‹ Traité de géographie physiqueChapitre 26 sur 44 · VALLÉE DU RHIN ALSACIKN · texte numérisé non relu

VALLÉE DU RHIN ALSACIKN

nouveau désordre. La pointe du Hoch-Wald, au lieu de se reployer dans le sens du départ de Toutil, s'allonge au sud vers Woerth. Seuls, les contreforts du Hoch-Wald se reploient légèrement vers l'est ou le sud-est. A quoi tient cette disposition du Hoch-Wald ? Tout simplement à sa réaction élastique. Il a repris sa place avec un entêtement de bon rocher alsacien qui ne veut pas devenir prussien. D'un brusque mouvement d'épaule, il a tournjé le dos à l'Allemagne, mais il n'a pu éviter d'être quelque peu dérangé. Et, en conséquence, un vide existe à la place qu'il occupait. C'est cette vallée fameuse arrosée de tant de sang français et allemand, où coule la Sauer.

Ainsi donc il n'est pas douteux que la pointe allemande n'ait porté le coup dont nous venons de suivre le trajet. Les effets de ce coup, du côté de la France, ont été de reployer les Vosges dans l'intérieur de la Lorraine et de créer cette boucle rentrante dont nous avons parlé en décrivant la chaîne, et qui renferme la vallée de la Bruche. Ainsi tout s'explique et concorde, soit qu'on considère la chaîne, soit qu'on regarde la vallée.

Mais le couloir des Vosges présente la trace de bien d'autres coups, comme celui que nous venons de reconnaître et qui est le plus visible. Ainsi on voit (sur le flanc du Hardt) une facette courbe qui commence à Wackenheim et finit à Gundersheim, une autre encore plus au nord, qui commence à Worms et qui s'étend vers Mayence, affectant les étages les plus bas du versant. Donc l'outil a porté des coups de moins en moins loin, recoupant une face déjà ciselée ou remaniant les collines de son pied. Bref, la progression des coups a été tout à fait conforme à ce qu'on peut imaginer.

Du côté du sud, la vallée conserve le même aspect, mais elle est dominée par des chaînes plus hautes et ses versants présentent aussi des facettes fort nettes, telle celle qui s'étend de Guebwiller à Schelestadt. Mais la paroi adverse du Schwarz-Wald présente un accident des plus curieux : c'est un ressaut très fort, vis-à-vis la vive saillie duquel s'élève un gros bloc isolé dans la plaine, le Keiserstuhl. Ce ressaut produit dans la chaîne un grand cirque, le cirque de Fribourg, du fond duquel part le fameux défilé du Val-d'Enfer, et qui a bien une forme arrondie, mais qui évidemment, tel qu'il est aujourd'hui, n'a pu être parcouru par l'outil percuteur. Que signifie cela? C'est qu'il s'est produit, par suite des coups ultérieurs portés par cet outil dans la partie supérieure du couloir, il s'est produit, dis-je, un rejet du Schwarz-Wald,

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rejet qui a rétréci Touverture du cirque de Fribourg. Ce cirque n'est autre chose qu'une facette qui, d'abord, était légèrement incurvée comme celle qui s'étend entre Bade et Darmstadt et qui s'est reployée et incurvée, comme nous la voyons, ou a été envahie par le rejet qui la surmonte, à mesure que le percuteur continuait, son œuvre au-dessus d'elle. Bien loin donc d'être une objection, ce cirque de Fribourg est une vérification.

A son issue septentrionale, la vallée présente un grand cirque où viennent confluer le Rhin et le Mein, avant que leur flot réuni ne pénètre dans les montagnes. Le versant alsacien se termine en biseau aigu ou légèrement arrondi à Mayence. Ce biseau est curieux à regarder, car il accuse le reploiement produit par la ou les pénétrations du Thuringer-Wald dans la vallée de la Nahe. C'est ainsi que la Selz et tous les autres ruisselets qui coulent sur cet éperon ont un cours reployé bizarrement vers le nord-ouest. L'autre versant, au contraire, se termine par une facette creuse, comme cela doit être. Darmstadt est bâtie à l'intersection de cette facette et de la facette badoise. Nous ne passerons pas à Darmstadt sans saluer la patrie d'origine de la gracieuse Souveraine qui a honoré dernièrement la France de sa visite. Aschaffenbourg est dans le rentrant. Cette paroi du cirque se termine au Rhin vers Hanau. L'autre paroi, formée par le Taunus, est incurvée elle aussi, mais en sens inverse, laissant place, entre elle et le Mein, à une rivière importante, la Nidda, affluent du Mein. Celle-ci descend des pentes ravinées du Vogelsberg, qui achève par ses derniers étages d'enclore le cirque. Francfort-sur-le-Mein occupe le centre du cirque. On remarque, à la pointe de Darmstadt, une très légère ligne de collines qui se prolonge vers Francfort, barrant le cirque sur une grande longueur. Cette ligne prolonge la facette badoise, ou à peu près, et elle indique par con* séquent que cette facette badoise se prolongeait jadis bienplusloin qu'elle ne fait. Doncl'Oden-Wald a été amputé, il a perdu une bonne partie de sa longueur, et cela est tout naturel, vu la façon dont se sont passées les choses. Et ces collines de Darmstadt sont ce qui reste de lui, de la portion disparue qu'il envoyait dans cette direction. La masse du Schwarz-Wald se retrouve ainsi un peu partout, dans le Vogelsberg, dans le Spesshardt, le Rhôn-Gébirge, etc. 11 a'iété broyé dans sa moitié supérieure par les coups de l'éperon allemand, qui n'a pas plus ménagé cette partie de l'Allemagne que les armées prussiennes en 1860 n'ont ménagé Francfort et autres villes libres allemandes.

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