A VI
> ri 2 ^
ri t- p ^
13 O CÛ O
CU-O s +*
gi
pays a
monde
xvne et
exacte
© i rt 5b
re); évé
les
ri 'S M
ta
a rt -a -s
Cfc
que ions
non
fonc expé ssan lopp
ant p
par laR
ues e
a +=■ © ©* ri « ^ +3
w — îî w
© es © ©
politiques. Les notions de géographie générale, qui figurent souvent en tête de leurs livres, sont tirées de Ptolémée, parfois mal compris [Lelewel, 12].
La Renaissance marque pour la géographie, comme pour presque toutes les branches du savoir humain, une époque de renouvellement et d'activité fébrile. C'est l'âge des grands voyages, qui révèlent des mondes inconnus, et des grandes découvertes scientifiques, qui donnent de nouvelles bases à toutes les connaissances. C'est une période de crise, d'où la géographie aurait pu sortir formée. En réalité trois grands faits marquent.ee moment unique : 1° un élargissement prodigieux de l'horizon géographique; 2° le grand essor de la cartographie; 3° les progrès des sciences physiques auxiliaires de la géographie.
Avant le siècle qu'on ajustement nommé l'ère des grandes découvertes géographiques, de lointains voyages avaient déjà singulièrement étendu la connaissance du globe. Nous avons dit les pérégrinations des géographes arabes. Au xmc siècle, le Vénitien Marco Polo avait parcouru presque toute l'Asie, séjourné 10 ans à la Cour du Khan des Mongols, visité l'Indo-Chine, l'Inde, les îles des Epices. Mais, complètement étranger aux méthodes astronomiques, il n'avait rapporté aucune détermination même approximative, qui pût servir à fixer la carte de ces pays nouveaux. D'où l'erreur de longitude qui se reflète dans le globe de Martin Behaim (1492), réduisant à 120° la distance entre l'Europe et l'Asie, erreur partagée par Toscanelli et qui inspira Christophe Colomb. Les grands voyageurs du xvie siècle sont au contraire des marins habitués aux observations et à la précision nautiques.
La succession des découvertes dans les trente années qui s'étendent de 1492 à 1522 a quelque chose de stupéfiant. Ce sont d'abord les trois voyages de Christophe Colomr (1492-1493-1498), qui révèle le Nouveau-Monde, en croyant atteindre l'Asie Orientale. Presque en même temps, Vasco de Gama, suivant une route déjà fréquentée par les Portugais, tout le long de la côte occidentale d'Afrique, achève le périple de ce continent commencé par Diaz et atteint les rivages de l'Inde (1497-1499). Vespuce et Vincent Pinzon reconnaissent la côte septentrionale de l'Amérique du Sud. Cortez pénètre au cœur du Mexique, Cabot touche au Labrador et à Terre- Neuve (1497-1498). Enfin l'expédition de Magellan accomplit de 1519 à 1523 la première circumnavigation du monde, en doublant la pointe extrême de l'Amérique du Sud. En trente ans, l'horizon géographique, qui ne dépassait pas 60° en latitude sur 100° en Ion-
L'ÉVOLUTION de la GÉOGRAPHIE 9
gitude, s'est élargi jusqu'à embrasser presque toute la terre (fig. 1).
On imagine facilement quelle révolution pouvail opérer dans les idées une suite aussi surprenante de découvertes. C'est ici qu'on saisit le mieux les rapports qui unissent l'histoire de la géographie à celle des voyages. De vieilles théories, soutenues encore par les préjugés, tombent définitivement en poussière. Telle la croyance à la zone torride inhabitable, sortie de considérations climatiques a priori, déjà combattues chez les anciens par Polybe et Eratosthène, mais acceptées encore par le Moyen Age, qui niait l'existence des antipodes en s'appuyant sur la Rible et les Pères [Kretschmer, 10]. Mais, en même temps, on voit ces découvertes hâtives introduire de nouvelles erreurs. Les récits des explorateurs sont souvent chargés de merveilleux; des légendes se forment (Eldorado).
L'essor de la cartographie, qui signale la Renaissance, est dû en grande partie aux découvertes géographiques. Mais il est aussi en rapport avec un fait matériel qu'on ne doit pas oublier : l'invention de l'imprimerie. C'est grâce à ce nouveau procédé qu'on put voir se multiplier les éditions de Ptolémée, avec des cartes perfectionnées de jour en jour. Le Moyen Age semble n'avoir connu que des représentations assez grossières du globe terrestre; les tables gravées sur argent, ou les sphères précieuses étaient des objets d'art et de luxe, dont la possession était réservée aux souverains. La mappemonde peinte de Fra Mauro (xve siècle) ignore les parallèles et les méridiens. Avec l'imprimerie, les cartes géographiques, soit établies d'après Ptolémée, soit destinées à fixer les nouvelles découvertes, passent dans toutes les mains et les cartographes sont amenés à envisager sous toutes ses formes le problème des projections.
On sait que la première traduction latine de Ptolémée fut celle de Jacobo Angelo (Vicence, 1471), et que la première édition accompagnée de cartes gravées sur cuivre parut à Rome en 1478. En Italie, en France, en Allemagne, se forment des cartographes au courant de toutes les découvertes [Gallois, 16]. Puis l'avantage passe à la Hollande avec Gerhard Kremer, connu sous le nom de Mercator, qui refait les cartes de Ptolémée (1578) et retrouve ou invente les principaux systèmes de projections. Ortelius inaugure peu après les grandes collections de cartes modernes avec son Theatrum Orbis, qui commença à paraître en 1570.
