VOLCANS PERMANENTS
tique de la manière d'être de la lave à Kilauea. Enfin le lac était divisé, par un mur transversal de lave solide, en deux bassins dans l'un desquels la surface de la masse liquide se tenait à 3 mètres au-dessus de celle du second.
Immédiatement après l'effondrement de 1868, la lave ayant entièrement disparu du lac, M. Coan avait pu descendre dans la cavité ainsi évacuée et constater qu'elle avait environ 450 mètres de diamètre sur 120 mètres de profondeur . Puis le lac s'était de nouveau rempli et, à force d'élever son bourrelet, avait fini par atteindre presque la hauteur des bords du cratère, lorsque, en avril 1879 (1), il se vida tout d'un coup sans qu'aucun signe précurseur eût fait prévoir cet événement et sans que rien indiquât le chemin par lequel la lave avait pu s'échapper. Pendant plusieurs semaines, les visiteurs désappointés purent croire que c'en était fait désormais du célèbre lac de Kilauea; mais bientôt il revenait à ses proportions normales.- Il parait donc certain que la montagne delfauna Loa, entièrement formée par des coulées successives de lave, présente dans son intérieur de nombreuses cavités à travers lesquelles la roche fondue iînit par se frayer des passages souterrains, toutes les fois que, par son ascension *ians le cratère, elle a acquis une pression suffisante. Du reste, d'incessants «changements doivent se produire à Kilauea par suite de la fluidité exception- ^■elle de la lave, dont la composition est celle du verre noir naturel connu sous y ^ nom d'obsidienne ou plutôt de tachylyte.
Cette lave est si parfaitement fluide qu'on la voit parfois s'élancer, par quelque
Linime ouverture, en jets qui n'ont pas six millimètres de diamètre et qui en
tombant se solidifient sous la forme de larmes laviques. Le vent, quand il
nffle au-dessus du lac, enlève des gouttelettes et les réduit en filaments qui
mnent le nom dechereux de Pelé (Pelé est la déesse qui, au dire des naturels,
«de dans les profondeurs du volcan).
Crâce à cette fluidité, la lave de Kilauea. quand elle est protégée contre le
onnement, par exemple dans des cavernes, ne se solidifie pas. A l'air elle se
recouvre d'une croûte ; mais le bain redevient bientôt assez chaud pour refondre
*3 couverture et il en résulte des alternatives de fusion et de solidification
^î» selon M. Green (2), constituent le jeu normal des lacs de lave de Kilauea.
^r cette masse fluide assez chaude pour refondre ses scories doit, bien souvent
aussi, faire reprendre l'état liquide à la lave refroidie qui constitue les parois et
»e fond du cratère : de là une instabilité qui se traduit par de fréquents effon-
d^mentset qui, jointe à l'absence des projections violentes si habituelles sur les
autres volcans, donne au foyer des îles Sandwich une place tout à fait à partau
"ulieu des manifestations de l'activité interne du globe.
T*le*n» de Java. — Parmi les volcans dont l'activité est permanente, il envient encore de ranger le Lamongang et le Sémeru, situés l'un et l'autre dans l 'le de Java.. Mais, à l'inverse de ce qui se passe à Kilauea, jamais ces volcans
N) D'Coan, American Journal of science, 5* série, XIX, p. 227. '-) Lowthian Green, Vestiges of the moiten globe, p. 31.
n'émettent de laves ; leurs éruptions sont sèches et se bornent à des projections . de pierres et de cendres, qui se succèdent de quart d'heure en quart d'heure dans le Lamongang, toutes les deux ou trois heures dans le Sèmera. Le Lamongang offre, tout autour de son double cône, de petits bassins remplis d'eau. Il paraît que dans ces derniers temps il a donné issue à un courant boueux charriant des débris de lave (1).
