‹ Traité de géographie physiqueChapitre 36 sur 44 · XIX- LEÇON PHYSIQUE (MAGNÉTISME TERRESTRE · texte numérisé non relu

XIX- LEÇON PHYSIQUE (MAGNÉTISME TERRESTRE

Ainsi que nous l'avons vu dans la leçon précédente, les oscillations des continents dans le sens des parallèles, oscillations qui ont atteint jadis une énorme amplitude, et qui ont engendré des chocs directs des masses continentales, sont maintenant réduites à de faibles balancements. Et aucun signe certain ne les révèle, si ce n'est une variation lente, en chaque point du globe, de la direction de Taiguille aimantée. Chaque continent est comme un navire qui se déplace à la surface des mers et dont Taiguille varie incessamment en inclinaison et en déclinaison, de sorte que les variations lentes de Taiguille aimantée prennent une grande importance au point de vue géographique. Elles accusent et démontrent ces mouvements lents des fragments de l'écorce terrestre, et peut-être môme pourront plus tard servir à les mesurer. Mais en ce moment, c'est-à-dire dans Tétat actuel de la science, elles ne sont encore qu'une indication bien précieuse à la vérité, puisqu'elle est la seule, et qu'aucune mesure géodesique ou astronomique précise n'a confirmé encore les déplacements dont il s'agit.

Le magnétisme terrestre, qui, jusqu'ici, n'était envisagé que d'une manière très sommaire dans les traités de géographie physique, devra donc dorénavant y prendre une part importante. Résumons nos connaissances actuelles sur ce sujet.

La Terre agit sur l'aiguille aimantée comme si elle était ellemême un aimant immense ayant un de ses pôles magnétiques dans l'hémisphère boréal, l'autre dans l'hémisphère astral, tous

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deux profondf^.ment enfoncés dans Tintérieur de la terre, et tous deux situés en dehors de la ligne des pôles géographiques. Autrement dit. Taxe de cet aimant terrestre ne coïncide pas avec la ligne des pôles de la terre. Il est incliné sur lui assez fortement. Et de plus, cet aimant n^est pas absolument fixe, mais il se déplace lentement en décrivant un cône autour de la ligne des pôles géographiques ; et tout en décrivant ce cône, d'un mouvement de précession séculaire, il oscille chaque année d'un mouvement de nutation lent autour de sa position moyenne annuelle. De plus, tout en oscillant de la sorte, il est animé encore d'une trépidation diurne assez considérable ; ce qui fait que Taiguille aimantée placée à la surface de la terre se conforme à ces mouvements et qu'elle éprouve des variations séculaires, annuelles et diurnes. Telle est la première hypothèse que Ton a faite pour expliquer les phénomènes du magnétisme terrestre, et, bien qu'elle ne soit plus admise aujourd'hui par personne, je la rappelle, parce qu'en somme elle n'est pas plus fausse que beaucoup d'autres, et qu'elle a au moins le mérite de la simplicité et de la clarté.

De plus, cette hypothèse rend assez bien compte, d'abord du phénomène lui-même delà déclinaison et de Tinclinaison de l'aiguille, c'est-à-dire du fait de son obliquité au méridien et à l'horizon, et ensuite des variations de ces éléments, c'est-à-dire des variations incessantes de ces deux angles, ainsi que de celle de l'intensité magnétique. Tous ces éléments varient en effet d'une manière complexe, comme je l'ai déjà dit tout à l'heure, et l'on se représente assez exactement leurs variations en imaginant dans Tintérieur de la terre un immense barreau aimanté qui se déplacerait et qui oscillerait incessamment autour de la ligne des pôles géographiques.

Mais cette théorie un peu simpliste a fait place depuis longtemps déjà à une autre plus perfectionnée, quoique revenant au fond absolument au môme. En 1817, un physicien danois, Oersiedt, ayant placé une aiguille aimantée à proximité d'un fil de cuivre traversé par un courant électrique, s'aperçut que cette aiguille était déviée de sa direction habituelle, et qu'elle tendait à se placer perpendiculairement à la direction du fil ou du courant électrique. Cette découverte fut le point de départ de recherches et de découvertes d'une grande importance, et qui aboutirent, vous le savez, à la création de toute une science nouvelle, l'électro-magnétisme, dont le Français Ampère et l'Anglais Faraday

