XVII* LEÇON ASTRONOMIE
Pour moi, quand je verrais, dans les célestes plaines, Les astres, égarés de leurs routes certaines, Dans les champs de Téther, l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés, Quand j'entendrais gémir et se briser la terre. Quand je verrais son globe errant et solitaire, Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit. Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit. Kt quand, dernier témoin de ces scènes funèbres. Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres, Seul je serais debout; seul, malgré mon effroi, Être éternel et bon, j'espérerais en toi ; Et certain du retour de l'éternelle aurore, Sur les mondes détruits, je t'attendrais encore !
Lamartine.
Si ce qui est tn haut est comme ce qui est^en bas, et si ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, ainsi que le plus grand des pr(^tres égyptiens, Hermès Trismégiste, l'écrivait il y a cinquante siècles sur une table d'émeraude (voir Fouvrage magistral intitulé Des Hypothèses Gnose de Henri de Flers, p. 55), nous devons croire que la paix du ciel a été souvent troublée, comme celle de la terre, et nous pouvons nous faire quelque idée du chaos dont le monde est sorti. C'a été un combat, une lutte à mort entre les éléments. Et le résultat de cette lutte a été la vie, c'est-à-dire Tunivers actuel. Remplacez dans un de nos cirques entouré de chaînes de montagnes, par exemple dans la grande
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ondulation qui constitue nos continents, remplacez, dis-je, les sommets des montagnes par autant de points lumineux, et vous avez rimage de la Voie Lactée ou de Tune quelconque de nos nébuleuses résolubles.en étoiles. Chacune de ces étoiles qui brillent au firmament est donc vraisemblablement une masse condensée par les chocs directs ou par les poussées lointaines des autres masses semblables avec lesquelles elle a lutté, et elle doit son incandescence à la chaleur développée par ces chocs, et non pas seulement, comme nos astronomes le croient, à une concentration spontanée, effectuée sous l'action de la pesanteur seule. Les satellites de ces astres sont de véritables satellites, c'est-à-dire des soldats montant la garde autour du gros d'une armée, et ainsi de suite. Je n'ai pas l'intention de donner ici une cosmogonie. Je serais bien embarrassé de présenter simplement une orogc^nie, c'est-à-dire d'expliquer la formation d'une seule de nos montagnes. Et cependant nous avons, en analysant les cartes dans les Livres I et II de cet ouvrage, assisté à la création de plusieurs chaînes €t constaté qu'elles sont le résultat de chocs et d'autres efforts mécaniques. Mais quelle est la cause de ces chocs, de cçs oscillations des fragments de Técorce terrestre? Nous n'en savons absolument rien. Et ici, comme dans tous les cas difficiles, nous sommes obligés, nous géographes, d'avoir recours aux astronomes, nos maîtres, et de les prier bien humblement de nous tirer d'embarras.
La géographie est, en effet, la fille de l'astronomie. Elle lui doit tout. C'est l'astronomie qui a appris aux géographes que la Terre est un globe isolé dans l'espace et non pas une table horizontale, indéfinie, supportée par des colonnes reposant elles-mômes sur un support inconnu. Elle leur a appris ensuite que ce globe tourne sur lui-même, qu'il se transporte dans l'espace autour du Soleil, qu'il n'est qu'un point perdu dans l'immensité de l'espace. Elle leur a appris également la cause des marées, des tourbillons atmosphériques, etc. Aussi est-il permis d'espérer qu'elle nous apprendra bientôt la cause des oscillations qui ont agité les fragments de Técorce terrestre et produit ces terribles va-et-vient dont le relief de nos continents est résulté. Nous devons lui laisser ce soin, et nous borner à remettre entre ses mains les éléments du problème. C'est ce que nous faisons ici tout simplement. Nous devons surtout, en lui demandant ce grand service, ne pas omettre de la saluer dans la personne des immortels génies, les Copernic, les Galilée, les Kepler, les Newton, les Laplace, les
Secchi, les Schiaparelli, les Thomson, les Campbell, les Davidson, les Struve, les Faye, les Flammarion, etc., qui ont été ou sont encore aujourd'hui ses représentants.
Si la géographie doit beaucoup, ou, pour mieux dire, tout, à l'astronomie, elle lui a rendu aussi quelques services, les services que peut rendre un enfant à sa maman, lorsque Celle-ci est encore dans toute la force de sa jeunesse. Ainsi la mesure du diamètre terrestre effectuée par les géodésiens a fourni une base aux astronomes pour la détermination de la parallaxe et de la distance du Soleil et des autres planètes. La même mesure effectuée par Picard au temps de Louis XIV a permis à Newton de reconnaître ridenlité de la pesanteur terrestre et de la force qui maintient la Lune dans son orbite; d'où la découverte de la grande loi de la gravitation universelle. Nous n avons pas aujourd'hui, tant s'en faut, un pareil don à offrir à lastronomie. Nous ne pouvons que lui offrir un commencement de discussion des formes des continents et des mers de la planète Mars et une explication bonne ou mauvaise des variations singulières qui se produisent dans ces formes d'année en année.
Je rappelle d'abord à mes lecteurs que la planète Mars, voisine de la Terre et située immédiatement au-dessus d'elle dans le système solaire, lui ressemble, sinon comme volume (elle est beaucoup plus petite que la terre), du moins comme constitution physique et comme climats. Elle a des continents, des mers, des glaciers polaires, etc.
Les continents de Mars sont rassemblés, comme les nôtres, dans rhémisphère boréal, au moins en majeure partie.
Au reste, citons M. Camille Flammarion.
« La connaissance géographique que nous possédons actuelle- « ment de la planète Mars est assez avancée pour que l'on puisse « en dessiner la carte générale. C'est ce que plusieurs astronomes a ont déjà fait... Certes, la carte que nous obtenons est encore M loin d'être définitive et ce n'est certainement pas avant un « siècle ou deux que nous pourrons nous Uatter de connaître « parfaitement la géographie martienne, Taréographie ; encore « cette connaissance continuera-t-elle de se perfectionner cons- « tamment, comme celle de la géographie terrestre elle-même. « Quand distinguerons-nous les grandes villes de ce continent « voisin? Les sceptiques sourient, comme ils souriaient du temps « de Copernic et du temps de Fulton ; mais celui qui a confiance « dans le progrès ne désespère pas d'un tel résultat, lequel d'ail-
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« leurs n'a rien d'impossible en soi et ne réclame, pour être « obtenu, que la continuation des progrès modernes de Toptique. « Déjà la géographie de Mars peut être tracée aujourd'hui avec « une sûreté plus grande que celle des latitudes terrestres qui « entourent nos deux pôles.
