‹ Traité de géographie physiqueChapitre 27 sur 44 · VALLEE DU RHIN ALSACIEN · texte numérisé non relu

VALLEE DU RHIN ALSACIEN

A son autre bout, le couloir alsacien se termine également par un cirque, compris entre les Vosges, le Jura et le Schvvarz-Wald. 11 est bien entendu qu'ici ce n'est plus l'action du ciseau allemand qui se fait sentir, car le Jura n'existait point à Tépoque où la division des chaînes vosgienne et forestière a été efifectuée. Mais c'est le Schwarz-Wald, entré dans les intérêts allemands et opérant pour TAUemagne, transmettant ses impulsions et ses ordres en quelque sorte, qui a travaillé sur ce théâtre. J'ai déjà dit, dans la leçon précédente, ce qui s'était passé de ce côté. Les oscillations de la pointe inférieure du Schwarz-Wald, oscillations dirigées de l'est à l'ouest et de l'ouest à l'est et accompagnées d'une rotation de gauche h droite, ont disposé les rides et les thalwegs dans le sens de ces oscillations. Les collines de Belfort et de Délie ferment l'intervalle compris entre les Vosges et le Jura. Les rides ou thalwegs qui descendent des Vosges ont peu de longueur. Celles qui émanent du Jura en ont beaucoup. Thalwegs et monts se ploient vers le nord-ouest ; la principale rivière est riU, qui fait comme toutes les autres dans là partie supérieure de son cours, puis s'engage dans le couloir alsacien et forme un second Rhin, auxiliaire du Rhin principal, jusqu'à Strasbourg. Ce thalweg de l'Ill et la bordure de monts à peine sensibles qui le longent sur sa gauche sont le résultat de la dernière poussée du Schwarz-Wald contre les Vosges.

La trouée comprise entre le Jura et le Schwarz-Wald est étroite, et le Rhin n'y trouve d'issue qu'avec une grande difficulté. Pourquoi? C'est que la chaîne du Jura, français, souabe et franconien, a été créée après la séparation des Vosges et du Schwarz- Wald. La truelle alpine qui soulevait cet ourlet tendait constamment à refermer l'intervalle ouvert entre les Alpes et le Schw^arz-Wald. La mère Alpc essayait de rattraper ses deux enfants, les chaînes vosgienne et forestière, qu'on lui avait volées, et à force de persévérance elle arrivait à les rejoindre et à se relier à elles par un lien solide, le Jura. Seulement, au point de soudure du Jura et des Alpes, comme au point de soudure du Jura et du Scharwz-Wald, on trouve une brèche étroite où le Rhône et le Rhin se font jour comme ils peuvent, après avoir tous deux accumulé leurs eaux au pied de cette digue jurassique, et formé deux grandes nappes lacustres, les lacs de Genève et de Constance.

Au sortir du lac de Constance, le Rhin est obligé, pour franchir le Jura, de faire de grandes courbettes et un plongeon de

180 PRANGB (hydrographie)

23 mètres de hauteur, aux chutes de Laufen près de Schaffouse. Il coule vers la brèche française, pendant un certain temps, puis il trouve la vallée alsacienne, s'y jette et coule vers la périphérie du massif.

On me demandera peut-être pourquoi j'ai décrit cette partie de la vallée du Rhin, tandis que j'ai passé sous silence les autres parties de la vallée du même fleuve, ainsi que les vallées du Pô, du Danube, de TAar, qui appartiennent aussi au même éventail, au même système rayonnant de fleuves et de vallées, qui recouvre toute l'Europe occidentale.

Je répondrai ceci: j'ai parlé du Rhin alsacien avec quelque détail, parce que, dans cette partie de son cours, le Rhin forme la limite naturelle de la France, et qu'il formait naguère sa limite politique.

La vallée du Rhin alsacien est le fossé du bastion lorrain qui couvre, ou qui couvrait notre pays du côté de l'Allemagne ; et elle est en même temps le fossé du bastion souabe-franconien, qui couvre l'Allemagne du côté de la France.

Jadis le bastion lorrain se prolongeait jusqu'au Harz. Il avançait son saillant oriental jusqu'au cœur de l'Allemagne. Mais un bélier puissant, le bélier thuringien, a battu ce saillant en brèche et l'a fait s'écrouler dans le fossé. Le fleuve qui coule dans ce fossé, c'est-à-dire le Rhin, se frayant un passage à travers les débris de ce saillant écroulé, a trouvé une nouvelle issue vers la mer. Notre frontière naturelle s'est trouvée ainsi déplacée et reportée en arrière de 240 kilomètres.

Le même bélier, portant ses coups plus bas, je veux dire plus au sud, a abattu la courtine qui joignait la Lorraine aux Alpes. Mais celles-ci, comme un assiégé qui relève ses remparts abattus, ont, en se remuant vivement, élevé une seconde muraille de circonstance, le Jura, qui remplace la muraille primitive et ferme la trouée. C'est une nouvelle frontière qui remplace l'ancienne.

Plus au sud encore, un autre bélier, le bélier dalmate ou autrichien, plus puissant encore que le bélier thuringien, abattu en brèche le rempart des Alpes, mais n'a pu le percer et n'a fait que le bouleverser et l'aff'aiblir un peu vers son milieu, dans la région des Alpes Cottiennes, où se trouvent la plupart des cols praticables des Alpes.

On voit que tout le front oriental de la France est comparable au front d'attaque d'une place assiégée, front bouleversé par la

Page 1