VOLCANS PERMANENTS
considérer comme le type d'un mode d'activité auquel on a appliqué l'épithète de Strombolienne etdont la caractéristique est l'émission, relativement tranquille, de la lave par le sommet, sans projections violentes. De la sorte, les volcans seraient destinés à traverser successivement la phase explosive, puis la phase strombolienne, pour arriver à la phase solfatarienne, qui ne comporte plus «pie des dégagements gazeux. Mais les alternatives fréquentes que nous avons constatées au Vésuve entre les diverses manières d'être de l'activité volcanique empêchent de considérer cette succession comme un phénomène général et régulier, d'autant plus qu'il existe, notamment à Java, des volcans où aucune manifestation strombolienne ne sépare les explosions les plus violentes de l'état solfatarien. Sans doute l'état de la cheminée volcanique est le facteur principal dans la production du mode strombolien, qui semble exiger une communication constante et bien ouverte entre la surface et le foyer intérieur.
Velma de Hauna-Loa. Cratère de Kllavea. — Le plus intéressant des vol-
g~ans caractérisés par la permanence du bouillonnement de la lave est celui de ËLm lauea, dans les îles Sandwich. Il se compose d'un cratère elliptique ouvert, 4200 mètres d'altitude, sur le flanc du Mauna-Loa, dont le sommet, à environ métrés au-dessus du niveau de la mer, est lui-même occupé par le cratère Moku-a-Weo-Weo. La chaudière de Kilauea, car c'est bien le nom qu'il con- Jit de lui donner, a 4900 mètres de grand axe et 12 kilomètres de tour. *> parois à peu près verticales dominent de 184 mètres un premier fond au nil ieu duquel s'ouvre une dépression, à parois également verticales, de l^O mètres de profondeur et c'est au centre de cette dernière dépression que se trouvent des lacs permanents de lave bouillante, dont le plus grand avait Trf^O mètres en 1840, lors de la visite de M. J. D. Dana, à qui la fygum 77 est em- \>r*a*itée. Ia lflVe Y était constamment agitée àe mouvements oscillatoires; on eût dit A^Uxi fleuve qui apparaissait un moment à \a surface pour disparaître ensuite. Les projections de scories ne se produisaient que jusqu'à 20 mètres de hauteur et la lave bouillante était recouverte d'écume; l'ascension de la lave se faisait d'ailleurs si tranquillement qu'il semblait douteux que
, ,, - . , Fig.77.— Le cratère de Kilauea (d'après J.D. Dana).
la Vapeur d eau y ÎUl pour quelque Chose. [, iac de lave; II, seconde dépression; 111, pre-
Quelquefois une cause inconnue fait mon- ^m^mï^^l 1MT" "" *'" fer la lave à Kilauea bien au-dessus des
bords du lac. Le grand cratère peut alors se trouver rempli jusqu'à une hauteur de 120 et même de 150 mètres. A ce moment, sans doute sous l'influence de la pression déterminée par l'ascension d'une telle colonne, la lave finit par se frayer une issue au dehors en profitant de cavités souterraines, comme cela est
arrivé on 1840 et en 1868. Alors se produisent tous les phénomènes qui accompagnent d'ordinaire la sortie de la lave à l'air libre.
Du reste, en dehors du bouillonnement régulier de la lave à Kilauea, le volcan au Mauna-Loa est sujet à des paroxysmes par suite desquels la lave s'élève jusque dans le cratère culminant, c'est-à-dire à plusde 4000 métrés d'altitude ; alors sa pression devient telle qu'elle trouve généralement une issue par une cavité quelconque à travers les flancs de la montagne. Dans ce cas, elle s'échappe avec une si grande force qu'au début la coulée s'élance dans les airs en formant un jet parabolique. En 1852, un jet de ce genre, issu d'une crevasse située à IdOO mètres au-dessous du cratère culminant, atteignit 100 mètres de hauteur. En 1868, un jet semblable avait 50 mètres de diamètre et s'élevait à 300 mètres de hauteur (1).
Il arrive quelquefois que la lave chemine, au moins sur une partie de son cours, à travers des passages souterrains. Ainsi, en 1840, la lave accumulée dans le grand cratère de Kilauea réussit à s'échapper par un ancien cratère boisé, situé à 10 kilomètres à Test et à 300 mètres plus bas. Immédiatement le lac de Kilauea se mit à baisser et, en trois semaines, sa surface était descendue de 124 ^ mètres. La coulée, après avoir cheminé quelque temps à l'air libre, reprit course souterraine pour apparaître bientôt dans un autre cratère; de nouveau— elle devint invisible 'pendant plusieurs kilomètres et sortit enfin, à 560 mètre-ï" d'altitude et à 43 kilomètres de son point de départ. De là elle employa troi semaines pour parcourir les 20 kilomètres qui la séparaient de la mer. Les difTé-^ rents parcours souterrains de cette coulée étaient jalonnés par d'innombrable -■? fissures émettant de la vapeur.
Le cratère de Kilauea est exposé à de fréquents changements. La figure 75-
Pijr. 78. — Le cratère de Kilauea (d'après M. Birgham). — 1, première dépression; 2, deuxième dépression * dite Black ledijc; 5, lac du Sud, dit Ilalemauraau) ; 4, fond du cratère; 5, seuil; 6, cratère latéral, * dit Kilaueiki.
représente la disposition qu'il offrait en 1874, époque de la visite de M. Bir-~gham (2). A la suite de l'éruption de 1868, il s'était fait au foud du cratère un^ effondrement qui l'avait abaissé de 50 mètres sur 1600 mètres de diamètre (n° 4 ■ sur la figure). De plus, le lac de lave, dit Halemaumau ou lac du sud, avait alors sa surface à 60 mètres au-dessus du fond du cratère, étant retenu à celte hauteur par un bourrelet annulaire, formé peu à peu par le débordement quotidien de la lave. Ce bourrelet, signalé par plusieurs observateurs, parait très caracteris-
(1) K. Fuchs, Les Volcans et les tremblements de terre, p. 271.
(2) Petermann's Mitlheiluugen, 1876, p. 501.