« Il semble que les continents de Mars soient plus pîats que les « nôtres et formés presque partout de vastes plaines, car d'une « part les mers débordent souvent jusqu'à d'immenses distances. « et, d'autre part, les lignes droites ou canaux découverts en 1879 « par M. Schiaparelli et revus depuis, non seulement par cet « astronome, mais encore par un grand nombre d'autres, nous « montrent une sorte de réseau géométrique s'étendant sur tout « l'ensemble des continents.
ce Ces lignes droites, qui mettent en communication toutes les « mers martiennes les unes avec les autres, forment une sorte « de réseau géométrique bien étrange. Elles mesurent parfois « 5.000 et 6.O1X) kilomètres de longueur et plus de 100 kilomètres « de largeur. Leur ton semble indiquer que c'est vraiment là de « l'eau... La plupart sont même composées de deux lignes paral- <( lèles, tantôt visibles et tantôt invisibles. Quelle étrange géo- « graphie! L'avenir nous éclairera sans doute sur ce mystère...
« Ainsi, d'après la concordance de tous les témoignages, les « mers, les nuages et les glaces polaires de Mars sont analogues (c aux nôtres, et l'étude de la géographie martienne peut se faire <c comme celle de la géographie terrestre. Il ne faudrait pasnéan- « moins nous hâter de conclure à une identité absolue entre les « deux systèmes géographiques et météorologiques des deux place nètes. Mars offre avec nous des dissemblances caractéristiques, ce Notre globe est recouvert des eaux de la mer sur les trois c< quarts de sa superficie ; nos plus grands continents ne sont c< pour ainsi dire que des îles; le vaste Atlantique, J'immense ce Pacifique emplissent de leurs eaux leurs profonds bassins. Sur ce Mars, le partage est plus égal entre les mers et les eaux, et il y c< a plutôt plus de terres que de mers; celles-ci sont de véritables (c méditerranées, des lacs intérieurs ou de fins détroits, qui ce rappellent la Manche et la mer Rouge, ce qui constitue un (C. réseau géographique tout différent du réseau terrestre.
<c Autre fait non moins digne d'attention : Les mers martiennes ce montrent de remarquables différences d'intensité. D'une part, ce elles sont plus foncées vers l'équateur qu'aux latitudes un peu ce éloignées, et, d'autre part, quelques-unes sont particulièrement
« sombres, par exemple la mer Hooke, la mer Maraldi, Ja mer « circulaire Terby, la mer du Sablier; la comparaison des anciens « dessins montre qu'il en était de même il y a cinquante ou cent « ans, mais que pourtant ces tons varient. Cette gradation d'inc( tensité est donc réelle. A quelle cause est-elle due ? L'explica- « tion la plus simple est d'admettre qu'elle correspond à une « plus grande profondeur. » (Camille Flammarion, Géographie populaire^ passim.)
Au sujet des variations géographiques de la planète Mars, le môme astronome écrit :
« Une autre différence avec la terre paraît être offerte par la variabilité de quelques-unes de ses configurations géographiques... (Suivent des exemples de ces variations.) Sans doute, il ne faudrait pas prendre pour des changements réels toutes les différences qui existent entre les observateurs. Ainsi, par exemple, en 1877, plusieurs ont vu réunies à Toccident les mers de Hooke et de Maraldi, tandis que la séparation est restée ■ visible pour les autres ; l'œil est différemment impressionné, et Ton pourrait presque dire que, pour certains détails, il n'y a pas deux yeux qui voient identiquement de la même façon, môme les deux yeux d'une môme personne. Mais lorsque l'attention s'est tout spécialement fixée sur certains points remarquables, qui auraient dû ôtre parfaitement visibles dans les instruments employés, et que l'on constate ainsi des différences qui paraissent incompatibles avec les erreurs d'observation, la probabilité penche en faveur de la réalité effective des changements signalés.
(( De quelle nature sont ces variations? C'est ce que l'avenir nous apprendra. Nous ne pourrions émettre que de vagues conjectures à cet égard. Mais, quelles qu'elles soient, elles n'empôdient pas les principales configurations de la géographie martienne d'ôtre permanentes, par conséquent réelles, et d'ôtre vues actuellement telles que nos pères les ont vues et dessinées il y a plus de deux siècles. »
Vous voyez par ces lignes, empruntées à l'un de nos plus célèbres astronomes, que lui et tous les autres ne sont pas médiocrement embarrassés par les variations géographiques de la planète Mars et par les singularités de sa géographie elle-même. Mais à qui la faute? A nous géographes, qui depuis longtemps eussions dû les renseigner.
D'abord, en ce qui concerne les variations, il n'est pas surprenant
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que les formes géographiques des continents et des mers martiennes varient, puisque celles de nos continents et de nos mers varient aussi, quoique, à la vérité, avec une lenteur plus grande. Depuis l'époque de Ptolémée, c'est-à-dire en dix-sept siècles, les variations ont été formidables, comme vous pouvez vous en convaincre en jetant un coup d'œil sur la carte du monde connu des anciens jointe à ce livre même. Et vous verrez, par la discussion qui sera faite de cette carte dans la XX' Leçon, que ces variations sont bien réelles et que les différences de celte carte et des nôtres ne sont nullement dues à de prétendues erreurs des anciens.
Mais pourquoi sur la planète Mars les variations sont-elles encore plus rapides que sur la terre? Ici c'est aux astronomes de répondre. D'après la théorie de Laplacc sur la formation des planètes, Mars est le produit de la condensation d'un anneau issu de la nébuleuse solaire, détaché de cette nébuleuse par la force centrifuge croissante de celte nébuleuse. La Terre s'est formée de même, mais après Mars, puisqu'elle lui est inférieure dans le système solaire, c'est-à-dire plus fapprochée du Soleil. Ainsi, d'après cette théorie, la Terre serait plus jeune que Mars, et son écorce devrait être moins épaisse, moins consolidée, d'autant que notre planète a un volume plus fort que Mars et que son noyau en ignition a dû par conséquent mieux résister au refroidissement. Donc enfin les variations géographiques de la terre devraient, si cette théorie de Laplace est juste, être plus rapides que celles de Mars.
Mais, depuis Laplace, la science a fait du chemin ; la découverte des satellites d'Uranus, celle de Neptune, la constatation du sens rétrograde de la rotation des satellites d'Uranus et d'Uranus lui-même, et de Neptune, les étonnantes révélations de l'analyse spectrale, enfin la création d'une science toute nouvelle, la thermodynamique, absolument inconnue du temps de Laplace, ont bouleversé de fond en comble les idées admises, et aujourd'hui la théorie de Laplace n'est plus à la hauteur des progrès de la science moderne. Une autre explication magistrale de la formation des mondes a été présentée par M. Paye, il y a peu d'années, et il résulte de cette explication, étayée de toutes les preuves désirables, fournies par les observations tant astronomiques que spectrales, il résulte, dis-jc, que la Terre est plus vieille que le Soleil et aussi que la planète Mars. C'ost également la conclusion de M. le lieutenant-colonel du Ligondès, qui n'a du reste fait, comme il le dit lui-même dans so.n remarquable ouvrage sur la Foimation
mécanique du système solaire^ cjue développer les vues de M. Faye. Ainsi donc Mars est une planète plus jeune que la Terre, et ce qui s'y passe actuellement peut nous donner quelque idée de ce qui s'est passé sur la Terre avant que Técorce de cette dernière fûl consolidée.