ont été les principaux créateurs et qui a eu des applications d*une importance immense dans la civilisation et l'industrie : les bobines d'induction, la télégraphie électrique, l'éclairage électrique, etc. En ce qui concerne le magnétisme terrestre, Texpérience d'Oerstedt a eu pour conséquence d'en faire modifier la théorie. Au lieu d'assimiler la terre à un aimant, agissant sur les aiguilles aimantées placées à sa surface, on Ta assimilée à un solénoïde, c'est-à-dire à un fil métallique contourné en hélice, ou enroulé sur une bobine, dans lequel passe un courant électrique. Un tel fil ou une telle bobine équivaut en effet à un aimant, et a comme lui deux pôles et la propriété d'attirer ou de repousser un autre aimant ou un autre solénoïde. Bref, au lieu d'un aimant terrestre, nous avons aujourd'hui un solénoïde terrestre. La différence n'est pas fort grande, comme vous voyez, et cette manière d'envisager les choses ne les a ni mieux expliquées, ni simplifiées, au contraire. Elle n'a pas fait faire un seul pas à la question du magnétisme terrestre, et depuis Ampère on ne sait toujours pas pourquoi la déclinaison, l'inclinaison et l'intensité magnétique varient en chaque lieu du globe. Le déplacement séculaire de l'aiguille surtout reste un sujet d'étonnement. Cette oscillation lente qui porte laiguille de part et d'autre du méridien géographique, et l'en écarte de plus de 20 soit à droite, soit à gauche, dans l'espace de trois cents ans environ, reste un mystère toujours inexpliqué.

Mais c'est ici le lieu d'entrer dans quelques détails au sujet de toutes ces variations et de rappeler quelques définitions, dont nous allons avoir à nous servir.

On appelle déclinaison l'angle de l'aiguille aimantée avec le méridien géographique. Cet angle se compte comme les azimuts géographiques, c'est-à-dire de droite à gauche et à partir du nord.

On appelle inclinaison l'angle de l'aiguille avec le plan de l'horizon, i

On appelle pôles magnétiques les points de la surface du globe (points qu'on suppose être au nombre de deux et diamétralement opposés) où l'inclinaison atteint 90"*, c'est-à-dire où l'aiguille aimantée pointe vers le centre de la Terre.

On appelle méridiens et équateur magnétique les grands cercles menés par ces deux pôles et le plan perpendiculaire à ces grands cercles mené par le centre de la Terre.

On appelle isogones les courbes qu'on obtient en joignant tous

les points qui ont -au même moment la même déclinaison.

Ces courbes isogones, qui joignent les points où la déclinaison est la môme au même moment, viennent converger d'ailleurs nécessairement, elles aussi, vers les pôles magnétiques, ou du moins vers celui que Ton connaît et qui est un point situé dans la presqu'île Boothia-Félix, sous le dôme du cirque nord-américain. On a constaté que là Taiguille aimantée est dirigée suivant la verticale, et Ton est fondé à croire pour ce motif que le pôle boréal magnétique de la Terre se trouve sur la verticale de ce point. Quant à l'autre pôle, on le place assez arbitrairement, d'après la direction que suivent les isogones lorsqu'elles approchent du cercle antarctique, en un point situé à 14"* ou 15'' du pôle austral, et à 135** de longitude est de Paris, c'est-à-dire en un point très éloigné des antipodes de l'autre pôle magnétique. Le point diamétralement opposé au pôle de la presqu'île Boothia- Félix est en effet situé à 20° du pôle sud géographique et à 92° de longitude est de Paris.

Quoi qu'il en soit, l'on trace les isogones sur nos mappemondes du mieux qu'on peut, et toutes vont converger vers ces deux pôles magnétiques avec des inflexions assez bizarres. Deux lignes sans déclinaison s'y remarquent. L'une longe à peu près la côte orientale du continent américain, l'autre traverse la Russie d'Europe en longeant l'Oural, coupe en deux la Caspienne et la Perse, tourne ensuite brusquement vers le sud-ouest jusqu'à Java qu'elle touche, puis s'infléchit au sud vers l'Australie, dont elle longe la côte occidentale.

Une troisième ligne sans déclinaison entoure le Japon et la Mandchourie. C'est une courbe fermée de forme à peu près elliptique. Ainsi toutes les bizarreries se rencontrent dans le tracé de ces courbes isogones. J'ajoute que toutes changent incessamment de formes et de positions, et qu'il se peut fort bien qu'à l'heure où j'écris ces lignes ce qui était vrai hier ne le soil plus aujourd'hui, et qu'ainsi ce que vous lisez ne soit plus du tout vrai, ou s'éloigne notablement de la vérité.

En effet, en chaque lieu du globe, la déclinaison et l'inclinaison varient non seulement de siècle en siècle, non seulement d'année en année, mais de jour en jour, et les variations sont fort considérables, comme vous allez le voir.

Ainsi, par exemple, en France, l'aiguille aimantée passe alternativement à droite et à gauche du méridien géographique en décrivant un arc total de 45° environ, 22° 1/2 à droite, 22° 1/2 à

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gauche. Elle met du reste fort longtemps, e^nvîroil trois cents ans, à décrire cet arc de 45* et autant pour revenir, ce qui fait six cents ans pour la durée de Toscillation double ou totale.

En 1580, la déclinaison à Paris était orientale et égale à !!• 31'.

En 1666, elle était devenue nulle.

En 181 i, elle atteignait sa valeur occidentale niaximufti, 22**^'.

Depuis ce temps, elle décroît ; Taiguille revient vers le nord avec une vitesse annuelle de 6' environ. Cette année même (1897), la déclinaison à Paris est de 15* 6' au 1" janvier.

