IL - DISCUSSION D'ENSEMBLE DE LA CARTE PTOLËMÉENNE
Nous allons faire ensemble l'analyse de la carte de Ptolémée, et par cette analyse nous allons bien aisément voir ce qu'elle vaut, car l'analyse est le critérium de la bonté des caries ou de leur fausseté ; comme l'analyse chimique dégage les impuretés des sels ou des autres corps de la chimie, l'analyse géographique fait ressortir infailliblement les faiblesses des cartes et leurs lacunes. La minute de la carte ptoléméenne est perdue, bien entendu, ainsi que les exemplaires joints aux premiers ouvrages, ce qu'on appelle les originaux. Ici encore éclate la prévoyance du maître d'Alexandrie. Il a dressé non pas seulement une carte, mais des tables de coordonnées qui sont bien plus exactes que toutes les cartes du monde, et qui, ayant moins de chances de se détruire et de se perdre, permettront de refaire la carte elle-même, dans des centaines et des milliers d'années, lorsque la carte sera perdue. Ces tables ptoléméennes renferment les coordonnées géographiques, longitude et latitude, à quelques minutes près, de tous les points remarquables, caps, golfes, estuaires, sources, coudes principaux des fleuves, sommets des
1 I/illustre géographe à qui s'adressaient ces lignes vient de mourir. J espérais en les écrivant qu'il les lirait et les entendrait. Mais son œuvre survit et ses disciples restent. C'est à eux que je m'adresse à présent, et c'est à eux qu'il appartient de faire ce que le maître eût fait, s'il eût vécu : confesser, proclamer, réparer l'erreur et l'injustice commises à l'égard des anciens, enfin, mettre à profit les observations et les chiffres qu'ils nous ont légués.
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montagnes, villes de rintérieur et des côles, etc. Ce sont ces chiffres qui, avec quelques mots brefs, explicatifs, placés en tôte des chapitres, constituent ce qu'on appelle les tables de Ptolémée. Tous ces chiffres classés avec un ordre merveilleux permettent, pour toute l'étendue du monde connu des anciens, de reconstituer une carte excellente. Charles MuHer, après Mercator et Pierre Bert (1620) et bien d'autres, ont fait celte reconstitution. C'est la carte de Mercator que nous allons soumetlrc à l'analyse.
La première remarque qu'on fait sur cette carte, c'est que Tancien continent est beaucoup plus allongé dans le sens est-ouest, ou ouest-est, qu'il ne devrait l'être, c'est-à-dire qu'il ne l'est maintenant. Toutes les dimensions dans le sens des parallèles sont exagérées du tiers ou du quart. Ainsi la Méditerranée s'étend . sur 62* de longueur comptés sur le 30* parallèle. Comme aujourd'hui, ce parallèle est la ligne médiane de cette mer et marque son grand axe, de Gibraltar àSkandéroun, ou, comme on disait alors, des colonnes d'Hercule à Issus. Mais actuellement elle ne couvre que 42* de ce parallèle. Différence 20"*, c'est-à-dire la moitié de la longueur actuelle ou le tiers de la longueur ancienne. Toutes les autres dimensions parallèles à l'équateur, largeur de la mer Rouge, longueur du golfe Persique, de la mer Noire, de la Caspienne, du Danube, de la Gaule, de l'Espagne, de la Mauritanie, etc., sont affectées d'une différence en plus véritablement énorme.
En outre de cette différence en longitude, on en relève d'autres en latitude, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Les largeurs de la Méditerranée, de la mer Noire, du golfe Persique, de la mer d'Azof, de l'Adriatique, sont majorées de 1/6 ou de 1/8. Les latitudes de l'Ecosse, de l'Irlande sont trop élevées de près de 6% celle des Pyrénées de 3*", celle des rivages méridionaux de la Baltique de 3°. Par contre, Gênes est à 43** et non à 44°, le cap Bon à 33* et non à 37% le cap Vert à 12* et non à 15% etc. etc.
Quant aux déformations des côtes, soit méditerranéennes, soit océaniques, il y en a qui semblent véritablement surprenantes. Telles les indentations des côtes cantabriques et gauloises, ou de la côte syrienne, ou de la côte d'Afrique tout entière.
Celle-ci s'incurve vers le sud en anse régulière entre les colonnes d'Hercule et Carthage,au lieu de se bomber vers le nord, comme aujourd'hui. Les Syrles sont méconnaissables. La Sicile est bien un triangle, mais orienté tout autrement qu'il ne l'est aujourd'hui. Candie pointe vers l'est-nord-est. La côte syrienne s'incline beaa-
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coup plus sur la méridienne uu'elle ne le fait actuellement, et la mer du Levant est une crevasse aiguë au lieu d'être un cul-de-sac à fond élargi et perpendiculaire aux longs côtés.