En particulier, les variations géographiques que Ton y constate sont plus rapides que les variations terrestres, et cela n'a plus rien de surprenant, mais vient, au contraire, à Tappui des théories de M. Faye et de xM. le lieutenant-colonel du Ligondès.
Examinons maintenant les formes géographiques de Mars. Elles sont représentées sur la carte ci-jointe dressée par un astronome célèbre, le regretté Proctor. Au premier aspect, la mappemonde martienne offre le spectacle d'une banquise de glace morcelée, dont les fragments ont été soumis à des va-etvient et à des heurts qui ont éraoussé leurs angles, arrondi certains fragments et produit dans la masse de tous de longues cassures souvent parallèles deux à deux, souvent aussi perpendiculaires. Je ne veux pas dire, bien entendu, que les continents de Mars sont des blocs de glace, je ne fais qu'une comparaison. Les continents terrestres eux aussi se sont choqués et pénétrés comme les fragments d^une banquise maritime ou fluviale. J'ajoute que l'on discerne sur la carte de Mars des fragments continentaux en forme de disque ou d'amande, comme la terre de Tycho, ou celle de Fontana, qui ressemblent tout à fait à nos cirques continentaux, sont comme eux écrasés latéralement, recèlent comme eux une cuvette centrale occupée par une mer, et enfin ont, comme nos cirques terrestres, leur flèche dirigée du nord au sud. Les continents de Mars sont armés d'éperons exactement comme les nôtres. Ainsi vous voyez sur l'hémisphère droit de la carte de Proctor (figure du bas) un continent allongé suivant l'équateur, qu'on appelle continent Herschell I et qui est terminé par deux larges éperons reployés en sens inverse, l'un vers le nord, l'autre vers le sud et le sud-est. Ces éperons sont désignés par nos astronomes sous les noms de péninsule de Hind et de Terre de Burchardt. Le premier s'engage dans la mer du Sablier, longue brèche ouverte entre le continent Herschell I et le continent Béer qui lui fait face. Au-dessus de cette péninsule de Hind on discerne encore un troisième éperon plus puissant et comme lui reployé vers le nord, mais dont la pointe aiguë s'engage dans le continent adverse et y détermine une longue fissure, la passe de Nasmith, parallèle à l'équateur.
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Au-dessous de Téperon de Burchardt se creuse une mer profonde, la mer de Hooke, et au-dessous du continent Béer les mers atteignent aussi une grande profondeur, dans le détroit de Herschell II; enfin la brèche maritime du Sablier est aussi très profonde, comme l'indique sa nuance foncée et presque absolument noire. Ainsi donc, tout s'est passé sur ce théâtre comme sur nos théâtres terrestres, comme dans la brèche atlantique, par exemple. La mer du Sablier n'est qu'une brèche en voie de creusement. Les éperons qui arment le continent Herschell I sont disposés comme ceux qui arment le continent européen, et dont un, l'éperon mauritanien, est recourbé sous l'Europe ; l'autre, l'éperon ibérique, est allongé vers l'Amérique; le troisième, l'éperon anglais, islandais et groenlandais, est recourbé vers le nord et passe au-dessus de l'Amérique. La mer Maraldi n'est qu'une Méditerranée comme la nôtre. La mer Main n'est qu'un golfe de Gascogne, etc.
Sur l'hémisphère de gauche de la môme carte de Proctor, vous remarquez deux grands continents parallèles à l'équateur, le continent Galilée et le continent Huyghens, séparés par une brèche étroite. Je dis que ces deux continents se sont choqués et pénétrés exactement comme nos continents terrestres. En effet, celui de droite (continent Galilée) est armé de deux larges éperons reployés en sens inverse, l'un vers le nord, l'autre vers le sud ; et celui de gauche (continent Huyghens) est fendu en deux et écartelé dans le sens de sa longueur. Il s'est laissé diviser par le continent adverse.
La pointe percutante, elle aussi, a été fendue et divisée et s'est reployée sur elle-même, produisant la cuvette centrale que noé astronomes appellent mer de Terby. Cette mg' est très profonde, comme on l'a vu ci-dessus, dans la citation empruntée à Flammarion, et elle doit cette grande profondeur aux coups qui l'ont sillonnée alors qu'elle s'ouvrait largement au midi et formait une dépendance de l'océan Delarue, sorte d'océan austral de la planète Mars.
Cette mer de Terby est une des régions qui varient le plus sur la planète Mars, et cela se conçoit, en raison de son origine et du rôle de la langue de terre qui la circonscrit, et qui est un éperon sans cesse en action. La mer du Sablier, elle aussi, est en continuel travail, et la péninsule de Hind, cet éperon du continent Herschell I, dont j'ai parlé tout à l'heure, change de forme d'année en année.
Du reste, tout varie incessamment à la surface de Mars ; sous les poussées et les fluctuations des continents, les brèches et les canaux se resserrent et se dilatent, et de vastes étendues continentales s'enfoncent sous les eaux ou reparaissent alternativement à la surface. Bref, les continents de Mars sont en conflit et, sans se porter des coups aussi terribles que jadis, se façonnent et se martèlent encore les uns les autres, absolument comme les nôtres Font fait;
Une conséquence aussi que Ton peut tirer de ce qui précède^ c'est que leur matière est malléable et jusqu'à un certain point élastique comme celle de nos roches, et qu'elle est douée aussi de fissilité, c'est-à-dire qu'elle est susceptible de se fissurer et de s'écarteler suivant certaines directions, absolument comme nos chaînes à nous, ou comme de simples troncs d'arbre. Sans cela, en efl'et, on ne concevrait pas ces longues fissures, parallèles ou obliques à l'équateur, qui entament les continents vis-à-vis les pointes percutantes qui les ont travaillés et qui s'y sont enfoncées.
Evidemment toutes ces affirmations seraient très hasardées si elles ne venaient après les études géographiques. Même elles ne pourraient être formulées, car certes tout cela ne peut se deviner sur des cartes à peine tracées et changeantes d'année en année ou même d'auteur en auteur. Mais nous avons une base ferme, l'analyse de la carte de la Terre, qui, elle, ne laisse place à aucun doute, et partant de cette base, en raisonnant par analogie (mode de raisonnement universellement adopté dans toutes les sciences naturelles), nous pouvons, sans risque d'erreur, nous élever à la discussion des formes géographiques des planètes voisines de la nôtre.
Autre remarque : On discerne autour des deux pôles de la planète Mars des anneaux de terre à demi immergés, serrés et pressés les uns contre les autres; et, sous les mers australes, on voit beaucoup de fragments, de forme arrondie ou ovale, qui paraissent provenir de la dislocation et de l'usure des continents principaux. Ce sont les terres convictes de Mars. Peut-être nos astronomes pourront-ils en conclure quelque chose sur l'origine, c'est-à-dire les points d'émergence des continents de Mars, et aussi, par conséquent, de ceux de la Terre, et sur leurs points de résorption. Mais cela les regarde. Notre rôle à nous, géographes, s'arrête ici.
