VALLÉE DE LA LOIRE ET DE LA SEINE
Le redressement du rayon armoricain a eu pour effet d'altérer la régularité de cet amphithéâtre, dans sa partie occidentale surtout. Le bloc armoricain, violemment relevé et refoulé dans Tintérieur du bassin parisien, s'y est enfoncé et a bouleversé les strates et les falaises de ce bassin. L'angle saillant que ce bloc présente dans le Maine a surtout fait de grands ravages. Cet angle a creusé, dans les sédiments du bassin, une encoignure profonde dont le sommet est à Nogent-le-Rotrou et dans laquelle coulent THuisne et le Loir. Tout le bassin parisien s'est resserré, son sol s'est crevassé et plissé. Une multitude de plis, à peu près parallèles aux rayons armoricain ou lorrain, se sont formés à la surface des irouches qui le tapissent. L'entrée du bassin surtout, resserrée à l'extrême, s'est plissée et crevassée, de la sorte : d'où les vallées de la Somme, de la Canche, de l'Authie, de la Bélhune, de la Seine elle-même. Le littoral, jadis rectiligne ou légèrement curviligne comme celui des Landes, s'est brisé en deux tronçons qui ont chevauché l'un contre l'autre, créant ainsi, l'estuaire de la Seine et les méandres innombrables de son thalweg. Le tronçon supérieur, qui est le mieux conservé, se ploie dans le voisinage de l'estuaire de la Seine, comme pour suivre le mouvement du tronçon inférieur qui passe sous lui. Bref, toute la disposition de <;e bassin est parlante.
Mais, chose singulière, tandis que les couches géologiques du iassin parisien sont dérangées et désagrégées dans le voisinage de 4a Bretagne française, elles se retrouvent dans la Grande-Bretagne anglaise avec le même ordre et la même régularité qu'en Champagne ou en Lorraine. Elles tapissent le versant oriental des chaînes Pennines, du pays de Galles, du Cornouailles, et elles se terminent à la Manche à peu près vis-à-vis les points où leurs affleurements se terminent sur l'autre rivage de la Manche, c'est-à-dire en France. Il s'ensuit que le bassin parisien a son prolongement ou sa -contre-partie en Grande-Bretagne. Ce fait est connu depuis longtemps des géologues. Mais comment l'expliquer? Pour nous, l'explication est toute simple : la Grande-Bretagne renferme le prolongement du rayon armoricain. Ce prolongement comprend le Cornouailles, le pays de Galles, l'Angleterre centrale et septentrionale et l'Ecosse. Il est séparé du rayon armoricain, fragmenté, rejeté vers le nord et même reployé et rabattu sur l'entrée du bassin parisien. Mais la série des strates truellées contre lui par la truelle terre-neuvienne n'en subsiste pas moins et même sert de ciment et de lien à tous ces blocs. Seulement elle a changé
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d'orientation et elle s'aligne du sud au nord au lieu d'Ôtre orientée de Test à Touest, comme elle Tétait dans le principe avant que le rayon armoricain fût relevé. Il y a ploiement et presque renversement du rayon montagneux cristallin qui p^rfe^ces strates. Ce fait n'a rien de surprenant : la truelle ou pelle terre-neuvienne a agi là exactement comme tous les éperons rocheux sans exception, d'abord par sa pointe en ouvrant des crevasses et détachant des chaînes, puis par son dos en reployant ces chaînes et refermant ces crevasses.
Il y a plus, l'Angleterre renferme aussi le prolongement du rayon lorrain ; c'est la région comprise entre la Tamise et la Manche, la région sud-orientale de T Angleterre qui ressemble comme aspect à la Picardie et à l'Artois. Il y a là un bloc de forme allongée dans le sens est-ouest constitué géologiquement comme l'Artois et la Picardie et qui, visiblement, a prolongé ces parties de la France. Aujourd'hui il en est détaché et il est amalgamé avec les autres blocs qui constituent l'Angleterre, et dont le principal est formé, nous venons de le voir, par le prolongement du rayon armoricain. Ainsi les deux extrémités du croissant montagneux qui enveloppait le bassin parisien se retrouvent aujourd'hui en Angleterre. Mais ces deux extrémités, en se rapprochant, ont changé de position relative ; la pointe supérieure du croissant a passé sous la pointe inférieure ; celle-ci, plus longue que l'autre, s'est' recourbée au-dessus d'elle et l'a enveloppée. C'est assez nous étendre sur ces particularités relatives à l'Angleterre . Revenons sur le continent.
Après que la truelle terre-neuvienne a cessé de pénétrer dans le bassin parisien, les trois blocs breton, arveme et lorrain, qui entourent ce bassin, ont eu sur ce bassin une influence prépondérante, sur laquelle il n'est pas inutile d'insister. A chaque poussée (produite par la pointe terre-neuvienne dans la région du golfe de Gascogne) tous trois ont tendu à s'enfoncer dans le bassin parisien. A chaque retrait de la même pointe terre-neuvienne tous trois se sont écartés et ont tendu à sortir du bassin. En s'enfonçant dans ce bassin, ils ont plissé les couches et les sédiments voisins d'eux. En se retirant, ils ont attiré à eux ces sédiments et déterminé dans leurs masses des fentes ou crevasses plus ou moins larges. En un mot, ces trois blocs ont gouverné les régions qui les entourent et les ont fait se ployer à leurs propres mouvements, absolument comme des officiers qui poussent ou entraînent des soldats, ou comme des orateurs qui gouvernent une assemblée et