La mer d'Azof, de dimensions énormes, s'allonge droit vers le nord, au lieu d*ôtre inclinée à la méridienne. La Caspienne est un ovale régulier dont le grand axe s'allonge de l'est à l'ouest. Pas de lac d'Aral ! Le golfe Persique est figuré par un rectangle deux fois plus grand que le golfe actuel, et le golfe d'Ormuz est tellement agrandi qu'il se confond avec la mer d^Oman. La mer Rouge et le golfe d'Aden sont de même dilatés d'une manière excessive. Socotpra touche presque la côte arabique. Cette côte, fait singulier, ne se ploie point à angle droit vers Mascate, mais s'arrondit en un croissant régulièrement convexe. Ceylan a des dimensions énormes, tandis que, par contre, l'Ilindoustan fait à peine saillie sur la côte d'Asie. De même, la saillie de l'Indo-Chine est fort exagérée et sa forme inexactement représentée. Enfin l'Afrique, au lieu de se terminer au midi par une pointe arrondie, allonge vers l'est un long appendice qui va se souder quelque part à rindo-Chine ou à la Malaisie, et un autre vers l'ouest qui va on ne sait où.
Celte côte africaine, reconnue par Hannon et colonisée par les Carthaginois, au lieu de se bomber vers l'occident, des Colonnes d'Hercule au cap Vert, fuit vers le sud-sud-est, de sorte que la Mauritanie et l'Espagne font saillie par rapport au reste de l'Afrique et s'allongent beaucoup plus loin dans l'Atlantique que la saillie caboverdienne. Que dire du cours des fleuves? Le Danube présente, il est vrai, ses coudes caractéristiques, mais avec des différences énormes dans les azimuts. Ce fleuve (le haut Danube, pour les anciens, c'était l'Inn) se dirige d'abord vers Test, et non vers le nord-est, jusqu'au coude de Pesth,puis vers le sud-est et non vers le sud, etc. On dirait que l'observateur a pris le quarantième degré de son cercle pour le zéro, car la même difl'érencese répète dans la plupart des azimuts. Enfin le fleuve parvient à son delta, qui est, Dieu merci, figuré assez exactement avec ses trois branches. Le Rhin, le Rhône, sont encore figurés plus grotesquement, si possible. Le Nil seul est représenté d'une manière à peu près convenable, et encore !
Vous voyez combien nos critiques auraient raison de se montrer sévères, n'était la cause il'allération qui explique toutes ces différences, et à laquelle ils n'ont pas songé. Quoi! s'écriènt-ils en chœur, est-ce là l'œuvresi vantéedu grand géographe d'Alexan-
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drie ! Etait-il utile, était-il même honnête d'entasser tant de chiffres, de pousser Tapparent scrupule jusqu'à donner les positions de tous les caps, de tous les golfes, de toutes les îles, des moindres écueils des mers lointaines, de la mer Rouge, du golfe Persique, etc. , des moindres villes et villages des pays barbares, de l'Irlande, de l'Ecosse, etc., car ce sont tous ces chiffres qui composent, comme je lai déjà dit, avec quelques mots brefs, quelques notes rapides, l'œuvre de Plolémée ! Le scrupule, dans ces conditions, ou plutôt le semblant de conscience et de scrupule, n'est-il pas une immense duperie? Comment cela a-t-il pu passer? Comment toutes les écoles qui florissaient à Rome, à Carthago, à Athènes, à Rhodes, etc., à Tépoque où Plolémée écrivait, et qui, étant contemporaines de celle d'Alexandrie, étaient nécessairement' ses rivales, n'ont-elles pas fait entendre un cri de protestation unanime? Comment l'école d'Alexandrie elle-môme, ainsi compromise, n'a-l-elle pas protesté? Eh bien non, cela a passé, cela a même été admiré, et cela méritait de l'ôtre, car cela était vrai. Toutes les différences s'expliquent par les variations de l'écorce terrestre résultant de l'évolution géographique accomplie depuis dix-sept cents ans. Sans doute, il peut paraître surprenant que cette écorce rigide, qui forme la surface de la terre, puisse éprouver des changements progressifs et lents capables de modifier dans une laree mesure les formes des accidents extérieurs de cette surface, et en même temps insensibles pour nous-mêmes, qui vivons sur elle, et sous les yeux de qui se produisent et se poursuivent ces changements incessants. Nous sommes habitués à considérer le sol qui nous porte, ainsi que nos empires, nos monuments et nos villes, comme une aréa immuable, tandis qu'il tremble à peu près partout, ou du moins dans une infinité de lieux, dans l'instant même où j'écris ces lignes, ou dans Tinstant où vous les lisez, et nous appelons de très bonne foi éternelles des capitales comme Rome, qui s'élèvent sur des monceaux de ruines et de décombres. J'ai déjà expliqué plusieurs fois comment ces changements progressifs se produisent, mais je ne crois pas inutile d'y revenir encore une fois, une dernière fois.