Je ne dis rien des autres planètes, vu que leur aréographie est absolument inconnue, ni du Soleil, ni de la Lune. Les astronomes
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diront, ou ont déjà dit, ce qu'il y a lieu de dire sur la Lune et sur le Soleil
§ II. — ÉLÉMENTS DU PROBLÈME DES CAUSES DES MOUVEMENTS DE L'ÉGORCE TERRESTRE
Je rassemble ici les données fournies par les cartes, et qui pourront servir à nos astronomes à remonter aux causes des librations de Técorce terrestre. Il est, en effet, non seulement convenable et poli, mais encore utile et prudent, il est, dis-je, non seulement de la plus simple urbanité, mais encore de la plus grande nécessité de leur offrir ces doûnées, de manière qu'ils n'aient plus qu'à s'en servir.
Première DONNÉE. — Les continents ont été agités jadis par des mouvements d'une grande amplitude, comparables aux oscillations d'un balancier, c'est-à-dire non rectilignes, mais curvilignes, et cependant parallèles à l'équateur dans leur ensemble. Ces oscillations ou librations se continuent encore aujourd'hui, quoique très affaiblies, en raison de l'épaississement et de la consolidation de l'écorce, contre lesquels elles luttent. Leur sens et leur durée sont indiqués par l'aiguille aimantée dans ses oscillations séculaire». Notre continent, par exemple, s'éloigne de plus en plus pendant cent cinquante ans à l'ouest de sa position moyenne ; il y revient après cent cinquante autres années ; il s'éloigne ensuite, continuant sa course, pendant cent cinquante ans à l'est de sa position moyenne ; il revient pendant les cent cinquante années suivantes vers ladite position, pour ensuite la dépasser de nouveau vers l'ouest ; et ainsi de suite. (Voir Leçon XIX\)
Deuxième donnée. — L'hémisphère septentrional est attiré ou poussé vers l'équateur, car les chaînes de cet hémisphère s'incurvent en festons convexes vers le sud, ou s'alignent suivant des méridiens. De même, l'hémisphère méridional est attiré ou poussé vers l'équateur, car les chaînes de cet hémisphère s'incurvent en festons convexes vers le nord ou s'alignent suivant des méridiens. Exemples : dans l'hémisphère nord, les festons aléoutien, japonais,
indo-chinois (Philippines comprises), himalayen, persique et afghan, anatolien et balkanique, mexicain et apalachc, californien, etc. Les dômes supérieurs des cirques continentaux tendent à s'écraser, à s'entr'ouvrir et à rentrer dans les cirques euxmômes, tandis que leurs ventres tendent à se bomber et à s'entr 'ouvrir vers le sud. Les chocs et les autres actions mécaniques latérales concourent aussi à ce résultat. Dans l'hémisphère sud, la courbe du Congo, celle du Zambèze, le seuil enveloppant de Madagascar, le bassin incurvé du Paraguay, le seuil des îles Malaises et de la Géorgie du Sud, enfin et surtout le feston australien, se bombent vers le nord. Il est de toute évidence que TAustralie et les autres terres convictes ont été refoulées depuis le pôle Antarctique jusqu'à l'équateur ou, dans son voisinage, par la force centrifuge due à la rotation de la Terre ou par une cause encore plus puissante. Ce sont des terres sans attaches, et par conséquent leur sort, c'est-à-dire leur mouvement vers l'équateur, est particulièrement significatif.
Troisième donnée. — Les extrémités des éperons continentaux et les traînées rocheuses terrestres ou sous-marines ont une tendance à s'enrouler sur elles-mêmes dans le sens droitegauche, dans l'hémisphère nord. Elles s'enroulent au contraire dans le sens gauche-droite dans l'hémisphère sud. C'est ainsi que la Mauritanie est recourbée sobs l'Espagne, que l'Irlande (fragment de la Grande-Bretagne) est rabattue sur le flanc occidental de l'Angleterre, que le Groenland se bombe vers le pôle nord, que la chaîne des Antilles s'enroule comme un copeau de bois sous la lame d'un rabot dans le sens droite-gauche, etc. Dans l'autre hémisphère, la chaîne des Alpes australiennes se recourbe sous l'Australie dans le sens gauche-droite, la chaîne du Cap africain se recourbe de môme, le seuil des îles Sandwich et de la Géorgie du Sud se recourbe vers les Orcades du Sud, etc.
Tels sont les trois grands faits, ou les trois grands phénomènes, qui permettront à nos astronomes de remonter aux causes. Est-ce la rotation de la Terre qui produit tout cela ? Sont-ce des attractions? Pour nous, géographes, il nous suffit de savoir quelles sont les tendances de l'écorce terrestre. Or il est établi par l'analyse des cartes que l'écorce est entraînée des pôles vers l'équateur ; et l'on verra môme par l'analyse des cartes anciennes, et par leur comparaison avec les nôtres (XX° Leçon), qu'elle tend à se résorber dans la zone équatoriale, de sorte que l'on devine
DES MOUVEMENTS DE l'ëCORCE TERRESTRE 37
! assez que les mouvements de libration parallèles à Téquateur ne
sont que les oscillations qu'accomplit un mobile pour parvenir à son but. Ce sont comme les mouvements du blé agité dans un van ou dans un crible. Par les trous de ce crible s'échappent les poussières et les pierres, et il ne reste à la surface du crible que le grain lui-même. De mêm^, nos continents nés aux deux pôles, là où le refroidissement de Técorce est le plus rapide, vont lentement se fondre, c'est-à-dire se dissoudre dans l'océan igné, sous la zone équatoriale. Les cyclones de cet océan igné et les tourbillons souterrains les pompent vers le centre de la Terre, et ils retournent peu à peu au grand creuset où tout se fond.
C'est ainsi que les montagnes de glace et les banquises polaires dérivent incessamment vers les zones tempérées et vont se dissoudre dans les eaux des mers de nos latitudes. C'est encore ainsi que les courants polaires s'échappent en fleuves immenses des zones arctique et antarctique et se dirigent vers Téquateur pour de là remonter en larges nappes vers leurs points de départ. C'est encore ainsi que les alises descendent vers la zone équatoriale pour s'élever ensuite dans Fatmosphère et retourner aux deux pôles. C'est ainsi enfin que les hommes eux-mêmes sont attirés du septentrion vers le midi par les richesses du soi et l'éclat du soleil, et qu'ils vont mourir ou s'étioler dans ces climats dissolvants, et, s'ils ont échappé à la mort, retournent avec joie vers le septentrion pour s'y retremper et y refaire leur santé. Ainsi les librations continentales ne sont que l'un des signes manifestes d'un grand mouvement de circulation imposé aux molécules minérales, comme aux autres molécules de cette planète, et qui les font aller de la surface au centre, du centre à la surface, des pôles à Téquateur et de Téquateur aux pôles. Et ici encore nous revenons après deux siècles et demi à la théorie cartésienne. On sait que Descartes anime ses tourbillons d'un double mouvement centrifuge et centripète, qui les brasse continuellement et qui en renouvelle la matière. Nous devons nous incliner devant ce maître dont les grandes conceptions reçoivent ainsi de toutes parts, à mesure que les sciences se perfectionnent, des confirmations inattendues, et aussi, bien entendu, des correctifs.