Sésame. — En résumé, lorsque l'on compare entre eux les divers volcans, rien ne semble plus inégal que la répartition, dans le temps, des diverses phases de l'activité éruptive. Invariable en certains points où elle éprouve tout au plus quelques différences d'intensité, cette activité subit ailleurs une évolution des plus rapides. Toutefois il est, à travers cette diversité, certains caractères généraux qui persistent, imprimant au grand phénomène volcanique une incontes» table unité. De même qu'un paroxysme comporte, en premier lieu, une explosion violente, suivie de l'émission de la lave, à laquelle succèdent les dégagements ordonnés des fumerolles, de même l'évolution d'un foyer volcanique en décroissance comporte toujours la substitution des émanations gazeuses ^à l'émission des laves. De plus, ces dégagements suivent la même loi de variation que les fumerolles émises par une seule éruption. Ainsi, dans les Champs Phlégréens, près de Naples, où l'activité volcanique proprement dite n'est endormie que depuis peu, on observe, dans les cratères, d'abondantes fumerolles chlorhydrosulfureuses. De simples solfatares sans acide chlorhydrique, ou des sources d'eau chaude, signalent des volcans plus complètement éteints, comme ceux du Chili et dans le voisinage des foyers depuis longtemps endormis, comme ceux de l'Auvergne et de l'Eifel, on n'observe plus que des mofettes et parfois des dégagements d'hydrocarbures. 11 serait prématuré d'insister sur ce point avant d'avoir étudié en détail les phénomènes geysériens; toutefois nous ne pouvions clore cette rapide étude des phases diverses de l'activité volcanique sans signaler la tendance générale qui s'y manifeste partout.
VOLCANS MARINS
Dons tous les paragraphes qui précèdent, nous n'avons considéré que les manifestations volcaniques qui s'accomplissent à l'air libre. Mais il en est d'aur très qui se produisent au sein même de la masse liquide océanique et dont l'examen est d'autant plus opportun, que quelques-unes d'entre elles, particulièrement bien étudiées dans ces dernières années, appartiennent h une catégorie dont les volcans terrestres nous offrent très peu d'exemples.
Nous commencerons par nous occuper des éruptions dont l'homme a pu être le témoin et qui ont fait surgir des profondeurs de la mer, par une simple accu-
(1) Tuclis, op. cit. y p. 243.
VOLCANS MARINS. 425
ululation de produits rejetés, des lies nouvelles, généralement destinées à une prompte disparition.
ApparltloM de l'île Jvlla. — En 1831, on vit naître à une quarantaine de kilomètres au sud de Selinonte, en Sicile, entre cette ile et celle de Pantellaria, un ilôt volcanique, tour à tour appelé ile Julia, Ferdinandea et Graham et qui devait disparaître au bout de quelques mois pendant que les gouvernements s'en disputaient la possession. Le phénomène fut annoncé le 28 juin par quelques secousses ; vers le 10 juillet, on voyait s'élever du sein des flots, pendant dix minutes, une véritable montagne d'eau et de fumée, atteignant 25 mètres de hauteur. Quelques jours après la même éruption se renouvelait, mais cette fois /a colonne de fumée s'élevait à plus de 500 mètres. Enfin le 18 juillet apparaissait une petite ile, de moins de 4 mètres de hauteur, creusée en son milieu d'un cratère d'où s'échappaient de la fumée et des cendres. La mer était couverte de jxrissons morts et de scories de couleur chocolat.
Le 23 du même mois, Hoffmann trouvait à l'île 250 mètres de diamètre et environ 20 mètres de hauteur, tandis qu'à cette même place les cartes hydroiphiques les plus récentes indiquaient encore une profondeur de 200 mètres, colonne de fumée avait 600 mètres de haut.
Au commencement du mois d'août , la circonférence de l'île atteignait 00 mètres (1). Mais le 29 septembre, Constant Prévost s'assurait que l'île, u.k :^iquement formée par des débris rejetés hors du cratère, ne mesurait plus que 7*—* ^) mètres de tour. Elle avait encore 33 mètres de hauteur, ce qui, relativement à -M. a profondeur antérieurement constatée, représentait une accumulation vertige de près de 240 mètres. Il était dès lors facile de prédire. la prochaine desiction de l'île, et en effet le 28 décembre elle avait disparu, în juillet 1863 (2), l'île s'est de nouveau montrée et après avoir atteint en *lques semaines une hauteur de 60 ou 80 mètres, elle a disparu comme en H, démolie pierre à pierre par l'action des vagues. Du reste, les traditions \o«5~ales semblent indiquer qu'en ce point l'activité souterraine ou plutôt sousflm^rine s'était plus d'une fois révélée jusqu'à la surface avant l'apparition de Vîlc Julia.
