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La Plateforme Continentale est d'autant plus développée, que le continent qu'elle borne est plus plat. Aussi suffirait-il d'un léger mouvement pour changer entièrement l'allure de la ligne du rivage. Un mouvement négatif de 100 m. d'amplitude ferait de l'Angleterre une presqu'île, changerait la Baltique en un chapelet de lacs et réduirait la mer du Nord à un golfe. C'est sur la Plateforme Continentale et sur le bord du talus la limitant par rapport aux grandes profondeurs, que s'accumulent les dépôts appelés terrigènes, c'est-à-dire les débris arrachés aux continents par l'érosion. Ces dépôts sont en général d'autant plus fins et d'autant plus uniformes qu'on s'éloigne du rivage. Sur la côte, on trouve des cailloux et des sables, dont la grosseur et la nature dépendent des roches constituant le continent, des formes du littoral, et de la direction des courants; mais à une certaine distance règne partout la même argile, dernier résultat de la trituration des roches et de la décomposition chimique de leurs éléments. Sa couleur bleue, verte ou rouge dépend de la nature des apports continentaux. Elle contient souvent des nodules de phosphate qui indiquent l'activité des actions chimiques. Toutefois, dans les mers chaudes, les organismes constructeurs de récifs introduisent un élément nouveau. La destruction par la mer des édifices coralliens donne des sables et des boues calcaires, dont l'extension géographique est nettement déterminée par celle des coraux, c'est-à-dire par la température des eaux de surface (Cf. 4e partie, chap. xi).
Nulle part la composition, la température et les mouvements des eaux ne sont aussi variés que sur le domaine de la Plateforme Continentale. L'influence de la terre ferme s'y fait sentir de mille façons. Le nom de Plateforme Continentale est donc parfaitement justifié; c'est bien un prolongement et comme une dépendance du continent.
Si l'on suit la courbe des profondeurs de 200 m., on voit qu'elle
est presque partout accompagnée par celle de 1 000 m. et même par celle de 2 000 m. Un talus abrupt limite la Plateforme Continentale. La région pélagique, avec des profondeurs de 3 à 5 000 m.? est la plus développée dans les océans. Les très grandes profondeurs {région abyssale) sont presque aussi limitées que les très grandes hauteurs sur les continents. Nous avons déjà signalé le curieux voisinage des fosses sous-marines et des hauts reliefs, fait d'une importance capitale pour l'explication des déformations de la croûte terrestre.
La région pélagique est le siège de dépôts beaucoup plus uniformes et moins abondants que ceux de la Plateforme Continentale. Ce sont toujours des vases argileuses composées de particules très fines. Suivant leur couleur, leur composition chimique et leur origine, les océanographes distinguent :
1° Les boues terrigènes, formant la transition des dépôts de la Plateforme Continentale, où dominent les éléments détritiques, aux dépôts de la région pélagique et abyssale, qui sont dus à la précipitation chimique des matières en dissolution dans l'eau de mer et aux organismes qui l'habitent.
2° Les vases pélagiques, d'origine à peu près exclusivement organique, .tantôt siliceuses (vase à diatomées dominant dans les mers antarctiques et formée par des algues microscopiques), tantôt calcaires (vase à globigérines, très répandue dans les mers tropicales et formée par les carapaces de foraminifères, vase à ptéropodes). La vase à radiolaires, formée par des rhizopodes siliceux, ne se trouve que dans les grandes profondeurs et passe graduellement aux dépôts abyssaux.
3° Les dépôts abyssaux sont très uniformes. Presque partout règne la même argile rouge, dépôt entièrement minéral qui paraît provenir de la décomposition de silicates d'origine éruptive et renferme exceptionnellement des dents de squales. La faible épaisseur des dépôts abyssaux est un des arguments qui ont été invoqués pour soutenir l'ancienneté et la permanence des grandes profondeurs océaniques.
Voici, d'après Pengk [9] et Murray [1], la surface occupée par les différentes régions océaniques suivant leur profondeur et la nature des sédiments qui s'y déposent :