Dans son Essai sur les origines de la Méditerranée^ écrit il y a quelques années, mon frère disait que le pôle boréal est le berceau de nos continents et que les glaces et les neiges polaires sont leurs langes éblouissants. Cette comparaison est juste ; mais elle doit être étendue aussi au pôle austral.
Ce qui Tavait trompé et fait dire, dans ce livre, que le pôle austral est le point vers lequel s'acheminent lentement et où vont se résorber les continents nés à l'autre pôle, au pôle boréal, c'est que l'Afrique et l'Amérique du Sud ont, en grande partie du moins, dépassé Téquateur. Or elles ont dépassé le but, il est vrai, ainsi que l'Australie et les aytres terres convictes, mais elles tendent à y revenir. La force centrifuge les y ramène; et d'ailleurs, ainsi que nous le verrons dans la XX* Leçon par l'étude de la carte du monde connu des anciens, l'Afrique et l'Australie ont, depuis Ptolémée, remonté vers le nord de plusieurs degrés. Elles se sont rapprochées de l'équateur, et non du pôle austral depuis dix-sept siècles. Il a donc commis, dans cet Essai sur les Origines de la Méditerranée^ une erreur impardonnable.
Et dans cet ouvrage-ci, il y en a encore, et de très graves. Si vous avez suivi attentivement, cher lecteur, les discussions de cartes qu'il renferme, notamment celle de la Mappemonde et celles des océans Atlantique et Pacifique, vous avez pu remarquer que ces discussions clochent en plus d^une place, et surtout aux endroits où je parle du continent antarctique, de ce disque de terres qui s'interpose entre l'Amérique et l'Afrique centrale, d'une part, et l'Australie, d'autre part, c'est-à-dire entre des blocs qui certainement ont été soudés les uns aux autres. Comment expliquer cela ? Comment expliquer la présence, entre des blocs jadis unis, puis séparés, d'un continent nouveau.
Je m'en suis tiré comme j'ai pu, en disant que ce continent nouveau a été créé au pôle antarctique après la scission de l'Australie et des pointes africaine et américaine, que c'est un agrégat de blocs refoulés et tassés au centre de la cuvette antarctique par les mêmes instruments qui avaient creusé d'abord cette cuvette.
Mais vous apercevez maintenant, j'en suis sûr, l'explication véritable : ce continent austral est un jeune continent, né au pôle antarctique, après la naissance de nos continents à nous au pôle arctique et après leur fragmentation. 11 est né par voie d'éruption. C'est une onde annulaire, comparable au cratère d'un immense volcan, qui entoure le pôle antarctique. Sa cuvette intérieure est occupée, peut-être par une mer polaire, peut-être par d'autres anneaux serrés et pressés les uns contre les autres, comme ceux qu'on voit autour des pôles de la planète Mars. Il se peut qu'il y ait, au beau milieu, un cône central, comme ceux qu'on trouve au milieu de la plate-forme de nos volcans ordinaires, mais infiniment plus puissant. Dans ce cas, ce cône
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«nllammé serait comme un soleil entouré de ses anneaux planétaires, car tout dans Tunivers se ressemble, tout est bâti sur le même plan. En tous cas, Ton est sûr déjà que le cratère enveloppant est hérissé de cônes adventifs.
On en a déjà vu plusieurs d'une taille gigantesque (volcans Erébus et Terror). Les expéditions que Ton organise en ce moment, en vue d'atteindre le pôle austral, ou celles qui sont déjà parties pour le pôle boréal, notamment celle d'Andrée, éluciderait, il faut l'espérer, toutes ces questions. Mon lecteur voit leur intérêt; mais il voit aussi que les plus grands dangers que courront les explorateurs qui atteindront le pôle, s'ils Tatteignent, ne sont pas ceux qu'ils attendent, mais bien des périls contraires. Ils iront planter leur drapeau non sur des glaces, peut-être, mais sur des laves, sur la cime d'un énorme volcan fumant, dont l'activité permanente se traduit au loin par d'immense^ lueurs, que nous appelons aurores boréales.
Mais peut-être aussi trouveront-ils au pôle un Eden. C*est ce que je leur souhaite. Les pôles sont, en effet, très probablement le berceau de nos continents. Pourquoi donc ne seraient-ils pas aussi le berceau de l'humanité ?
Mon lecteur a pu remarquer que, si des chocs d'éperons montagneux ou des coups de truelle expliquent la formation d'ourlets littoraux, ou même de chaînes intérieures puissantes, telles que le Jura, composées entièrement de sédiments, pareille origine ne peut être attribuée aux grandes chaînes primitives granitiques qui circonscrivent l'ondulation de premier ordre, l'ensemble de nos continents. Au contraire, nous voyons, par l'analyse des cartes, que cette ondulation s'est divisée, rompue par le milieu, et que les chocs de ses deux grands fragments, l'ancien et le nouveau monde, tendent à la fragmenter et à l'émietter de plus en plus.
Il semble donc probable que cette ondulation est née au pôle arctique sous des poussées formidables parties de l'intérieur du globe. C'est un cratère immense qui a surgi au pôle de la Terre il y a des millions d'années, et qui depuis va, en se dilatant et se fragmentant de plus en plus, se résorber dans la zone équatoriale. Ou, si l'on préfère, c'est une onde issue du pôle, comparable à <5elles qui se forment, autour d'un centre d'ébranlement, à la surface d'un liquide quelconque et qui va en mourant et s'affaissant à mesure qu'elle s'éloigne de son point de départ. Ainsi les plus faibles cônes que les volcans nous offrent à la surface de la Terre ont la môme origine que cette immense ondulation, et ils nous
apprennent comment se sont formées les plus hautes chaînes. Vous voyez que tout ici-bas se ressemble. Et vous voyez aussi comment les théories en apparence les plus dissemblables se concilient lorsqu*on tient enfin la solution d'un problème. Il y a bien longtemps que Léopold de Buch a deviné Torigine des chaînes et qu'il les a attribuées aux forces volcaniques. Il était sans doute plus près de la vérité qu'Elie de Beaumont; mais Tesprit humain va vers le vrai en zigzaguant, et il n'y a pas que nos continents qui oscillent, il y a aussi nos opinions. Après cinquante ou soixante ans, la science se retrouve à son point de départ, mais avec un progrès en hauteur résultant de ses va-et-vient et de ses écarts mômes.
Si Tondulation circumpolaire qui constitue nos continents a réellement pris naissance au pôle boréal, comme l'analyse des cartes l'indique, ce pôle est donc le siège de tourbillons ascendants de Tocéan igné, et sans doute aussi l'autre pôle. Ces tourbillons ont pour axe Taxe de rotation de la Terre. Au contraire, la zone équatoriale est le siège de tourbillons descendants.