L'écorce de la terre, en raison même de sa division naturelle en surfaces continentales et en bassins maritimes, est comparable à une armure composée de diverses pièces dont les zones terrestres figurent les pièces solides et dont les zones maritimes figurent les joints et les assemblages. Ces joints et ces assemblages sont les parties faibles de l'armure et celles qui se prêtent
le mieux aux mouvements de Timmense corps enfermé dans cette armure ou carapace. Et quand on se reporte aux causes qui ont façonné l'armure elle-même, on comprend mieux encore qu'elle puisse se ployer aux mouvements du corps qu'elle revêt, car c'est ce corps |lui-mème qui a fait cette armure ou cette carapace, et qui, dans la période de sa croissance et de sa jeunesse, a forgé et martelé ses diverses pièces et les a adaptées à toutes ses dimensions, de sorte qu'aujourd'hui il s'y meut et y respire à Taise. Les joints ou zones maritimes ont été jadis le théâtre des pénétrations les plus complètes et les plus étendues des diverses parties de Técorce terrestre poussées violemment les unes contre les autres, puis retirées, puis repoussées encore avec violence, et c'est ainsi que ces bassins ou vides maritimes se sont creusés. Aujourd'hui, bien que la cristallisation de l'écorce se soit opérée en leur fond, ils sont encore les parties les plus faibles de la surface terrestre, ce qui justifie la comparaison faite ci-dessus de ces bassins avec les joints d'une cuirasse, et là s'opèrent encore les plus grands changements de formes et de dimensions de l'écorce. Là se réalisent en majeure partie les contractions ou les dilatations qui rapprochent ou éloignent les unes des autres, lentement, mais sans cesse, et par suite beaucoup à la longue, les surfaces continentales.
Ce n'est pas tout ; les continents eux-mêmes ne sont pas des surfaces absolument rigides et sans jointures. De même que les brassards, les cuissards, le casque, la cuirasse d'une armure ont des lignes d'assemblage et de soudure du métal composant, de môme les continents ont des zones faibles. Ces zones sont aisément reconnaissables; ce sont les anciennes brèches, les anciennes lignes de rupture, les grandes vallées fluviales, les dépressions occuj)ées par des déserts, etc. Là aussi s'opère, dans une assez large mesure, le jeu des assises continentales. Ce jeu est moindre que dans les articulations maritimes proprement dites, mais il ne laisse pas d'être encore considérable. Dans les déserts turkmènes et le bassin de la Caspienne, par exemple, on a vu, dans les temps modernes, le Sir et l'Amou-Daria changer plusieurs fois leur cours. La vallée de l'Obi, de maritime qu'elle était il y a deux mille ans, est devenue terrestre et fluviale. Le désert du Chamo, jadis lit d'une vaste mer, est maintenant une arène desséchée. Le désert africain a aussi perdu sa mer intérieure, dont l'ancien lac Triton était jadis un reste et dont le lac Tchad et les chotts tunisiens sont les derniers vestiges. Bref, nos continents se
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sont contractés ou dilatés alternativement dans loute leur masse, suivant les époques, et leurs parties massives se sont plus ou moins disjointes ou rapprochées, comme les deux coquilles d'une cuirasse que le cuirassier serre ou desserre plus ou moins pour les adapter à sa taille.
Est-ce tout? Non. Les parties même les plus massives des continents sont aussi susceptibles d'éprouver des changements et de se desserrer ou de se contracter tour à tour, très légèrement d'ailleurs, ou presque insensiblement, suivant, dans la mesure du possible, les changements plus considérables qui s'accomplissent autour d'elles. Cette faculté résulte de leur mode de division en lames rocheuses parallèles, comparables aux écailles d'une cote de mailles ou d'une peau de serpent ou de poisson, lames ou écailles qui ont été produites par les grands mouvements des fragments de l'écorce, à l'époque des grands chocs, du chauffage et du martelage. Chacune de ces lames est séparée des lames contiguës par deux surfaces de glissement, suivant lesquelles des mouvements progressifs et lents peuvent encore s'opérer, si la poussée ou la traction qui s'exerce vient à dépasser la limite de résistance au glissement. Telle est la cause de ces secousses brusques qui ébranlent parfois les montagnes et que nous appelons tremblements de terre, après lesquelles les chaînes, en quelque sorte soulagées, reprennent lenr équilibre et leur immobilité, jusqu'à ce qu'une nouvelle secousse les ébranle de nouveau.
