‹ Traité de géographie physiqueChapitre 25 sur 44 · VALLEE DU RHIN ALSACIEN · texte numérisé non relu

VALLEE DU RHIN ALSACIEN

mêmes dans Tintérieur de la Belgique. Ce reploiement est dû à Taction de l'éperon britannique de Kent, ou peut-être de Téperon terre-neuvien lui-même.

Voilà ce qui concerne le bassin de l'Escaut.

§ VI. — TlLLtE DU RHIN ALSACIEN

L'étroit et long couloir qui s'étend entre les Vosges et le Schwarz-Wald, séparant le triangle lorrain du triangle souabefranconien, a été, comme nous ]*avons déjà dit, creusé pai; une pénétration profonde d'un outil aujourd'hui orienté perpendiculairement à ce couloir et rejeté de côté, Tépée allemande du Thuringer-Wald, mue et poussée par la Bohême, qui représente sa garde et la main qui la tient. Ou plutôt, cette main retirée de la garde est figurée par le petit massif du Tatra, placée en arrière de la Bohême et prolongée elle-même par le bras puissant des Karpathes.

Mais cette origine de la vallée alsacienne n'est point encore démontrée. Elle n'est que soupçonnée, et nous devons l'établir avec rigueur. Pour cela, considérons si un autre outil aurait pu produire cette vallée. Nous n'en trouverons pas. La chaîne du Jura français qui s'allonge sous elle n'est qu'un ourlet sédimentaire rapporté, et les calcaires ne peuvent entamer les granités. D'autre part, les Alpes ne tournent de ce côté aucune pointe aiguë, mais seulement une bosse arrondie. Il en est de même du massif central de la France ; sa face tournée vers la vallée de la Saône est plane ou presque plane. Alors faudra-t-il donc chercher Toutil percuteur dans les Pyrénées ou la Scandinavie? Autant le chercher en Amérique. Non, il n'y en a pas d'autre que l'éperon allemand qui ait pu pénétrer dans ce couloir.

J'ai dit et je répète que toutes les chaînes du Thuringer-Wald, du Schwarz-Wald, des Vosges, etc., ont été jadis accolées aux Alpes et ont formé ses avant-chaînes septentrionales, avantchaînes étroitement unies à la chaîne principale et se prolongeant les unes les autres.

Mais, quand cet agrégat de chaînes, que nous appelons les Alpes, a été frappé à la fois de deux côtés par TAnatolie à droite, par l'Ibérie et la France à gauche, il a bien fallu que ses chaînes écrasées, écartelées brusquement, trouvassent place. Elles se sont

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donc disjointes et les avant-chaînes du nord, jouant les unes contre les autres, se sont bombées et ont pris, au-dessus des Alpes, des positions perpendiculaires ou très obliques. Ainsi cette orientation perpendiculaire du couloir alsacien et du Thuringer- Wald n'a plus rien d'extraordinaire. Elle n'est, au contraire, que très naturelle et même inévitable.

Si maintenant nous regardons les parois du couloir, nous y verrons la trace d'un coup qui, arasant le Schwarz-Wald jusqu'à hauteur de Badcn et le creusant légèrement, a pénétré jusqu'au milieu environ du couloir, un peu au-delà de l'emplacement actuel de Strasbourg, s'est enfoncé ensuite dans la paroi vosgienMe, creusant le vaste cirque, régulier comme une coupe, qui s'étend de Mutzig à Woerth, et ensuite est revenu en arrière. Les parois des murailles, soit du Schwarz-Wald, soit des Vosges, sont arasées nettement par ce coup, et, de plus, il y a étirement de la paroi de droite, entre l'Oden-Wald et le Schwarz-Wald proprement dit. Le relief de la partie intermédiaire est bien moindre que celui des extrémités. Réfléchissez, je vous prie, à l'effet d'un ou de plusieurs coups de ciseau ou de rabot donnés longitudinal ement sur la surface d'une planche. Certainement ses fibres tendent à s'étirer, à suivre la lame du rabot ou du ciseau à chacun des coups. Et ici nous voyons le même effet se produire sur la paroi orientale du couloir. L'Oden-Wald reste compact, mais ses fibres s'allongent en faisceau étiré vers le sud. La partie moyenne de la chaîne, creusée et limée par le burin, se déprime et perd peu à peu jusqu'à la moitié de son reKef. Dans cette partie affaiblie de la chaîne, le Neckar trouve une issue. Puis, au point où l'outil va abandonner cette paroi, les rides se reploient légèrement vers le sud dans le Schwarz-Wald et il y a là une bousculade de contreforts. Tout cela est parfaitement clair. De l'autre côté, sur l'autre paroi, on trouve d'abord une bousculade inverse des contreforts d ailleurs très courts, issus de la chaîne ; ils se relèvent vers le nord, laissant échapper entre eux la Bruche, puis la Zorn, puis la Moder. De plus, attendu que le percuteur remonte déjà et tend à s'en aller, il y a étirement de la chaîne Vosgicnne et son relief diminue entre les Vosges proprement dites et le Hardt. Cette partie déprimée de la chaîne porte le nom de Vosges septentrionales. Elle renferme la brèche de Saverne et de nombreux passages (routes de Phalsbourg, de la Petite-Pierre, de Bitche, etc.). Enfin, le percuteur quitte la paroi au Hoch-Wald. Ici, nouvelle bousculade des contreforts et

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