Mie Bogoslow. île Sabrlna. — En 1796 apparut, dans la chaîne des îles K\ Soutiennes, près d'Unalaska, l'île Bogoslow, qui, en 1819, avait 7 kilomètres de tour et une hauteur de 750 mètres. En 1832 cette île était réduite à la moitié de sa circonférence primitive et n'avait plus que 450 mètres d'altitude.
^archipel des Açores a souvent vu surgir, près de l'île San Miguel, un cône
"?mporaire de scories. Ces apparitions, dont chacune ne durait que quelques
faines, ont eu lieu en 1658, en 1691, en 1720 et en 1811 ; à cette dernière
^fao, File ainsi formée, nommée Sabrina, avait 90 mètres de hauteur et un
të**e au centre. En 1867, une nouvelle éruption s'est produite devant Terceire,
/J J-Yell, Principes, trad. Ginestou, II, p. 703. W I\oclus, La Terre, i, 703.
DÏSAWQCE BTEBSE.
mais sans atteindre le niveau de la mer, en sorte que Jl. Fouqué n'a pu observer que les scories flottantes, les gaz rejelés el les flammes brûlant à la surface de la mer. Parmi les gai, il a reconnu la présence de 16.75*". d'hydrogène protocarboné el de 0,32 */• d'hydrogène libre. L'acide carbonique faisait défaut (1). Tons ces exemples sont instructifs en ce qu'ils montrent avec quelle facilité le choc des vagues a raison d'une accumulation de débris volcaniques. Ce n'est que pendant le paroxysme de l'éruption que l'activité interne peut réussir à édifier un cône de débris au milieu de l'agitation des flots : mais cet amas de matériaux sans cohésion ne peut avoir qu'une durée éphémère et ses restes, étalés au fond de l'océan, sont destines i y former des tuf*, caractérisés par le mélange des éléments volcaniques avec les produits ordinaires de la sédimentation, s'il s'agit de parages où cette dernière puisse s'exercer.
- Il n'en est pas de même lorsque les débris volcaniques sont recouverts par des couches de laves et recoupés par des filons de la même matière. Alors l'édifice ainsi consolidé peut résister aux attaques des vagues. Tel est le cas de file Saint-Paul, dans l'océan Indien.
L'île Saint-Paul (fig. 79) est un ancien cratère ébréché. par l'éehancrure duquel la mer pénètre librement dans l'intérieur. Le point le plus élevé du bord du cratère est à 272 mètres d'altitude et le fond est à peu près à 50 mètres au-dessous du niveau de la mer, sauf en un point central. où la sonde indique 69 métrés lîi- L'élude des parois abruptes de ce cratère montre que, sauf d'insignifiants amas de scories et quelques tufs. l'ile tout entière est formée de laves diverses. • régulièrement superposées, inclinées vers l'extérieur do 20 à 30 de-
i coulées
. 80). Ce volcan, dai
t périodes d'activité, devait donc ressembler
le laies mr les Mises.
il ceux des lies Sandwich. Bien qu'il soit depuis longtemps éteint, sa constitution, exemple de matériaux détritiques, lui a jusqu'ici permis de résister asseï
VOLCiNS MARINS.
bien aux attaques des vagues; néanmoins ce n'est pas à beaucoup près un édifice à toute épreuve. La mer en fait écrouler chaque année quelques parties el si l'activité volcanique ne s'y réveille pas, cet îlot est condamné ù disparaître dans un avenir plus ou moins éloigné.
Actuellement le bord le plus haut du cratère forme un ovale voisin d'un cercle, dont le plus grand diamètre est d'environ 1600 mètres. Toute manifestation franchement éruptive y a depuis longtemps cessé et ce n'est plus que par sa forme et par quelques émanations gazeuses, dont il sera question plus loin, que l'Ile Saint-Paul révèle sa vraie nature.
