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II. — PYRÉNÉES

Le rayon qui limite la France au sud-ouest porte le nom de Pyrénées. 11 faut entendre sous ce nom, non seulement la chaîne limitrophe de la France et de TEspagne, mais aussi les monts cantabriques qui bordent le rivage du golfe de Gascogne, en un Dfiot toute la chaîne qui s'étend du cap Finistère au cap Creus. Cette chaîne est presque droite. Sa hauteur dépasse souvent 3.000 mètres et son épaisseur est d'environ 100 kilomètres vers son milieu. Mais cette épaisseur augmente encore vers les extréniités en même temps que les rides se dispersent et que les altitudes décroissent. Celte dispersion des rides est due tout simplement aux chocs que la chaîne a reçus ou portés par ses deux tranches terminales. Du côté du golfe du Lion, qui est le seul qui nous intéresse ici, les rameaux principaux portent les noms de Corbières, d'Albèrcs, de Ganigou. Us forment, en s'avançant dans la mer, les caps Bear, Greus, Bagur, etc. Ils sont séparés les uns des autres par des vallées angulaires où coulent des rivières courtes au cours torrentueux, TAude, la Tet, le Tech, le Ter, etc. L'une de ces vallées, celle de la Tet, ouvre dans la chaîne un couloir qui la traverse presque entièrement. G'est le col de la Perche, le plus important des Pyrénées. G*est un col longitudinal. Des cols transversaux nombreux, mais élevés et d'un accès difficile, échancrent les cimes des Pyrénées. Les plus commodes se trouvent, comme on peut s'y attendre, dans le voisinage immédiat de la Méditerranée, là où la chaîne dispersée offre les altitudes les plus faibles et les brisures les plus nombreuses et les plus accentuées. On trouve aussi des cols profonds et des passages commodes au milieu même de la chaîne, à hauteur du fond du golfe de Gascogne. En ce point, où ont porté les coups de Téperon terre-neuvien, la chaîne des Pyrénées se désagrège et se déprime. Gela n*a rien d'étonnant.

La même cause a produit près de là, sur le versant nord des Pyrénées, un accident curieux, Téventail de Lannemezan, qui n'est qu'un diminutif de l'éventail français tout entier. L'éperon terre-

neuvien, en arasant la chaîne des Pyrénées, a détaché de son flanc par des coups, non pas droits, mais accompagnés d*une oscillation curviligne, un certain nombre de rides rocheuses, qu'il a relevées vers le nord et disposées en éventail. Vn autre outil, l'éperon alpin, agissant symétriquement de l'autre côté sur le môme versant, a soulevé d'autres rides et achevé de ciseler cet éventail. En même temps, des masses de limons et de débris rocheux de toutes provenances et de toutes grandeurs (plusieurs pèsent des centaines de tonnes) ont été déposées par le flot océanique et réparties sur ce réseau de rides divergentes tout prêt à les recevoir et à les retenir dans ses plis. Telle eet l'origine de l'éventail de Lannemezan, éventail dont l'Adour, la Garonne et les autres gaves pyrénéens dessinent les plis et qui n'est pas du tout, comme beaucoup de savants l'imaginent, le produit des apports de ces gaves, ni, comme d'autres le croient, l'œuvre des glaciers immenses qui auraient recouvert jadis les Pyrénées. C'est là, vous le savez, la théorie d'Agassiz. On sait combien elle a été généralisée, souvent à faux, pour ne pas dire toujours. Pour moi, je n'en crois pas le premier mot.

Comme l'éventail français tout entier, l'éventail de Lannemezan envoie vers l'occident la plus grande partie de ses eaux. Comme lui aussi, il est froncé et déformé sur sa circonférence. Des chocs reçus d'en haut ou de côté ont créé tout autour un ourlet très léger à la rencontre duquel toutes les rivières de l'éventail s'infléchissent. Et cet ourlet lui-môme, étant une ligne de faîte, donne naissance à quelques filets d'eau qui vont se jeter dans la Garonne ou dans le golfe de Gascogne. C'est l'image très exacte de ce qui se passe dans le grand éventail, spécialement dans le bassin de la Seine, où nous voyons de petites rivières, telles que la Somme, la Canche, l'Authie, la Rille, la Touques, la Vire, TOrne, descendre de la crête d'un ourlet littoral très léger qui borde le rivage de la Manche.

Les Pyrénées sont orientées de l'ouest à l'est, du moins à notre époque ; mais à l'époque de Strabon et de Plolémée, c'est-à-dire au commencement de notre ère, elles étaient orientées du nordouest au sud-est. Il paraît difficile que Strabon, Ptolémée et tous les autres géographes de Tantiquité aient erré sur un point si essentiel et d'une vérification si facile pour eux. Aussi j'admets leur dire. Je l'admets d'autant mieux que cette orientation ancienne des Pyrénées s'explique fort aisément par les dilatations ou par les contractions qu'a pu subir l'éventail depuis

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