Chaque année, le Bureau des Longitudes publie, pour la France, une carte des isogones. L'on constate sur celte carte que la déclinaison varie très sensiblement d'une extrémité à l'autre de la France. Elle varie bien plus encore en Angleterre et en Irlande. Sa valeur moyenne dans ces deux pays est de 30*^. Elle est de 45* en Islande et dans le Groenland méridional.

Aux Etats-Unis, les isogones accomplissent des circuits bizarres. Telle isogone parallèle au méridien dans les Etats du Nord lui devient perpendiculaire dans ceux du Sud. La variation annuelle de la déclinaison aux Etats-Unis est de 3' à 4' 1/2, et elle est de même sens qu'en France, c'est-à-dire qu'actuellement l'aiguille revient vers le nord, comme dans l'ancien continent.

Je fais grâce à mon lecteur des variations annuelles et diurnes de la déclinaison, ainsi que de celles de l'inclinaison, de l'intensité magnétique, etc. Toutes sont du reste liées à la marche annuelle ou diurne du soleil, et par conséquent ne nous intéressent point. Nous ne nous occuperons ici que de la variation séculaire, celle qui transporte alternativement l'aiguille à droite et à gauche du méridien géographique et lui fait accomplir des oscillations lentes, mais très amples, puisqu'en France elles atteignent 45*, comme nous l'avons vu tout à l'heure.

Or je dis que, sachant ce que l'on sait sur les mouvements auxquels l'écorce terrestre est assujettie : 1** rotation, 2* librations suivant les parallèles, on peut se former quelque idée des causes de cette variation ainsi que de celles des autres variations et même des causes productrices du magnétisme terrestre en général.

D'abord on peut admettre que le tourbillon terrestre interne, ce tourbillon dirigé de l'ouest à l'est, et dont les spires se confondent presque avec les parallèles vrais, tant leur pas est petit, est la source du magnétisme ; ce tourbillon est un véritable ' solénoïde ; l'aiguille aimantée se place perpendiculairement à ses

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spires ; de plus, elle plonge vers lun ou l'autre pôle du solénoïde ou plutôt vers une direction comprise entre les deux.

Quant aux variations magnétiques qui sont, comme on vient de le voir, diurnes, annuelles, séculaires ou enfin accidentelles, on peut les attribuer à des changements de régime du tourbillon, notamment sous l'action du soleil, soit quand celui-ci passe au méridien, soit quand il est au périgée ou à Fapogée.

Sans entrer dans de plus amples détails, Tiniluence solaire méridienne ou solsticiale explique bien les petites oscillations diurnes et annuelles de l'aiguille aimantée. Quant aux variations séculaires, quant à ces oscillations de Taiguille de déclinaison, oscillations d'une grande amplitude comme on sait, ib"" environ, de part et d'autre du méridien géographique, elles paraissent liées aux variations géographiques. Je n'entends pas payer mon lecteur de mots ; lorsque je dis liées, il sait assez que je ne puis désigner la vraie cause. Sont-ce les oscillations dee continents qui produisent les variations magnétiques? Sont-ce, comme je le crois plutôt, les forces magnétiques qui produisent les oscillations des continents? Si Ton admet ces oscillations comme un fait, on peut se rendre compte des variations séculaires de l'aiguille, c'est tout ce que je veux dire.

Déjà ce fait singulier que les nœuds de l'équateur magnétique se transportent de l'est à l'ouest fait songer aux oscillations de Técorce terrestre dans ce môme sens est-ouest ; mais il est aisé de généraliser, de voir que, en tous lieux, les parallèles et le méridien magnétiques doivent varier de direction par suite de ces oscillations lentes de Técorce.

En effet, les mouvements oscillatoires de l'écorcc sont le résultat des actions mécaniques du tourbillon sur Técorce, c'està-dire sur sa face interne ; il est probable que ces mouvements entraînent un changement de régime du tourbillon lui-môme dans ses couches supérieures en contact avec l'écorce. Mais faisons abstraction de ces changements du tourbillon pour fixer les idées. Supposons-le fixe. Alors chaque fragment de Técorce terrestre, en se mouvant de l'est à l'ouest ou de Touest à l'est, se comporte comme un navire qui vogue à la surface des mers et qui, passant successivement au-dessus des différentes zones du tourbillon, est affecté par elles d'une manière un peu différente. D'où légère variation de l'aiguille. Tant qu'une oscillation continentale s'effectuera de l'est à l'ouest, l'aiguille aimantée inclinera de plus en plus dans un certain sens. Quand ensuite l'écorce

prendra un balancement inverse, l'aiguille tiendra à revenir en arrière. En 1814, par exemple, Taiguille aimantée ayant renversé sa marche, il y aurait eu à cette époque renversement de la libration terrestre. Nous serions au début d'une phase nouvelle. Contraction ou dilatation? Je crois pouvoir répondre : dilatation. En effet, lorsqu'un navire s'éloigne de l'Europe et vogue vers l'Amérique, l'aiguille de sa boussole s'éloigne du nord, au moins tant que le navire est plus près de l'Europe que de l'Amérique. Donc, si l'assimilation que nous faisons ici est exacte, c'est-à-dire si l'ancien continent, fragment flottant sur l'océan intérieur de la Terre, est comparable à un navire qui vogue et louvoie sur les mers (et en effet il semble que cette comparaison est justifiée), alors, dis-je, la variation actuelle de l'aiguille de l'ouest vers le nord indique que l'ancien continent s'éloigne du nouveau.