Sutorin. AawIeawM émptioma. — Un intérêt tout particulier s'attache aux éruptions qui ont eu Heu à tant de reprises à Santorin, dans l'archipel grec des Cychides, non seulement à cause de leur caraetère en partie sous-marin, mais eti raison du mode lout spécial d'activité qu'elles mettent en évidence. Les phénomènes de projection y sont aujourd'hui tout à fait secondaires, tandis que la cheminée invisible amène au jour des masses d'une lave peu fusible, qui sans cloute forme au fond du cratère une sorte de noyau massif, se gonflant peu a peu par "de nouveaux apports internes. La série des événements qui se sont déroulés à Santorin est d'ailleurs bien connue, grâce aux études approfondies de M. Fouqué(l).
L.e groupe volcanique de Santorin représente (ftg. 81) un immense cirque, eu grande partie immergé, de 11 kilomètres de grand axe sur 7*,5 de petit axe ; sur trois côtés, ce cratère, devenu une baie d'une profondeur moyenne de 500 mètres, a ses parois formées par les falaises verticales de la grande ile de Théra ou S»atorin, s'élevant à pic jusqu'à 200 et ■"éme 400 mètres de hauteur; en face se dressent, complétant le circuit, l'Ile de Thèi-asia et le rocher d'Àspronisi. Sur les falaises apparaissent des bancs horizon- I*ust <Je lave d'un noir foncé, des couches de scories rougetMres et des nappes grises
de cendres, plongeant le plus souvent *™ * 3»
Ws l'extérieur, niais parfois aussi vers FiK- •»■ - L* s™up« âa Sa»»™. (Les profondeurs
. , r de la mer sont indiquées en mètres.)
Ia «aie et venant buter, dans la partie
sad-est de Théra, contre le massif métamorphique du mont Saint-Ëlie ; ce massif, "■"t de 567 mètres, est composé de roches métamorphiques, schistes et calcaires Mccharoïdes en couches fortement redressées, comme le sont d'ailleurs toutes les formations anciennes des lies Cycladcs. Un tuf ponceux, d'un blanc de neige, parfois épais de 40 à Ml mètres et a la base duquel on a trouvé des fragments (M Santorin el te* fruptîotu, Paris, 1873.
de poteries ainsi que des ruines d'habitations ayant conservé leur verticalité, recouvre uniformément les flancs de ce cratère marin.
En 97 avant Jésus-Christ, on vit surgir, au fond du golfe, une île appelée depuis Palsea Kaméni ou Ancienne brûlée. En Tan 46 de notre ère, un nouvel îlot prit naissance, à peu de distance du premier, auquel il fut bientôt réuni par des éruptions ultérieures. Palsea Kaméni s'agrandit encore en 726. Puis, en 1573, Mikra Kaméni surgit au nord-est de Palsea. En 1650, une violente éruption sous-marine, qui pendant trois mois couvrit la terre de ponces flottantes et bouleversa le sol de Théra, détermina, au nord-est de cette ile, l'apparition d'un haut fond, recouvert seulement de 10 brasses d'eau. Enfin, de 1707 à 1709, Néa Kaméni ou la Nouvelle brûlée vint prendre place entre Palaea et Mikra. Cette ile se composait originairement de deux ilôts, l'un de ponce blanche très poreuse à laquelle, selon le P. Gorée, témoin oculaire, adhéraient encore des huîtres vivantes (1), l'autre, petit cratère en éruption d'où s'épanchait une lave noirâtre qui eut bientôt recouvert le premier îlot. Cette lave parait avoir été longtemps à l'état d'intumescence, car Néa Kaméni s'abaissait parfois d'un côté pour s'élever d'un autre, et des rochers apparaissaient un moment dans la mer à quelque distance. Renouvelée en 1711 et 1712, cette éruption avait fini par produire un cône de 100 mètres d'altitude, incliné de oo degrés et couronné parun cratère de 80 mètres de diamètre.