Ces suppositions manquent de base expérimentale et mathématique ; elles n'ont d'autre justification que l'analyse de la carte, ce qui est déjà quelque chose, à la vérité. Mais on ne sait malheureusement pas comment se comportent les gyroscopes liquides. Et il est bien à regretter, comme le dit M. Paye dans son livre sur V Origine du monde, qu'aucun géomètre de notre siècle n'ait appliqué sa puissante analyse à l'étude des lois des mouvements des liquides. Lagrange seul, dans l'autre siècle, s'est efforcé en vain de résoudre les équations qui renferment les lois de ces mouvements; elles lui ont résisté, malgré tout son génie, et il les a appelées « équations rebelles » ; nos géomètres se tiennent pour avertis. A défaut d'analyse, l'expérience de Plateau, faite dans de nouvelles conditions, pourrait peut-être résoudre la question.
Peut-être aussi l'étude du Soleil apportera-t-elle des éclaircissements nouveaux. Ce qui se passe à la surface libre du Soleil se passe aussi sous l'écorce de la Terre, du moins cela est probable.
M. Paye a démontré que les taches du Soleil sont d'immenses tourbillons où s'engloutit la matière de la photosphère solaire, dans la zone équatoriale du Soleil. Ces tourbillons sont animés de rotations inverses de part et d'autre de l'équateur, ce qui est dû tout simplement à une différence de vitesse angulaire de rotation des diverses zones du Soleil. M. Paye compare ces tourbillons à nos cyclones atmosphériques. Mais vous voyez aussi que
DES MOUVEMENTS DE l/ÉCORCE TERRESTRE 41
ces tourbillons solaires ont ou doivent avoir aussi leurs homologues sous Técorce même de la Terre, et non pas seulement dans son atmosphère. Il doit y avoir sous chaque cirque montagneux de grande étendue un tourbillon local dans le tourbillon général qui emporte l'écorce de notre globe. Et de môme qu*aux abords des taches solaires Thydrogènede la chromosphëre aspiré par le tourbillon de la tache rejaillit au dehors en flammes immenses, de même, autour des cirques terrestres de premier ordre, les gaz et les laves intérieures jaillissent par les évents volcaniques qui jalonnent le pourtour des cirques. Mais c'est assez nous étendre sur ces analogies. Dans la leçon suivante, nous parlerons des données que la géodésie fournit sur les tendances du sol et sur ses mouvements lents.
XVIIP LEÇON GÉODÉSIE
6ënëiullit£s
Si nous pouvons et même si nous devons avoir recours aux astrononjes, qui manient mieux que nous les forces de l'attraction, pour savoir quelles sont les causes des mouvements de vaet-vient qui ont animé les fragments de Técorce de la Terre, il n'en est pas de mômelorsqu'il s'agit simplement de constater et d'expliquer les choses qu'on trouve à sa surface, les accidents géographiques el môme les inflexions plus générales que prend l'écorce terrestre sous les forces agissantes, c'est-à-dire les bossellements et les aplatissements de la surface terrestre. La détermination de ces courbures locales ainsi que leur explication incombent naturellement à la géographie mathématique, c'est-àdire à la géodésie. Et c'est pourquoi nous en parlerons ici.
Les géodésiens constatent à la surface du globe des anomalies de courbure et des attractions locales. Expliquons ces deux termes scientifiques. Le premier signifie déformation anormale de l'ellipsoïde terrestre. Dans certaines régions l'on constate, par la mesure directe de la longueur du degré du méridien, que le rayon de courbure a une valeur plus grande ou plus petite que celle qu'il devrait avoir si la Terre était bien un ellipsoïde régulier. Il s'ensuit que sa forme générale, quoique restant dans l'ensemble celle d'un ellipsoïde de révolution, est altérée dans ces régions : c'est comme un renfoncement ou une bosse produite par un choc léger dans un chapeau. Ces renfoncements ou ces bosses sont parfois considérables et atteignent et même dépassent l'aplatissement polaire de l'ellipsoïde ou son bossellement équatorial, de sorte qu'ils jettent un grand trouble dans les opérations
géodésiques et contrarient beaucoup la fermeture des triangles et des chaînes de triangles dans les régions qui en sont affectées.
Quant aux attractions locales, ce sont des déviations anormales du fil à plomb, c'est-à-dire de la verticale, dans certaines localités. On constate que la latitude calculée de ces localités est sensiblement plus grande ou plus petite que leur latitude observée. Qu'est-ce que la latitude calculée ? C'est la latitude déduite parle calcul de celle du point origine de la triangulation. Une formule assez simple permet de déduire la latitude de chaque sommet d'une chaîne de triangles de celle du point initial d'attache de cette chaîne de triangle. Dans cette formule entrent le rayon moyen de la terre et son aplatissement. Si la terre était un ellipsoïde parfait, les latitudes ainsi déduites de celle du point de départ devraient coïncider avec celles que l'on observe et qui sont les latitudjes réelles. Or, lorsqu'on procède à la vérification en observant la hauteur du pôle au-dessus de rhorizon, on s'aperçoit qu'en certains endroits cette vérification fait défaut. Il y a des écarts parfois considérables. Cela encore prouve que la surface de l'ellipsoïde terrestre est bosselée ou aplatie dans ces endroits-là.
On a d'abord essayé d'expliquer ces déviations du fil à plomb par des attractions locales exercées sur lui par des chaînes de montagnes ; de là le nom d'attractions locales. Mais on s'est bientôt aperçu que ces singulières déviations se produisaient aussi bien dans les grandes plaines de la Russie qu'au pied du Caucase, par exemple, et il a fallu renoncera cette explication. Alors on a été réduit à supposer, à défaut de masses attirantes visibles, l'existence de masses métalliques cachées dans l'intérieur de la Terre. Mais cette explication ne satisfait personne, parce que nos savants ne croient que ce qu'ils voient, et ils ont bien raison. Cependant c'est à nous, ainsi que je l'ai dit ci-dessus, qu'il incombe de trouver l'explication de ces faits, de ces courbures locales ou de ces attractions locales qui rentrent d'ailleurs absolument dans la catégorie des faits que les géographes étudient : toutes les bosses, tous les creux de Tellipsoïde terrestre les regardent, que ces bosses ou ces creux soient de simples collines, de simples vallons, ou des renflements ou aplatissements généraux de la surface de notre globe. Même ces mouvements généraux, auxquels se plie la surface de la Terre, sont plus importants de beaucoup, au point de vue théorique du moins, que les petits mouvements de terrain et même que les plus hautes chaînes
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et les plus profondes vallées, car les premiers affectent de très grandes surfaces et les seconds ne sont que des accidents locaux et particuliers, des traits complémentaires qui s'ajoutent aux premiers, c'est-à-dire aux traits généraux, et qui ont sans doute avec eux une relation qu'il importe de découvrir. Essayons donc de le faire.
