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IV. - VALLÉE DE LA LOIRE ET DE LA SEINE

Au-dessus, c'est-à-dire au nord du rayon armoricain et arverne, entre ce rayon et son propre prolongement, le rayon lorrain, se creuse une autre cavité ouverte comme la précédente, c'est-à-dire comme la cavité gasconne vers l'Océan, mais qui regarde le nordouest au lieu de l'ouest, et qui de plus est, séparée de l'Océan par une masse couvrante très considérable, la Grande-Bretagne, qui s'interpose entre son débouché et les grands abîmes océaniques. Cependant je dis que cette vallée n'est que la répétition de la crevasse gasconne et qu'elle a été creusée exactement comme cette dernière par des coups pénétrants de la pointe terre-neuvienne.

En effet, d'abord l'Angleterre et toute la Grande-Bretagne ne constituent qu'un masque qu'il convient d'enlever. Cette terre anglaise n'est, je le répète encore, qu'une terre d'apport, un amas de blocs et de matériaux de toute nature et de toutes provenances, mais en général enlevés à l'Europe par la pelle terre-neuvienne,

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puis restitués à l'Europe par cette même pelle. Ce phénomène n'a rien de surprenant ni de nouveau, maintenant qu'on a vu ce qui se passe dans les autres parties du monde. Il se reproduit fréquemment et notamment en face même de l'Europe dans la région labradorienne. Le Labrador est, nous l'avons vu dans la leçon consacrée à l'Amérique du Nord, une terre constituée de toutes pièces à l'entrée d'une grande baie circulaire, la baie d'Hudson, creusée dans le continent américain par la pelle européenne. Cette pelle, après avoir creusé la baie d'Hudson par sa pointe, l'a ensuite refermée en tassant par son dos des matériaux à l'entrée. Eh bien! la mer du Nord est une autre baie de Baffin; son contour régulièrement arrondi s'aperçoit quand, par la pensée, on enlève la masse qui l'obstrue, c'est-à-dire l'Angleterre ; et l'Angleterre est un autre Labrador.

Mon lecteur conçoit d'ailleurs assez que, avant que la vallée de la Garonne fût creusée, la vallée où coulent aujourd'hui la Loire et la Seine tournait son débouché vers l'Atlantique, c'est-à-dire vers l'ouest et non vers le nord-ouest comme aujourd'hui. Autrement dit, cette vallée remplaçait celle de la Garonne. Elle était seulement beaucoup plus large et plus ouverte, parce qu'elle avait été creusée par des coups plus amples et plus puissants de la même pelle terre-neuvienne. Le rayon armoricain n'était point encore, à cette époque, détaché de l'Espagne. Il se confondait avec la masse des Pyrénées. Le ciseau terre-neuvien l'a plus tard détaché de ces dernières, l'a relevé vers le nord et a fermé du même coup l'entrée du cirque séquanais, ou rétréci cette entrée et changé son orientation. Tout cela est plus long à expliquer qu'à comprendre.

La Loire marque encore assez bien le thalweg de l'ancienne crevasse. Chose singulière, le fleuve a résisté aux modifications violentes de son bassin, et, plutôt que de redresser son cours vers le nord-ouest, il a cherché et trouvé une issue à travers le rayon armoricain, c'est-à-dire à travers l'obstacle qui venait brusquement s'interposer entre lui et l'Océan. Mais une notable partie du bassin, sa partie septentrionale, a cessé d'envoyer ses eaux directement vers l'ouest et les a déversées vers le nord-ouest, par un nouveau fleuve collecteur, la Seine. Do là deux fleuves, au lieu d'un, dans ce bassin jadis unique et à peu près semblable à celui de la Garonne. Mais ce n'est là, en définitive, qu'une différence de détail. Nous décrirons ce bassin comme nous avons décrit l'autre, en examinant les traces des coups de la truelle terre-neuvienne,

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et en en déduisant toute la structure originelle ; puis nous examinerons les conséquences du relèvement du rayon armoricain et les modifications qui s'ensuivent.

D'abord la truelle terre-neuvicnne, en parcourant le bassin parisien d'un mouvement circulaire dirigé de droite à gauche et •de bas en haut, a truelle contre le fond et contre les versants de ce bassin des couches de sédiment concentriques. On compte sept de ces couches depuis Tentrée du bassin jusqu'à son fond, ce qui indique que la truelle terre-neuvienne y a pénétré sept fois ; et dans le huitième coup elle a érodé circulaircment le rivage normand et dessiné un ourlet littoral qui préserve le bassin des irruptions de la mer. Cet ourlet littoral est beaucoup plus puissant que Tourlet littoral des Landes. C'est une haute falaise qui s'étend du cap de la Hève au cap Gris-Nez et qui conserve encore dans .son ensemble la courbure que lui a donnée la pointe terreneuvienne, c'est-à-dire une courbure concave. Quant aux couches truellées dans l'intérieur, elles sont disposées absolument comme des couches de mortier superposées les unes aux autres et se débordant les unes les autres, depuis l'entrée jusqu'au fond du bassin. Toutes présentent un ourlet ou rebord plus ou moins saillant qui les .termine du côté de l'intérieur et qui reproduit grossièrement la forme du bassin lui-même. Ces ourlets ou falaises intérieures ont. un relief de 50, 80 et même 100 mètres. Ce sont des accidents tout à fait remarquables dans une vallée presque plate comme celle de la Seine, ou en général peu accidentée. Aussi ont-ils depuis longtemps attiré l'attention des géologues et donné lieu à beaucoup de théories et d'explications que je m'abstiens de critiquer et même de reproduire. Je me borne à dire que l'un de ces ourlets forme les côtes de la iMeuse, c'està-dire la chaîne limitrophe de la Lorraine, chaîne sur laquelle sont construits plusieurs de nos forts frontières. Un autre ourlet forme la falaise de Champagne et porte plusieurs forts des camps retranchés de Reims, de Laon et de la Fère. Bref, ces falaises ont une certaine importance militaire, parce qu'elles sont disposées circulaircment autour de Paris. On peut les comparer à des lignes de circonvallation concentriques, défendant notre capitale contre les entreprises de l'étranger, ou aux gradins d'un amphithéâtre, ou aux banquettes d'une vaste assemblée. Paris acteur, Paris orateur, Paris tribun occupe la tribune ou la scène de ce cotisée naturel. Bordeaux occupe la même place dans l'amphithéâtre de la Garonne-

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