IV. - JURA
Le Jura est une avant-chaîne des Alpes, qui se développe parallèlement à elles, ou à peu près, sur une longueur de près de 800 kilomètres depuis le Rhône jusqu'à la Bohême, sous les noms de Jura français, de Jura souabe et de Jura franconien. Le
Jura français est séparé du Jura souabe par une brèche à travers laquelle s'échappent les eaux de TAar et du Rhin. Mais Thomogénéité de la chaîne composée de calcaires aisément reconnaissablés et sa constance de direction et d'aspect ont fait depuis longtemps reconnaître son unité. Elle constitue manifestement un des rayons de Tévenlail français et un de ses rayons les plus nets. Ce rayon est un peu oblique aux Alpes. 11 s'en rapproche, comme cela doit être, dans la région française, vers le cœur du massif, attendti que tous les rayons de l'éventail convergent vers ce cœur, et là il se soude aux Alpes; puis il s'en écarte de plus en plus en s'éloignant du centre du massif vers sa périphérie.
A sa rencontre avec la Bohême, le Jura finit brusquement. J'ai déjà expliqué dans la leçon sur YEurope que la chaîne du Thuringer Wald poussée par la Bohème, poussée elle-même par les Tatra et les Karpathes, a tranché toutes les chaînes issues du massif français et les a en môme temps plus ou moins reployées. Le Jura a subi le sort commun. 11 finit brusquement à sa rencontre avec la Bohême, et son extrémité se reploie comme pour suivre le mouvement de l'outil qui l'a amputée. Tout cela est fort clair et d'ailleurs a été dit déjà. Mais quelle est l'origine du Jura lui-même?
Or la chaîne du Jura est un ourlet calcaire qui enveloppe les Alpes du côté du nord et qui tourne ses pentes abruptes vers les Alpes, et ses pentes douces vers l'extérieur. Le versant qui fait face aux Alpes est uni et poli comme par une truelle gigantesque. Les contreforts très courts que présente ce versant sont tous couchés dans le même sens, vers le nord-est, parallèlement à l'axe de la chaîne, ce qui indique que la truelle qui a passé sur ce versant l'a parcouru toujours dans le sens sud-ouest, nord-est. Quelle est cette truelle ?
Sachant que toute la masse des Alpes a oscillé précisément dans le sens gauche droite et qu'elle s'est mue plus d'une fois de bas en haut, creusant à son pied le bassin du Léman, mon lecteur répond lui-même : celte truelle, c'est la chaîne des Alpes elle-même. Elle a, en oscillant comme il vient d'être dit, de gauche à droite et de bas en haut, refoulé devant elle et lassé les limons qui composent l'ourlet jurassique et créé ainsi celte avant-chaîne qui la précède à distance.
Vous savez tous, chers lecteurs, qu'on trouve au pied des glaciers des Alpes, comme au pied de tous les glaciers des grandes chaînes, des lignes ou rangées de matériaux meubles repoussés