Ox nous avons déjà, dans la leçon sur la France, en nous occupant du bassin de la Garonne, signalé une anomalie de courbure que présente ce bassin ; dans la région landaise et gasconne, la surface du globe est déprimée comme si un poing énorme appuyait sur lui à cette place, ou avait jadis appuyé, et l'enfonçait, ou l'avait enfoncé, vers le centre de la Terre. Cette dépression a été cause que nos ingénieurs géographes n'ont jamais pu fermer leur triangulation dans cette partie de la France, et qu'après avoir beaucoup cherché et s'être donné beaucoup de mal ils ont dû passer outre et admettre Terreur de fermeture, qui était considérable. Or, vis-à-vis cette crevasse gasconne, de l'autre côté de TAtlantique, s'allonge un éperon, l'éperon terre-neuvien, qui jadis a creusé le golfe de Gascogne et la vallée de la Garonne, et a donné à cette vallée et à ce golfe leur pente actuelle inclinée vers l'Atlantique. Donc c'est lui bien certainement qui a déformé l'ellipsoïde et créé là un creux, une anomalie de courbure qui persiste, absolument comme un renfoncement produit par un coup de poing dans un chapeau persiste même après que le poing qui s'y est enfoncé s'est retiré. La seule question qu'on puisse encore se poser après cela, et elle est importante, c'est la question de savoir si le poing terreneuvien appuie encore ou non sur cette cavité gasconne et fait sentir encore son action à distance sur elle, s'il tend à y pénétrer de nouveau ou à s'en retirer, et enfin si les continents américain et européen oscillent encore en face l'un de l'autre, en se rapprochant ou en s'écartant, ou s'ils sont au repos. Pour le savoir, il faudrait faire des mesures géodésiques très précises, ou plus simplement répéter la détermination des longitudes de Brest ou de Bordeaux et de New- York. C'est ce qui n'a pas été encore fait.
Généralisons ce qui précède, car de toute évidence celte généralisation est permise. Maintenant que la carte a révélé les chocs et les pénétrations qui ont façonné le relief terrestre, nous allons pouvoir aller vite. Nous dirons donc d'une manière générale que tout éperon rocheux, tout saillant qui s'allonge vers une anfrac-
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tuosilé naturelle déprime ou a déprimé Tellipsoïde terrestre dans toute Tétendue de cette anfractuosité. Et lui-même, au contraire, se bombe en sens inverse et fait en quelque sorte le dos d'âne. De sorte qu'on aura diminution de courbure dans Tanfractuosité, surtout à son ouverture, et augmentation de courbure sur Téperon, surtout à son extrême pointe.
Ces résultats se vérifient dans toutes les cavités naturelles où l'on a fait des observations géodésiques suivies. Mais ces cavités sont encore en petit nombre. Et toutes les fois qu'on y découvre une anomalie de courbure, le monde savant entre en émoi. Il n'y a vraiment pas de quoi. C'est ainsi que Ton a constaté, il y a un siècle, que la vallée du Pô est le siège d'une anomalie de courbure considérable, analogue à celle que Ton constate dans la vallée de la Garonne, et qui tient à une cause semblable : l'éperon dalmate, cet éperon qui a creusé la vallée du Pô, ou contribué à la creuser, allonge encore vis-à-vis d'elle sa pointe recourbée, ristrie, et fait sentir son influence déprimante sur Mie : d'où anomalie de courbure. Le physicien Beccaria,en mesurant l'arc compris entre Andrate et Mondovi (Piémont) pour déterminer la longueur du degré, constata cette anomalie. Il trouva, pour la longueur de l'arc de 1°, 57.468 toises, nombre supérieur de 600 toises, environ, à celui qu'on devait avoir, ou qu'on s'attendait à avoir, et correspondant à une erreur d'amplitude de plus de 41" sur l'arc mesuré. Ce fut un toile général. En effet, ce résultat venait à rencontre de ceux trouvés au Pérou et en Laponie par Bouguer, La Condamine, Clairaut et Maupertuis. 11 jetait des doutes sur le fait même de l'aplatissement de la Terre au pôle. On recommença, en 1823, tout le travail de Beccaria ; on observa de nouveau les latitudes des stations d'Andrate et de Mondovi. On trouva encore ^8 mètres de plus pour la longueur de l'arc de 1**, et en même temps iy de moins comme amplitude. Cette fois on se le tint pour dit; il fallait bien se rendre à l'évidence, et l'on ne pouvait plus accuser Beccaria du crime de lèse-ellipsoïde terrestre. On se borna à dire qu'il y avait dans le Piémont une anomalie de courbure de la Terre, et l'on passa outre.
Mais mon lecteur s'explique maintenant cette anomalie de courbure. Il sait que l'éperon dalmate a pénétré dans la vallée du Pô, jusque dans le Piémont, jusqu'à l'hémicycle des Alpes, que c'est cet éperon, dont l'Istrie forme la pointe recourbée, qui a creusé cette vallée du Pô, par des coups à peu près droits, comme les coups d'une barre à mine dans un rocher. Cette barre à mine
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dalmate est maintenant retirée du trou qu'elle a creusé dans les Alpes, mais elle s'allonge encore aujourd'hui vis-à-vis de lui, et c'est assez pour expliquer l'aplatissement de la surface terrestre en Piémont et en Lombardie. Il y aurait même courbure inverse, courbure négative, creusement au lieu d'aplatissement, qu'il n'y aurait pas lieu d'être surpris.
Mais le fait précédent prouve encore autre chose. Vous avez remarqué qu'il y a eu sur ce théâtre deux expériences faites, deux déterminations successives de la longueu r de l'arc Andrate-Mondovi , et qu*à la seconde mesure, faite en 1823, on a constaté une variation de 13'' de l'amplitude d'un certain arc méridien compris entre Andrate et Mondovi, lequel a environ 1"* de longueur. Donc il y a eu mouvement de l'éperon dalmate et du bassin du Pô, du moins si l'on accepte l'une et l'autre expérience comme bonnes. Et puisque les verticales des stations extrêmes se sont rapprochées l'une de l'autre, c'est un signe bien certain que Téperon dalmate a tendu à rentrer dans la vallée du Pô, c'est-à-dire dans son ancien logement. Donc enfin il y a eu contraction légère de la région où ces expériences ont été faites. Et en effet c'est le résultat qu'on pouvait attendre ; les poussées lentes continuent à contracter les continents, elles achèvent l'œuvre du martelage violent d'autrefois. Depuis l'époque de Ptolémée, l'Europe et la Méditerranée ont perdu ainsi un quart de leur longueur, comptée en longitude, c'est-à-dire sur les parallèles à l'équateur.
