JURA
et abandonnés par ces glaciers dans leurs fluctuations annuelles. On donne à ces rangées de matériaux le nom de moraines frontales. Eh bien ! le Jura lui-même est une moraine frontale, mais une moraine produite non par les glaciers des Alpes, mais par les Alpes mêmes.
Mais, s'il en est ainsi, les couches jurassiques les plus voisines des Alpes doivent être les dernières truellées, c'est-à-dire les moins anciennes comme âge géologique, et les couches les plus éloignées des Alpes doivent être les plus anciennes. C'est ce qui a lieu : on constate, à l'examen de la carte géologique, que l'âge des couches va en décroissant à mesure qu'elles se rapprochent des Alpes.
Et ce fait est d'autant plus significatif que, en principe, c'est l'inverse qui devrait se produire. Si les couches jurassiques s'étaient, comme on le dit, déposées sur le flanc des Alpes successivement, par voie de sédimentation, au sein des mers jurassiques, les couches les plus voisines des Alpes, celles qui reposent sur les granités alpins, seraient les plus anciennes, et les couches les plus éloignées des Alpes seraient les plus récentes.
Or c'est l'inverse qui a lieu : les couches les plus anciennes comme âge sont les plus éloignées des Alpes, et les plus récentes comme âge sont les plus rapprochées. Il y a môixie de notables différences entre ces couches jurassiques comme couleur, comme composition et comme faune fossile : cet ourlet jurassique se compose de plusieurs ourlets appliqués et plaqués les uns contre les autres par les passages successifs du même outil, de la même truelle alpine.
Cette origine de la chaîne explique aussi sa structure : elle présente une succession de crêtes parallèles à sa direction générale et séparées par autant de vallées longitudinales où coulent le Doubs, l'Ain, la Bienne, etc. Cette structure est surtout nette dans le Jura français, qui est la partie la plus épaisse et la plus compacte de la chaîne. Cette partie de la chaîne s'élève entre la plaine suisse et la vallée de la Saône, et nous verrons plus tard, en parlant des vallées, que le Jura français a rempli cette dernière, qu'elle s'est moulée dans la vallée de la Saône sous la poussée des Alpes : d'où sa forme renflée et le vaste plateau qu'elle présente et qui reproduit la forme de la vallée en ronde bosse, le plateau séquanais.
Voilà ce qui concerne le rayon jurassique.
§ y. - BRETAGNE, AUVERGNE, LORRAINE
Un quatrième rayon montagneux derévenlail est formé par les rides ou chaînes discontinues que nous appelons Forêt-Noire^ Vosges, Morvan, Cùte-d'Or, montsdu Charolais, du Beaujolais, du Lyonnais, Cévennes, monts d'Auvergne, collines du Limousin, du Poitou, de Vendée et de Bretagne. L'ensemble de ces rides forme un long ruban montueux ou montagneux composé de granités ou de roches très anciennes et qui se recourbe sur lui-môme en décrivant un grand feston dont l'Auvergne constitue le centre, et dont la Bretagne et la Lorraine forment les branches. Aa lieu de détailler chaque ride particulière de ce feston, il est bien plus commode, et je dirai môme nécessaire, d'envisager les trois blocs breton, arverne et lorrain qui le composent, et c'est ce que nous allons faire. Nous décrirons successivement la Bretagne, l'Auvergne et la Lorraine, et le ruban de hauteurs qui nous occupe, le rayon montagneux qui se recourbe en France et qui constitue Taxe résistant de la France, sa charpente granitique, se trouvera décrit.
Bretagne. — Prise avec le Colentin, le Maine et la Vendée, qui sont de mémo composition qu'elle et forment par conséquent un seul bloc avec elle, la Bretagne a la forme d'un triangle à angles émoussés et arrondis. LeCotentin, la Vendée et la Bretagne proprement dite constituent les angles de ce triangle. Ces trois angles sont détachés ou presque détachés du corps du triangle, car la Vendée est séparée du reste du triangle par une brèche où coule la Loire inférieure ; le Cotentin est aussi presque complètement isolé du continent par les vallées profondes de la Sélune et de la Vire, et enfin la Bretagne est isolée elle aussi presque entièrement du continent par un sillon profond où coulent, en sens inverse, la Vilaine et la Rance, rivières qui sont, comme vous le savez, unies entre elles par un canal, le canal d'Ille-et-Rance.
Des trois cotés du triangle armoricain deux sont concaves, c'est-à-dire se creusent vers l'intérieur du triangle : ce sont ses côtés septentrional et occidental, tournés l'un vers la Manche, l'autre vers l'Océan. Le troisième côté, qui est tourné vers la