En 1848, Forbes put examiner à loisir l'îlot de ponce décrit par le P. Gorée et y recueillir de nombreux mollusques (Pectunculu*, Arca, Cardita, Trochus) appartenant à des espèces méditerranéennes bien connues, caractéristiques, en général, d'une profondeur de 66 mètres, et dans un état de conservation tel que certainement elles avaient vécu en place sur ce rocher avant son émersion. L'apparition de cet îlot peut donc être attribuée à un boursouflement comme il s'en produit souvent, sous la pression de la masse intérieure, dans la croûte de scories d'un courant de lave. Mais le phénomène est resté purement local, car les autres Kaménis n'ont été en rien affectées par ce soulèvement.
Émptlons modernes. — Tel était l'état des choses et rien ne révélait plus l'activité volcanique de la baie de Santorin, si ce n'est l'existence, dans l'anse de Vulcano, à la pointe sud-est de Néa Kaméni, d'exhalaisons sulfureuses dont on avait profité pour y établir une station thermale. En même temps, les navires venaient dans cette anse pour y nettoyer, par Faction des sels métalliques dissous dans l'eau de la mer, leurs carènes encombrées d'organismes. Tout à «:oup survint la grande éruption de 1866. Dès le 26 janvier, des secousses de tremblement de terre se firent sentir et, cinq jours après, des bulles de gaz se montraient à la surface de la mer. Au début de février, cette dernière se mit à bouillonner dans l'anse de Vulcano avec dégagement d'hydrogène sulfuré, accompagné de flammes et d'épaisses vapeurs blanches. Le A février, apparaissait, sans secousse ni bruit souterrain, un récif qui, à 11 heures du matin,
(I) Lyell, op. cit%, p. 80.
VOLCANS MARINS
avait 25 mètres de longueur, 8 mètres de largeur et une dizaine de mètres de hauteur; à sa surface adhéraient des galets et des coquilles (1). Ce récif, en continuant de s* accroître silencieusement, avec assez de rapidité pour qu'on eût peine à en suivre les transformations, était devenu, le 7 février, selon M. de Cigalla, qui lui donna le nom de Giorgios, en l'honneur du roi Georges, un monticule elliptique de 70 mètres sur 30 mètres, avec environ 20 mètres de hauteur. On avait vu, pendant la nuit précédente, les roches de Néa Kaméni devenir incandescentes, et de grandes flammes rouges sortir de la fente qui en sillonnait le cône. Le 12 février, Giorgios avait cessé d'être une île et était entièrement réuni à Néa. Le lendemain fut signalé par l'apparition d'un rocher à la pointe sud-ouest de Néa. Après quelques alternatives d'émersion et d'immersion, cinq blocs de lave demeurèrent au-dessus de l'eau, formant un îlot auquel les membres de la Commission scientifique d'Athènes donnèrent le nom d'Aphroessa (fig. 82). Au mois de mai, ce rocher, comme celui de Giorgios, était largement £*>udé à Néa (lîg. 83). Dans l'intervalle, le 20 février, de violentes éruptions de
Mikra
os
Aphpovaaa
Fig. SS.— Néa- Kaméni en mars 186G (d'après M. Fouqué).
Aphroets*
Fig. 85. — Néa-Kaméni le 1" mai 1866 (d'après M. Fouqué).
pierres et de cendres avaient eu Heu à Giorgios ; mais, le 12 mars, M. Fouqué constatait qu'aucune cavité cratériforme ne s'y était ouverte. Il y avait seulement des fentes allongées du nord au sud, et le cône était formé de blocs empilés en désordre, à travers lesquels se dégageaient de nombreuses fumerolles et qui essaient parfois apercevoir au-dessous d'eux la lave incandescente. En même ten*ps» un nouveau centre éruptif, l'îlot de Réka, venait d'apparaître à côté dAphroessa et le fond de la baie de Santorin s'exhaussait en divers points, entre "éaetPalœa. Au mois de juin, Aphroessa cessa de grandir; mais les explosions continuèrent avec violence sur Giorgios et, au commencement d'août, le cratère, chancre vers le sud, livrait passage à des torrents de lave, agrandissant toujours le domaine de l'île (fig. 84). Les coulées avaient à peine i kilomètre de longueur, mais leur épaisseur atteignait 100 mètres, parfois môme 200. Ces eruptions se renouvelèrent en 1867 et 1868 et devinrent ensuite moins fré-
l'j Social ion scirntififjue de France, Bull, hebdomadaire, n° 40, janvier 188t.
queutes, pour cesser complètement le io octobre 1870. A ce moment, l'étendue de Néa avait presque quadruplé, et elle n'était plus séparée de Itikra que par
Fijr- £4. — N&t-Kanwni en février 1867 (d'après M. Fouqué).