Telles sont les raisons qui expliquent que l'écorce terrestre soit non pas une aréa rigide et éternellement fixe, mais une aréa variable et susceptible de changements lents et progressifs à notre époque môme, changements qui peuvent atteindre à la longue une amplitude considérable, car ils sont provoqués par des balancements lents de sens alternatifs des masses continentales tout entières. On peut donner h ces balancements le nom de librations terrestres, et voir fort aisément que ces librations sont liées aux variations séculaires de l'aiguille aimantée, de sorte que la durée de ces librations peut être déduite des observations de l'aiguille. Si Ton s'en rapporte aux observations faites depuis seulement deux cent cinquante ans, cette durée serait de trois siècles pour une libration simple, et de six siècles pour une libration double, c'est-à-dire pour l'aller et le retour de masses continentales. Il y aurait donc eu trois librations complètes effectuées depuis dix-huit cents ans. Ces trois oscillations ont dû produire six chocs ou plutôt six poussées progressives des continents; ces chocs
ont martelé et condensé les continents alternativement sur leurs deux faces, d'où, en définitive, contraction générale dans toute leur masse.
Les dilatations et les contractions alternatives, qui résultent de ces balancements alternatifs, s'exercent bien entendu surtout dans le sens des parallèles, et c'est pourquoi les latitudes géographiques de Ptolémée diffèrent en général fort peu des nôtres, tandis que les longitudes diffèrent beaucoup ; et elles diffèrent d'autant plus qu'on s'éloigne davantage du centre du continent et qu'on se rapproche de ses bords, c'est-à-dire des deux océans Atlantique et Pacifique. Cela tient simplement à ce que le centre est moins soumis que les bords aux effets du martelage et de la condensation. Les librations ont entraîné aussi des variations en latitude, mais ces dernières sont de second ordre par rapport aux variations, et l'on pourrait à la rigueur les négliger. Mais précisément, à cause de leur petitesse et de leurs alternances de signes, ces variations en latitude sont les plus intéressantes au point do vue de l'analyse que nous voulons faire et des vérifications que nous devons présenter. Aussi ne les négligerons-nous pas.
L'Espagne et la Mauritanie forment, sur la carte de Ptolémée, le saillant terminus extrême de l'ancien monde du côté de l'occident. Ce saillant s'avance au loin dans la brèche Atlantique comme si une main puissante, saisissant toutes les rides du faisceau hispano-alpin, attirait l'ancien monde vers l'occident. 11 est bien clair que le martelage subi par l'ancien continent depuis mille sept cents ans a dû atténuer cette saillie. Donc rien d'étonnant à ce que la Mauritanie ne forme plus aujourd'hui l'extrême pointe de l'ancien monde. Par contre, le môme martelage a dû enfoncer le Brésil dans le golfe de Guinée et accentuer la cavité de ce golfe. Et en effet ce golfe, aujourd'hui si profond, est marqué sur la carte de Ptolémée comme une anse peu profonde et régulièrement arrondie. Sur cette môme carte, on voit la côte occidentale de l'Afrique incliner au sud-ouest comme si l'Afrique australe était attirée par l'Amérique, et en effet cela devait être. Tout cela est logique, tout cela est d'accord avec les prévisions qu'on peut faire. Puisque, à l'époque de Ptolémée, l'Europe et l'Afrique étaient plus dilatées dans le sens est-ouest qu'aujourd'hui, elles perdaient nécessairement de leur longueur dans le sens nord-sud ; le cap Nord remontait un peu moins vers le nord et le cap de Bonne-Espérance s'abaissait un peu moins vers le sud-
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Ces variations sont de second ordre par rapport aux variations en longitude; d'ailleurs, la carte de Ptolémée ne permet pas de les reconnaître, puisqu'elle ne montre ni Tun ni Tautre cap.
Mais elle nous montre des régions, la Grande-Bretagne et le Danemark, qui, parleur disposition, révèlent ce qui se passe à la clef de voûte de l'Europe. L'Ecosse et le Danemark sont couchés sur le parallèle au lieu de s'allonger suivant le méridien, comme aujourd'hui ; cela trahit une disposition semblable de la péninsule Scandinave, et par suite une distension générale de la lèvre supérieure du cirque européen. Cette lèvre est comme un arc qui se tend ou qui se détend. A l'époque de Ptolémée, elle était moins fortenftnt tendue qu'à la nôtre.
