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SALSES

Pietro, a passé en 1839 par un paroxysme qui a bouleversé le terrain environnant. Le mélange gazeux y renferme, avec l'hydrogène protocarboné, un carbure plus riche en carbone. En 1839 on y a observé du bitume noir.

Une autre salse du Hodénais, celle de Sassuolo, a subi de nombreux paroxysmes, déjà mentionnés par Pline et renouvelés en 1660, en 1789 et en 1835. A :ette dernière époque, l'éruption fut accompagnée de violentes secousses et de projections de débris. Le sol se fendit en plusieurs points, la température s'élerant notablement dans les crevasses ; la salse rejeta plus de 10 000 000 de mètres mbes de boue et de pierres (1), ces dernières se recouvrant rapidement d'efllo- [*escences de sel marin. Non loin de Sassuolo se rencontrent, au Mont Zibio, des tources de pétrole connues depuis la plus haute antiquité.

Terrains ardents. — Près de la route de Bologne à Florence, les dégagements le gaz combustibles des Apennins, au lieu de se faire dans l'eau, s'opèrent à la mrface d'un sol sec et pierreux et donnent naissance, quand on y met le feut lux terrains ardents étudiés par Volta à Pietra-Mala et par Spallanzani à Bariraxzo dans le Modénais. A Bocca-Suolo, il y a quatre foyers distincts, distribués e long d'une même ligne sur environ 100 mètres, dans un terrain pierreux complètement bouleversé par des éboulements. Dans tous ces foyers c'est le gaz L4BS marais qui domine.

A Porretta et aux environs, le gaz combustible se dégage dans l'eau et de là ^sultent des fontaines ardentes, dont quelques-unes exhalent une forte odeur de ôirole, ce qui prouve que le gaz des marais y est accompagné de carbures d'hyr—ogène liquides. L'eau des sources, à la fois alcaline et salée, est à une tempél tlure comprise entre 30° et 38°,5. Il s'y trouve un peu d'hydrogène sulfuré et .ssqu'à 5 % d'acide carbonique.

.JMgafements d'hydrocarbures en Amértqne et dans diverses contrées. — 5?» sources d'huile minérale (oil springs) sont très répandues en Amérique, où '^» imprégnations de pétrole ont, dans la profondeur, une importance considérable. Les gisements sont en rapport avec les dislocations du sol et les principaux -^^ntre eux sont concentrés sur des lignes de soulèvement, dans les fractures •» nquelles l'huile minérale parait s'être accumulée. Beaucoup de ces gisements »nTst d'ailleurs situés dans des terrains, tels que le silurien et le dévonien, au- ^»8ous desquels il ne peut y avoir aucun combustible à distiller.

I-»a plupart des puits d'eau salée des États-Unis donnent aussi des hydrocarbures

£^%eiix et liquides. Dans la vallée de Kenawha, en Virginie, se trouve, au milieu

â® la chaîne .des salines, une source naturelle de gaz très forte (the burning

fpWny). Partout, dans cette région, on observe la réunion du sel, de l'hydrogène

caftoné et de l'huile minérale.

En Chine, les émanations hydrocarbonées abondent dans les provinces Yunnan,

Szutschhuan, Kuangsi et Schansi, où elles sont associées aux émissions salifères.

tes sources de feu des Chinois ont été en grande partie découvertes dans des re- (1) Brignoli in Fouqué, loc. cit.

cherches de sel entreprises par la voie des sondages. D'après le missionnaire français Imbert, le pays deSzutschhuan renferme plusieurs milliers de sondages, ayant de 400 à 600 mètres de profondeur et donnant une eau très salée avec du gaz combustible. Les montagnes de feu proprement dites sont dans la province de Schansi.

On sait enfin qu'il existe en Auvergne, au pied de la chaine volcanique des Puys, une source de bitume qui émerge d une colline appelée le Puy de la Poix. Le bitume découle également des fissures d'un tuf volcanique et calcaire à Pontdu-Château.

Mer Morte. — C'est encore au nombre des salses qu'il nous parait convenable, malgré l'absence de dégagements gazeux apparents, de ranger la mer Morte ou lac Asphaltite.' Cette mer intérieure, dont la surface est à 592 mètres et le fond à 700 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée, couvre aujourd'hui 1200 kilomètres carrés; mais son niveau a été autrefois bien plus élevé, comme en témoignent les couches de marnes gypseuses et de sel gemme étalées sur les flancs des collines environnantes (1). Elle occupe une dépression dans laquelle on ne peut se refuser à voir le résultat d'un gigantesque effondrement longitudinal.