De même? lorsqu'un navire s'éloigne de l'Amérique et vogue vers l'Europe, l'aiguille de sa boussole s'éloigne du nord, au moins tant que le navire est pîus près de l'Amérique que de l'Europe. Or actuellement l'aiguille a^imantée se rapproche du nord aux Etals-Unis. Donc l'Amérique s'éloigne de l'Europe.

Comme vous le voyez, les deux raisonnements sontconcordants. L'Atlantique se dilate et le Pacifique se contracte. L'ancien continent se déplace vers l'est, le nouveau vers l'ouest.

De combien se déplacent-ils? En poussant le raisonnement cidessus à sa dernière limite, on verrait par un simple calcul que la dilatation annuelle de l'Atlantique serait de 20 kilomètres environ.

Il est certain qu'une telle variation serait énorme, et que depuis longtemps elle aurait été mise en évidence par les observations de longitude faites à diverses époques depuis le commencement de notre siècle. Mais il faut remarquer que le raisonnement fait ci-dessus n'est pas rigoureux. Seule, l'expérience directe, c'està-dire la mesure répétée annuellement des longitudes Brest- New- York résoudra la question.

Les expériences manquent, en effet, jusqu'à présent; dès lors il faut attendre qu'elles soient faites. Toute une catégorie de faits nouveaux, les variations géographiques, se révèle. On les constate sur la carte et aussi dans l'histoire. Mais quant à dire leur cause, quant à donner un corps à tous les rôves que, sur ce sujets tous les savants peuvent faire, il n'est pas encore temps.

Quand les physiciens nous disent que les pôles magnétiques

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terrestres ne se confondent point avec les pôles géographiques, ils s'avancent beaucoup. Il est incontestable que, dans la presqu'île Boothia-Félix, sous le dôme du cirque américain, il y a un pôle magnétique. Mais n'y en a-t-il pas dix autres? Autrement dit, n'est-ce point là un centre d'attraction local? Cela peut fort bien être, car ce pôle <ie la. presqu'île Boothia se trouve exactement au centre de la .voûte américaine. Il doit y avoir sous cette voûte un tourbillon local, comme il doit en exister sous tous les grands cirques terrestres. Et dès lors l'aiguille y pointe vers le centre de la Terre sans que pour cela on puisse en induire quoi que ce soit sur la position du vrai pôle magnétique. Quand on sera allé au pôle géographique, et seulement alors, on saura ce qu'il en est. Constatons toutefois, et c'est là le fait intéressant à constater, que, sachant ce quon sait sur la forme de l'ondulation terrestre de premier ordre et son mode de rupture en deux grands fragments, on commence à se rendre compte assez bien de la disposition des méridiens magnétiques. En Europe et en Afrique ils inclinent dans un sens, en Amérique ils inclinent dans l'autre sens, absolument comme si le tourbillon pénétrait dans la brèche atlantique en s'y affaissant, et tendait à suivre les contours de Tarête faîtière du monde, laquelle se brise et se ploie là, comme nous l'avons vu, presque à angle droit. Raisonnant de môme sur les autres grandes lignes de résistance de l'écorce et essayant de prévoir leur influence sur le tourbillon supposé, on arrive à se rendre assez bien compte des inflexions locales des méridiens sur les divers théâtres géographiques. C'est déjà quelque chose.

Il y a une autre théorie qui consiste à admettre que le magnétisme terrestre n'est qu'un résultat de la situation matérielle de certaines substances, magnétiques par elles-mêmes, eflcctuant à l'état de matières pâteuses une rotation interne tous les six cents ans environ. Il y en a encore une troisième dont j'ai déjà parlé en commençant, d'après laquelle un énorme barreau aimanté serait renfermé dans le globe et tournerait lentement autour de la ligne des pôles géographiques en décrivant un cône en six cents ans environ. Ces deux théories sont, à peu de chose près, les mêmes. Elles n'expliquent point le magnétisme, puisqu'elles admettent comme postulatum l'existence de substances magnétiques, pâteuses ou solides, cela n'importe guère. On songe à l'adage célèbre : Opiimi facet (lormire^ quia habet virtutem dormitivam.

