefois fixées. Un déboisement imprudent leur avait rendu une nouvelle vie. Tel est certainement le cas des dunes de Gascogne, dont la marche avait commencé au xvie siècle. Les dunes de la Baltique montrent quatre étages de forêts enfouis par quatre invasions du sable depuis l'époque préhistorique [Jentzsch, 5]. Dans les déserts les conditions sont différentes. Jamais les grandes dunes du Sahara n'ont été consolidées et leur fixation serait impossible.
Nature du relief désertique. — Les déserts couvrent à la surface du globe une étendue considérable.
Malgré le peu d'intérêt qu'ils offrent pour les eutreprises humaines, ils ont été étudiés par des savants courageux, à qui nous devons d'en connaître assez bien maintenant les caractères généraux. Pomel, Rolland et Foukeau dans le Sahara, Sven Hedin dans les déserts de l'Asie centrale, les géologues américains dans l'Ouest des États- Unis nous ont révélé un grand nombre de faits qui ont singulièrement modifié les idées qu'on se faisait jadis sur ces régions déshéritées du globe.
Nous savons maintenant qu'un désert n'est pas uniquement formé de dunes. Dans le Sahara, les sables ne couvrent guère plus d'un tiers de la surface. Nous savons aussi qu'un désert n'est pas nécessairement dépourvu de tout relief. Le Sahara est accidenté de chaînes et de plateaux atteignant 2 000 m. (Tibesti). Les déserts de l'Amérique et de l'Asie centrale sont, non seulement encadrés, mais traversés par de hautes chaînes. Ces seules constatations ont suffi pour montrer l'inanité de la conception ancienne des déserts envisagés comme d'anciens lits de mer desséchés (Mer Saharienne).
En réalité, on retrouve dans tous les déserts deux aspects bien différents : le désert de pierre, où le relief peut être plus ou moins accentué, et révèle toujours l'action de l'érosion éolienne associée à l'érosion subaérienne (Hamadas du Sahara, montagnes de l'Etbaï,
du Sinaï, etc.); — le désert de sable où la forme dominante est la dune, produit de la seule action du vent. Le désert de pierres est le lieu d'une érosion intense, aussi variée par ses effets que par son origine; — le désert de sable est un lieu d'accumulation monotone.
Le désert de pierres. Décomposition des roches, croûte désertique. — Le désert de pierres est la partie la plus désolée de la zone aride. Dans les dunes du Sahara, on trouve encore quelques traces de végétation (Talha, Retem, Drin, etc.; cf. planche XXXIX). Les plateaux des Hamadas n'offrent pendant des journées de marche qu'un sol caillouteux absolument nu. Le roc, livré sans protection à l'insolation la plus violente, soumis à des variations thermiques quotidiennes dépassant 70°, est attaqué avec une activité extraordinaire par la décomposition mécanique. Il n'est pas rare d'entendre aux heures chaudes un bruit semblable à un coup de pistolet, signalant l'éclatement d'une roche surchauffée. La désagrégation est particulièrement rapide dans les roches hétérogènes : grès, poudingues, granités, surtout quand leurs éléments sont de couleurs variées. Les grains isolés par la décomposition sont balayés par le vent; il en résulte la formation d'alvéoles qui s'agrandissent sans cesse et rongent la surface en lui donnant un aspect très particulier (pi. XXXII, B). Sur les sols naturellement détritiques ou recouverts de débris dus à la désagrégation mécanique, le vent s'empare des éléments les plus fins, isolant les cailloux les plus gros qui forment des amas anguleux. Ce processus, appelé déflation, n'est pas spécial aux déserts; on en trouve des exemples dans les régions balayées par des vents violents (ruines d'Heidelberg, ruines de Crussol et des Baux) ; mais son universalité et son activité sont les conditions essentielles du modelé désertique.
Les produits de la désagrégation mécanique non emportés par le vent s'accumulent sur le sol. Au pied des escarpements, ils forment des talus d'éboulis grossiers en pente beaucoup plus forte que dans les régions humides ; en terrain plat, par exemple sur les Hamadas ou les plaines d'alluvions, ils forment une sorte de pavage grossier et anguleux (pi. XXXIII, A).
L'accumulation de ces débris est une des formes de protection du sol contre la morsure incessante de la décomposition mécanique. La décomposition chimique, qui s'opère d'une manière absolument spéciale aux contrées sèches, en est une autre forme. Les rocs nus sont souvent recouverts d'une croûte luisante, de couleur généralement brunâtre ou rouge, parfois grise. Cette croûte désertique est due, selon J. Walther [6], à l'action combinée d'une oxydation superficielle et
d'une accumulation dans la couche oxydée des sels dissous par l'eau qui vient s'évaporer à la surface sous l'influence de l'insolation. Elle joue le rôle d'une véritable écorce protectrice, revêtant même les cailloux des Hamadas.
Érosion éolienne proprement dite. — L'œuvre de l'érosion éolienne est partout évidente dans les déserts. Elle se présente sous deux faces assez bien caractérisées par les termes de déflation et corrasion proposés par Richthofen.
La déflation n'est guère séparable de la désagrégation mécanique,
avec laquelle elle collabore, en nettoyant constamment la sur-
face décomposée. C'est à elle que sont attribuables les formes de rochers creusés d'alvéoles.
La corrasion est une attaque directe de la roche vive par le vent armé de matériaux fins et durs. Le tourbillon de grains de quartz est particulièrement dense à la surface du sol. Le piéton en fait l'expérience aux dépens de ses jambes, de ses mains et de son visage, sur les on est déjà plus à l'abri [Fou-
Fig. 305. — Rocher en forme de champignon près de Kargeh (Haute-Egypte); type de gara. — Dessin d'après une photographie de J. Walther.
hamadas sahariennes. A chameau reau, 11]. Le caractère rasant de ce tourbillon explique certaines formes particulières du relief désertique. Les escarpements sont attaqués surtout à la base; de là leur allure verticale ou même surplombante. Les témoins isolés sont rongés et prennent la forme de bastions appelés gour (singulier : gara). Quand une couche plus dure couronne l'escarpement, les gour présentent fréquemment l'aspect de champignons (fig. 305).
Cette attaque par la base ressemble un peu à celle de la mer au pied des falaises; elle peut avoir les mêmes effets et percer de part en part un promontoire rocheux. Telle paraît être l'origine des nombreuses roches percées et des arches naturelles souvent signalées dans les pays désertiques (fig. 306).
Les alvéoles dus à la déflation peuvent être, lorsqu'ils sont assez grands, attaqués par la corrasion. Le vent y projette un tourbillon circulaire de grains fins et y sculpte des marmites semblables aux marmites torrentielles [Brunhes, 8].
Erosion éolienne
Cliché Gilbert, U.S. Geôlogical S
A. ARGILES ATTAQUÉES l'A I : l'ÉROSION ÉOLIENNE, PRÈS BIGGS (oRÉGOn).
Début <le la formation des yardangs.
Cliché Neurdein.