Je borne ici ces exemples. Ils suffisent pourprouver à mon lecteur quel intérêt offre la géodésie, cette science considérée par les sots comme' un pur arpentage, transcendant si l'on veut, disent-ils, d'autant plus ennuyeux qu'il est plus transcendant, et beaucoup moins utile que l'arpentage ordinaire, que les travaux de nivellement des routes et que les opérations du cadastre. La vérité est que la géodésie est une des sciences les plus sublimes qu'il y ait, et que son horizon est un des plus vastes qui s'ouvrent devant l'esprit humain. Elle joint la précision mathématique des observations à la hardiesse des déductions ; pour la précision, elle l'emporte même sur Tastronomie, et, si son champ d'observations est moins vaste que celui de cette dernière, il peut suffire encore aux ambitions des plus exigeants. De plus, grâce aux travaux des géodésiens de notre siècle, les progrès de cette science ont été rapides. Et maintenant on ne se borne plus à mesurer les arcs de méridien et les longueurs des degrés, mais on commence à aborder les mesures des variations de ces longueurs. Ce qui précède suffit
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pour faire comprendre à mes lecteurs l'intérêt qui s'attache à ces rectifications de longueurs de côtés géodésiques s'élevant à peine à quelques mètres ou à quelques décimètres, ou aux rectifications d'angles et d'azimuts s'élevant à peine à quelques secondes d'arc, ou enfin aux observations répétées de latitude et de longitude, entreprises dans certains observatoires. Ces petites différences mettent, en effet, en évidence les variations du sol et ses mouvements lents ; elles serviront plus tard à établir les lois de ces mouvements de libration qui font osciller nos continents, ainsi que les formules permettant d'assigner à l'avance les longitudes exactes des divers points, longitudes qui varient bien certainement encore dans d'assez larges limites. Les cartes marines de Lucini donnent à la Méditerranée une longueur plus grande de T en longitude que les nôtres. C'est une différence beaucoup trop forte pour qu'on puisse l'attribuer à des erreurs d'observation ou à des variations de chronomètres.
Malheureusement les opérations de revision jusqu'ici tentées en France ont porté sur une méridienne ; et elles n'ont mis en évidence aucune variation des côtés et des angles des triangles géodésiques depuis Méchain et Delambre, c'est-à-dire depuis cent ans, qui ne puisse être confondue avec les erreurs d'observations. Cela s'explique aisément, puisque les oscillations continentales doivent avoir lieu, si elles ont lieu, dans le sens des parallèles. De ce que Ton a retrouvé presque identiquement les chiffres de Méchain et de Delambre partout où l'on a pu stationner aux mômes points qu'eux, il ne faudrait donc pas se hâter de conclure à l'invariabilité. absolue des éléments géodésiques. La méridienne de France, comme toutes les méridiennes, se transporte en bloc de Testa l'ouest ou de l'ouest à l'est, suivant les oscillations de l'ancien continent, et les seules déformations qu'elle puisse subir sont des^ dilatations ou des compressions latérales résultant des tractions ou des poussées que subit le sol suivant la phase de l'oscillation. Or ces déformations des masses continentales, déjà longuement martelées et parvenues à un degré de compacité extrême, doivent être excessivement faibles. De fait, elles sont très faibles dans la plupart des lieux. Les résultats de la revision de la méridienne de- France et des observations répétées de latitude actuellement commencées dans plusieurs observatoires sont concluants à cet égard. Mais dans toute l'étendue des bassins océaniques en est-il de même ? C'est ce qu'oij ne sait pas encore. Ces bassins représentent les parties faibles de l'écorce, et c'est là, par conséquent, que doivent se
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produire surtout les variations géographiques. Dans Tintérieur des continents, elles sont depuis longtemps déjà réduites à an lent travail des assises rocheuses, à de lents balancements des éperons qui ont jadis creusé les anfractuosités qui leur font face ; par exemple Téperon dinarique tend à s'enfoncer dans la cavité lombarde et piémontaise ou à s'en retirer, l'éperon paroparaisien oscille de môme en face de la cavité Caspienne, etc. Déjà, grâce à l'analyse géographique, on peut deviner les lieux où les variations seront les plus amples. Mais dans les bassins maritimes qui jadis ont été parcourus dans toute leur longueur par les éperons continentaux, combien les variations doivent être encore plus grandes î Quelques observations répétées de longitude sur les bords de nos océans élucideront la question.
Ce n'est pas en répétant des différences de longitude entre Paris et Greenwich, ou entre Paris et Berlin ou Vienne, qu'on peut espérer de constater ces variations, mais c'est en répétant les différences de longitude Paris, New- York, Vladivostok et San-Francisco.
Sur les continents on revisera des arcs non pas seulement de méridiens, mais encore et surtout de parallèles. Les chaînes méridiennes n'accuseront jamais que de très faibles variations, puisque les librations se produisent dans le sens des parallèles. Mais les chaînes parallèles pourront en révéler de fort grandes.
Si l'on veut cependant répéter des latitudes, c'est aux clefs de voûte des grands cirques terrestres ou à leurs ventres qu'il faudra opérer, ou encore en certains points tels que l'Ecosse ou la Tunisie, qui sont les extrémités des éperons continentaux, extrémités qui sans doute ont conservé une certaine mobilité, comme on le constate pour les éperons continentaux de la planète Mars.
Une question qui se présente de suite à l'esprit et qui intéresse également les géodésiens et les astronomes, c'est celle-ci : Que devient dans tout cela la durée du jour sidérai? Si Técorce terrestre est soumise à des librations alternatives et à des librations rapides (annuellement plusieurs minutes d'arc), la durée du jour sidéral est entachée d'une variable. Le jour sidéral sera alternativement plus long ou plus court de près d'une minute tous les vingt ans. Cela surprend. Nous sommes habitués à considérer la durée du jour sidéral comme une constante. Et pourtant il est fort probable et môme certain qu'elle doit varier, sinon rapidement, du moins lentement, sinon beaucoup, du moins un peu.
Laplace admet qu'elle s'accélère peu à peu par l'effet du refroi-
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dissement du globe, refroidissement qui condense et resserre son volume et précipite les molécules vers le centre. D'ailleurs, sans entrer dans ces calculs, si le jour sidéral était constant, ce serait donc la seule constante qui existât dans Tunivers. Tout change, tout oscille, tout varie incessamment, et le jour sidéral varie comme le reste. Mais, comme il est la base première et la vérification dernière de nos mesures de temps, comme d'ailleurs sa variation est excessivement faible et lente (1/100 de seconde par jour peut-être), elle nous échappe absolument.
Nous ne songeons pas à la constater, et le voulussions-nous que nous ne le pourrions pas. Elle disparait dans la variation propre à la pendule, dans ce qu'on appelle sa marche (1 ou 2/10 de seconde par jour pour les bonnes pendules).
La marche du sol est au moins dix fois plus lente. Le sol se déplace chaque jour de quelques mètres ou de quelques décimètres, on ne sait. Ce qui est certain, c'est qu'il bouge et fuit sous nos pieds, emportant nos instruments, nos observatoires et nousmêmes.
Nous sommes les passagers d'un navire qui tangue et roule en voguant en pleine mer, mais dont les mouvements de tangage et de roulis sont si doux que les passagers ne les remarquent même pas. Ni Taspect de la mer ni celui des cieux étoiles ne changent à leurs yeux, de sorte qu'ils peuvent se croire, eux et leur navire, absolument immobiles. Seule l'aiguille aimantée, le compas du navire, varie incessamment et trahit la marche effectuée. Dans la leçon suivante, nous nous occuperons des variations de cette aiguille aimantée, et nous essaierons d'en tirer quelque indication sur les déplacements du navire et sur la direction de sa marche.