Ftp. &>. — .Nt;a-Kain«;ni en septembre IN70 (d'après M. Fouqué).
TjS
un chenal étroit (ûg. 85). Mais, cinq ans après, les dégagements de gaz et vapeurs continuaient encore sur la partie méridionale de Néa.
Caractère des éruptions de Santorln. — Les éruptions de la baie de S
lorin offrent ce caractère particulier que la formation d'un cratère y est tardi et correspond, en général, à une seconde phase d'activité. Dans la première» lave, poussée par la force élastique dos fluides intérieurs, sort en s'éleva comme une vaste ampoule; ce n'est que plus tard qu'une explosion s'y produ rejetant des débris à droite et à gauche et faisant naître une cavité cratériform Ainsi se sont passées les choses aussi bien à la naissance du cône de Néa Kamô que lors de la formation de celui de Giorgios. De plus, les laves de l'Airhij grec sont beaucoup plus siliceuses et moins ferrugineuses que celles de l'Eti ou du Vésuve et, fait remarquable, leur composition n'a pas changé depuis d« temps bien antérieurs à l'époque historique. 11 est probable qu'un même foyer « lave siliceuse existe sous cet archipel, et que la résistance offerte par cetr masse visqueuse à l'expansion des gaz intérieurs est la cause de ce mode spéeii^ d'éruption, caractérisé par un état d'intumescence précédant les manifestation explosives.
Du reste, selon la remarque de M. Fouqué, les centres d'éruption, à Santori comme ailleurs, sont alignés suivant des tissures. Ainsi Giorgios, Aphroessa et l'îlot voisin de Réka, les trois principaux centres de l'éruption de i 860. sont situés sur une même fente rectiligne, dont ils ne sont que des points singuliers et, dans l'intervalle qui les sépare, le sol est profondément labouré et déchiré suivant la même direction.
;. — Les gaz dégagés pendant la dernière éruption de
de
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MONTAGNES VOLCANIQUES. m
iantorin ont [beaucoup varié suivant les périodes. Au début* quand les laves lépassaient à peine le niveau de la mer, M. Fouqué a pu recueillir, à travers l'.ette eau, des mélanges gazeux très riches en éléments combustibles et contenant jusqu'à 30 % d'hydrogène libre; ce dernier était d'autant plus abondant |ue les laves étaient plus chaudes. Un peu plus loin, on obtenait du gaz des marais et de l'hydrogène sulfuré ; ces produits combustibles, quand ils arrivaient à l'air, à travers les blocs incandescents, y donnaient de véritables lamines. Plus tard, leur combustion ayant lieu dans la profondeur, à l'abri des regards des observateurs, la vapeur d'eau et l'acide carbonique abondaient avec 'acide chlorhydrique et l'acide sulfureux. Il est remarquable qu'avec l'hydrogène libre on rencontrait aussi quelquefois de l'oxygène non combiné, comme si ces deux éléments provenaient d'une dissociation de l'eau, opérée à la faveur de la baute température des laves. Notons aussi que M. Fouqué n'a observé aucune fumerolle sèche, et que le chlorhydrate d'ammoniaque lui a paru faire à peu près défaut à Santorin.
En résumé, il n'est pas douteux que les laves en fusion pâteuse de Santorin *~aient entraîné, jusqu'à plus de cent mètres de leurs points d'émergence, des *ai combustibles primitivement emprisonnés dans leur masse. Ainsi se trouve confirmée, une fois de plus, la conception de Ch. Sainte-Claire-Deville, assimilant les volcans à des cheminées d'appel où les éléments combustibles du foyer interne viennent se brûler au contact de l'oxygène atmosphérique. Cette combustion ne s'accomplit, dans les éruptions sous-marines, que quand les laves ont dépassé le niveau de l'eau qui les protégeait contre l'oxydation.