La densité de l'eau de la mer Morte est, en certains endroits, de 1,250 et même de 1,250. La quantité de sel marin y est deux fois plus considérable que dans l'eau de la Méditerranée et la proportion du chlorure de magnésium dépasse encore celle du chlorure de sodium ; mais c'est la teneur en brome qui est surtout extraordinaire, car elle varie de 1 à 7 grammes par kilogramme d'eau. En revanche, l'iode, si caractéristique des eaux de l'océan, fait ici défaut. De plus, la quantité de brome augmente avec la profondeur, ce qui laisse supposer que les substances chimiques sont amenées par des sources minérales jaillissant près des bords et surtout au fond du lac. C'est de là également que proviennent les fragments de bitume qui viennent flotter à la surface du bassin.

M. Louis Lartet (2) a fait la remarque que tous les sels contenus dans l'eau de la mer Morte et celle du Jourdain sont également (à l'exception peut-être du brome), renfermés dans les eaux des sources chaudes du môme bassin, notamment celles de Zara, de Callirhoê et d'Emma lis. D'ailleurs la composition de la mer Morte ne semble pas la même en tous les points de sa surface et, en quelques endroits, il se dégage des odeurs fétides qui rappellent un mélange de bitume et d'hydrogène sulfuré. Il est donc permis dépenser qu'à l'heure actuelle des sources minérales surgissent encore au-dessous du niveau de la mer Morte et que cette dernière doit aux phénomènes internes une composition que* pour aucun motif plausible, on ne saurait attribuer à une intervention antérieure des eaux marines. Le bassin de cette mer est un ancien lac d'eau douce, occupant une dépression produite par effondrement, et dont la composition a été nltè-

(1) Lartet, Bulletin de la Soc. giol. de France. 2* série, IXIî, p. i20. (->) Bulle in de la Soc. géol. de France, 2" série, XXIII, p. 719.

MOFETTES. 495

rieurement modifiée sous l'influence des phénomènes volcaniques qui ont agité cette contrée à une époque assez voisine de la nôtre.

Mofettes. — L'acide carbonique, soit seul, soit mélangé avec l'eau, se dégage en abondance dans la plupart des régions volcaniques, où ces exhalaisons ont reçu le nom de mofettes.

Tout le monde a entendu parler de la célèbre Grotte du Chien, près de Naples, où le gaz, qui s'échappe à travers les fissures du terrain, vient former une couche irrespirable sur le sol de la grotte. Les mofettes sont au nombre déplus de mille dans l'Eifel, notamment aux environs du lac de Laach, où elles remplissent tantôt de petites grottes, tantôt des entonnoirs bien abrités. Elles abondent en Auvergne, où les mofettes de Glermont et de Royat sont bien connues, ainsi qu'en Yivarais. À Java il existe un lieu dit « Vallée de la Mort » où l'acide carbonique se dégage en telle abondance que le sol y est, dit-on, jonché des débris des animaux qui se sont laissé surprendre par ces émanations.

Des dégagements d'acide carbonique se font jour sur l'île Saint-Paul avec des

eaux chaudes, dont la température varie depuis 30 ou 35 degrés jusqu'à 96. Le

gax peut être mélangé d'azote seul ou d'air atmosphérique et la proportion d'acide

carbonique est d'autant plus abondante que la température est plus élevée. Cette

dernière est influencée par la hauteur de la marée et atteint son maximum à

J'fm^ure de la pleine mer, ainsi que l'a constaté M. Vélain (4). Les sources les plus

chaudes contiennent 95 d'acide carbonique et 5 d'azote pour 100 de gaz

dégagés.

Ainsi cet ancien volcan est aujourd'hui réduit à la condition de mofette. Les émanations gazeuses s'y manifestent non seulement en divers points des parois du cratère, mais à travers l'eau du fond et même à une certaine distance en pleine mex*. Hais ici les mofettes sont chaudes, au lieu d'avoir, comme dans la plupart des régions volcaniques, une température simplement égale à celle de l'air ambiant.

