‹ Traité de géographie physiqueChapitre 23 sur 44 · VALLÉE DE LA LOIRE ET DE LA SKINE · texte numérisé non relu

VALLÉE DE LA LOIRE ET DE LA SKINE

l'entonnoir. Mais derrière celui-ci on aperçoit un autre entonnoir reproduisant la forme du premier, dont il n'est séparé que par une mince cloison. C'est le cirque de Compiègne. Cet entonnoir finit à Creil, fort près de Paris, et derrière lui on trouve un troisième cirque encore plu^ petit et plus aplati, dont le centre est à Beaumont-sur-Oise, et derrière lui la fente se propage et TOise continue à y couler jusqu'à la Seine. Donc la pointe ardennaise a exercé son action jusqu'au centre du bassin et elle a contribué à creuser cette vallée de TOise. Mais comment ? Par des pénétrations directes? Nullement : par une simple pression accompagnée d'une rotation dans le sens droite-gauche, comme les rotations du Morvan ou du saillant limousin: les couches sédimentaires se sont fissurées de proche en proche sous ces poussées accompagnées de rotations ou d'oscillations légères. Si vous jetez les yeux sur une carte géologique, vous verrez un lambeau du terrain parisien qui enveloppe encore le saillant ardennais, et qui prouve que ce saillant a plongé dans les terrains situés plus au sud. Il les a comprimés, puis s'est retiré d'eux, ramenant 'après lui cette boue tertiaire. C'est comme un doigt qui vient de tremper dans la boue et qui en reste imprégné.

La pointe du Perche finit au-dessus d'Alençon à la forêt d'Ecouves. Cette pointe, en s'enfonçant dans le bassin parisien, a creusé un vaste enfoncement qui reproduit sa forme et dont le fond est à Nogent-le-Rotrou. Mais ce n'est pas par un coup direct, par un coup droit que cette pointe a creusé ce trou, c'est par un coup curviligne, dirigé de gauche à droite. Le plus simple examen de la carte permet de le constater. A partir de la colline de Mortagne, qui se reploie vers le sud-est, dans le sens du mouvement, l'Huisne indique admirablement, par son cours reployé, le sens de l'oscillation accomplie. De plus, un long filament rocheux s'allonge du fond de l'encoignure, vers la pointe percutante. C'est la colline de BellÔme,que prolonge le bloc isolé dit forêt de Perseigne. Ainsi il est certain que la pointe percheronne a pénétré jusqu'au fond de l'encoignure, puis qu'elle a ramené après elle ce long filament rocheux. Et elle a dû pour cela osciller dans le sens ouest-est et en même temps dans le sens gauche-droite. Toute la région comprise entre cette pointe et la Seine a suivi cette oscillation, c'est-à-dire a tourné dans le même sens, très légèrement sans doute, mais assez pour produire les effets que voici : d'abord le sol s'est fendu suivant des lignes circulaires parallèles à la Loire ou à la Seine, et où coulent

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l'Huisne, le Loir, TEure dans une partie de son cours, etc. Ensuite les deux versants de la Seine et de la Loire ont roulé respectivement Tun sur Tautre, absolument comme des roues dentées engrenant les unes dans les autres. Ces mouvements concordent entre eux, il est nécessaire de le dire. L oscillation droite-gauche des massifs auvergnat et lorrain devait nécessairement produire loscillation gauche-droite du massif breton et inversement. Les deux roues que sépare le thalweg de la Loire sont à peu près lisses et leur glissement s'est fait sans produire rien de bien notable. Mais il n'en est pas de môme de celles que sépare le thalweg de la Seine. Celles-là sont deux roues dentées. Les éventails de rides, qui émanent des saillants du Perche et des Ardennes et qui se touchent sur la basse Seine, engrènent et se pénètrent comme deux roues d'engrenage, et ces roues ont roulé Tune sur l'autre, en sens inverse bien entendu, le mouvement étant dirigé vers le centre du bassin parisien et tendant à faire rentrer dansée bassin les deux pointes ardennaise et percheronne. Quelle a été l'étendue de ce mouvement de roulement ? Sans doute elle a été faible et je ne prétends pas dire que chaque dent a passé par-dessus plusieurs autres de l'engrenage adverse. Je n'en sais rien. Mais ce qui est certain, c'est que chacune de ces dents, chacune des péninsules des deux rivages a creusé autour d'elle le vide où elle pénètre et s'est en même temps usée, arrondie et façonnée peu à peu. 11 suffit d'observer les formes de ces dents et celles de leurs logements pour s'en convaincre ; les rebroussements sont visibles et conformes au sens du mouvement. Et, quand on se promène en bateau sur la Seine, on voit encore, sur les versants de la vallée, les coups de lime qu'ils ont reçus. Il est vrai que les partisans de l'action aqueuse vous diront que c'est le fleuve, la Seine ellemême, qui a donné ces coups. Par malheur, il y en a aussi bien sur les faces des péninsules qui échappent au courant que sur les faces qui sont tournées vers lui, et l'argument par conséquent est faible. Si maintenant vous jetez les yeux sur les vallées du bassin parisien autres que celle de la Seine, sur la Marne, sur l'Oise, sur le Loir ou sur d'autres thalwegs extérieurs au bassin, la Meuse par exemple, vous constaterez que ces vallées présentent aussi par places ces singuliers engrenages de bord à bord, de versant à versant, et vous devinerez qu'il s'est produit, dans toute rétendue du bassin, un roulement des blocs qui forment ces versants contre les blocs opposés. Les craquelures produites

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dans le bassin de la Seine ont divisé ses sédiments en blocs distincts qui, sous Timpulsion des massifs arverne, lorrain et breton qui entourent la vallée, ont roulé plus ou moins les uns contre les autres, comme les galets d'une plage agités par la mer, et se sont pénétrés, usés les uns les autres, émoussant leurs aspérités dans le sein des masses voisines, el creusant dans ces masses des cavités arrondies. Présentement les fleuves circulent dans le dédale de ces éperons enchevêtrés, et leurs méandres sont innombrables. Ceux de la basse Seine surtout sont remarquables, car c'est dans cette région qui confine à la Manche que le jeu des parties a été le plus ample. Mais il y en a presque partout.

Tels sont les phénomènes de pénétration qui ont eu lieu dans le bassin parisien. Il n'était pas inutile de signaler au moins une fois ces phénomènes que révèle Tétude des cartes à grande échelle. Du reste nous étions pour ainsi dire obligés de chercher à nous rendre un compte exact de tout ce qui s'est passé dans ce bassin, car dans la leçon prochaine nous aurons à faire Tétude des environs de Paris sur la carte au 1/80000, et il est par conséquent nécessaire de savoir quelles causes ont pu agir sur ce théâtre parisien, quels mouvements ont pu se répercuter de la circonférence au centre de cette cuvette. De là le développement donné à l'étude de cette partie de la France.

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