De plus, nos physiciens n'accordent à la force magnétique ter-

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rcstre, on ne sait trop pourquoi, qu'une action directrice et purement d'orientation sur Taiguille aimantée. Ils se fondeut sUr ce qu'une aiguille placée sur un bouchon flottant sur un liquide s'oriente simplement, mais ne se déplace pas à la surface du liquide. C'est spécieux, mais c'est peu sérieux. L'aiguille, le bouchon, le liquide, le vase et tout le milieu environnant obéissent au tourbillon terrestre, mais comme ils doivent lui obéir, non en se précipitant vers un pôle, mais en tournant autour de la ligne des pôles. Toutes ces questions sont obscures et complexes. Evidemment, la clef nous manque et ici nous bégayons. Pesanteur, magnétisme, cela est tout un. On commence à le pressentir; mais, pour relier ces manifestations d'une même cause, il ne faudrait rien moins qu'un génie comme Descartes et le courage de reprendre en sous-œuvre tout l'édifice scientifique actuel.

J'ai dit qu'il n'est pas impossible de se rendre assez bien compte, a priori, des directions de Taiguille aimantée sur les divers théâtres géographiques, et ce en imaginant un tourbillon sousjacenl à l'écorce et plus ou moins dévié par les lignes de résistance de l'écorce, comme si les grandes chaînes, comme des icebergs flottants, plongeaient dans ce tourbillon à des profondeurs immenseset luifaisaientobstacle. Donnons quelques preuves.

Ainsi nous avons vu qu'une ligne fermée sans déclinaison entoure le Japon, la Mandchourie et la Sibérie orientale. Cela signifie que dans tout cet espace le tourbillon a ses spires dirigées de l'ouest à Test exactement. Or là se trouve le massif oriental asiatique à partir duquel les deux continents ancien et nouveau s'abaissent dans des sens opposés. 11 doit donc y avoir là une zone abritée où le tourbillon n'inclinera ni à droite ni à gauche ; de môme, dans toute l'étendue du feston russe, on comprend bien que le tourbillon ait ses spires dirigées de Touest à l'est directement; caries chaînes de l'Europe méridionale sont dirigées de l'ouest à l'est. Mais, au-dessous de l'Arménie, le tourbillon doit changer de direction, et doit éprouver des perturbations complexes, car la ligne faîtière de l'ancien continent se brise là à angle droit. Le tourbillon dévie de même dans sa marche, ne reprend son cours régulier qu'en aval de l'Afrique australe, sous l'Inde et sous l'Australie.

Des observations faites dans ces derniers temps par M. Moureaux dans le bassin parisien, il résulte que les isogones accomplissent dans ce bassin de singulières inflexions. Ces inflexions indiquent que le tourbillon sous-jacent s'infléchit vers la brèche

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du Lion. 11 tend à y pénétrer, ou bien, si Ton préfère, il tend à suivre la courbure du feston français.

Je cite M. Moureaux (Séances de la Société française de Physique, avril-juillet 1891) :

i< Considérons la déclinaison. Les isogones ne conservent guère « leur direction normale que dans Textrême nord de la France ; « celle de 16°, par exemple, au lieu de se prolonger au sud-ouest, « s'infléchit bientôt vers le sud, passe un peu à Touest de Paris, à M Saint-Germain-en-Laye, et se dirige ensuite au sud-sud-est jus- « qu'à La Ferté-Alais ; là, elle se replie sur elle-môme dans la « direction d'Evreux, puis gagne enfin au sud par Vendôme. « Celle de 15° 40, qui traverse le département de la Seine par « Saint- Denis et Charenlon, se dirige également au sud-sud-est « jusqu'au-delà de Sancerre et rebrousse brusquement jusqu'à « Epernon, avant de redescendre au sud. Depuis la côte de la « Manche jusqu'à Cosne et Sancerre, limite actuelle du réseau « vers le sud, les isogones tracées de 10' en 10', non par l'interpo- « lation, mais par l'observation directe, affectent toutes cette « déformation particulière. Ainsi, contre toute attente, la décli- « naison est plus grande à Mantes qu'à Evreux, à Versailles qu'à « Chartres, à Montargis et Gien qu'à Orléans, à Cosne qu'à la « Motte-Beuvron, etc.. On peut remarquer encore que la décli- « naison a la môme valeur en des points de longitude très diffé- « rente, par exemple à Versailles et à Evreux, dont la différence « de longitude est d'environ 1°. »

Quant à l'explication, M. Moureaux mentionne les hypothèses qu'on peut faire sans en adopter aucune, d'autant que les observations ne portent encore que sur la France septentrionale et qu'il reste à voir ce qui se passe sous ce rapport dans les monts d'Auvergne et dans le Midi, surtout dans la vallée de la Garonne.

Mais je suis bien sûr que mon lecteur aperçoit lui-même cette explication : puisque la France est une brèche ouverte dans un massif de premier ordre, le massif hispano-alpin, le tourbillon terrestre sous-jacent à l'écorce doit, en s'enfonçant dans cette brèche, infléchir légèrement ses spires, et produire ces petites inflexions à peine sensibles des isogones, de môme que les inflexions formidables que subissent les mômes isogones dans toute l'étendue du bassin de l'Atlantique sont ducs à la rencontre du tourbillon terrestre avec cette brèche. Autrement dit, tous les grands accidents de la surface influent sur le régime du tourbillon intérieur et, par suite aussi, sur la direction de l'aiguille aimantée.