Bischof avait parfaitement reconnu la corrélation qui unit les mofettes aux phénomènes volcaniques. Voici en effet, de quelle manière il s'exprime à cet égard (2) : « Les émanations carboniques ayant fréquemment lieu après les éruptions des volcans, lorsque nous rencontrons ce phénomène dans des contrées où, autrefois, l'action volcanique s'est indubitablement fait sentir, rien n'est mieux justifié que la conclusion qui nous porte à considérer les dégagements d'acide carbonique comme le dernier acte des manifestations du volcanisme. »

Considération* snr l'origine des émanations. — En considérant le lien étroit qui, par les suftioni, relie les salses et les sources de pétrole aux émanations volcaniques, quelques savants, convaincus que le pétrole doit son origine à /a fermentation paludéenne de matières animales ou végétales, ont pensé qu'il convenait d'attribuer une origine organique, non seulement aux gaz des salses et

(i) Mission à nie Saint-Paul 1879, p. 401.

(2) Lehrbuch der chemischeit Géologie \ I, pp. 318, 319.

des terrains ardents, mais encore à ceux des volcans. Dans ce cas, la chaleur de * ces derniers résulterait d'une fermentation anomale, s'opérant à une grande profondeur et à l'abri de l'air, et le volcanisme, dans lequel nous nous sommes plu à voir la manifestation la mieux caractérisée de l'énergie interne, ne serait rien autre chose qu'une tardive expansion de la puissance renfermée dans certains produits d'origine purement extérieure.

La paternité de cette doctrine doit être attribuée à Volta, qui la développa en 1780 pour expliquer les phénomènes des terrains ardents de la Toscane. Dans les points, disait-il, où se révèlent les émanations des gaz hydrocarbonés, le sol renferme, à des profondeurs inconnues, des marécages, des tourbières, ou même peut-être des amas de houille. N'a-t-on pas vu récemment, ajoutait-il, (1) dans notre contrée, des prairies, des champs fertiles et des villages, ensevelis sous d'énormes masses de terre détachées du flanc des montagnes? N'est-il pas probable dès lors qu'autrefois des portions importantes de la chaîne des Apennins se sont de même éboulées et que dans leur chute elles ont recouvert des quantités prodigieuses de matières animales et végétales, dont la décomposition a fourni la source du gaz inflammable?

Que cette théorie ait été jugée suffisante pour les salses des Apennins, et encore à la condition de substituer des gisements de matières bitumineuses aux enfouissements accidentels qu'avait admis Volta, nous le comprenons encore; mais l'extension d'une telle manière de voir à tout l'ensemble des phénomènes volcaniques nous semble singulièrement hasardée et si cette doctrine ne pouvait invoquer en sa faveur l'indulgence, peut-être même la complaisance que lui témoignent quelques savants distingués, nous aurions peine à concevoir qu'elle ait jamais pu rencontrer le moindre crédit. Sans doute, ce qui se passe dans les marais nous apprend que la décomposition des matières organiques est susceptible d'amener, à la surface d'une eau boueuse, des bulles d'hydrogène protocarboné. Mais dans l'analogie que ce phénomène présente avec ceux des salses, il ne faut voir qu'une preuve de plus de cette infinie variété de procédés qui distingue les opérations naturelles et qui, de réactions absolument opposées, fait parfois sortir des produits presque identiques.

Ce n'est pas une médiocre imagination que celle qui porte à admettre, da*^* les profondeurs de la terre, des masses de matière organique capables d'alim^"* ter, pendant tant de siècles, l'activité des bouches volcaniques connues. On co prendrait encore que cette hypothèse n'ait pas répugné à l'esprit de ceux qui n'o vu les volcans à l'œuvre qu'au-dessus de terrains stratifiés, capables, à la rigueu de contenir des gisements étendus de substances combustibles. Mais comment cet théorie résisterait-elle au fait que les volcans d'Auvergne et le fameux Sangay, ^0 l'Equateur, sont assis sur le granité, c'est-à-dire sur une roche fondamentale, a dessous de laquelle il n'y a certainement ni calcaires pour dégager de l'acide carbonique, ni couches de houille pour donner par distillation des hydrocarbures, ni

(1) Fouqué, Revue des Deux-Mondes, 1" avril 1871.

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