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III. - EUROPE ET MÉDITERRANÉE

Dans la Méditerranée, remarquons l'ovale régulier du cirque occidental. C'est un cirque longitudinal biconvexe très bien proportionné, avec commissures arrondies, Tune aux colonnes d'Hercule, l'autre au détroit de Sicile. Les enfoncements de Gênes et de Narbonne, si accentués aujourd'hui, sont â peine visibles à Tépoque de Ptolémée. La contraction du cirque depuis dix-sept siècles a eu pour effet de bomber la côte africaine vers le nord, et la côte provençale vers le sud. Aigues-Mortes et Gênes se sont relevées vers le nord, surtout Gênes, dont la latitude a augmenté de 2* environ. La Corse et la Sardaigne ont conservé à peu près leur forme et leur orientation, mais, le cirque se resserrant dans le sens nord-sud, la distance de la Sardaigne à l'Afrique a diminué sensiblement (maintenant 180 kilomètres, du temps de Ptolémée 240 kilomètres). La Sicile, attirée vers le nord-ouest par son angle septentrional qui adhère à la Calabre, qui elle-même adhère à l'Italie, faiblement retenue, d'autre part, par l'attraction de la Mauritanie, dont elle est séparée par une coupure très large, la Sicile, dis-je, s'incline, à l'époque de Ptolémée, dans le sens de la traction prédominante, c'est-à-dire qu'elle tourne lentement sur elle-même dans le sens droite-gauche, tandis qu'aujourd'hui elle cède à une poussée inverse de la traction précédente, et qu'elle tend à tourner sur elle-même dans le sens gauche-droite. Aussi l'orientation de l'île est-elle fort différente à l'époque de Ptolémée de ce qu'elle est aujourd'hui. Le cap Lilybée, par exemple, regarde vers le sudouest à l'époque de Ptolémée, tandis qu'aujourd'hui il regarde à l'ouest, et les deux autres caps du triangle sicilien sont orientés en conséquence. L'écart est de 45° environ, c'est-à-dire que l'île a tourné de 45° sur elle-même depuis dix-sept cents ans.

Enfin, dernière remarque, la flèche du cirque occidental menée des Bouches-du-Rliône au golfe de Bougie est dirigée comme aujourd'hui du nord au sud.

La forme du cirque central, aujourd'hui si déformé, se discerne nettement sur la carte de Ptolémée. C'est un ovale régulier, dont la clef de* voûte est au détroit d'Otrante et le ventre au fond delà

Grande Syrte. Cette voûte et ce ventre sont comme aujourd'hui sur la même méridienne.

Enfin le troisième cirque, la mer du Levant, est aussi un ovale régulier. Sa flèche menée d'Adalie au Caire est, comme aujourd'hui, dirigée du nord au sud.

Depuis Ptolémée, toute la Méditerranée s'est contractée dans le sens de sa longueur d'environ 20% différence de 42', longueur actuelle, à 62°, longueur ancienne. Compté sur le 36* parallèle, cela équivaut à 1.400 kilomètres. Je dis quatorze cents kilomètres. Elle a maintenant 3.200 kilomètres de long, autrefois elle en avait 4.600. Evidemment il a fallu plusieurs librations, et plusieurs chocs, plusieurs coups de marteau pour condenser ainsi notre continent. Si, comme on peut le croire, les librations continentales sont de môme durée que les librations séculaires magnétiques, chacune durerait à peu près trois cents ans, c'est-à-dire qu'il y aurait eu six librations depuis l'époque de Ptolémée. En tout cas, les chiffres de Ptolémée sont irrécusables. N'oublions pas qu'ils ont été contrôlés par dos mesures directes de longitude, à l'aide d'éclipsés observées à Issus, Carthage, Alexandrie.

La Méditerranée a perdu aussi de sa largeur depuis le commencement de notre ère. Et toutefois certaines dimensions ont augmenté. Ainsi la largeur du détroit de Gibraltar s'est sensiblement accrue. D'où vient cela? Certains. géologues prétendent que cet élargissement est dû à l'action des eaux qui, passant et repassant dans le détroit sous l'impulsion de courants violents, auraient érodé ses bords etaccru sa largeur. Mais cette explication doit être rejetée, car les rivages ont conservé les mômes indentations qu'à l'époque de Strabon et de Ptolémée, la montagne de Calpé existe encore, et les descriptions des anciens répondent encore fort bien aux formes du détroit actuel. Comment donc se fait-il que ce détroit ait augmenté de largeur, tandis que toute la Méditerranée se contractait ? Tout ce qui vient d'être dit sur les variations géographiquesde cotte mer, depuisl'antiqui té jusqu'à nosjours, semble infirmé par ce seul petit fait. Or rien n'est infirmé, au contraire.

Réfléchissez, je vous prie, à l'origine du détroit. La Mauritanie, arrachée de la face occidentale de l'Espagne, a été reployée sous l'Espagne et a passé sous elle, de sorte que l'ouverture de la brèche de Gibraltar résulte d'un ploiement, d'une cassure des chaînes incurvées qui unissaient les deux blocs ibérique et mauritanien, et qui se soudent presque encore les unes aux autres à travers le détroit. Ces chaînes sont la Sierra-Nevada et le Rif maro-

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