Ainsi que je l'ai dit bien des fois dans ces leçons, j'admire les géographes anciens, je les admire tous sans exception, et je voudrais pouvoir faire leur éloge à tous; mais je borne aujourd'hui mon ambition à parler d'un seul, de Claude Ptolémée.

L'œuvre géographique de Ptolémée résume celles de tous les autres géographes de l'antiquité. Elle les résume sous la forme la plus heureuse et la plus commode, sous la forme de tables de coordonnées précises, ne laissant place à aucun doute, à aucune ambiguïté, et précédées pourtant de prolégomènes suffisamment développés, dans lesquels on trouve exposées les sources où ont été puisés les renseignements et les chiffres qui figurent dans les tables, ainsi que les mesures et les procédés d'observation ou de calcul qui ont servi à déterminer ces chiffres et à les réduire en tables de coordonnées. Elle met ainsi en regard les observations et les chiffres, les méthodes et les résultats.

Aussi a-t-elle joui d'une longue faveur et a-t-elle été admirée pendant longtemps, comme elle le méritait, à l'égal de l'autre grande œuvre du môme auteur, de son œuvre astronomique, FAlmageste,

Pendant près de quinze siècles, le nom de Ptolémée a été prononcé dans les académies et les écoles, avec le même respect qui entoure aujourd'hui les noms de Galilée, de Kepler, de Newton, en un mot, de tous les grands hommes dont la science actuelle

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s'enorgueillit. Je dirai même que ce respect n'a pas dû être localisé dans les académies et les écoles, mais qu'il a dû bien certainement s'étendre au dehors ; partout où Ton se sert de cartes géographiques, partout où Ton a besoin de savoir la géographie, non seulement pour gagner sa vie, mais d'abord pour la préserver, et pour se diriger, soit sur terre, soit sur mer, le nom de Ptolémée a dû être prononcé avec respect, et avec plus de respect peut-être dans le monde des marchands et des navigateurs que dans celui des savants, car le peuple se trompe rarement sur ceux à qui il doit sa reconnaissance, et il sait parfaitement distinguer entre les génies, ceux qui sont, non seulement brillants, mais utiles, de ceux qui ne sont que brillants.

Voyons donc ce que vaut l'œuvre géographique de Ptolémée, et d'abord voyons ce qu'en disent les géographes modernes, les maîtres d'aujourd'hui. Voici le jugement porté sur elle par l'éminent historien de la géographie, Vivien de Saint-Martin.

« Dans le second quart du n* siècle de notre ère, un géo- « mètre grec, né à Péluse, dans la basse Egypte, venait à « Alexandrie, où se maintenait toujours le centre des hautes <c études, et y préparait par une longue suite d'observations et de « calculs les éléments d'un grand traité d'astronomie théorique « et d'autres ouvrages considérables.

« Ce géomètre astronome est Claude Ptolémée. En travaillant « à son grand ouvrage astronomique (qui a dû être terminé en « l'an 141), Ptolémée songeait déjà à un autre travail non moins « important, un traité général de géographie mathématique, « œuvre autrefois ébauchée par Hipparque, mais que nul depuis « n'avait réalisée.

« Je marquerai la position en longitude et en latitude des villes « remarquables de chaque pays, dit-il à la fin du deuxième livre « de TAlmaffeste, pour servir au calcul des phénomènes célestes « dans ces villes. Je marquerai de combien de degrés comptés « sur son méridien chacune est distante de l'équateur ; et en « degrés comptés sur l'équateur la distance orientale et occiden- « taie de chaque méridien à celui qui passe par Alexandrie ; car « c'est au méridien de cette ville que je rapporte ceux des autres « points de la surface terrestre. II faut dire toutefois que, si « depuis Hipparque personne n'avait accompli l'œuvre géogra- « phique suggérée par le grand astronome de Rhodes, il y avait « eu cependant une tentative fort remarquable sans laquelle il M est permis de douter que Ptolémée eût osé l'aborder ; car, si

