‹ Traité de géographie physiqueChapitre 24 sur 44 · S V. — VALLÉE DE L'ESCAUT, DE LA MEUSE ET DU RHIN INFÉRIEUR · texte numérisé non relu

S V. — VALLÉE DE L'ESCAUT, DE LA MEUSE ET DU RHIN INFÉRIEUR

Au-delà du rayon lorrain, ou plutôt au-dessus de la Lorraine elle-même, se creuse une troisième cavité comparable aux deux autres bassins dont nous venons de faire l'étude : c'est le bassin de l'Escaut, de la basse Meuse et du bas Rhin, bassin circonscrit par le croissant montagneux des Ardennes et par les longs appendices qui prolongent les cornes de ce croissant, — et qui sont à droite le Danemark, à gauche le pays de Kent et l'Angleterre méridionale.

Ce bassin renferme deux pays, la Belgique et la Hollande, et une faible partie de sa superficie seulement appartient à la France, c'est la Flandre française. Cependant je crois devoir en dire quelques mots.

174 FRANCE (hydrographie)

La première chose à en dire, c'est qu'il forme le fond, la partie exondée, d'un bassin beaucoup plus vaste. Ce bassin, pris dans son entier, comprend, en effet, non seulement la mer du Nord, mais toute la vaste échancrure hémi-circulaire dont l'Angleterre masque Tentrée, et qui se creuse à l'occident de l'Europe entre le cap Gris-Nez et la presqu* Ile de Stàdtland (Norwège). Il est k peine besoî^ d'ajouter que ce bassin a été creusé par la pelle terre-neuvienpe, absolument comme les deux autres bassins qui le précèdent du côté de l'occident, le bassin parisien et le bassin gascon. 1} l'a été avant eux, voilà tout, et les coups de l'outil qui ont porté plus bas, creusant le bassin de la Seine, puis celui de la Garonne, ont rejeté vers le nord ce bassin belge et l'ont obturé en partie. Mais il a dû être dans le principe, à en juger d'après ses restes, une anse d'un développement très considérable, beaucoup plus considérable que celui des bassins parisien ou gascon, lesquels résultent de coups affaiblis moins amples et moins pénétrants de la pointe terre-neuvienne.

Le fond du bassin belge est formé par la chaîne des Ardennes, — chaîne épaisse, incurvée en forme de croissant. J'ai déjà signalé, dans la leçon précédente, la particularité que présente le fond de ce bassin ; des couches de houille d'une grande puissance y ont été truellées pêle-mêle avec les sédiments calcaires ou autres qui forment le sol de la Belgique. Ces couches carbonifères sont très anciennes. Elles appartiennent à l'âge primaire. On ne trouve pas ou peu de houille dans le bassin parisien, ni dans le bassin gascon, qui ont été creusés après le bassin belge. Après avoir été creusée par la pointe terre-neuvienne, puis abandonnée par cette pointe et refermée, la cavité belge a été remaniée par une autre pointe, mais beaucoup moins puissante que Tautre, par la pointe anglaise du Kent. Cette pointe a oscillé dans la mer du Nord et tassé les terrains qui forment aujourd'hui la Belgique et la Hollande. Elle a tracé l'ourlet qui délimite leurs rivages depuis le Pas-de-Calais jusqu'au Zuiderzée. Dans l'intérieur de la Belgique, ses pénétrations ont eu pour effet de rebrousser le cours des fleuves, la Lys, l'Escaut, la Sambre, la Meuse, et de les refouler vers l'intérieur du bassin, de sorte qu'ils décrivent des courbes parallèles ou à peu près à la ligne des rivages de la mer du Nord, au lieu d'aller se jeter dans cette mer directement. Bien entendu, les lignes de collines font de même. Ces collines émanent en éventail de la pointe du croissant ardennais et, au lieu de s'allonger vers l'Angleterre, elles se reploient sur elles-

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