Malgré les efforts de ces savants pour réconcilier la géographie ptolémaïque avec la géographie moderne, le divorce subsiste encore. Déjà depuis plusieurs siècles, l'application de la boussole à la navigation avait permis aux marins de construire des cartes routières
connues sous le nom de Portulans, qui, sans s'inquiéter des latitudes et des longitudes, donnaient des contours beaucoup plus exacts des côtes méditerranéennes que les cartes de Ptolémée, viciées dès le principe par une erreur sur la position de Gibraltar (fîg. 2). Si désormais les marins reconnaissent l'utilité des déterminations de
Fig. 2. — En haut, la Méditerranée des portulans (portulan de L. Gaddiano, 1351); en bas, la Méditerranée de Ptolémée.
longitudes et latitudes, tandis que les savants n'acceptent plus en aveugles tout ce qui vient de l'antiquité, il n'en reste pas moins qu'on voit se former deux courants différents de recherches géographiques : d'une part la géographie dite ancienne ou historique, de l'autre la géographie moderne, basée sur les découvertes récentes. La géographie ancienne est considérée comme plus sérieuse, plus scientifique. Ortelius y revient avec une prédilection marquée et les dernières années de sa vie sont consacrées à la publication de ce Parergon, qu'il considérait comme son œuvre capitale. On verra cet état d'es-
L'ÉVOLUTION de la GÉOGRAPHIE 1*
prit persister longtemps encore; jusqu'au xixe siècle on en trouve des traces en France.
Si l'on cherche à préciser ce que la géographie a proprement gagné à l'époque de la Renaissance, on doit reconnaître que ses pro grès ont été moins marqués que ceux des sciences voisines sur lesquelles elle s'appuie. Le renouvellement de la connaissance du globe est dû en grande partie aux progrès de l'astronomie. Sans les tables de déclinaison construites par Regiomontanus à Nuremberg (1471- 1475), et permettant la détermination de la latitude par l'observation du soleil au-dessus de l'horizon, Colomb aurait-il osé se lancer dans la traversée de l'Océan? L'application du télescope à l'astronomie par Galilée donne la possibilité de fixer les longitudes avec plus de précision. Copernic, en trouvant la véritable position de la terre dans le système solaire (1543), donne par là même les premiers fondements de la climatologie, basée sur les faits cosmiques les plus généraux; c'est lui qui porte le dernier coup à là vieille théorie des deux sphères terrestre et liquide, sur laquelle avait vécu tout le moyen âge. Les progrès de la science nautique devancent ceux de la géographie. Sur la carte de Hollande éditée par Mercator en 1585, on trouve pour la première fois des profondeurs marines indiquées. Dans leurs audacieux voyages, les découvreurs de l'Amérique observent les courants marins; les marées attirent l'attention et bientôt on en reconnaîtra la cause.
La géographie, telle que nous l'entendons actuellement, n'est point encore née. Cependant, on voit apparaître, avec la Cosmographia de Sébastien Munster, le premier modèle de ces grandes descriptions raisonnées du globe qui se succéderont à intervalles de plus en plus rapprochés jusqu'au xixe siècle, se renouvelant à chaque nouvelle extension de l'horizon géographique. Cette œuvre considérable fut reproduite par l'imprimerie en 44 éditions de 1544 à 1650, preuve sensible de l'intérêt qui s'éveillait pour la géographie dans le public. En somme, la géographie régionale descriptive semble avoir surtout gagné au grand mouvement de la Renaissance. Mais elle est et restera longtemps encore dans l'enfance, à cause de son manque de contact avec la géographie générale.
Celle-ci, en apparence négligée, se prépare dans l'ombre par les progrès des sciences physiques. Au xvne siècle, elle est, pour la première fois depuis l'antiquité, réunie de nouveau en un corps de doctrine dans l'admirable Geographia Generalis de Varentus. Mort à vingt-huit ans, on ne peut savoir jusqu'où serait allé ce puissant esprit. Peut-être aurait-il renouvelé aussi la géographie descriptive;
il a donné le plan d'une œuvre de ce genre. Les idées directrices de sa géographie générale s'élèvent déjà bien au-dessus de tout ce qu'avait conçu l'antiquité; ce sont les mômes qui deux siècles plus tard inspireront Humboldt. Tous les phénomènes physiques trouvent place dans son œuvre, conçue sur un plan d'une largeur inconnue jusque là; les grandes divisions de la géographie générale y sont nettement marquées : océanographie, climatologie, orographie. Sur un grand nombre de faits, il a des remarques et des idées d'une justesse qui surprennent et qui souvent devancent, par une véritable divination, les progrès ultérieurs des sciences.
Malheureusement, le livre deVarenius resta sans grande influence. La rigueur scientifique plus apparente que réelle de sa méthode, son mode d'exposition par théorèmes, choquaient de trop vieilles habitudes et empêchèrent sans doute sa diffusion. Il fut réimprimé plusieurs fois, notamment en 1672 par les soins de Newton, traduit en anglais et en français; mais qu'était-ce à côté des 44 éditions de la Cosmographia de Sébastien Munster? Conçue d'abord dans un esprit vraiment scientifique, cette sorte de somme de la géographie descriptive s'était peu à peu enflée à chaque nouvelle édition de récits plus ou moins merveilleux, rapportés par les explorateurs, dont le public se montrait avide, pour devenir enfin un amas confus de fantaisies et de vérités. La géographie descriptive déviait encore une fois de sa route.