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« singulier quccela puisse paraître, Ptolémée n'était pas géographe . « II avait dû, comme astronome, toucher à tous les problèmes « de la géographie astronomique et de la géographie physique, « c'est-à-dire aux bases de la science géographique ; mais au-delà « de ces conditions premières il lui manquait celles qui font le u véritable et complet géographe, tel qu'un Eratosthène. Sans i< parler des aptitudes historiques, il manquait à Ptolémée (son « œuvre, hélas ! n'en fournit que trop de preuves) la perception « nette et juste qui est le fil conducteur d'un travail de combi- « naison ; il lui manquait la finesse du sens critique, faculté que « rien ne remplace dans cet ordre d'études. Privé de ce don de « nature, le mathématicien sera au géographe ce que le versifica- « teur est au poète. Aussi, dans Texamcn de Toeuvre géographique « de Ptolémée, il faut bien se garder de confondre — ce qu'on a fait « souvent — deux choses absolument distinctes, les matériaux de « l'œuvre et le parti que l'auteur en a tiré. Les matériaux sont i< d une prodigieuse abondance et précieux au-delà de toute <( expression ; mais, dans une foule de cas, la mise en œuvre les « a dénaturés de la manière la plus triste. Tout en rendant « grâce à Ptolémée de la multitude de documents qu'il nous a « conservés, il est impossible de ne pas déplorer son insuffisance « dans l'usage qu'il en a fait »

« Marin, du moins, tout en cherchant à résoudre les termes « extrêmes de ses éléments itinéraires en notations astrono- « miques, avait eu le bon esprit de conserver à ses matériaux « leur forme originelle ; Ptolémée, en dénaturant les siens pour « les plier à un système absurde, en a rendu presque toujours «' la restitution très incertaine, sinon impossible. Encore une « fois, une telle conception appartient au géomètre, non au ^< géographe ; et l'esprit absolu du mathématicien a poussé jus- '< qu'au bout sa tâche doublement ingrate, sans concéder au bon u sens le moindre compromis. On trouverait difficilement dans « l'histoire des sciences un second exemple d'une pareille aber- « ration. >»

Tel est le jugement de l'historien moderne le plus célèbre de la géographie sur l'œuvre du maître prôrié et révéré d'autrefois. Je n'apprécie ni la forme ni le fond de ce jugement; je le Iranscrisjtel quel, en priant seulement mon lecteur de retenir le mot d^aben^alion qui le termine.

Je me hâte de le dire, tous les savants modernes ne professent pas, à l'égard de Ptolémée, la môme opinion dédaigneuse. La

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preuve, c'est qu'il en est qui traduisent, aujourd'hui encore, la géographie de Ptolémée et en publient des éditions nouvelles. Nous devons supposer à ces savants assez de bon sens pour savoir choisir, parmi tant d'œuvres remarquables que nous a léguées l'antiquité, celles qui méritent encore d'être traduites et conservées, et pour laisser de côté celles qui ne le méritent pas. Or une géographie, si elle est fausse, ne mérite pas cet honneur d'être conservée. Ce n'est pas comme certaines œuvres artistiques ou littéraires qui peuvent, par la perfection de la forme, racheter la faiblesse du fond. Des tables de coordonnées géographiques n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont exactes. Et si elles sont absolument fausses et inventées, ce n'est pas la traduction ni l'impression qu'elles méritent, c'est l'incinération. Il faut les mettre au feu, sans regret ni cérémonie, vu la place qu'elles occupent inutilement dans les bibliothèques et le mal qu'elles peuvent faire eu abusant les géographes futurs qui les consulteront de bonne foi.

Je suis donc fondé à croire que ceux de nos savants qui traduisent aujourd'hui encore ces tables ptoléméennes et qui les conservent non seulement pour nous, mais pour la postérité, dans des éditions magnifiques, savent à quoi s'en tenir sur leur valeur. Mais sur quoi se fonde leur conviction à cet égard ? C'est ce qu'ils ne nous disent pas.

Je me trompe. Il y a eu, au commencement de notre siècle, un géographe français nommé Gosselin qui s est fait le champion de la géographie ancienne. Malheureusement, Gosselin Ta défendue d'une manière beaucoup plus propre à lui nuire qu'à la servir. Vous allez en juger. D'abord, loin de Tinnocenter des erreurs qu'on lui reproche, il la proclame coupable et demande seulement pour elle les circonstances atténuantes. Il dit que Ptolémée, Strabon et tous les autres ont été abusés par leurs informateurs, lesquels leur fournissaient des renseignements et des chiffres sans les avertir que ces chiffres représenfciient des stades de différentes valeurs. Il y avait, en ce temps-là comme de nos jours, des unités de longueur diverses. Le stade variait d'un pays à l'autre et souvent même d'une ville à l'autre. Il y avait le stade de 500 au degré, celui de 600 au degré, celui de 700 au degré, de 1.111 au degré, etc. Strabon et Ptolémée, en transcrivant les chiffres qu'on leur apportait de toutes parts, ont toujours, d'après Gosselin, pris le stade de 600 au degré, qui vaut 185 mètres et qu'on appelle stade olympique : de là des erreurs fréquentes sur les longueurs et les positions géographiques.

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Telle est la thèse de Gosselin. Une telle argumentation est très propre, vous en conviendrez, à jeter non seulement le discrédit, mais le ridicule le plus complet sur les anciens géographes. Et Gosselin, en les défendant de la sorte, leur prête une absurdité assurément beaucoup plus grande que celle dont il veut les défendre.

Mais admettons, si vous le voulez, que cette argumentation rende compte de Taltération des distances géographiques. Elle ne rendra pas compte encore de Taltération des angles et des aziùiuts.