Et les régions qui forment lextrémité de l'arc, c'est-à-dire l'Espagne, la Gaule, la Mauritanie, la Grande-Bretagne, se détendaientaussi, s'écartaient les unes des autres et s'avançaient toutes ensemble vers l'occident. De là des variations en longitude et en latitude. Considérez la carte actuelle, supposez que le cirque européen se détende ; alors le cap Matapan s'élève un peu vers le nord et le cap nord descend un peu vers le sud ; les caps Finistère, Saint- Vincent, Lands-End s'éloignent vers l'est. La Mauritanie et la Grande-Bretagne s'éloignent un peu de la Gaule, l'une dans le sens nord-sud, l'autre dans le sens sud-nord. L'Ecosse et le Danemark s'inclinent sur la méridienne. L'Océan, aspiré en quelque sorte par la dilatation du cirque, afflue dans la Baltique et envahit les plaines de l'Allemagne du Nord, ne laissant subsister entre elle et la mer Noire qu'une faible marge de terres exondées. C'est comme le cylindre d'une pompe qui se remplit. Toute la Méditerranée s'allonge et s'élargit. Ses seuils se redressent, et la Sicile et d'autres îles accomplissent une rotation sur elles-mêmes , L'Anatolie se dégage de Is^ cavité balkanique et s'éloigne de la Grèce. La mer de Marmara change d'orientation. Le rivage syrien, attiré par l'Egypte, retenu par l'Arménie, s'incline à 45° sur la méridienne. La Caspienne s'allonge de l'est à l'ouest et se confond avec l'Aral. Les deux golfes qui enclavent l'Arabie, c'est-à-dire la mer Rouge et le golfe Persique, s'élargissent et s'allongent. Le pli du rivage méridional de l'Arabie entre Ormuz, Ras-el-Had et Aden se déploie et s'efl'ace. L'Arabie se dégage du massif éthiopien, attirant après elle une large bande de la terrç africaine, qui forme là une grande berme, au lieu d'une étroite corniche, comme aujourd'hui. Tout cela est d'une grande évidence, et un enfant aux mains duquel on mettrait un tissu élastique sur
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lequel serait dessinée notre Europe, reproduirait, en le tirant dans sa longueur, la figure de l'Europe de Ptolémée.
11 n'est pas plus difficile de se rendre compte de la figure de l'Asie. Les oscillations de l'ancien continent dans le sens ouestest ou est-ouest l'expliquent également bien. L'Asie a tendu dans ces librations à se rapprocher de l'Amérique ou à s'en éloigner en comblant partiellement ou en dégageant le Pacifique, tandis que l'Europe et l'Afrique dégageaient ou comblaient la Cavité Atlantique, et en conséquence : le cirque asiatique s'est contracté et tendu; il s'est contracté surtout dans sa partie orientale, par la raison déjà donnée précédemment que la condensation due aux poussées et au martelage des continents s'effectue surtout sur les bords soumis à ces poussées et à ce martelage. Les mers de Behring, d'Okotsk, du Japon et de Chine ont dû se resserrer dans le sens est-ouest, tandis que leur flèche s'allongeait dans le sens nord-sud. Les archipels malais et polynésiens se sont non exhaussés et condensés, mais bien désagrégés et dispersés. Leurs soubassements maritimes se sont enfoncés. Tout cela n'est point figuré sur la carte de Ptolémée, mais on en trouve la vérification sur celle de Strabon. La carte de Ptoléjnée représente seulement l'Asie méridionale et TAsie occidentale, ce que l'on appelle l'Asie antérieure. Cette partie de TAsie est dilatée. Le Taurus, le Paropamise, s allongent en droite ligne de l'ouest à l'est, au lieu de s'incurver comme aujourd'hui et de former un grand feston. La Caspienne agrandie, accrue du lac d'Aral, présente une forme ovale ou ellipsoïdale. De l'extrémité de l'Anatolie aux sources de l'indus on compte alors 70°, tandis qu'aujourd'hui la distance est de 50°. L'Oxus, l'Iaxarte, coulent presque en ligne droite, de l'est à l'ouest, au lieu d'infléchir leur cours comme aujourd'hui, etc. Bref, tousles traits de la carte de Ptolémée prouvent qu'il y a eu compression et resserrement de toute la partie antérieure de l'Asie, depuis Ptolémée jusqu'à nous.
Là s'arrêtent les connaissances géographiques exactes des anciens ; du moins, on nous le dit. Nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut en penser. Pour le moment, laissons de côtelés parties éloignées de la carte ptoléméenne et insistons sur certains détails de la partie centrale et rapprochée.
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