Non, la cause des écarts de la géographie ancienne et de la nôtre n'est pas là. Elle est dans la variation du sol lui-même. Et cette cause, ce n'est pas moi, c'est Ptolémée lui-même qui la signale, dès le début de sa géographie, avec une précision et une énergie telles qu'on ne s'explique vraiment pas qu'elle ait pu passer inaperçue.

« 11 est des régions que nous ne connaissons pas à fond, soit à « cause de leur étendue, soit parce qu^elles n'ont pas une coîifigu- « ration invariable, 11 est constant que, dans les régions même « les mieux connues, il reste des lacunes à combler, soit à cause « de la difficulté d'embrasser une grande étendue, soit par la négli- « gence des explorateurs, soit enfin à cause des éversions et chan- « gements qui inodi/ient plusieurs contrées. Il est donc nécessaire « de rechercher toujours les relations les plus nouvelles et de « trier, dans les matériaux plus anciens, ce qui est digne de foi « et ce qui ne Test pas. »

(Proh'gomènes de la Géographie de Ptolémée^ chap. v.)

Il résulte de ce passage trop peu remarqué... Mais d'abord une question : Savez-vous à quoi l'on reconnaît le véritable génie ? Eh bien ! le signe, ou l'un des signes certains qui le distinguent, c'est qu'il ne fait pas de phrases ; c'est qu'il reste toujours simple et sans prétentions dans sa sublimité. Faisant des découvertes, il n'a guère le temps de faire des discours, et ce n'est pas non plus ce qu'on attend de lui. Vous venez d'entendre son langage. Je continue.

Il résulte de ce passage de Ptolémée que les anciens connaissaient parfaitement les variations géographiques, les muta-

lions qui modifient peu à peu la figure du monde, et qui produisent, en s'accumulant pendant un temps suffisamment long, des changements considérables dans la configuration de certaines régions, sinon de toutes. Nos géographes les soupçonnent à peine, ces variations, les anciens en tenaient compte dans rétablissement de leurs cartes et de leurs tables de coordonnées. Il y a là une supériorité, une différence à leur avantage, qui doit nous donner à réfléchir et faire naîlre quelques doutes sur la réalité des fautes qu'on leur impute et sur le bien-fondé des reproches qu'on leur fait. Si par hasard ces hommes que nous incriminons étaient irréprochables? Si ces auteurs que nous méprisons étaient dans le vrai? Si ces géographes que nous considérons comme des débutants inexpérimentés et maladroits étaient plus forts que nous ? Or c'est ce qui a lieu, comme vous le verrez tout à l'heure.

On aura beau dire qu'à leur époque les variations géographiques devaient être plus sensibles qu'à la nôtre, ce qui diminue leur mérite de les avoir aperçues ; que Técorce solide était moins fixe, moins épaisse, moins solide qu'aujourd'hui, et qu'ainsi elle ■changeait plus vite et davantage. Cela est vrai, mais il n'en reste pas moins un fait acquis, c'est que les anciens géographes ont eu le mérite de connaître les variations du sol terrestre, et de faire ce qu'il faut pour éliminer les erreurs que ces variations intro- ■duisent dans les mesures et les formes géographiques. L'on peut juger par là si les matériaux dont ils se servent étaient choisis avec soin et si nous sommes fondés à leur faire le reproche de négligence et d'étourderie. 11 est à croire que l'homme qui a écrit sur les variations géographiques les lignes qu'on vient de lire a fait tout son possible pour distinguer le vrai du faux ; et Ton peut s'étonner que l'historien moderne de la géographie, Vivien de Saint- Martin, avec sa grande équité et sa finesse remarquable de sens -critique, n'ait pas été frappé de l'évidente bonne foi, de la sincérité simple et sûre d'elle-même qui s'exhalent en quelque sorte de ce passage.

S'il s'agissait aujourd'hui de faire ce triage dont Ptolémée nous parle et qu'il a fait, s'il s'agissait de reconnaître dans les œuvres de ses prédécesseurs ou de ses contemporains ce qui est digne de foi et ce qui ne l'est pas, suivant sa propre expression, nous aurions quelque peine, il faut en convenir. Et comment remplacerions-nous celles de ces œuvres qui nous manquent. Combien d'auteurs que Ptolémée a consultés dont nous n'avons plus que

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des bribes? Combien dont nous n'avons plus que les noms? Combien dont les noms même sont à jamais perdus ? Ce triage et en môme temps ce sauvetage général de l'œuvre des siècles, . Ptolémée les a faits pour nous, au moment même où la science et la civilisation antiques, menacées par les invasions des peuples barbares, étaient sur le point de disparaître. Cela vaut bien, j'imagine, un remerciement de la postérité, un hommage reconnaissant et ému de la part des savants modernes auxquels devait échoir ce spleudide héritage. Et tout ce qu'ils trouvent à décerner au maître qui le leur lègue, c'est la palme de l'aberration* !

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